‹ L'ecole des moeursChapitre 10 sur 30 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

Point dê foUeft amouiv , m de Ha^ ni de jeux ; Ce sont là tioîs écueils^ naufrages ûmeux,

Sobro pour le tftTdl /le sommeil et la table y Vous aurez Tespiit libre et la santé durable*

xxxn.

Jouez pour le plaisir , et perdez noblement. Sajis progalité dépensez prudemment*

xxxm.

Ne perdez point le temps à des choses frivoles j Le sage est màoagei? du temps et des paroles,

Sacîhez à vos devoirs immoler vos plaisirs ,

£t pour vous rendre heureux j modérez vos désirs*

XXXY.

Ne demandez à Dieu ni grandeur , ni richesse ;

Mais pour you» gouymier demandes la sagesse.

l'école

ij[aignez un Dieu vengeur et tout ce qui le Uette; CeMk le premier pas qui mène à bt sagi^.'

toutes les connaissances nécessaires à l'homme , la première et la plus importante est celle de l'existence d'un £tre suprême. La persuasion de cette existènce est jabase fixeetinvariablesur laqueliereposentlesmœuis, la vèrtu , la probité , et foule la société humaine. Otez^la du cœur des hommes , que deviendra le monde, ou plutôt quel théâtre d'horreurs ne deviendra-t-il pas?

Oui, il est tin Dieu; et nous ne pouvons le concevoir que sous Tidée d'un£tre tout-*puissant, ^uverain pixH tecteur de Tordre , vengeur du çriiipiç et rànunérateur de la vertu* Essentiellement Infini dans toutes ses per*fections; il cesserait d'être Dieu , s'il laissait la. vertu sans récompense , on le vice impuni.

U n'exerce pas toujours dans cette vie les droits de sa justice , pour des raisons dignes de sa sagesse : car qui ^rait piétondre qu'il n'en peut avoir t Et quand nous 0d les connlaltrions pas ; qui de nous à Posil assez péné- Isantpour découvrir toute la profondeur de sa conduite sur les enfans des hommes , et pour la juper ? S'il récompensait toutes les bonnes actions sur-le-champ , et s'ii punissait le crime aussitôt qu'il est commis , ne

Sénearait-il pas c^tte liberté^ qui est leprincipe des vertus^ as récompenses méritées y en même temps qu^elle noutf fait r^dre à Dieu uu hommaj^^e digue de lui ? Car , s'il lui a plu de nous laisser • duraut le cours de cett^

M h'WÙÛiM

vie , entre les mains de notre conseil , c'est parc^ qiill lui est plus glorieux d'être servi et adoré par des créatures libres et raisonnables» que par des êtres qid, soumis à la nécessité , ne seraient ni plus vertueux , ni plus yicietix mie le soleil qià mûrit nos moissons, et la grèle qui les dévaste.

Mais si pour un temps il souffre Tabus de la liberté , il sait toujours tirer le bien du mal même. Tandis que la vertu gémissante se puriiie et s éprouve , qu'elle augmente ses mérites et ses récompenses » le méchant, yai triomphe et qui prospère > a tout le temps du repentir , et ne peut imputer qu'à lui-même les horribles malheurs qui l'attendent, si en s' obstinant, malgré les cris de sa eoascience , h mettre le comble à ses crimes , il force enfin la justice divine à le punir. £t ne doutons pas ^'elle le- fasse d'une manière digne d'elle , et proportionnée aux attentats. « Eh quoi 1 disait-on à un impie qui se raillait de l'enfer, les hommes anront des prisons, des cachots, des roues et des feux pour punir les crimes (ic lèzc-majesté humaine , et Dieu ne se sera rien réservé pour venger sa majesté divine , si souvent et si indignement outragée par de vils mortels qu'il avait comblés de sesbieiuhiis 1 »

Que deviendraient sa justice et sa sainteté suprême , s'il regardait du même œil le bien et le mal , et s'il laissait le scélérat dormir à roU' de rhumme de bien dans la nuit paisible du tombeau ? Heureux dans son iniquité, environné de richesses et de plaisirs , il aurait opprimé l'innocence, épuisé tous les crimes , et terminé en paix ses jours abominables : pendant que le juste , victijue de ses violences , aurait passé et fini les siens dans l'inibrtune et dans les larmes. Et Dieu qui en aurait été le témoin t qui se serait vu lui-même infiniment offensé dans les persécutions faites à la vertu , garde^ jait un étemel silence 1 et il n'y aura pas une autre vie où sa justice rétablira l'ordre , changera les destinées , et rendra à chacun selon ses œuvres l Oui , sans doute , il se lèvera enfin , jugera lui-même sa cause, et jse vengera en maître iustement irrité, U n'est si lent à punir , il ne laisse échapper avec tant de peine les traiu de sa colère , que parce qu'il a une éternité tout entière pour frapper ks coupables. Ln vain l'impie

flatto-t-il d'être anéanti : celui qui l^a tiré du néant, l'en tirerait une seconde fois, s'il le fallait , pour exercer sur lui ses yengeances, et lui fidre boire jusqu'à la

lie le calice de sa fureur.

Dieu ne nous a pas créés , il est vrai , pour nous perdre et nous rencke étemeUement malheureux , mais aussi il ne nous a pas créés pour roffenser et Toutragen Nous le faisons cependant , nous diangeons foutes les vues qu'il avait sur nous : fautnl nous étonner qu'il change à notre égard tout Fordie de sa providence ?• Si nous abusons de sa bonté et de ses bienfaits dans le temps de sa clémence , ne doit-il pas punir les outrages sans nombre £odts à sa souyeraine majesté, lorsque le temps de sa justice sera venu ?

Plus ses cMtimens seront terribles, plus nous devons les redouter et craindre un maître aussi puissant qu'il est juste. Mais, quelque triste qu'il soit de le dire, la {dupartdes hommes n'ont jamais fait là-dessus aucune réflexion profonde , et ils vivent , sur ce qu'il ^ eut ja^ mais de plus important pour eux, dans une indifférence étonnante , qu'ils n'auraient pas pour leurs affaires d'une bien moindre conséquence. Tandis que l'impie , qui désire que Dieu ne soil point, s'efforce do se le persuader 9 et se fait même un honneur affreux d'en paraître convaincu ; beaucoup d'autres^ à qui une impiété ferme et déclarée ferait horreur, aiment mieux n*y point penser , ou rester dans une indécision qui à la bien définir , n'est qu'une espèce d'athéisme moins révoltant et plus tranquille.

