PARIS
E(;N VANUiR. ÉDITEUR DES DÉCADENTS
19, Qu\i Satnï-Michel, iO
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On a conteî^té aux Décadents le pouvoir de faire école. On a prétendu qu'ils sont des anomalies regrettables et, par suite, impuissants à toutes sortes de productions. On en a même appelé à quelques énergumènes de Télucubraiion et de l'incohérence pour prouver par leurs grimoires que l'existence des Décadents en tant qu'école est une simple farce et ne vaut pas la peine qu'on s'y arrête.
J'ai le devoir impérieux de ne pas laisser se propager plus lonp;temps les clameurs blasphématoires que d'incurables scribes ont fait parvenir* jusqu'à nos oieilles, bien que ces bruits ne soient qu'une conséquence naturelle de l'existence de l'école et une indéniable preuve de isa vitalité.
Les Décadents ont un chef suivi de toute une pléiade déjeunes écrivains, une e^^thétique nouvelle, un éditeur «t, même, diîs lecteurs. Que faut-il de plus pour constituer une école ?
Ce mouvement littéraire ne date pourtant point d'aa-
jourd^hui : Baudelaire pourrait en être appelé le vrai pré
curseur. On trouve dans \Çi^ Fleurs du Mal le germe
de toutes les beautés que nous admirons etsurtout l'idée
— - qtrru^p?égldé à la conception de Técoîe décadente.
Verlaine eTMatlâMeqVon peut en considérer comme les seuls initiateurs n'ont pas moins de vingt ans d'exercice l'un et l'autre dans l'occupation du nouveau genre d'écrire.
Et Rimbaud, ce frère intellectuel de Verlaine, presque divin par la langue, ravi si jeune à l'Art, mort, disent les uns, roi d'une peuplade sauvage, disent les autres, ou peut-être... qui sait ? Rimbaud n'a-t-il pas produit les Premières Communions depuis 1871 ?
Gomme on le voit, cette littérature n'est point venue sans préparation, comme ces cryptogames vénéneux qui naissent n'importe oii par une nuit d'orage; elle est l'œuvre du temps ; sa gestation a été longue etsonéclosion devait inévitablement se produire au moment oii elle s'est faite. Si elle n'est pas arrivée plus tôt, c'est que le Naturalisme n'avait pas encore donné toute la mesure de sa passion pour les objets bas, vulgaires ou répugnants.
C'est au mois d'août 1885 que mes amis et moi, écœurés de cette littérature vénale, stérile et terre à terre oii s'illustre Zola, et qui fait les délices du bourgeois sans âme, nous avons jeté au nom de tous ceux qui s'intéressent aux Arts, un formidable cri d'alarme ouï et répercuté par tous les échos à travers les deux Mondes.
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Dans un but d^universalisation du B^au, pour la première fois peut-être, prenant en pitit\) Taberration dos masses, nous avons daigné mettre à la portée du public une feuille qui fut comme le sanctuaire de l'Art : lo Décadent, sans abdiquer pourtant les hautes prérogatives du sacerdoce dont nous avons conscience. Eh bien ! répreuve, honorable pour notre dévouement, est la plug éclatante affirmation de Timpossibilité matérielle, manifeste, patente, de rompre jamais l'invincible attraction de la boue sur la pruuelle des foules. Nous avons l'orgueil d'avoir vu notre tentative circonscrite au monde intellectuel, d'avoir plané si haut que lé reste de Thunianité, qui ne nous a pas compris, n*a guère pu que nous apercevoir.
Gomme consécration de notre œuvre, nous avons recueilli les sarcasmes de l'ignorance hostile à toute excelsion, car nous n'avons rien tenté qui ne portât l'empreinte du beau, origine du bien et de toute moralité.
Je ne veux point faire ici l'apologie de l'École décadente, ni même la réfutation des arguments qu'on a élevés contre elîe ; je me propose tout simplement de dire ce qu'elle est, son but et ses moyens. Je m'interdis absolument l'usage de l'éloge ou du blâme pour ne donner qu'un réeit impartial, un résumé historique et non une œuvre plus ou moins intéressée d'attaque ou de défense.
J'en parlerai sans modestie comme sans orgueil : la modestie est l'apanage des fats ou bien le pire des orgueils, l'orgueil déguisé, et je trouve que l'orgueil n'est véritablement un défaut que quand il va se loger dantf
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Tâme d'une médiocrité. J'aiia conviction d'avoir collaboré
à un grand mouvement littéraire, j'en dirai ce que j'en
. pense, ni plus, ni moms, parce que je crois à son utilité.