‹ L'école des beaux-artsChapitre 4 sur 95 · TV · texte numérisé non relu

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LE NOUVEAU

Parmi tous ces enthousiastes, quel est celui-ci qui marche, plus enthousiaste encore, le cœur plein de confiance, les yeux pleins d’orgueil?

C’est le nouveau.

Du plus loin qu’il aperçoit les têtes vénérées du Puget et du Poussin, l’envie le prend doter son chapeau et de leur dire, respectueux et familier :

— Bonjour, confrères!

Tout à l’heure, il va se présenter au massier, qui le présentera à l’atelier réuni. Tout à l’heure, il aura à l’École ses grandes et ses petites entrées. Il va être officiellement et définitivement un futur grand homme, jouissant de la gloire anticipée qu’on accordait jadis aux étudiants de l’Université... Tous les jours, il viendra, comme aujourd’hui, sa boite à la main; tous les jours, il passera, le front haut, cette petite porte; et le concierge, debout entre ses caisses de lauriersroses, l’accueillera d’un sourire; et les gens du quartier finiront par le connaître, et ils diront de lui :

- C’est un élève de l’École! de l’atelier de M. X...

Puis ils en arriveront à le nommer au passage, comme les Athéniens nommaient les éphèbes habitués des jardins d’Académus, et les Romains de la Renaissance, les jeunes gens, disciples de Raphaël!...

Et ce sera le commencement de la renommée !...

Mais d’où vient qu’à mesure qu'il approche le nouveau ralentit le pas?

Sa. figure, tout à l'heure rayonnante, se voile de mélancolie, on dirait même d’inquiétude...

Les élèves qui rentrent, il les regarde maintenant en dessous, du coin de l’œil, comme s’il craignait une moquerie.

I) hésite à franchir la grille; il traverse les deux cours en homme qui se consulte, et qui est partagé entre le désir de faire une entrée brillante et le désir de s’en aller...

Eo voilà dans le vestibule de l’Antique; il semble qu’il ait peur de s’engager dans l’escalier.

Qu’a-t-il donc?

Il gravit les marches, une à une, et, arrivé sur le palier,

l’entrée du nouveau.

LE NOUVEAU

s’arrête, visiblement ému, un peu pâle... Il met la main sur son cœur... Son cœur bat...

Au moment de prendre le bouton de la porte, il n’en a décidément plus le courage ; il va tourner casaque et redescendre. . . Des élèves montent l’escalier! Pas moyen de fuir!

— Allons! courage! se dit-il tout haut.

D’un geste résolu, il pousse la porte...

Il entre...

Le nouveau est entré, sans bruit, en se faisant le plus petit possible...

Une cloison qui forme paravent lui cache le modèle et la plus grande partie de l’atelier : il aperçoit seulement quelques élèves assis à leurs chevalets. Aucun ne paraît l’avoir vu. Son chapeau d’une main, son carton sous le bras, il s’est, arrêté... Il récapitule, à part lui, les supplices variés qui sont, paraît-il, réservés au nouveau... Il examine ses futurs camarades, si débonnaires en apparence... Auquel vaut-il mieux s’adresser?...

Et s’il ne s’adressait à personne?... Et s’il s’en retournait?...

— Un nouveau ! Crie une voix

Trop tard ! Le voilà signalé !

— Un nouveau! Un nouveau!

Tous se lèvent... Lui, ahuri par ce vacarme, n’a pas bougé... Il attend !...

Un ancien s’approche, le prend par la main, et le présente à l’atelier :

— Messieurs, un nouveau !

— Comment t’appelles-tu? demande-t-on de tous côtés.

Le nouveau balbutie un nom inintelligible.

— Plus haut ! plus haut ! On n’a rien entendu !

L’ancien lui donne un morceau de craie et montre un coin

de la muraille :

Écris-le ! et tâche que ça se voie !

Le pauvre écrit son nom , et les huées éclatent :

- Où diable a-t-il pêché ce vocable-là?

- Ils s’appellent tous comme ça dans ta famille?...

Si le nouveau est né malin, ou seulement s’il a été prévenu , il évite cette entrée bruyante en venant à l’atelier dès la première heure. Quatre ou cinq élèves, tout au plus, sont arrivés lorsqu’il se présente; nul ne s’occupe de lui; il respire, croyant avoir esquivé l’orage ; il se glisse dans un coin, et fait le mort.

Mais il n’a rien perdu pour attendre : l’atelier s’emplit; quelqu’un a remarqué cette nouvelle figure, et le cri, le cri terrible a retenti :

— Un nouveau !

On l’adresse alors au massier.

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