Déchirons le bandeau fatal qui les aveugle et ne les excuse pas. Montrons aux yeux ét à l'esprit l'existence du souverain Etre ^ imprimée sur toutes les créatures en caractères si ineffaçables et si éclatans , que les liomïnes nit ine les plus simples et les plus grosbiers ne sauraient la méconnaître. Apprenons surtout à 1 âge qui réfléchit si peu, à Êiire , sur ce qu'il voit tous les joprs sans attention , des réflexions aussi agréables et aussi nouvdies pour lui , qu'utiles et satisfaisantes. Décou* \ron<-Uii dans les principales merveilles de la nature l'Auteur de l'univers et le sien. Trop ïirand, trop parfait pour tomber sous les sens , peut^on ne pas l'apercevoir et ne pas le reconnaître dauis ses ouvrage ?

1^ çffet, wan^ j« y»k W bel Ç^«f ie me dis à moi-même : Ce superbe bâtiiçient ne s'est pas formé seul avec t^nt d'ordre et de régularité ; un architecte habile en a tracé le dessin ; et aes ouvriers intelligent Toot €0K4^té. Je rirais de ^pi qui viendrait me dire ^rifiusenv^Qt qu'il est l'oiilrr^ basard ^ cause aveu* fflç qiii'i^éine n'çn i^t pas une , pùisij|uè te n^eki liéa. Ainsi y lorsque je oôntmiple l'admirable spectacle l'univers, ce$ globes lumineux qui roulent si majestueusement au-dessus de nos têtes , depuis un si grand ppipiur^ de siècles ^ ^vj^ de^ révolutions si justes et si constant^ f lorsque ^e oonsiilére la prodigieuse IKoondité 4^ la terre , que le iemf» n^a pomt . i&puisèç , et qui nous paie tôus les* ans / avec le même ordre et une si régulière exactitude , le tribut précieux de tant de fruits et de plantes dont la variété est infinie ; lorsque je proipéueipes regards étonnés sur l'immense étendue de |a jfaef » que je |^nëtre dans'^ abimés profonds où se puefiji twt de monstres d'une éiiorme grandeur , oii ^ reproduisent sans cesse tant d'autres poissons , dont plusieurs ont reçu pour nous une fécondité inépuisable; orsque j'examine enfin la construction merveilleuse 4fi corps humain^ qui est un chof-d'œuvre de méca-» ' nisme; & la vue de t^t de belles choses /plein d'ime religieuse admiration , je m^écrie : Assurément tous ces prodiges annoncent un souverain Maître , quia créé le monde par sa toute-puissance , le conserve par sa bonté , et le gouverne par sa sagesse infinie. Quel autre , en effet , pourrait les avoir produis ? Si ^ en voyant upe bejle jnacnine^ personne ne doute qu'elle ne sorte dès inain« d'un f>^yn%r industrieux ; en Gonsidérant Yés beautés de la naturé , qui peut douter * qu'elles ne soient Touvraiie d'uii pieu créateur et maître absolu de univers ?

Mais parce que ces grandes et magnifiques preuves de l'existence d'un Dieu , pour faire des impressions plus profondes et plus durables, doivent être présentées avec quelque étendue y nous invitons les jeunes gens à

youloii" bieu nous suivre dans Ip développement que

* Je suis persuadé , dit Voltaire , qu'aune horloge prouve un horloger , et que ruaiverg prouve ua iNcu. learç à la suUe iic sa

MmtSmê en ftirepbiir knr isflratlioii. Nom tie

offrirons qiie des tableaux agréables et intéressans.

Non , sans doute , nous n'avoas pas besoin de recherches pépibles pour apprendre qu'il existe un Être safiêm» , at pour en conce^oîi: k fim grande id^ ; nmxB n'aTûDS qu'à lever les yeux vfW b ChI » mm serrons que toat y annonfle à TuniTers e^tmç^

et sa grandeur.

Qm a dit au soleil : Sortez du néaat et présidez au jour ; et à la lune : Paraissez et soy&i^ le flambeau de ya nuit ? Qui a donné l'étie à oette multitude d'étoUef Mi décorent Jfi fixmanieat ^ et rédat , a vraiment de quoi noua éConner et noii^ wr-r prendre * ?

Si , suivant la sage réflexiou d'un des plus célèbres auteurs païens^ quelqu'un eut été éU>vé dès TenfaiicQ iaiiji'iea lieux sous terre , et qu'il en portât 4out d'un coup 9 p^idant une de ces nuito brilkuites oU mille «s^ très étincellent de toutes parts , quel serait son étonne-^ ment ! Ne chercherait-il pas à connaître l'auteur d'une décoration si mn^MiiOque ? et quelle idée ne se formerait-il pas de sa puissance ? quelque apc^utumés que soient nos yeux & un s^ beau spectacle , poi^vons-nous en jouir nous-mêmes sam en être Irappés , et ne paç nous écrier quelquefois : Quelle magnificence et quelle attention , d'avoir rievé si haut de tels lustres dans toute la voûte des cieux, pour embellir durant la nuit notre séjour sans en troubler le repos , pQfu: guider nos fias dans les ténèbres» et pour diriger ^ ai| nûliea 4^ ondes^ nos hardis navi|;ateurs I Tons ce$ ^très , ^çii nous paraissent A petits , et qui sont autant de soleils immenses , n'ont sans don Le été placés si loin de nous , que pour nous j^araiitir de Itîurs ii3HX sans nou$ priver de la jouissance de leur lumière.

Comme il n'y a que celui qui a fait les étoiles qui puisse en cojnpter le nomlm, lui seul ausd peut en mesnr^ la grandeur • Elledcnt être {nrodigieuse , puis-

* On compte 1,400 étoiles à la simple vue ; mais avec le télescofie on en découvre bien davantage* La seule voie lactée est» selon l'opinion coramane des savans , un amas infini d'étoiles qui ne prirais-fent , dans le télescope même, à cause de leur piodigieia^éloigae-

m&u{, que comme ime fourmiUêr^ (te pQûtto luoaaeu^*

Digiîi/ca by

W LBCOLE

qu'on les aperçoit encore , quoiqu'elles soient la plufiart beaucoup plus éloignées de la terre que le soleil luimême dont la distance nous étoune

Sans entrer ici dans des calculs astrcmii^es,. qui^ m sont pas de notre ressort, ce qui est oertam et ce mi nous intéresse bien davantage > c'est que la sagesse dt* vine a mis, ainsi que les étoiles , Tastrc du jour dans ia

S ste distance qui nous convenait. Placé plus loin ou ^ us près ^ il nous eût été inutile ou nuisible , il n'aurait

Îm rendre la terre féconde par sa douce chaleur , ou il 'aurait brûlée de ses feux.

