ENRIQUE, CHRYSALDE, ORONTE, ARNOLPHE; HORACE
(Horace et Arnolphe se retirent dans un coin du théâtre, et parlent bas ensemble. )
ENRIQUE, à Chrysalde, Aussitôt qu'à mes yeux je vous ai vu paraître, Quand on ne m'eût rien dit, j'aurais su vous connaître. J'ai reconnu les traits de cette aimable sœur Dont l’hymen autrefois m'avait fait possesseur ; Et je serais heureux si la Parque cruelle M'eût laissé ramener cette épouse fidèle, Pour jouir avec moi des sensibles douceurs De revoir tous les siens, après nos longs malheurs. Mais puisque du destin la fatale puissance Nous prive pour jamais de sa chère présence, Tâchons de nous résoudre, et de nous contenter Du seul fruit amoureux qui m'en ait pu rester. I] vous touche de près , et, sans votre suffrage, J'aurais tort de vouloir disposer de ce gage. Le choix du fils d'Oronte est glorieux de soi; Mais il faut que ce choix vous plaise comme à moi.
CHRYSALDE.
C'est de mon jugement avoir mauvaise esume, Que douter si j'approuve un choix si légitime. ARNOLPHE, bas à Horace, Oui, je veux vous servir de la bonne façon.
HORACE, à part, à Arnolphe, : ::
Gardez, encor un coup...
ARNOLPHE, à Horace, N’avez aucun soupçon.
(Arnolphe quitte Horace pour aller embrasser Oronte. ) ORONTE, à Arnolphe.
Ah ! que cette embrassade est pleine de tendresse !. ARNOLPHR..
COMÉDIE
| ARNOLPHE
Que je sens à vous voir une grande allégresse : ORONTE.
Je suis ici venu...
ARNOLPHE
Sans m'en faire récit, Je sais ce qui vous mène.
ORONTE
On vous l’a déjà dit?
ARNOLPHE
Oui.
| ORONTE
T'ant mieux.
ARNOLPHE
Votre fils à cet hymen résiste, Et son cœur prévenu n’y voit rien que de triste. 11 m'a même prié de vous en détourner :
Et moi, tout le conseil que je puis vous donner," C’est de ne pas souffrir que ce nœud se diffère , Et de faire valoir l'autorité de père.
I faut avec vigueur ranger les jeunes gens, Et nous faisons contre eux à leur être mdulgent. HORACGE, à part.
Ah ! traître !
__ GHRYSALDE.
Si son cœur a quelque répugnance, Je tiens qu’on ne doit pas lui faire résistance. Mon frère, que je crois , sera de mon avis. Quoi ! se laissera-t-il gouverner par son fils ? st-ce que vous voulez qu’un père ait la mollesse De ne savoir pas faire obéir la jeunesse ?
{] serait beau vraiment qu’on le vit aujourd’hui Prendre loi de qui doit la recevoir de lui !
Non, non, c’est mon intime , et sa gloire est la mienne ; Sa parole est donnée, il faut qu’il la maintienne : Qu'il fasse voir ici de fermes sentimens, Et force de son fils tous les attachemens.
ORONTE
C’est parler comme il faut, et dans cette alliance C’est moi qui vous réponds de son obéissance.
74 L'ÉCOLE DES FEMMES, CHRYSALDE, à Arnolphe.
Je suis surpris, pour moi, du grand empressement Que vous me faites voir pour cet engagement, Et ne puis deviner quel motif vous inspire.
ARNOLPHE
Je sais ce que je fais, et dis ce qu'il faut dire. ORONTE.
Oui, oui, seigneur Arnolpbe, il est...
CHRYSALDE.
Ce nom l’aigrit; ? 2 9 #1 » o ?
C’est monsieur de la Souche, on vous l’a déjà dit.
ARNOLPHE
I] n'importe.
HORACE, à part.
Qu'entends-je ! ARNOLPHE, se tournant vers Horace.
Oui. C’est là le mystère; Et vous pouvez juger ce que je devais faire, HORACE, à part. |