‹ L'école des femmesChapitre 12 sur 44 · ALAIN, GEORGETTE · texte numérisé non relu

ALAIN, GEORGETTE

GEORGETTE

Mon dieu ! qu'il est terrible } Ses regards m'ont fait peur, mais une peur horrible, Et jamais je ne vis un plus hideux chrétien.

ALAIN

Ce monsieur l’a fäché ; je te le disais bien. GEORGETTE.

Mais que diantre est-ce là, qu'avec tant de rudesse Il nous fait au logis garder notre maitresse ? D'où vient qu’à tout le monde il veut tant la cacher, Et qu'il ne saurait voir personne en approcher? ALAIN.

C’est que cette action le met en jalousie.

| GEORGETTE

Mais d’où vient qu'il est pris de cette fantaisie P ALAIN.

Cela vient... cela vient de ce qu'il est jaloux. PR CCEORGRITE Oui : mais pourquoi l’est-il? et pourquoi ce courroux? ALAIN.

C’est que la jalousie. entends-tu bien, Georgette? Est une chose. là... qui fait qu’on s'inquiète. Et qui chasse les gens d’autour d’une maison. Je m'en vais te baïller une comparaison, Afin de concevoir la chose davantage :

Dis-moi , n'est-il pas vrai, quand tu tiens ton potage, Que, si quelque affamé venait pour en manger, Tu serais en colère, et voudrais le charger?

GEORGETTE

Oui, je comprends cela.

ALAIN

C'est justement tout comme.

La femme est en effet le potage de l’homme; Et, quand un homme voit d'autres hommes parfois Qui veulent dans sa soupe aller tremper leurs doigts, Il en montre aussitôt une colère extrème.

GEORGETTE

Oui : mais pourquoi chacun n’en fait-il pas de même ?

Et que nous en voyons qui paraissent joyeux

Lorsque leurs femmes sont avec les beaux monsieux ?

ALAIN

C’est que chacun n’a pas cette amitié goulue Qui n’en veut que pour soi.

Page 1