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COURS DE SCULPTURE SUR PIERRE ET SUR MARBRE

C’est M. Maniglier qui, tous les jours, de une heure à trois

heures et demie, enseigne aux sculpteurs à travailler le marbre et la pierre.

L’atelier, situé sous les combles, poussiéreux, plein de tables crasseuses et grasses d’huile, est encombré de selles où des morceaux de marbre sont fixés avec du plâtre.

Sur les selles, des outils, compas à trois pointes, pieds de biche, gratines, pointes en acier et maillets de fer.

Nulle besogne n’est plus rude que la pratique du marbre; avant que l’élève sache son métier, que d’ampoules! que d’écorchures! que de coups de maillet mal donnés et bien reçus!...

Mais aussi, quelle joie, lorsqu’après quelques mois de labeur, on a achevé le premier morceau, et qu’on peut l’envoyer, éblouissant comme la neige, au conseil municipal de sa ville !...

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« L’architecte, disait Yitruve, doit savoir écrire et dessiner, « être instruit dans la géométrie , et n’ètre pas ignorant de « l’optique; avoir appris l’arithmétique et savoir beaucoup « de l’histoire; avoir bien étudié la philosophie, avoir con- « naissance de la musique et quelque teinture de la méde- « cine, de la jurisprudence et de l’astrologie. »

L’École des Beaux-Arts est de l’avis de Yitruve.

Les architectes suivent des cours de mathématiques, de géométrie descriptive, de stéréotomie et levé de plans, de physique, chimie et géologie, de construction, de perspec-

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tive, de dessin ornemental, de législation du bâtiment, d’histoire de l’architecture, de théorie de l’architecture; soit dix.

Les architectes ont donc, à eux seuls, deux fois plus de cours que les peintres et les sculpteurs réunis.

En effet , tous les arts obéissant à l’architecture comme des frères cadets à leur aîné, il y a dans l’architecte le constructeur et l’artiste.

Sans compter le légiste, apte à prévoir les cas de mitoyenneté et de servitudes.

Le constructeur doit connaître les matériaux, — matériaux naturels, comme le bois, le fer, le plomb, le zinc, l’ardoise et la pierre, granit, porphyre, basalte ou marbre; ou artificiels, comme le béton, le pisé, le bitume, la faïence, la porcelaine, l’asphalte, la brique, que les Babyloniens employaient crue, le ciment, que les Romains faisaient alterner avec les briques, ainsi qu’on le voit dans les ruines des Thermes de Julien; il sait leur résistance et leur solidité, la disposition et la convenance des appartements ou des édifices, sagement appropriés à leur destination ou à leur fonction.

L’artiste étudie la combinaison des lignes, des surfaces, des pleins et des vides, multipliés selon qu’il cherche un aspect sévère ou riant; il fixe les proportions, le caractère et l’harmonie de son œuvre, toujours adaptée au climat et à la configuration du sol.

Il l’étudie sous trois formes : le plan, la coupe et l’élévation; le plan constate la convenance de l’édifice, la coupe en constate la solidité; l’élévation en constate l’élégance ou la noblesse, — d’un mot la beauté.

En apprenant l’histoire de l’architecture, il note les efforts successifs des diverses civilisations; après la cabane, la hutte de terre et de gazon, la caverne ouverte au flanc des montagnes et dont on fermait l’entrée avec des branches d’arbres, refuges primitifs des tribus errantes, assortis aux besoins de ces farouches chasseurs, vient la tente, où s’abritent les peuples nomades, que l’agriculture arrête et condamne à un horizon plus restreint; puis, voici les premières habitations, lacustres ou terrestres, bâties sur pilotis ou sur fondations, dont le groupement forme les premiers villages.

Puis, les villages s’agrandissent et deviennent des cités, moitié militaires, moitié religieuses; les premiers monuments s’élèvent à l’ombre des cimes couvertes de neiges; au milieu du désert, au bord des grands fleuves, des pagodes surgissent, des pyramides, des palais pour les rois, des temples pour les dieux.