Si quelques-uns de ces astres innombrables , qui brillent au-dessus de nos têtes , venaient à se déplacer , tout Tunivers serait dans la eonfusion, le moindre choc d'une de ces sphères terribles pourrait mettre notre globe en morceaux. Cependant, malgré leur multitude, malgré les ejGforto et la rapidité de leurs mouTemens , depuis SIX mille ans elles se meuvent toujours Tune auprès de l'autre , dans le même ordre et sans aucun embarras : le jeu en est également facile et constant. Elles sont donc toutes sorties d'une main , et marchent sous les lois de son Maître. Et qu'il est grand ce .Maître! qu'il est puissant I Le Ciel est rempli de sa gloire : on y voit partout les traits de sa sagesse et de sa grandeur pro* fondement grarés.

Si , au spectacle magnifique du ciel , nous joignons celui de la mer> qu'elle sublime idée n'aurons-nous pas de la puissance de Dieu ? ne peutH)n pas même que la mer nous ofire , à bien des égards ^ une inmge sensible de la Divinité ? Son immensité nous pmnt en quelque sorte celle de Dieu ; sa profondeur , qu'on ne saurait atteindre , l'abîme impénétrable des desseins éternels. Son calme nous représente la clémence divine» et^son courroux la colère terrible d'un Dieu irrité. Les

* On sait que les plas habiles mathématiciens assurent qu^il est on million de fols ping gros que la terre , et qu'il est éloigné de noua de plus de 30 mOlions de lieues. Les étoiles fixes sont encore plus éloignées^ la plus voisine de la tcfrre , saivant Hnyghens , Tun des plus grands mathématiciens et des plus célèbres astronomes du (ïemrer siècle , en est 27 mille cm fois plus éloignée que le leleO ; ainsi elle est à 910 milliards 932 roiUions de lieues de la (erre ; en

supposant, selon lopinion commune « le soleil à ^ milUwf ém heues de nous,

DBS HQBimiï* 89

mu^isâemens affreux de ses flots remplissent d'effroi les plus intrépides ; et en les voyant s'élever presque juïh qu'aux nues avec tant de grandeur et de majesté , ôdui qui pense ne peut s-empécher de reconnaître^ avec le roi-prophète , que c'esMà vraiment une des choses les plus admirables de l'univers , et un des témoignages les plus convaincans de la toute-puissance divine *.

On croirait que ce vaste et fier élément, dans la fureur qui le transporte, va quitter son lit ét inonder les terres. Mais la même main qui élève ses vagues comme des montagnes vers la haute mer , lui a prescrit des lois qui les répriment du côté de la terre. Quelque furieuse que soit la mer en approchant de ses bords , ello s'en retire en mugissant, et courbe ses flots respectueux, comme ^qpr adorer l'ordre souverain qu'elle y trouve écrit. Les savans de tous les siècles ont cherd^é à découvrir ce qui retenait ainsi la mer ; mais quelle autre cause trouvera-t-on jamais que la volonté d'un Dieu toul-puissant , qui seul peut faire toïiiber l'orgueil de ses flots devant la ligne qu'il lui a tracée **?

Canut y roi d'Angleterre , à l'exemple de ses prédé* cesseurs , qui s'étaient Mt appeler les maîtres et les dominateurs des mers, résolut, dit-on, un jour, de

f)rendre solennellement possession de ce litre, afin qu'à 'avenir cette qualité ne pût lui être contestée. Se persuadant qu'il ne pouvait rendre cet acte plus authenlique , qu'en obligeant la mer elle-même à lui venir rendre hommage comme à son souverain , au temps de la «marée il fit dresser un trOne sur la grève de Soulhampton Là, en habit royal , la couronne sur la tête, il tint ce langage à la mer, lorsqu'elle commençait à s'approcher de lui : « Sache que tu es ma si^ette ,

^ Jltraftifei eloHones fnarit , mdràMh in aiH$ Dominvf.

** CVstcTequeîe Soi enour exprime lui-même si mognîfiquement dans les Livres saints. Quis conclusit ostiis mare , quandd erumpehat quasi de vulvo procedens ? Circumdedi illud terminii meis : eC jmsui vecicm et oslia^ et dixi : Vs^gue hue veniet , et non procèdes ampliùs, et hic confringes tumentes fluctus tués. lob. 38, Daos lés plus violentes tempêtes , la mer , dit mâche « ne passe eommunéroent ses bornes ordinaires que de sept pieds*

*** Grande Tîlle prés 4e la mer » à 15 lieues de Loudiei.

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90 i.'icau

quel^ Imrre où je^N^^rt imoi» et foeioffA'idpeTsaâM n'fi été rebaU» k pes yolimté». Je te «Mu^muide donc de demearor où tu es , sans paisser outre , m être assez

hardie que d'approcher de ton seigneur. » A peine achevait-il ces paroles , qu'une vague renversa son treize ; et Tarant mouiJJé depuis les pieds jusqu'À Ja téte, lui appnt le |pofi ^'tt devait faine $ur l'obéissance de çeit dénient. nxifi peuTeot coapptander . aux hQmmes y mais la mer n'obéjbt qu'à Diea *S '

La terre concourt également àvec la mer et les cieux à publier la gloire de son auteur , et à nous i^ire aperceyfi^ ;se$ perfections invisibles dans les ouvrages de ses iDiiiw* Q^vi %u 4e h Jterre pçoirionchiious parcourir , où qoiis m tràiiïioiis pajloiit mt nos pas les marques sensibles de Texistimce de Dieu 9 et de quoi admirer sa grandeur et sa magnificence î La prodigieuse fécondité des plantes prouve visiblement ie dessein du Créateur. Il ppurvpit y par moyen , et 4 la conservation de Fespèpe qi4 orne notre depienre , et au besoin de tant d^àmmaux qui s'en noumssent. Pour admirer la bonté de Dieu dans rex^tréme variété des frnite , dans leur abondance , dans leur délicatesse , dans leur règne périodique et successif, il n'est pas nécessaire de l'envisager avec des yeux chrétiens ; il suffit de la voir avec des yeux attentif. Aussi un sage du paganisme n*a-t-il pu considérer cette bienfusanoe de l'Auteur de la nature , qu'avec des transports d'admiration < et de reconnaissance **.

