‹ L'école décadenteChapitre 2 sur 10 · AVANT NOUS · texte numérisé non relu

AVANT NOUS

Ce siècle sur son déclin avait vu naître la plus immorale des littératures. Sorte d'encyclopédie impersonnelle dont Tesprit de minutieuse analyse est l'unique mérite, le Naturalisme, vrai miroir de cette société démocratique n'a jamais eu aucune élévation dans les idées. Il n'en pouvait avoir. Gomment des écrivains qui ne pensent pas pourraient-ils distraire un instant leur esprit de la matière? Pour eux lemonden'est qu'une immense machine automatique et les hommes qui l'habitent des mannequins stupides obéissant à des influences physiologiques inéluctablement fatales. i

C'était bien la littérature de cette triste époque de niyellement intellectuel à outrance, où tout ce qui porte l'empreinte de la pensée est considéré comme une insulte pour ces plèbes qui ne pardonnent pas, et qui souffrent moins de leur propre abjection que de la hauteur de ceux qui les surpassent.

Condamné à la monographie des choses, le Naturalisme a fait les délices de ceux qui sont incapables de voir ou de sentir autrement que par leurs sens.

Un instant quelques fanatiques de ce genre ont pu

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croire l'idée irrémédiablement anéantie sous Tinvasioa de la matière, et les foulos ont trépigné de joie à la lecture de quelques répugnantes descriptions, preuve manifeste que tout leur idéal gît uniquement dans la matérialité des choses.

Cette littérature ne pouvait être qu'éphémère : elle ne représentait pas la civilisation ; ses excès et ses tendances pornographiques avaient rendu inévitable la réaction qui s'opère aujourd'hui. C'est à l'École décadente qu'était réservé l'honneur de broyer le Naturalisme et de créer un goûtmeilleur qui ne fut plus en contradiction directe avec lé progrès moderne .

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