SUR L AMOUR MODERNE ET LE FLIRT
vahissantes et folles que les jardiniers, plus philosophes qu'on ne croit, appellent des gourmands.
Deux éléments dominent actuellement la plupart de nos actes : Le bien être et le bien paraître.
On les juge nécessaires pour parvenir, — non pas au bonheur, c'est encore un mot dégonflé auquel on ne croit plus, — mais à cette sorte de félicité courante représentée par le maximum possible de satisfactions et le minimum de peines.
Au lieu de l'amour plus fort que la mort, nous avons l'amour moins fort que la privation! En langage moderne, ça s'appelle être pratique.
Etre pratique, c'est la locution passe-partout. qui sert à excuser toutes nos petites infamies.
A l'abri de ce mot, on peut être avare, cruel, menteur, déloyal, et même, si l'on me permet un terme d'argot, on peut être rosse !
Puisqu'on avait ainsi dépouillé l'amour de son étincelante et chimérique parure, il fallait lui trouver autre chose.
Mais on ne s'est pas mis en frais pour couvrir sa nudité. A quoi bon? — Son panache, ses teintes d'aurore, ses lumineuses clartés n'excitent plus l'émotion. Mieux valait le mettre à la torture, lui infliger la question pour en extraire un sentiment compliqué, une sensation bizarre, aiguc troublante, qui démantèle les nerfs et les livre, vaincus, à la névrose.
Ce sont là les extrêmes de ce clavier d'amour, dont tous les octaves ont été transposés pour s'approprier aux tons des airs nouveaux.
IO CONFERENCE
Cet amour moderne, désabusé, impuissant, sensuel, calculateur, cet amour qui s'occupe d'économie politique, de bourse, de chimie, de physiologie, et qui écrit même un roman à ses moments perdus, devait nécessairement engendrer le flirt. — Le flirt, qui permet le jeu sans brûler la chandelle, le flirt qui donne un peu de plaisir sans frais, un peu de volupté sans conséquences, permet de tout dire sans rien faire, de tout commencer sans rien achever, qui autorise les commerces clandestins, et sert, au besoin, d'apéritifs à un repas plus substantiel, quand les appétits vont jusqu'à vouloir se mettre à table.
Pouvant revêtir les nuances les plus diverses, depuis la teinte mate d'une fleur d'oranger jusqu'aux couleurs éblouissantes de la flore tropicale, — il va, se faufilant partout, même dans les familles, — n'effarouchant personne, — pas même les maris, — ■ et poursuivant, à l'ombre des éventails, son œuvre de désagrégation.
C'est le ver qui, doucement, sans que personne l'y ait vu entrer, gâte le plus beau des fruits. On s'en aperçoit seulement quand celui-ci se détache de l'arbre et s'écrase en tombant.
En outre, il permet toutes les manifestations, plaisant aux cérébraux comme aux impulsifs, aux platoniques, comme aux plus gourmands, recherché par
ceux qui aiment à frôler la tentation d'assez près pour avoir un peu du vertige de la chute, et cultivé par les mondains qui font de l'amour un objet de luxe et d'étagère.
Il est aux cœurs blasés ce que les hors d'œuvre, les