LE VESTIBULE DE L’ANTIQUE
L’ATELIER D’ARCHITECTURE
Ils se pressent, anxieux, la figure contractée, pâlie.
Ils commencent par lire les derniers noms... Ça leur suffirait bien d’être reçus dans les derniers; ils n’ambitionnent pas davantage pour le moment.
Ah! voilà un nom qui ressemble au leur!... Ils épèlent...
— S’il y avait une faute d’orthographe? — Non : ce n’est pas ça!... Ils continuent, remontant la liste des quatre-vingts élus, et, plus ils remontent, moins il leur reste d’espoir...
C’est fini! Ils ont tout lu et relu... Rien!... Leur nom n’y est pas !...
Refusés! Une fois de plus!
Lentement, la tête basse, ils s’éloignent, cachant aux camarades une larme qui coule le long de leur joue et qui s’arrête un moment comme une perle sur leur moustache naissante.
Encore pour six mois d’Antique!
l’atelier d’architecture.
Les ateliers d’architecture sont situés, — nous l’avons dit,
— dans le corps de bâtiments de droite.
On y arrive en suivant le couloir qui longe la salle Ingres, puis le portique de la cour du Mûrier; on se trouve alors au vestibule qui précède la salle Melpomène, et que coupe en deux un large escalier de pierre.
A gauche, au bas de cet escalier, est l’atelier Guadet.
En haut de l’escalier, à gauche, est l’atelier André; à droite, l’atelier Ginain.
M. Guadet a succédé à Constant Dufeux en 1871, M. André, à Paccard en 1867, et M. Ginain, à Laisné, en 1870.
Prenons pour type l’atelier de M. Guadet, une grande salle d’environ quatorze mètres de longueur sur huit de largeur et neuf de hauteur, éclairée par trois immenses baies; à gauche, près de la porte d’entrée, un énorme poêle en briques émaillées, auquel fait pendant un poêle en fonte plus petit, installé de l’autre côté.
Sur le mur du fond, en face de la porte, s’allongent des casiers qu’on décore du nom pompeux de bibliothèque.
Cette bibliothèque contient, entre autres choses, les photographies des projets médaillés, des Grands Prix et des envois de Rome, des traités d’architecture, Palladio, Vignole, le nouvel Opéra, Saint-Pierre de Rome, l’encyclopédie d’Architecture, les édifices de la Rome ancienne, etc...
Au-dessus de la bibliothèque, et dans toute la longueur de l’atelier, court une longue galerie qui sert à caser les châssis ; cette galerie contient en outre l’armoire du matériel, qui devient au besoin la salle de police, — effroi du nouveau.
Trois rangs de tables, placées perpendiculairement aux fenêtres, emplissent presque l’atelier. Dans le peu d'espace resté libre, des tréteaux, sur lesquels on pose de grandes planches, constituent d’autres tables, qui finissent par encombrer la salle tout entière.
L’atelier est au complet. Cinquante élèves à peu près sont couchés sur leurs planches, formant un pittoresque fouillis de têtes et de bras.
Quelques-uns ont conservé leurs vestons ou leurs redingotes, d’autres sont en bras de’chemise; le plus grand nombre a revêtu de longues blouses blanches semblables à celles des