Laissons donc des esprits chagrins et querelleurs se plaindre de quelquet^ désordres apparens : il serait facile de les justifier | mais la sagesse divine n'a pas besoin d'apologie i on rsccmnalt partout une intelligence suprême. Elle n'éclate pas moins dans la iKcondité des animaux que dans celle des plantes. Et comme il n'y a point de grain plus leriile que le blé , parce qu'il est le

*Le trait insensé de Canut fut, selon quelques auteurs , un trait rfe sagesse : il voulait , par-là , faire v^ir à ses sujets conibien la pi|issaoce de Dieu est «lu-^^s^l^ ^^U^ des p)us s^aoUfi ^ ois*

Sêd iUa quanta henignitoi nature^ : quod tam ad veseen. ium', tam.variat tamque jueundà ffignitf nêqùe eauno temnore anni , ut semp^T f| fmiiai9 ààoC4mwr Si COpiat CÎC. do

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fièrent de nourriture amfp .w^re^ ^ ffSf^ ^fWL ml multiplieiit ]^ plus. Si les àpiniaux i^ûvage^ multipliaient comipe les aniraaox duinesLiqucs, U s hommes bientôt ne seraient plus les naaitres de la terre. En voyant des li'oiipeaux de ceqt bœufe d'une tailla monsr Urueu^^ ^ hfM^iMàAwxe par un enfant ifi'm leur a donné pour gouve|r;nepir t peuircm paéccusuaiaUre dan^ cette étonnante doicilité la puissanoe secrète qui nous les attache *. • '

Plusieurs animaux » il est vrai , font quelquefois usage de leurs armes meurtrières contre nos désurs , au-ddà de nos l)e^ins ; mais plus doux , plu$ ^fnis dans Tétat d'innboenoe , leuf^ révoltes imili^ riioinnie sont la suite et le chAtiment des révoltes de Phomme contre son bienfaiteur. L'univers entier iiOlTiràt à 1 Jioinme ipnoL(înl que des plaisirs : tout annonçiiit les coui plaisances d'un père pour ces enfans dignes de son amour; mais après la prévarication dç rbomme> tout a changé. La tene a9t dovenne pour lui im lic^u de pénitence et d'exil. Héritiers malhenreux d'un pére criminel , nous avons été enveloppés dans sa disgrâce , comme les enfans infortunés d'un père rebelle sont jiist( ment privés des biens et des prorogatives de leur naissance. . fie là toutes les misères attachées à la nature humai-* ne 9 h$ fléaux qai désolent la terre » et les passions qm la ravagent encore plus ; de là fes irisons et les bêtes venimeuses aj uic es cou li e nos jours : le feu , la gr^le, la famine et lu mort , créés , dît l'Ecriture , ainsi que les dents des liâtes ^ leys scorpions et les serpena, pour exereer la if^ngeance-^^ De Ut enfin tous les antres désordres snnreniius dans la mÉiiae , et don^nous séaSkom : tristes apanages de l'homme pécheur. Dieu néanmoins ne nous a pas traités avec toute la rii^ueiir que nous méritons. Aux maux et £iux ailiiclions qu'il

* Cea la Mfai léAeiion de ringèiikia aatear du Spectacle de tfi nature , ouvrage dipie de tenir une des premières places dans la biblioUiéque des jeunes gens. Cest une excellente et agréable théologie natureUe^ qui nous lend Dieu sensible dans tous ses plus beaux ouvrages.

Tgnis grand o , famés et mors y omnia hcpc ad vindictam creata sani . bGiCiurum dentés, et acor^a et itcrpente^, Eccli. 39»

92 l'école

dflstiaait à nous rappeler à lui^ il a mêlé ded téenget des douceurs qui en tempèrent Tamertome. H nous a châtiés en père , et est avec bonté qu'il nous pnnif .

Et, en effet, pour ne parler ici que des animaux , s'il a permis que la férocité ou la rage en soulevât quelques-uns contre nous , s'ils sont quelquefois entre les mains de la justice les ministres et les instrument de ses vengeances , il n'a pas oublié ^ et il se souviene encore tous les jours que nous ayons besoin d'être logés , vêtus, nourris, transportés : il veut qu'une foule d'animaux viennent nous offrir tous ces secours. L'homme a besoin de compagnie et de délassement après le travail ; il a mis auprès, de lui un animal plein d'en-^ jouement , qui , avec les apparence de la raison , a pour son maître une amitié tendre , une fidélité à Fé-

t preuve ; il a donné à d'autres d( s dispositions à se^ aisser apprivoiser , afin qu'ils pussent nous réjouir par les charmes de leur familiarité. La sagesse divine ressémble à une mère tendre, à qui tous les besoins de se^ enfans sont chers» qui, sans s'avilir » daigne badUner avec eux , et s'intéresser à leurs plaisirs. Si des ammaux nous descendons jusqu'aux plus vils insectes ^ qu( 1 amas merveilleux de beautés secrètes 1 et dans cespetits animaux qui ne sont rien , quelle perfection inexprimable * ! Plus l'objet est petit et l'ouvrage imperceptible , plus brille l'art de l'ouvrier* Tout est grand et admirablë dans la nature : les petites choses y sont marquées au coin d'un Créateur tout-puissant* L'œil d'un < iron est d'unie finesse où notre esprit se perd: Philosophes , orgueilleux , produisez, je ne dis pas une de ces riches fleurs qui font TadmiratioD de nos yeux et Tomement de nos jardihs , mais un de ^)es vermisseaux que vous foulez aux pieds , que voms méprisez. Quelle richesse , quel éclat de couleurs sur la téte d'une mouche , dans tous les anneaux d'une chenille , sur les niles des papillons 1 Quel sujet d'admiration et de reconnaissance ne trouvons-nous pas dans ce ver précieux , à qui nous ctevons nos plus doux et nos plus superbes vêtemens I

* fn his tam parvig atquB tom nuUis quèm inextricahilU perfectio, Plin,

vCâ MôisiTiiB.

L'umvers est rempli de miracles semblables , que mm n'admirons pas, parce qu'ils sonttroç fréquens^ , mais qui ne probvent pas moins à qui sait penser ut sentir, non-seulement l'existence d'un être infiniment

puissant ^ mais aussi sa sagesse, sa magnificence, et surtout sa bonté pour nous, a Le monde entier, dit le philosophe de Genève, nWfrc à un cœur sensible que des Sujets d'attendrissement et «de gratitude. Partout il aperçait la bien&isante main de la Providence , il re<* eueflle ses dons dans les productions de la terre; ilyoit sa table couverte par ses soins ; il s'endort sous sa protection ; son paisible réveil luivient d'elle. Us sont ses leçons dans les disgrâces , et ses faveurs dans lesig plaisirs

Les athées , s'il en est , sont donc ou des monstres , d'ingratitude qu'on doit regarder avec horreur, ou des

fous dignes de pitié , et qui ne méritent pas qu'on leur parle. S'il leur reste encore quelques étincelles deeetto raison qu'ils s'efforcent d'éteindre ^ ne les convaincral-elle pas que Dieu a^ant t^it l'homme pour le connaître f le servir et Taimer , U a fait fout le reste pour Fhomme^ puisque, seul être raisoiiiiable dans la nature , fl peut , par son esprit et son industrie, rap[)>rler à son usage tous les biens de la terre? L'horaïue, fait pour adorer le Créateur, dit Buffon> commande à toutes les créatures. Vassal du ciel , roi de la terre , U rennobtit 9 la peuple et l'enrichit.

