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DEVANT LA PORTE DE L’ÉCOLE

Sous le buste du Poussin, des modèles, Italiens pour la plupart, causent, adossés à la grille, en attendant l’ouverture des ateliers.

Un vieux à barbe d’apôtre fume sa pipe entre un capitaine Fracasse en paletot râpé, et une Salomé en chapeau à plumes. Des enfants, qui ont gardé le costume des paysans du Transtévère, jouent et se bousculent en riant...

Et le Poussin semble retrouver dans ces voix chantantes un écho de cette Campagne romaine qu'il a tant désirée, tant aimée !...

A deux reprises, il s’était mis en route; arrêté, la première

fois, par un créancier impitoyable, la seconde fois, par une commande urgente, il ajournait depuis dix ans la réalisation de son rêve; c’est seulement en 1024 qu’il arriva à Rome. 11 avait trente ans passés.

Les protecteurs espérés n’étaient plus là; sa gêne devint vite de la détresse; mais qu’importait la pauvreté au travailleur- obstinément épris des maîtres et de la nature?

Parti le matin, son carton sous le bras, de quel pas il arpentait la plaine ardente, coupée d’oliviers gris, indéfiniment, et fermée à l’horizon par un mur de collines roses! Tout le long du jour, il dessinait les marais fiévreux, les ruines roussies par le soleil , idéalisant encore ces paysages solennels et mélancoliques; il fixait au passage les pâtres qui mènent le troupeau de bœufs aux cornes aiguës, les belles paysannes campées, au bord des fontaines, la cruche sur la tète: et les pâtres transfigurés devenaient des Diogène, et les belles filles, des Rébecca... Et, quand il rentrait le soir, harassé, des souffles frais couraient sur la plaine endormie, que les groupes d’oliviers tachaient maintenant d’une note vigoureuse...

Il se sentait là-bas à la source du beau et dans sa patrie naturelle. Pressé de toutes parts de revenir en France, il hésitait, comme devant un exil. Les offres les plus séduisantes ne pouvaient le décider; les honneurs, la gloire même, n’étaient pas ce qui le tentait.

Eu vain M. de Noyers, secrétaire d’État et surintendant des l’x-auv \rfs, lui offrait mille écus d’appointements, un logement au Louvre et la Grande Galerie à décorer. En vain, le roi Louis Mil lui écrivait de sa main : « Cher et bien-aimé..., Nous vous avons choisi et retenu pour un de nos peintres

LES ATELIERS

ordinaires. » Il fallut que M. cle Chanteloup vînt le chercher en personne et l’emmenât à Paris.

Trois ans plus tard, las « des importunités de ses supérieurs et du joug qu’il s’était imposé, » las surtout des envieux, il s’enfuit; et le voilà revenu dans cette Rome qu’il avait adoptée et qui devait le garder jusqu’à la mort, jouissant délicieusement du soleil et de la liberté, travaillant toujours, et « ne négligeant jamais rien ».

Les années se passent, l’âge arrive. Sa main, servante indocile, ne veut plus lui obéir. « Je suis devenu trop infirme, écrit-il... Aussi il y a quelque temps que j’ai abandonné les pinceaux, ne pensant plus qu’à me préparer à la mort. J’y touche de corps; c’est fait. »

Et il meurt, le 19 novembre 1665, âgé de soixante et onze ans.

O maître, gardien fidèle de notre École, toi qui as tant aimé cette Rome où nous rêvons tous d’aller, permets qu’avant d’entrer je te salue.

Envié de ton vivant, tu as été discuté après ta mort, et ta gloire a, comme tes tableaux, la mélancolie des soleils couchants; mais, à travers les querelles d’école, ton nom subsiste, ton exemple est fécond ; nous apprenons de toi que les grandes tâches grandissent l’homme, que l’art désintéressé console de tout, de la douleur, de la misère et de l’envie...

Longtemps encore, sous le buste où ton nom s’efface, des enfants viendront se grouper, de belles filles aux cheveux lourds, parlant la langue harmonieuse qu’on parle au bord du Tibre; longtemps encore, ils évoqueront devant tes yeux

sans regard la petite maison que tu habitais près de la Trinité du Mont, les hautes terrasses du Pincio, où tu te promenais le soir, et les aqueducs, et la voie d’Appius, et les fontaines enguirlandées de pampres, — et tes lèvres de pierre murmureront :

Et in Arcadia ego !

L'École des Beaux-Arts, dont la porte répond au n° 14 de la rue Bonaparte, est située sur remplacement qu’occupait le musée des monuments français, bâti lui-même à l’endroit où s'éleva le couvent des Petits-Augustins.

Deux vastes cours, séparées par le portail du château de Paillon, commandent toute l’École.

\ droite, se trouvent : l’ancienne chapelle, devenue un musée, la salle Ingres, les appartements du Directeur, la cour du Mûrier, les ateliers d’architecture, de sculpture et de gravure, la salle Melpomène, et enfin la salle des exposilions, dont la façade donne sur le quai Malaquais.

Le corps de bâtiments du fond, parallèle à la rue Bonaparte. comprend : les ateliers de peinture, la salle de l’hémicycle, la bibliothèque et le musée des Antiques, qu’une Iroisième cour, étroite et longue, sépare des loges et de l'amphithéâtre réservé au cours d’anatomie.

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