L’homme creuse des labyrinthes dans les rochers, comme pour fixer le souvenir de ses angoisses au milieu des halliers impénétrables et sombres; Persépolis dresse vers le ciel des dômes en forme de mitres; Lahore cache dans ses forêts des sanctuaires pareils à des cryptes, dont les voûtes profondes reposent sur des éléphants de pierre; Babylone entasse l’une sur l’autre, au bout de ses larges avenues, ses terrasses, soutenues par des taureaux de granit, où des antilopes bondissent à travers les roses, à l’ombre des cèdres.

Et, pendant que l’Inde fait se mirer dans les flots du Gange ses entassements prodigieux, l’Égypte, morne comme un cheval aveugle, s’attelle, d’un travail enragé, à la construction de ses tombeaux ; elle en bâtit d’énormes, qui surgissent

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au milieu des sables ainsi que trois écueils au milieu des flots; elle en aligne sur les deux rives du Nil; seuls, quelques obélisques jaillissent au milieu des sombres hypogées, comme pour en faire ressortir les teintes lugubres et les dimensions écrasées; partout, à Thèbes et à Memphis, des portes massives ouvrent sur des sépulcres démesurés, peints de couleurs funèbres à l’imitation de la barque d’Osiris; les sphinx mystérieux sont là pour rappeler au passant que l’homme vit pour se taire et ne pas comprendre; Isis ne lève pas son voile; la nuit est sur ce coin du monde, et, dans ces villes devenues des nécropoles, les prêtres des dieux cachés n’autorisent que le culte de la mort et les symboles de la sépulture.

En face de cette sinistre vallée, éternellement en deuil, la Grèce, avec son chœur d’iles fleuries, semble mener une fête éternelle : tandis que l’Egypte emmaillote ses eunuques et ses femmes de tuniques aux plis mesquins qui les font plus grêles encore et qui semblent des suaires anticipés, la Grèce drape ses éphèbes et ses vierges de chlamydes harmonieuses et de péplos élégants, sous lesquels l’attitude est toujours noble, le geste toujours aisé; le culte de déesses et de dieux créés, accrus parles poètes, est un culte souriant et libre; le rythme qui préside à la marche des astres règle la vie de ce peuple, épris de grâce et d’harmonie. Des temples blancs, que le soleil va teindre en rose , se dressent sur les promontoires, regardant la mer; le Pentélique fournit ses marbres, l’Attique fournit ses sculpteurs, et, dans la cella, des statues rayonnent, divinement nues, modèles accomplis offerts à l’admiration des artistes avenir. Les cortèges assemblés pour les cérémonies gravissent les collines, ou s’allongent dans les plaines, baignés d’azur, et dans un ordre tel que Phidias

n’a qu’à les copier pour orner d’un bas-relief immortel la frise du Parthénon. La sagesse coule à flots; toute cette foule puise, avide, à la source sacrée. Les dieux combattent avec les hommes, et les hommes se modèlent à l’image des dieux. Une architecture sereine commence, où la lumière frappe dé larges plans, unis comme la poitrine d’un athlète ou le front d’un philosophe; les arts prisonniers s’émancipent. « Les modèles, dit Platon, étaient d’abord déposés dans le temple et défense était faite aux artistes de s’en écarter jamais. » La Grèce rompt ces dernières entraves; la forme humaine est maintenant l’unique prototype.

Les proportions deviennent la règle de toute construction; les colonnes, d’abord massives et trapues, ont reproduit un animal, puis un tronc d’arbre, et parfois un faisceau de tiges liées en haut et en bas, comme dans les ruines de Beni-Assan : elles s’allongent à cette heure jusqu’à l’élégance d’un corps féminin.

« Dorus, fils (Y Hellen et de la nymphe Optique , roi d’A- « chaïe et de tout le Péloponèse, ayant autrefois fait bâtir un « temple à Junon dans l’antique cité d’Argos, ce temple se « trouva par hasard être de cette manière que nous appelons « dorique. Ensuite, dans toutes les autres villes de l’Achaïe, « on en fit de ce même ordre, aucune règle n’ayant encore « été établie pour les proportions de l’architecture. Plus tard , « les Athéniens, après avoir consulté l’oracle d’Apollon, par « un commun accord de toute la Grèce, envoyèrent en Asie « treize colonies, chacune ayant son capitaine, sous la con- « duite générale d’ion, fils deXutlius, et de Créuse, qu’Apol- « Ion, par son oracle rendu à Delphes, avait avoué pour son

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