‹ L'école des flirts; comédie en trois scenesChapitre 1 sur 8 · PARIS LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF · texte numérisé non relu

PARIS LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF

2 8bis, RUE DE RICHELIEU, 2 8 l,is

été tiré 5 exemplaires sur papier de Hollande.

CONFERENCE

L'Amour moderne et le Flirt

L'amour! voici un bien gros titre à mettre sur une causerie de quelques minutes ! Et puis, il a tant t'ait parler de lui; on a écrit sur son compte tant de gros volumes et de petits papiers, qu'il devient très difficile de lui trouver quelques aperçus nouveaux.

Chacun de nous peut relire en soi-même, un livre entier, ou tout au moins plusieurs chapitres de son histoire. Les uns sont joyeux, d'autres mélancoliques ou douloureux, mais tous restent gravés au plus intime de l'être, — si bien qu'à parler de l'amour devant des gens aussi instruits, on se fait un peu l'eilet d'un élève voulant en remontrer à ses maîtres.

Aussi mon ambition se borne-t-elie à dire deux ou trois mots de définition sur l'amour, très spécial, que nous vaut cette un de siècle, et sur un de ses dérivés, —

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ou mieux — sur une de ses végétations quelque peu vénéneuse : le flirt !

Je ne vous apprendrai rien en constatant que notre époque est éminemment ennuyeuse et triste. — Le pessimisme, la névrose, la question sociale, la lutte pour la vie, sont autant de nuages noirs qui, pour l'embrumer, ont envahi notre ciel, — notre beau ciel bleu, de France vers lequel montaient, autrefois, les chansons ensoleillées de nos pères !

Aujourd'hui, on ne chante plus, on analyse ; — on ne s'enthousiasme plus, on additionne, on ne rit plus, on sourit dédaigneux et sceptique, assaisonnant toutes choses d'un filet d'amertume.

El* autour de ces âmes déjà si endeuillées, viennent encore s'abattre les brouillards des littératures du nord qui achèveront de les imprégner d'une pénétrante humidité.

Si l'amour eut son siècle, il n'est plus aujourd'hui qu'un dieu de second plan, — et encore un dieu bien laïcisé.

Les vendeurs ont envahi son temple ; — on y quête beaucoup à leur profit, mais bien rares sont les fidèles croyants et désintéressés qui mettent encore des roses autour du tabernacle.

Les préoccupations quotidiennes, le souci de la matérielle, l'équilibre difficile à garder entre les ressources qui diminuent et les besoins qui grandissent, absorbent le meilleur de nos forces vives.

Que peut faire l'amour au milieu de ce fatras écono-

mique ?

sur l'amour moderne et le flirt

Lui, — on l'a dit, — qui n'est jamais si à l'aise que dans un nid trop étroit, — pardonnerait bien des injustices sociales s'il pouvait trouver des cœurs pour s'abriter.

Mais, à l'aspect de nos égoïsmes renfrognés, il n'ose s'aventurer, de peur qu'avec son cortège de fleurs, d'illusions et de baisers, on le prenne pour une divinité de carnaval !

Depuis un demi-siècle, il faut l'avouer, nous avons démoli pas mal de chimères, empoisonné pas mal de croyances, déboulonné pas mal de dieux ; — et on a stérilisé dans l'œuf, c'est-à-dire dans nos êtres enéclosion, le rêve et l'espérance ! Nous voulons, à notre menu quotidien, des tranches de vie. — De par la devise que nous avons adoptée : courte et bonne, il nous faut des jouissances immédiates, payables à vue au guichet de la vie, car mort le bonhomme, morte l'étincelle, et les paradis que notre infaillible logique ne prouve pas, ne sont plus là pour payer les sacrifices, les devoirs, les résignations, — toute cette défroque démodée des vieilles superstitions !

Voilà la chanson du jour! Sur de telles paroles, l'amour ne pouvait écrire que ce qu'on appelle la musique de V avenir, avec peu de mélodie et beaucoup d'orchestration !

Aussi, quand... l'audition est finie, on reste le cerveau vide, les nerfs malades, le cœur enserré de brume.

On ne s'en va plus, ayant dans l'âme un air simple et joyeux qui l'aurait charmée, et qui, toujours, y serait resté comme une réminiscence de jeunesse !

Nous aimons donc, comme nous pensons, et comme

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nous vivons; sans puissance, sans abnégation, sans flamme d'enthousiasme et d'idéal.

La sécheresse, la négation, le calcul, voilà le plus souvent le mobilier des âmes d'aujourd'hui.

En outre, beaucoup d'écrivains, tant français qu'étrangers, ont développé une manie qui nous est chère : V analyse! Elle convient admirablement à nos goûts actuels de démolisseurs.

Elle gratte, corrode, déchiqueté, et, comme le corbeau qui s'est abattu sur un corps, elle ne quitte le sentiment humain, sur lequel elle s'est acharnée, que lorsqu'il n'en reste plus que le squelette !

L'analyse nous flatte encore en ce qu'elle a des allures de procédé scientifique, — ces procédés dont notre orgueilleuse raison est si fière !

Matérialistes par intérêt, snobisme, paresse ou sensualité, faisant mine de croire seulement au scalpel et à la cellule, nous avons fait l'autopsie du joli dieu malin après l'avoir assommé.

Et. comme les carabins, en découvrant le cerveau, rient de ne pas y trouver l'empreinte de l'Ame, nous aussi, en disséquant l'amour, nous avons eu un sourire d'athée, parce que la divine flamme n'y avait pas laissé de trace tangible !

Un à un, les rayons de son auréole se sont éteints. — De sentimental et poétique, devenu physiologique, cet amour, — réduit par certains savants un peu avancés, à n'être qu'une maladie comme la jaunisse et la coqueluche, — a vu croître autour de lui, l'étouffanf, toutes les ramifications de l'intérêt, ciis pousses en-

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