MUSÉE HUGUIER ET COLLECTIONS ANATOMIQUES
jointe une planche due à M. Édouard Cuyer. Cette planche, composée d’un cheval articulé qu’on peut superposer à une suite de planchettes correspondant aux différents modes de progression de l’animal, donne tous les temps des allures et permet de compléter les études qu’on fait en s’aidant du squelette.
Ensuite vient une série d’écorchés, dont l’un est de Michel- Ange, quelques-uns de Houdon, les autres, d’artistes contemporains, puis deux collections remarquables.
Ce sont, d’abord, les résultats photographiés des expériences de Duchenne de Boulogne sur les expressions de la physionomie, expressions provoquées par l’électrisation des muscles de la face, artificiellement contractés. Toutes ces photographies ont été léguées par Duchenne à l’École des Beaux-Arts.
Non moins précieux sont les croquis, dessins et moulages dus à Barye, et complétés par des mensurations nombreuses de félins dans des attitudes diverses : ces documents, qui dénoncent les préoccupations du puissant animalier, fixent les ébauches et marquent les formes successivement tentées de ses œuvres; un admirable combat de tigres et d’éléphant constate le résultat de sa ténacité , et les élèves admis à travailler dans cette galerie y trouvent à la fois un modèle et un encouragement.
COURS DE DESSIN ET DE SCULPTURE
... Qu’est-il arrivé? Un accident? C’est un blessé que l’on emporte?
Deux gardiens en longue blouse , coiffés de la casquette de cuir et gantés de blanc, portent une civière du pas régulier de deux croque-morts attelés au même cercueil d’enfant. Sur la civière oscille une forme blanche dont un brigadier maintient l’équilibre, attentif de l’œil et du geste.
— Doucement! là!...
La lugubre procession , débouchant de la cour des Loges, traverse la cour de la Bibliothèque, passe entre la fontaine et le portique de Gaillon, franchit la petite grille...
— Attention à la marche !
La procession monte lentement la marche signalée, entre dans la salle Ingres, toujours à pas comptés, et s’arrête devant une petite porte.
Ce n’est pas un blessé qu’emportent ces hommes, c’est le moulage de l’antique qui va être copié au cours du soir.
Ils pénètrent dans le grand amphithéâtre vide, viennent à la table à modèles, et, pleins de précautions, commencent à dresser sur ce piédestal les jambes de l’Amazone au casque; au second voyage, ils les surmontent d’un torse; au troisième, ils apportent et emmanchent la tête, qu’un piquet fixe dans le cou; puis ils accrochent les bras, dont une clavette retient le tenon. Morceau par morceau, la svelte guerrière surgit, tachant de sa blancheur la vaste salle qu’assombrit le crépuscule, et l’on croirait assister à cette scène de féerie où un pauvre diable, victime d’une explosion, est reconstitué par des magiciens qui recueillent et rapprochent ses débris.
Le modèle est complet, et, grâce aux gants, son plâtre reste immaculé. Les élèves peuvent venir.