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L’ADMISSION

Les épreuves d’admission sont assez compliquées. Deux fois par an, en mars et en juillet, a lieu la session des examens d’admission à l’Ecole proprement dite.

Pour ceux qui sont candidats à la section de peinture, les épreuves comprennent : un dessin d’anatomie (ostéologie) exécuté en loge, en deux heures; une épreuve de perspective, exécutée en loge, en quatre heures; un examen sur les notions générales de l’histoire, — examen oral ou écrit, au choix du candidat.

Après ces épreuves « préalables et éliminatoires », jugées par des professeurs spéciaux, viennent : une figure, dessinée, d’après la nature à l’une des sessions, d’après l’antique à l’autre session, et exécutée en douze heures; un fragment de figure modelé d’après l’antique, exécuté en neuf heures; une étude élémentaire d’architecture exécutée en loge en six heures.

Le candidat qui a passé ces épreuves avec succès est reçu élève de l’École proprement dite. Ce titre lui donne le droit de suivre les cours et de prendre part aux concours. 11 peut employer le reste de son temps à étudier dans un atelier extérieur.

S’il veut faire partie d’un des ateliers de l’École, l’admission dépendant uniquement du professeur de l’atelier, il doit procéder de la façon suivante : il choisit le professeur qui lui convient le mieux et se fait, présenter. S’il n’a aucune recommandation, il se présente lui-même, ne se recommandant que de ses travaux, et il est tout aussi bien reçu. La porte du maître, si difficile à forcer pour bien des gens, même haut placés, s’ouvre toujours devant le jeune inconnu qui n’a d’autre titre que celui d’aspirant élève; et, à moins

que ses dessins ne soient par trop insuffisants, ou les élèves de l’atelier déjà trop nombreux, il a bien des chances pour mériter les sympathies de l'artiste qui a conquis les siennes, et qui déclare, du droit d’une autorité souveraine :

Dignus est intrare!...

Une fois admis, — et l’on voit par ce qui précède qu’on n’est pas admis sans s’être prouvé épris de travail, — les élèves jouissent d'une très grande liberté.

Les études d’art deviendraient impossibles pour beaucoup d’entre eux s’ils étaient astreints à une régularité absolue.

Et la raison en est bien simple.

La vocation, qui pousse cinq à six cents jeunes gens à s’inscrire tous les ans sur les registres de l’École, les prend dans toutes les classes de la société; les fils de famille se rencon- 1 rent à la porte avec les fils d’ouvriers ou de paysans; mais ceux-ci dominent, et la plupart de ces aspirants artistes n’ont pas de ressources personnelles.

(Quelques-uns touchent une mince pension allouée par le conseil municipal de leur pays, et qui leur permet à peine de vivre.

I faulrcs n’ont ni pension ni famille. Par bonheur, de temps nu lumps, de petits travaux leur tombent du ciel, copies, por- 1 rail s , panneaux décoratifs. Ce sont eux qui peignent pour lus eliarculicrs ces appétissantes natures mortes, où des groins de porc reposent sur une couche de gelée transparente, au

L’ATELIER DE PEINTURE

milieu des fleurs, — pour les déménageurs, ces chevaux attelés à des voitures jaunes capitonnées à l’intérieur, — poulies charbonniers, ces avenues construites en rondins qui s’ouvrent sur des forêts séculaires.

Parfois même, ils se font peintres en bâtiments. Pendant un mois ou deux, ils disparaissent... Où sont-ils? — Ils peignent des stores ou des affiches, ou des gourmets avalant des huîtres. Quand ils ont gagné un peu d’argent, ils viennent se retremper devant la nature ou l’antique. Refuser l’entrée de l’École à ces travailleurs obstinés, sous prétexte qu’ils n’en peuvent suivre les cours régulièrement, serait leur enlever tout espoir d’arriver jamais.

Et, de fait, en dépit de tant d’entraves, ces irréguliers laissent souvent bien loin derrière eux les favorisés du sort, à qui, dès le début, toutes facilités avaient été données.

l’atelier de peinture.

L’administration sait mieux que personne qu’il faut laisser la bride sur le cou des jeunes gens, et elle n’intervient jamais, dans la personne de l’inspecteur, qu’en cas de désordre ou pour régler des questions d’ordre intérieur.

Dans les ateliers de peinture comme dans les autres, les professeurs sont maîtres absolus.

Fondés en 1863, les ateliers de peinture sont au nombre de trois.

Les professeurs nommés à cette époque étaient MM. Pils,

Gérôme et Cabanel. MM. Cabanel et Gérôme sont encore à la tète de leurs ateliers.

L’atelier de Pils , — occupé successivement par Lehmann et par M. Hébert, actuellement directeur de l’Académie de France à Rome, — est dirigé aujourd’hui par M. Boulanger.

Les appointements des professeurs étaient, à l’origine, de 2.400 francs; ils sont maintenant de 4.000.

Ces trois ateliers prennent jour par de grands vitrages ouverts sur les jardins de l’hôtel Caraman-Chimay. En face du vitrage, et devant un rideau, vert ou brun, qui sert de fond, la table à plateau tournant où s'installe le modèle; autour de la table, quarante et quelques chevalets, et cinquante ou soixante tabourets de différente taille. Près de la porte, un poêle, — non plus le vieux poêle classique, la cloche, — mais un énorme calorifère en forme cle colonne. On prétend qu’il chauffe mieux; c’est possible; en tout cas, il nuit beaucoup à l’effet pittoresque. Dans un coin, une lourde fontaine, soutenue par des supports en fer, et adossée au mur; à côté, la boîte pour mettre le savon noir, et une serviette sans tin, roulant sur un morceau de bois installé comme un dévidoir; ici, des haltères, là, des fleurets; et, tout autour, une série de charges d’élèves.

A chaque atelier est jointe une annexe isolée par une cloison, et qui sert de garde-robe et de chambre de débarras; une barre fixe est adaptée à la porte de ce réduit.

La vie est assez régulièrement organisée. Le lundi matin, tous les ('lèves viennent de bonne heure, afin d’être présents à l'appel et de choisir leur place.

Le modèle arrive à huit heures en hiver, à sept heures en été.

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