‹ L'école des journalistesChapitre 41 sur 55 · EDGAR, VALENTINE · texte numérisé non relu

EDGAR, VALENTINE

EDGAR

A part.

Son regard me fait mal... Mon Dieu, comme elle

[tremble!

Hélas ! que de bonheur un mot vient de troubler!

Haut.

Vous désirez me voir?

VALENTINE

Oui, je veux vous parler, Edgar. Pour des motifs que je ne puis vous dire. Mais (jue vous devinez... sans doute... je désire Avoir bientôt en vous un frère, un défenseur. Oh ! vous êtes si bon, vous aimez tant ma sœur ! J'ai hâte d'assister à votre mariage.

Et quand vous partirez je serai du voyage.

EDGAR

Quoi ! partir avec nous !... et pour quelle raison î Votre mari...

VALENTINE

Je veux quitter cette maison ; Elle m'est odieuse, et je n'y peux plus vivre. De mon indigne chaîne il faut qu'on me délivre. Je ne peux plus cacher ma honte et mon dégoût!... Ensemble ils me trompaient!... Je sais tout, je EDGAR. [je sais tout.

Gardez-vous de nourrir cette affreuse pensée.

Moi qui les aimais tant!... Que j'étais insensée!

EDGAR

Vous devez les chérir encor...

VALENTINE

Jamais, jamais.

EDGAR

Votre mère pour vous...

VALENTINE

Ma mère !... je la hais!

Voilà donc l'union que ses mains ont bénie !

EDGAR

Osez-vous la juger sur une calomnie?

Et voulez-vous troubler son bonheur, son repos. Par votre confiance en un lâche propos ? Pensez-vous qu'avec eux je sois d'intelligence ?

Pour de tels sentimens ai-je de l'indulgence? Croyez-vous que l'honneur me soit si peu sacré Que j'unisse à mon nom un nom déshonoré? Ah! vous me connaissez, et vous devez com- VALENTiNE. [prendre...

Edgar, c'est un devoir pour vous de les défendre; Mais vos secours sont vains, le prestige a cessé. Et mes yeux sont ouverts ; j'ai lu dans le passé. Je me suis rappelé bien des choses obscures Qui s'expliquent enfin par autant d'impostures ; Des égards que d'abord je n'avais pas compris , Sacrilices menteurs dont je connais le prix. Je me suis rappelé bien des discours étranges. De tendresse et de haine incroyables mélanges ! Ah! Je me suis surtout rappelé l'heureux jour Où ma mère, joyeuse et triste tour à tour, Nous maria... Mon Dieu !... nous étions à l'église, A l'autel ; près de moi ma mère était assise. Tout-à-coup... en sanglots je l'entends éclater... Elle s'évanouit... il fallut l'emporter!

Oh ! je me sens mourir... Edgar, je vous implore! Évitons un éclat... il en est temps encore : Partons avec ma sœur, emmenez-moi... du moins Mon affreux désespoir n'aura pas de témoins ; Peut-être loin de ceux dont le bonheur m'outrage Je pourrai me contraindre et vivre avec courage... Je vous supplie!...

EDGAR

Eh bien ! vous viendrez avec nous.

Mais d'ici là soyez prudente, calmez-vous ; Vous tenez dans vos mains l'honneur de votre mère! J'entends venir quelqu'un, ne pleurez pas!... VALENTINE, apercevant Guilbert.

Mon père !

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