Il est lui-même lé plus abréo:é des merveilles de l'univers^ et la stru( ture admirable des membres de son corps , qui jette dans l'étonnemciit tous ceux qui Fétudient » et peut-être une des plus fortes preuves de Texistence d'un Être suprême, Galtien, philosophe païen, etTun des plus célèbres médecins de l'antiquité» n'a pu exposer dans un de ses ouvrasses la construction du corps humain, sans s'écrier qu il avait chanté le plus bel hymne en l'honneur de la Divinité. L'astronomie et Tanatomie^ dit un des plus beaux esprits du dix^huitiéme siècle , sont les deux sciences où sont le ^ ^us sensiblement marqués les caractères du souverain Etre: Tune annonce son immensité, l'autre son intel- .

f pensées de J.-J. Rousseau.

ligoiiee *. C'cfît "ce que développe parfaitement bien Cicéron , dans un de ses plus sa vans ouvrages.

« La structure et la position de nos sens , dit-il , répondent merraUeusement à leur destination. Les yeux f tAnfà qm des sentinelles ^ occupent la place la plus élevée, d'où ils peuvent, en découvrant les objets, faire leur charge. Un lieu éminent convenait aux oreilles, parce qu'elles sont destinées à recevoir le sou qm monte naturellement* Les narines devaient âtre dans la même flltimtioii , patee que l'odeur .monte aussi j et il Ié9 ftllalt prés de la touche , parce qn'dles nous ai*dent beaucoup à JuG^er du Loire et du manger. Liegoùt, qui doit nous faire sentir la qualité de ce que nous

1)renons , réside dans cette partie de la bouche , par où a nature donne passage au solide et au liquide* JPour le tact, il est généralement répandu dans tout le coips; afin que nous ne puimons recevoir aucune impres^on» ni être attaqués du IVoid ou du chaud , sans le sentir. Et comme un arcliilecte ne mettra point sous les yeux ni sous le nez du maitre ce qui doit servir d'issue aux . immondices d'unemaison , de menio la nature à éloigné • de nos sens ce qa'il y a de semblable à cela dan^ le corps humain b

l)e toutes les extravapranees dout respritde Thomme est capable , celle des épicuriens v>l peut-être la plus grande. Ils s'imaginaient que le hasard avait tout fait ; que les parties de notre corps n'avaient pas été destinées à quelque usage , mais que nous en avons fait usage , parce que nous les avons trouvées. « Mais , dit le chef même et l'oracle de nos philosophes impics , il paraît qu'il faut être forcené pour nier que les estomacs sont faits pour digérer , les yeux pour voir ^ les oreilles pour entendre. Les dessins , dit--il encore, ou plutôt les dessins variés A linfini , qui éclatent dans les plus vastes et dans les plus petites parties de l'univers , sont une démon [ration qui , à force d'être sensible , en est

Sresque méprisée par quelques philosophes; mais enfin, ewton pensait que ces rapports infinis, qu'il apercevait plus qu'un autre , étaient Fouvrage d'un artisan infini» ment halKOe jsr

*Fi5fttsil81îe:

!!*^*^' ^- ^ t- î Pensées do Qcéron , par OUvefe

Qui pourrait croire que dans ce siècle , qu'oa nomme le siècle des lumières , il s'est trouvé de prétendus sages qui se sont plu & renouveler les rêveries d'Ëpicure ? A tés èntendre , dans l'espace dé plusieurs millioM de siècles y le monde a enfin pris la forme qu'il a présentomenl , par un arran<?ement des parties que le liasard seul a dirigé. Différens atomes, en s accrochant les uns aux autres , ont formé tous ces corps orgaqisés qui sont répandus sur )â suriace de là, terre* Les hommes n'ont point éu d'autre principe que les âioinmiixv Toute

Jj

posés, nous paraît l'ouvrage d'une profonde sagesse : nous nous trompons , c'est un jeu de la nature *•

Selon d'autres , l'homme est né de la mer , dofki Técume demeurée sur le rivage^ et échauffée par les rayons du soleil , s'.est fout d^uncoup élevée compte un champignon , s'est trouvée organisée , ^est levée sur ses pieds , et a été en état de faiie toutes sortes de mouvemens.

Nous avons lu dans un livre d'ancctodes y un trait bien honorable à cette sublime philosophie. Ûn milord anglais , qui avait fait sa lecture &vorite de ces bèaux systèmes ^ criit d'après leurs auteurs , que Thomme

fiouvait naître de la pourriture échauffée par le soleil, I se voyait vieux , infirme et caduc. Il fit sou testament^ oii il ordonna, qu'après sa mort , on laisserait dans un coin de son jardin son cadavre exposé aux rayons du soleil , jusqu'à ce que , par leur chaleur vivifiante , ils l'eussent rajeuni et raminé. Plein de cette flatteuse espérance , dans les plus beaux jouis de l'été , il se coupa la gor^e.

Qui n'admirera la profondeur du génie de ces hommes rar^ , qui , par de si heureuses découvertes , nous expliquent la formation de l'univers et.de l'homme 1 Parlons sérieusement : si qu^que fou aux Petites Mai-

* Les matérialistw modemei ne se serrent plus dn nem trop décrié de hoMtd, mot vide de sens, et ipii ne sert qu*à couvrir

iysténui des lois établies par le Créateur , p( tence des choses et la succession des êtres. » Rivant cette juste

défiDitioi) , que dettenoeni loules lee beUei pkaiseï 4e nos impies libilewf lUstes f

96 t*ÉGOLB '

sons nous' tenait un pareil langage ^ nous"* en aurions «ans doute pitié. Mais non , ce sont des philosophes qui parlent ainsi , et l'on applaudit à leurs extravagances t Qneles idées des yrais philosophes, des hommes

sensés et raisonnables , sont bien dilféreiites! Non, nous ne sommes pasTouvrap^edu hasard r le rien ne fait rien, et une cause aveugle ne peut produire un effet oii J)rnlent rintelligence et la sagesse. Nous sommes crééi^ oe Diea« Notre, corps est formé de limon, à la vérité , mais il a été pétri par la main du Tout-Puissant. Ce corps ainsi oi^anisé n*était encore que matière. C'est Dieu qui y a répandu un souffle de vie ; et c'est ce souffle de vie qui nous anime. 11 nous a faits à son ima^ ge, en nous donnant une ftme spirituelle et immortelle, capable de connaître son auteur , d'admirer ses ouvra** ges , et de commander à toute la nature.

