‹ L'école des belles-mères: comédieChapitre 8 sur 21 · ANDRÉ, obéissant · texte numérisé non relu

ANDRÉ, obéissant

Des cigares... quatre boîtes de vingt-cinq. Oh! Éionne maman!

MADAME GRAINDOR.

Et quels cigares, s'il vous plaît?

ANDRÉ

Des exquisitos... à quatre-vingts centimes.

MADAME GRAINDOR.

Parfaitement!

ANDRÉ

Mais vous faites des folies, bonne maman... C'est trop... comment avez-vous eu l'idée ?

MADAME GRAINDOR.

Vous ne vous rappelez pas ?

ANDRÉ

Non!

FIFINE

, Hier... après dîner...

ANDRÉ

Ah 1 le cigare qu'on m'avait donné.

FIFINE

"Et que tu as trauvé si bon.

L'ÉCOLE DES D E L L ES-M È RES 2t

MADAME GRAINDOR, .. ^

Vous avez dit « Sapristi, je m'y habituerais bien à | ces cigares-là. »

FIFINE

Je t'ai demandé le prix et le nom, sans avoir l^air i de rien I

MADAME GRAINDOR. . . ,

Et voilà!... Qu'on dise maintenant du mal des belles-mères! , "

ANDRÉ

Il faudrait ne pas vous connaître.

MADAME GRAINDOR.

Ça, c'est gentil..! je suis venue un peu vous voir, je me suis dit: ils sont tout seuls, là-haut, ils vont peut-être s'ennuyer, et j'ai apporté mon ouvrage... (Tout en causant eUe s'installe.) Dites-moi un peu pourquoi jl est convenu que toutes les grand' mères sont bonnes et toutes les belles-mères méchantes, alors qu'ime grand' mère est toujours une belle-mère.

ANDRÉ

Je ne sais, mais vous serez une gyand' mère adorable.

Oh! le plus tard possible.

ANDRÉ

Je dis, moi, le plus tôt possible.

MADAME GRAINDOR. ^

C'est pour vous que je parle. Jouissez de votre jeunesse, allez I les enfants viendront toujours assez tôt et assez nombreux.

ANDRÉ

Je ne suis paô de votre avis î

MADAME aRAINDOR.

Heureux ceux qui n'en ont pas.

ANDRÉ

f ^espère bien que l'an prochain vous serez marraine.

MADAME GRAINDOR.

Déjàl

ANDRÉ

Les enfants c'est la joie et la paix du foyer.

MADAME GRAINDOR.

Ne vous pressez pa$ de vieillir, cela viendra assez ivite. Si vous saviez les tracas, leç chagrins que les ^enfants apportent avec eux, vous changeriez d'avis. Ayez-en un, un petit, deux tout au plus... Ce sera suffisant.

ANDRÉ

Moi, j'ai des théories là-dessus. J'en veux avoir bientôt et j'en veux avoir beaucoup. La France en a besoin.

FIÉINE, riant.

Je me vois déjà en mère Gigogne.

MADAME GRAINDOR, se forçant pour 6tre douce.

Vous parlez sans raison, mon cher André. D'abord la santé de Fifine ne permettra pas la réalisation de ces rêves.

ANDRÉ

Allons donc I

FIFINE

Moi, je suis de l'avis de maman l '

jjy:

MADAME GRAINDOR^ demêmd.

.Ton mari plaisante.

ANDRÉ

Pas du tout.

UADAME QRAINDOR, de même.

Vous VOUS rui.nerez^n frais de nourrice.

ANDRÉ

J'ai encore des idées là-dessus : mes enfants n'au-! ront pas d'autre nourrice que leur mère.

MADAME GRAINDOR, avec très peu d'éclat.

Mais vous auriez dû me dire tout cela avant de l'épouser,- cher monsieur.

FIFINE, désolée.

Et moi qui aime les corsages se boutonnant dans le dos !

MADAME GRAINDOR, à André.

. J'espère que vous ne parlez pas sérieusement. Je trouve inconvenants, oui, c'est le mot, inconvenants, • les ménages qui...

ANDRÉ, un peu sec.

Vous avez tortj vou§ avez, tort, je vous l'assure. D'ailleurs, ceci ne regarde que nous.

MADAME GRAINDOR, douce.

Mais, comme vous 'me parlez, mon cher André!

Vous pensez bien que si je vous donne des conseils, •c'est dans votre intérêt et dans celui de ma fille. J'ai vécu plus longtemps que vous, mon pauvre ami, et je connais mieux lavie. Phis tard, vous vous apercevrez que j'avais raison ; mais les enfants ne croient pas au savoir des vieilles mamans.

t^4 L'ÉCOLE DES BELLES-MÈRES

ANDRÉ

Ils ont raison. Moi je laisserai mes enfants libres de faire ce qu'ils voudront. Ils seront à leur gré banquiers, notaires, soldats, sculpteurs, peintres ou auteurs dramatiques.

