LÉONOR, SGANARELLE, ARISTE, LISETTE
LÉONOR. O l'étrange martyre !
Que tous ces jeunes fous me paraissent fâcheux!
Je me suis dérobée au bal pour l'amour d'eux. LISETTE. Chacun d'eux près de vous veut se rendre agréable. 1.É0SOR. Et moi, je n'ai rien vu de plus insupportable;
Et je préférerais le plus simple entretien
A tous les contes bleus de ces diseurs de rien.
Ils croyent que,tout cède à leur perruque blonde,
Et pensent avoir dit le meilleur mot du monde,
Lorsqu'ils viennent, d'un ton de mauvais goguenard,
Vous railler sottement sur l'amour d'un vieillard;
Et moi, d'un tel vieillard je prise plus le zèle,
Que tous les beaux transports d'une jeune cervelle.
Biais n'apercois-je pas...
SGANARELLE à Ariste. Oui, l'affaire est ainsi.
(Apercevant Léonor.)
Ah ! je la vois paraître, et sa suivante aussi. ARISTE. Léonor, sans courroux, j'ai sujet de me plaindre.
Vous savez si jamais j'ai voulu vous contraindre,
Et si plus de cent fois je n'ai pas protesté
De laisser à vos voeux leur pleine liberté :
Cependant votre coeur, méprisant mon suffrage,
De foi comme d'amour à mon insu s'engage.
Je ne me repens pas de mon doux traitement :
Mais votre procédé me touche assurément;
Et c'est une action que n'a pas méritée
Cette tendre amitié que je vous ai portée.
LÉONOR. Je ne sais pas sur quoi vous tenez ce discours :
Mais croyez que je suis la même que toujours,
Que rien ne peut pour vous altérer mon estime,
Que toute autre amitié me paraîtrait un crime,
Et que, si vous voulez satisfaire mes voeux,
Un saint noeud dès demain nous unira tous deux.
ARISTE. Dessus quel fondement venez-vous donc, mon frère....
SGANARELLE. Quoi! vous ne sortez pas du logis de Valère?
Vous n'avez point conté vos amours aujourd'hui?
Et vous ne brûlez pas depuis un an pour lui ?
LÉONOR. Qui vous a fait de moi de si belles peintures,
Et prend soin de forger de telles impostures?