Ces Iumi( rcs pures, que nous donne le flambeau de la révélation sur la noblesse de notre oricrîne , quelque communes qu'elles paraissent à im esprit frivole ne sont-elles pas bien plus belles et plus sa^sfaisantes que les puériles chimères qu'on se plaît à y substituer , pour nous dégrader en nous confondant avec les plus vils animaux?

Quel animal , au contraire , a < plus favorisé que rhomme? Quel autre que lui contemple le firmament , • distingue le coloris et la forme agréable des coips? Daiis cette multitude d'être vivans dont le monde est rempli» la beauté de Tunivers serait sans témoins ^ si mon âme, qui en jouît, ne lui payait pas l'hommage de son admiration. Peut-on réfléchir, et ne pas sentir naître dans son cœur nûUe sentîmeus de ici oanaissance, àia vue des biens quQ Dieu dispense à Thomme d'une manière si libérale? Peut-on ne pas être sensible à l'empire qu'il nous a donné sur tout ce qui nous environne , à la distinction llatU use qu'il a mise entre les consciences si bornées des animaux brutes , et notre raison qui s'élève jusque dans ciel , jusqu'à l'Âutcur de noire être?

Ilfaïudraitsans doute être bien déraisonnable et bien aveugle , pour méconnaître ce Dieu si bien^isant , si généreux. L'ihipie a beau se vanter qu'il ne le cannait jiai, c csl (iu il le cherche dans son c(Bur dépravé *

plntât que dauf? raison. Mais qu'il regarde du moîr autour de lui ; il retrouvera sou Dieu partout : tout la terre le lui aimoiirera. II vmra les traces de sa puis sauce , de sa sagesse et de sa.bouté imprimée sur toute les créatures; et son cœur se trouvera le seul dans l'u Divers qui a aiiaonce el ne reconnaisse pas TAulcur cla nature.

Qui peut porter des hommes douég de raison à ci excès de folie, si non les passions honteuses qui les or asservis , et ^'ils ne pourraient satisfaire à leur gré

s'ils admettaient un Dieu, trop juste et trop saint poi: n'êti^e pas le venc^eur du crime ? Un juge que rien r trompe, un mailre qui peut et qui doit lout puuir, c: odieux à des cœurs vicieux et corrompus ; on voudrait s'il était possible, pouvoir l'anéantir. Pour nous^ pli vertueux et plus sages , ayant du souverain Etre , ne cette crainte impie qui s'efforce d'en effacer l'idée mais cette crainte relijj^icuse qui engage à éviter toi ce qui pourrait lui (l«'»piairc.

« La crainte du beigueur, dit i'£sprit saint , est f principe de la sagesse . » C'est en effet ^ le motif I ^ plus propre à contenir l'homme , toujours prêt à s'éga ' rer. Si , dans l'observance de la loi , l'homme aveugie et plus fragile curore , trouve des obstacles fnV[uci qui le dcfournent du bien , des sodurtions puissaul qui le sollicitent au mal , la crainte de Dieu le ren supérieur à tout t elle le retient sur le bord du préci pice , et le rappelle à la vertu.

Les parons et les maîtres ne sauraient donc inspin de trop bonne heure à leurs culaus et à leurs él(»ves ! craiule du Scip^ueur. Qu'ils leurs répètent souvent et beaux vers de llacine dans Athaliei

Soumis avec respect i sa volonté sainte ,

Je crains Bien , cher Abner ; et n'ai point d'anlre crainte.

Qu'ils leur inculquent ces belles maximes du sage «Les grands, les juj^cs et les puissans sont en honneui mais nul n'est plus grand que celui qui craint Biei Celui qui a peu d'esprit et de lumières y mais qui a j crainte de Dieu ^ vaut mieux que celui qui a un gran

^ f imor Jkmini fHmifiwm siffififa%m% Prov* 1*

9S t^Ecoti

sens , et ijni viale la loi du Très-Haut. Celui qui crdiAt le Sei^eur seia heurex , et il sera béai au jour de sa

mort *. »

Ces leçons fr64[iîpales , înirtoiit si elles sont appuyées de l'exemple, pénélreronl comme des traîu de lia m me dans ces jeunes cœurs , et s'y graveront en caractères ineffaçables. Nous on avons un exemple illustre dans la personne de saint Louis , roi de Francel La reine Blandio , lorsqu'il était encore enfant , lui disait avec cette ton î rosse que la nature a donnée aux mères, et avec celle liin^nanimilé que la religion donne ses héros : « Mon Uis , je tous aime beaucoup ; mais j'aimerais mieux vous voir expirer & pieds, que de vous voir commettre un seul péché mortel, a Ces paroles restèrent si proroiu!éinent imprimées dans le cœur de ce saint roi , que l'histoire allesto qu'on ne lui on vit jamais I oiumeltre un seul dans toute sn vie. Ce ({u il dit ùl Joinville, comme cet historien lui-même le rapporte , prouve aussi combien il était pénétré de cette grande vérité. Ayant un jour , dans la conversation, demandé â ce seigneur ce qu i' limerait le mieux , d'être lépreux DU (1 avoir commi> un i)rvhè mortel ; Joinville lui répondit avec sa franchise naturelle, qu'il aimerait mieux avoir fait Irenîe péchés que d'avoir la lèpre. I-e saint roi indigné lui dit d'un ton un peu ému : <r U paraît i.ien que vous ue savez pas ce que c'est que d'avoir f)fii.'ri î iHcu. Apprenez qu'un seul péché mortel est lin mal plus à craindre que tous les maux du monde

Il eut soin d'inculquer la même maxime à son fils , dans les sages avis qu'il lui donna un peu avant de mourir. « Mon (ils , lui dit ce vertueux prince, la pre-

ïnîcre chose que je vous enseigne et que je vous re— I onnnando , c'est d'aimer Dieu de tout voire cœur et )mr-J('.ssus tout : car nui homme ne peut être sauvé sans « :)!a. Donnez-vous bien de garde de rien faire qui lui déplaise : vous devez désirer de souffrir toutes sortes de tonrmcns , plutôt que de j'oflenser. »

Louis VUl son père n'avait pas des sentimens moins

• Timenti Daminum Unû trit, itk (Ii>tu< CQtumnmtioniê, |tiw*W*W«^fcclif Ij Y^l»! ■ ~*