MADAME GRAINDOR.

Pourquoi pas danseurs de corde ?

ANDRÉ

Et danseurs de corde si cela leur convient.

MADAME GRAINDOR, riant faux, à Fiône.

Et moi qui prenais tout cela au sérieux I

ANDRÉ

Vous auriez tort d'en rire.

MADAME GRAINDOR.

Vous aimez plaisanter, {un temps.) J'ai passé chez le tapissier ce matin, il viendra mettre les rideaux • au lit.

ANDRÉ

Les reprendre, vous voulez dire.

MADAME GRAINDOR.

Non i les poser.

J'avais demandé à Fifine de les faire reprendre.

FIFINE

C'est vrai, je me le rappelle maintenant, (a André.) J'ai seulement dit à maman que tu m'avais priée de passer chez le tapissier : j'avais oublié pourquoi. En effet, c'était pour lui rendre les rideaux de lit.

L*ÉGOLE DES BEtLES-MËRES

MADAME 6RAIND0R.

Des rideaux que je vous ai donnés ! S'ils ne vous iplaisent pas, on les changera.

ANDRÉ

Je ne veux de rideaux en aucune façon à notre lit, c'est contraire à l'hygiène. L'air ne circule pas à son aise. Les poussières s'amassent dans les plis, et les poussières, ce sont des mondes de microbes, si vous îie savez pas ça, bonne maman.

MADAME GRAINDOR.

Nous avons toujours eu des rideaux à notre lit, Graindor et moi, et ça ne nous a pas fait mourir... Mettez-les aux fenêtres.

Pas davantage. D'ailleurs, nous couchons la fenêtre ouverte.

MADAME GRAINDOR, à Fifine.

Est-ce vrai ?

Fifine fait signe que oui.

ANDRÉ

L'hygiène, bonne maman! De votre temps. on ignorait l'hygiène I Tout cela vous surprend. Je vais vous étonner plus encore. J'ai deux demandes à vous adresser.

MADAME GRAINDOR

Vous me faites peur.

ANDRÉ

La première, c'est de nous permettre à Fiiine et à moi de dîner et de déjeuner chez nous.

MADAME GRAINDOR.

Est-ce que vous ne mangez pas bien... en bas?...

t6 L*£GOLE DES BELLES-MERES

Je suis étrangement récompensée d,e tout le mal que je me donne afin de vous être agréable... je ne sais qu'inventer pour vous faire plaisir... Je n ai pas de chance, vraiment. Si ma cuisine ne vous parait pas bonne, dites-le... dites ce que vous aimez... (prêt© à >ieurer.) J'avais remarqué qne vous adoriez le rôti de veau, nous en mangeons trois fois par semaine... Çd me fait des scènes avec mon mari qui ne peut pas lo soufifrir... mais je passe par là-dessus pour vous... Ce soir, il y avait un perdreau truffé. Vous voyez bien aue je ne suis pas une méchante femme.

ANDRÉ

Vous êtes très bonne, je ne l'ai jamais contesté.

MADAME GRAINDOR.

Eh bien, vous viendrez nous demander à dîner quand vous voudrez, aussi rarement que vous voudrez.

ANDRÉ

Ma seconde demande est celle-ci. Je désire que vous m'aidiez à retenir Fifine ici, chez elle, ou elle reste trop peu de temps.

MADAME GRAINDOR.

Vous ne voulez pas la garder en prison ?

ANDRÉ

Non. Je veux qu'elle s'habitue à son rôle de maîtresse de maison, qu'elle s'occupe de diriger les domestiques... etc.. etc...

MADAME GRAINDOR.

Est-ce que je ne m'en acquittais pas bien ?

ANDRÉ

Si, mais j'aime mieux que ce soit plus mal fait et que ce soit fait par Fifine.

L'ÉG6IiE DES BELLES-MÈRES Î7

MADAME GRAINDOR.

Alors, VOUS ne voulez plus qu'elle vienne me tenir compagnie ?

ANDRÉ

Si, mais moins souvent.

MADAME GRAINDOB

Elle ne pouvait trouver chez moi que de bons •exemples.

ANDRÉ

Mais à force de l'attirer chez vous et de Ty retenir,, vous en étiez arrivée à me la reprendre presque' tout à fait.

MADAME GRAINDOR.

- C'est bien ! Vous commanderez. Vous êtes le maître.

ANDRÉ

. Je vous remercie. Faites comprendre cela à Filme, je vous en serai reconnaissant.

Il sort.

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