‹ L'école des marisChapitre 58 sur 60 · DE CÉLIE · texte numérisé non relu

DE CÉLIE

LA FEMME DE SGANARELLE. Je ne suis point d'humeur à vouloir contre vous

Faire éclater, madame, un esprit trop jaloux;

Mais je ne suis point dupe, et vois ce qui se passe :

Il est de certains feux de fort mauvaise grâce;

Et votre âme devrait prendre un meilleur emploi

Que de séduire un coeur qui doit n'être qu'à moi. CÉLIE. La déclaration est assez ingénue.

SGANARELLE à sa femme. L'on ne demande pas, carogne, ta venue.

Tu la viens quereller lorsqu'elle me défend,

Et tu trembles de peur qu'on l'ôte ton galant. CÉLIE. Allez, ne croyez pas que l'on en ait envie.

(Se tournant vers Lélie.)

Tu vois si c'est mensonge, et j'en suis fort ravie. LÉLIE. Que me veut-on conter?

LA SUIVANTE. Ma foi, je ne sais pas

Quand on verra finir ce galimatias;

Depuis assez longtemps je tâche à le comprendre,

Et si plus je l'écoute et moins je puis l'entendre

Je vois bien à la fin que je m'en dois mêler.

(Elle se met entre Lélie et sa maîtresse.)

Répondez-moi par ordre, et me laissez parler.

(A Lélie.)

Vous, qu'est-ce qu'à son coeur peut reprocher le vôtre? LÉLIE. Que l'infidèle a pu me quitter pour un autre;

Que , lorsque, sur le bruit de son hymen fatal,

J'accours tout transporté d'un amour sans égal,

Dont l'ardeur résistait à se croire oubliée,

Mon abord en ces lieux la trouve mariée.

LA SUIVANTE. Mariée! à qui donc?

LÉLIE montrant Sganarelle. A lui.

LA SUIVANTE. Comment! à lui?

LÉLIE. Oui-da.

LA SUIVANTE. Qui vous l'a dit?

LÉLIE. C'est lui-même aujourd'hui.

LA SUIVANTE à Sganarelle. Est-il vrai?

SGANARELLE. Moi ! j'ai dit que c'était à ma femme

Que j'étais marié.

LÉLIE. Dans un grand trouble d'âme,

Tantôt de mon portrait je vous ai vu saisi.

SGANARELLE. Il est vrai, le voilà.

LÉLIE à Sganarelle. Vous m'avez dit aussi

Que celle aux mains de qui vous aviez pris ce gage

Etait liée à vous des noeuds du mariage.

SGANARELLE montrant sa femme. Sans doute; et je l'avais de ses mains

Et n'eusse pas sans lui découvert son péché. [arraché,] LA FEMME DE SGANARELLE. Que me viens-tu conter par ta plainte im--

Je l'avais sous mes pieds rencontré par fortune; [portune?]

Et même quand, après ton injuste courroux,

(Montrant Lélie.)

J'ai fait, dans sa faiblesse, entrer monsieur chez nous,

Je n'ai pas reconnu les traits de sa peinture. CÉLIE. C'est moi qui du portrait ai causé l'aventure ;

Et je l'ai laissé choir en cette pâmoison

(A Sganarelle.)

Qui m'a fait par vos soins remettre à la maison. LA SUIVANTE. Vous le voyez, sans moi vous y seriez encore :

Et vous aviez besoin de mon peu d'ellébore.

SGANARELLE à part. Prendrons-nous tout ceci pour de l'argent comptant?

Blon front l'a, sur mon âme, eu bien chaude pourtant. LA FEMME DE SGANARTLLE. B'Ia crainte toutefois n'est pas trop dissipée,

Et, doux que soit le mal, je crains d'être trompée. SGANARELLE à sa femme. Hé ! mutuellement croyons-nous gens de bien :

Je risque plus du mien que tu ne fais du tien;

Accepte sans façon le marché qu'on propose.

LA FEMME DE SGANARELLE. Soit. Mais gare le bois si j'apprends quelque CÉLIE à Lélie après avoir parlé bas ensemble. [chose!]

Ah Dieu! s'il est ainsi, qu'est-ce donc que j'ai fait?

Je dois de mon courroux appréhender l'effet.

Oui, vous croyant sans foi, j'ai pris pour ma vengeance

Le malheureux secours de mon obéissance,

Et depuis un moment mon coeur vient d'accepter

Un hymen que toujours j'eus lieu de rebuter :

J'ai promis à mon père; et ce qui me désole..

Biais je le vois venir.

LELIE. Il me tiendra parole.

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