DES M(»:uns. 99

ehrélieitô , et Ton peut dire qu'il leâ |)ôrta jusqu'à Ibé» roTsme. Guillaume de Puisiaurcns rapporte que ce

Î)rinco élant tombé malade au sii'ge d'Avignon , dans a guerre qu'il faisait conlrc les Albigeois, ses médecins, pour le guérir, lui proposèrent un remède qui était défendu par la loi de Dieu. Il rejeta ce conseil avec horreur , et répondit qu'il valait mieux mourir qtie de sauver sa vie par un péché mortel. 11 mourut en effet de cette maladie à Ironle-neuf ans. Qti^^^'s OLemplcsI et ce sont des pimces qui uous ic^ douaeui I ,

!Ce plaisantez jamais ni de Dieu , ni des ftainlfi^ Laissea; ce vil plaisir aux jeunes liberliiuu

doit toujours parler de Dieu avec le plus profond respect. Son nom est sainl et terrible ; il n est pas môme permis de l'employer sans raison ou pour aes sujets irains cl lé,[^(»rs , connue il arrive si souvent. « Que le nom de Dieu, dit le sa^^e, ne soit point sans cesse dans Tolre bouche , parce que vous ne serez pas en cela exempt de faute *. x> Quel crime n'est-ce donc pas d'o- Mr le blasphémer , ainsi que Fimpiété ne craint point de le faire 9 en l'appelant cruel , injuste , en se raillant des divines Ecritures, qui sont les dépositaire* de sa parole; en le reniant par des imprécUions infernales , que les libertins se font quelauefois un jeu de proférer, et qui ne peuvent qu'exciter Vindignation des honnêtes gens? Ceux qui ont un peu de rcligipirr^^^hstiendront même de profaner le nom de Dieiu^en le mèlant^à des plaisanteries indécentes : ne blanV^rail-on pas celui qui oserait se le perniellre à l'égard des prîr>ces de W terre?

Les clioses saintes, et tout ce, qui est spéciaîernent consacré à Dieu , ne méritent pas'molr^ dé resjfnè/^ badiner I les tourner en ridicule , \:\5st se ' rî^ft^ Và&fBid iofiniment rîdiculo cl incpiiiaMe«^^jM«|j^^

î NQmimi(^ M non êii widm in 9rê im^ ficcU? 23^

100 L^ÉCOLK

OU le méprk qu'on en forait, seraient des impîélés et des sacrilèges , parce qu'ils rejaillirnieiit sur la Divinité. r4'est manquerai! maître, (j^uediusulter ou de mépriser ce qui lui appartient.

Hien pourtant n'est plus commun aujourd'hui. Non- i seulement les ministres du Seigneur et les i>ersoniies \ religieuses, mais les saints , les reH(|ues, les miracles, les mystères et les cérémonies sacrées de la religion , j sont pour les gens du monde des sujets de fades plaisanteries. On croit aciyuérir par-là le titre de bel esprit et de philosophe : mais ne voitH>n pas qu'on ne mérite que celui d'impie et de libertin? On montre moins le trillant de son esprit que la corniplîon de soii cœur, i lî est aisé de faire i ire les sols , quand oji ne veut que faire rire , et qu'on ne respexle rien.

La raillerie est Tanne favorite du vice. Cest par-là que les audacieux contempteurs de la piété se plaisent à l'Attaquer. Us insultent à la sîmplieilé du juste : mais que leur triomplie sera court ! Le temps viendra , et il est plus proche qu'ils ne le pens« ni , où ils détesteront leur aveuglement et leur folie, eu voyant la ditïérence terrible et désespérante de leur sort éternel et de celui du juste qui était l'objet de leur dérision

Laissons-leur donc ce funeste plaisir , et gardonsnous bien d'y prendre part. Se faire un amusement de leurs plaisanteries, c* est se rendre aussi coupable ([u'cux. Comme ils ne raillent guère que pour être applaudis , trompons leur attente en leur opposant un froid et dédaigneux silcoce, qui les oblige eux>mêm.es à se taire. Celui qu'une mauvaise honte empêche de témoigner sa

i'uste horreur, trahii lâchement les intérêts de Dieu. >evons-nous être moins zélés pour sa gloire, que chacun de nous le serait pour venger la sienne propre ou celle de sa famille q^u'il verrait attaquée?

C'est ce' que fit un jour adroitement sentir à Fempereur Théodose saint * Amphiloque , évéque dlcone y et grand défenseur de la foi contre les ariens. Il voyait avec peine que l'empereur favorisail tes ennemis de !a divinité de iésus-Christ. Xhéodoso ayant associé sou uis

^ iVos UimaH vUam illorum œstimabamu$ insamam , elc«

Arcadiug à l'empire , il profita de* celte occasion pour venir au palais , le jour que lo prince et son fils rece » valent les félicitations de toute la cour. Après avoir salué profondément l'empereur ^ il s'approcha du jeune Arcadius , qiu était assis après de lui sur son (rAne ; et lui passant familièrement la main au visage ; a Dieu le conserve , nion fils , » lui dit-il. Toute l'assemblée rou<îit, et Tliéodose, piqué comme d'une insulte qu'où lui faisait en la personne de sou iils , commanda qu'on chassât ce vieillard impudent. Saint Amphiloque se i^touma vers l'empereur , et lui dit avec une fespectueuse liberté : a On vous offense, seigneur, lorsqu'on ne rend pas à votre fils le même honneur qu*à vousmême. Croyez-vous que le Père céleste ne ressente pas aussi vivement Tinjure que lui font ceux qui refusent d'adorer son Fils ^ et qui blasphèment contre lui en niant sa divinité ? Théodose , comprenant alors la , sagesse du saint évêque , le traita avec plus d'honneur, et publia peu de temps après des lois révères contre les ariens.

