‹ L'école des marisChapitre 45 sur 60 · SGANARELLE, LÉLIE · texte numérisé non relu

SGANARELLE, LÉLIE

SGANARELLE sans voir Lélie et tenant dans ses mains le portrait.

Nous l'avons, et je puis voir à l'aise la trogne

Du malheureux pendard qui cause ma vergogne.

Il ne m'est point connu.

LÉLIE à part. Dieu! qu'aperçois-je ici?

Et, si c'est mon portrait, que dois-je croire aussi?

SGANARELLE sans voir Lélie. Ah ! pauvre Sganarelle, à quelle destinée

Ta réputation est-elle condamnée !

Faut...

(Apercevant Lélie, qui le regarde, il se tourne de l'autre côté.)

LÉLIE à part. Ce gage ne peut, sans alarmer ma foi,

Etre sorti des mains qui le tenaient de moi.

SGANARELLE à part. Faut-il que désormais à deux doigts on te montre,

Qu'on te mette en chanson, et qu'en toute rencontre

On te rejette au nez le scandaleux affront

Qu'une femme malnée imprime sur ton front !

LÉLIE à part. Me trompé-je ?

SGANARELLE à part. Ah ! truande, as-tu bien le courage

De m'avoir fait cocu dans la fleur de mon âge ?

Et, femme d'un mari qui peut passer pour beau,

Faut-il qu'un marmouset, un maudit étourneau...

LÉLIE à part et regardant encore le portrait que tient Sganarelle.

Je ne m'abuse point, c'est mon portrait lui-même.

SGANARELLE lui tourne le dos. Cet homme est curieux.

LÉLIE à part. Ma surprise est extrême.

SGANARELLE à part. A qui donc en a-t-il?

LÉLIE à part. Je le veux accoster.

(Haut.) (Sganarelle veut s'éloigner.)

Puis-je?... Hé"! de grâce, un mot.

SGANARELLE à part s'éloignant encore. Que me veut-il conter ?

LÉLIE. Puis-je obtenir de vous de savoir l'aventure

Qui fait dedans vos mains trouver cette peinture?

SGANARELLE à part. D'où lui vient ce désir? Mais je m'avise ici...

(Il examine Lélie et le portrait qu'il tient.)

Ah! ma foi! me voilà de son trouble éclairci;

Sa surprise à présent n'étonne plus mon âme;

C'est mon homme, ou plutôt c'est celui de ma femme.

LÉLIE. Retirez-moi de peine, et dites d'où vous vient...

SGANARELLE. Nous savons, Dieu merci, le souci qui vous tient.

Ce portrait qui vous fâche est votre ressemblance :

Il était en des mains de votre connaissance;

Et ce n'est pas un fait qui soit secret pour nous

Que les douces ardeurs de la dame et de vous.

Je ne sais pas si j'ai, dans sa galanterie, .

L'honneur d'être connu de votre seigneurie :

Mais faites-moi celui de cesser désormais

Un amour qu'un mari peut trouver fort mauvais; H

SGANARELLE

Et songez que les noeuds du sacré mariage...

LÉLIE. Quoi! celle, dites-vous, dont vous tenez ce gage... SGANARELLE. Est ma femme, et je suis son mari. LÉLIE. Son mari?

SGANARELLE. Oui, son mari, vous dis-je, et mari très-marri;

Vous en savez la cause, et je m'en vais l'apprendre

Sur l'heure à ses parents.

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