‹ L'ecole de Yasnaïa PolianaChapitre 25 sur 59 · Au lieu de : rabota (travail), malina (framboise · texte numérisé non relu

Au lieu de : rabota (travail), malina (framboise

demander de se rendre toujours compte que chaque proposition renferme un complément, un attribut, — impossible. Mais, s'il arrive à s'en rendre compte, le souci de les chercher lui fera perdre tout le flair dont il a besoin pour écrire correctement le reste ; sans compter que le maître est toujours forcé de ruser avec les élèves et de les tromper, ce qu'ils sentent fort bien. Nous tombons par exemple sur celle proposition : « Sur la terre, il n'y avait pas de montagnes. » L'un dit que le sujet, c'est la terre; l'autre, que c'est montagnes; nous disons, nous, que c'est une proposition impersonnelle: nous voyions bien que les élèves se taisaient uniquement par convenance ; mais ils comprenaient très bien que notre réponse était plus stupide que la leur, à quoi nous souscrivîmes dans notre for intérieur.

Ayant reconnu les inconvénients de l'analyse syntaxique, nous essayâmes de l'analyse

logique, — parties du discours, déclinaisons, conjugaisons; ils se proposaient aussi, l'un à l'autre, des énigmes sur le datif, l'infinitif, les adverbes : le résultat fut le même, — même ennui, même abus de notre autorité, même inapplication.

Dans la classe supérieure, on écrit toujours le datif avec la lettre yale ; mais, quand ils ont à corriger les cadets sur ce point, ils ne peuvent jamais expliquer pourquoi, et ils ont besoin de s'en référer aux énigmes sur les cas, pour se rappeler la règle : « le datif prend une yale ». Les plus petits, qui n'ont jamais entendu parler des parties du discours, crient assez souvent un mot avec la lettre yale, en en indiquant la place ; mais ils ne savent pas eux-mêmes pourquoi, comme on le voit à leur joie d'avoir deviné.

A la seconde classe, dans ces derniers temps, j'essayai d'un système de mon invention, lequel semblait extrêmement commode

et rationnel jusqu'à ce que la pratique m'en eût découvert l'inefficacité. Sans nommer aux élèves les parties du discours, je leur faisais écrire quelque chose, parfois sur un sujet que je leur indiquais, et, de question en question, je les obligeai d'élargir la proposition, en y introduisant des adjectifs, des attributs nouveaux, des sujets, des circonstances et le complément... « Les loups courent. » Quand? Où? Comment? Quels loups courent? Et qui encore court ? Ils courent, et que font-ils encore?... Il me semblait qu'en s'accoutumant à répondre aux questions relatives à telle ou telle partie du discours, ils saisiraient la différence des parties de la proposition et du discours. Us la saisissaient en effet, mais cela les ennuyait, et ils se demandaient à part soi : « A quoi bon? » — Ce que je dus me demander aussi, sans arriver à trouver la réponse.

Jamais l'homme et l'enfant ne donnent sans

lutte leur verbe vivant à décomposer mécaniquement, à déformer. Ce verbe vivant participe à l'instinct même de la conservation. S'il doit se développer, il tend à se développer librement et conformément aux seules conditions normales de la vie. Dès que vous prétendez le saisir, le serrer dans un étau, Téquarrir, lui imposer les ornements que vous jugez nécessaires, ce verbe, avec l'idée vivante qu'il contient, se contracte, se dérobe, et il ne vous reste entre les mains qu'une écale que vous pouvez soumettre à vos artifices, sans nuire ni servir à ce verbe que vous vouliez former.

Jusqu'à présent, dans la deuxième classe, s'est continué l'enseignement de l'analyse syntaxique et grammaticale par l'élargissement gradué des propositions ; mais il va languissant sans cesse, et je crois qu'il ne tardera pas à tomber de lui-même. Nous usons encore d'un autre système, comme dans l'étude

de la langue, si peu grammatical qu'il soit. Le voici :

1° Sur des mots donnés, nous faisons composer des phrases; par exemple, nous écrivons : « Nikoldi, les bois, apprendre; » et les élèves écrivent, l'un: « Si Nikolaï n'était pas à couper Je bois, il viendrait apprendre ; » et un autre : « Nikolaï coupe bien le bo is, on peut apprendre avec lui ; » etc.

2° Nous composons des vers sur un mètre donné, et cet exercice amuse plus que tout les élèves aînés. Voici un échantillon des vers ainsi composés :

Près de la fenêtre est assis le vieillard Dans une chouba l déchirée ; Tandis que, dans la rue, un mougik Écale des œufs rouges.

3° Un exercice qui a un grand succès dans la classe inférieure : on donne un mot quel-

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