A combien de gens du monde , qui se disent chrétiens, ne pourrait-on pas adresser la même leçon? Tranquilles et indifférens sur tout ce qui regarde IMeu, ils sont pleins de feu sur ce qui les touche. Qu'un impie raille eu leur présence ce qu'il y a de plus saint dans la religfion , une crainte humaine les reiui muets , et peut-être même vont-ils jusqu'à s'en divertir. Mais qu« la- raillerie lance jsur eux ses traits piquans, qu'elle ne fasse même que les effleurer un peu , c'est alors que toute leur sensibilité paraît, que leur mécontentement éclate. S'ils aimaient Dieu autant (ju'ils s'ainieiU euxmêmes , ne prendraient-ils pas également eu main ses intérêts? S'ils le regardaient comme leur père, ne dé" fendraient-ils pas sa gloire indignement outragée , en fermant la bouche à ces railleurs sacrilèges lorsqu'ils pourraient le faire , ou du moins en leur marcjuant de l'horreur et du m is ? C'est une obligation indispensable pour tout cluetieu , pour les femmes même qui n'ont pas renoncé entièrement à la religion : etmai- • heur & celles qui auraient perdu le meilleur garant , le plus sûr palladium de leur honneur , comme le remar-

trèi^iaii tan sntear onglain dw lei ttgei e^ns^gi

qu'il adiTs.se à. ses filles.

a No vthis permcUez janïais, leur dit-il , de mt^Ier le ridicuiû au\ discours qui ont la religion pour objet , et n'autorisez pas les autres à prendre celte lirence , en ^ paraissant vous amuser de ce qu'ils disent. Votre froideur suflira seule pour arrêter les personnes biea élevées, et vous no devez pas en sonlli ir d'a!»lres auprès de vous. Les fi»mîTies se ironipenl heain oiip , lorsqu'elles & imaginent de se iaire estimer de noiis par leur irréligion. Les incrédules eux-mêmes n'aimei>t pas l'incrédulité dans les femmes. Tout Iiommc qui connaît la nature humaine , retrarde la douceur du caractère cJ la sensihilile du cœur, coniînn liées dans voire sexe avec les senf irnciis religieux. D'ailhuirs , les lionunes regardent la religion comme une des principales sûretés que TOUS puissiez leur fournir de la conservation de la chasteté, démette vertu qu'ils estiment le plus dans les femmes. Si un homme prélend vous montrer quelque altachemcnf, et s'efforce (i'êhraiilercn vous les principes relii>^ieux , sovez assurées que c'est un étourdi , ou qu'il a pour vous des desseins qu'il n'ose avouer*. »

Les femmes honnêtes doivent donc éloigner avec soin foutes les conversations qui tendent â ébranler leur foi. Elles doivent rejeter sévèrement tout ce qui a trait à l'irréligion , ronipre brusquement ou détourner le discours, et imposer même silence , s'il le faut , h ceux

3ui auraient l'indiscrétion ou l'impolitesse d'entamer et e continuer devant elles ces entretiens. Mais surtout qu'elles niaient jamais la ridicule vanité de vouloir dis* puter sur ces matières , même avec les nuMlleures intentions. Ilnn réponse nelle qui , en faisant voir leur attachement inêbranlal>le à la religion , oblige le railleur à se taire , vaut mieux pour elles » et leur fera intiniment plus d'honneur. Tel est celle que fit un jour i.'îîedame, comme nous le lui avons ouï raconter à. ( -(^-même. Elle se trouvait en voyage avec doux mi- M:s{res protesta ns; ils s<* nàirent a parler contre la rel.'.;.ou calUoUque , badinèrent beaucoup sur plusieurs ih ses usages , et vantèrent la réforme que Luther avait

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• Legs d un père à ses tilles, par M. Grégory.

ftttè. La daiiiO|L''qni iusqu'alon avait gardé le silence y leur dit en riant : «r II faut avouer, Messieurs , que \ons^ avez fail une admirable réforme : vous avez ôté le ca-| Tùme , la messe , la confession , le purgatoire ; ôlezl enooro Tenfer, et je serai de« v6tre^. » Ils ?je répu<juèrent pas un mot, et ne parièrent plus de religion, .

Ccst ainsi le plus souvent qu il faut répondre avtx mauvais railleurs des choses saintes. On ne doit fms s'engager daas le combat avec eux , si l'on n'est bien armé et assuré du (lioniphe • c'est nuire à une borne cause que de la mal défendre. Pour confondre l'erreur, pour la suivre dans le labyrinthe où elle aime à nous égarer avec elle , pour écarter les nuages dont elle s'enveloppe , et dont elle couvîre la vérité, il faut plus ds connaissances et do himiéres que n'en ont la plupart des personnes du monde. C esL-ià le p?!rUio:e des docteurs et des théologiens les plus habiles; et comme c est à eux de faire connaître toute la beauté/ia sainteté, la divi^ nité de la relig-ion» c'est aussi à eux surtout qu*il appailieiU de Ja dôCeinlrc en délail , delà venger vigoureusement des insuftes de ses ennemis. Et souvent il ne leur est pas fort ditlicile de le faire; car la plupart de ceux qui attaquent la religion ne la connaissent point, et blasphèment ce qu'ils ignorent. Nous rapporterons à ce sujet un trait qu on nous a raconté.

Un religieux était avec de jenuc^ officiers .'..nis Tir.e voiture publique. Ils se mirent à parler des choses ùe religion; ils ea lirent le «ujet de leurs piaisanleries , et débitèrent tout ce qu'ils savaient et ne savaient pas. Le religieux, qui les avait écoutés sans rien dire, fit tomber à son tour la' conversation sur les choses de la guerre. Il en p^nla d'une manière si ridicule, que ces officiers ne p'irf^ii! s'empêcher d'éclater de rire, cr Jd^rssieurs, leur dit-il, c est ainsi que vous avez parié delà religion. J ai voulu vous fair^ voir que nous ne nous rendons jamais plus ridicules qu'en voulant parier des matières qui ne sont pas de notre ressèrt , on raisonner de celles dont nous n'avons qu'une connaissance trèssuperficiel le, parce qu'il est impossible d'en parler bien et avec justesse. £n iliit de religion , plus qu'en tout - autre , , quand on parle de ce qu*on ne sait point > on .s*expose à dire bien des erreurs et des sottises* » Cette

104 ' l'êgou

petite leçon les confondit^ et ils furent plus circonspects le reste du vojajge»

Avec les impies et les libertins ^ qui ne parlent de la reUj^on et des choses saintes ^ que pour s'en railler ,

n'employez donc pour Tordinaire qu une réponse coyrte et irriiéiah» (jui tranche ladifCeiiUé , ou une fine ironie qui lasse lomlierlc ridicule sur le mauvais plaisant. Elle prévient ou arrête de longs combats ; et il est des occasions où il vaut mieux ne pas entrer en lice , même avec des armes supérieures* En voulant répondre à toutes les chicanes aes impies , on s'exposerait peut-être à staudaliseret à ébranler dans leur foi des personnes faibl^sS, qu'il convient quel(piefois deménaîj^er, quoicpie la crainte d'un scandale, pris mai à propos , ne doive

!*amais faire abandonner la cause de la vérité , quand es circonstances exigent de la défendre. Dans une compagnie nombreuse , Tincrédule vaincu rougirait d avouer sa défaite^ et pour mieux la cacher, affecterait un air de h iomphe qui en imposerait. On peut donc alors dédaigner ses attaques , et se contenter de payer son audace d'un juste mépris^ après lui avoir fait sentir son tort ou son indiscrétion. C'est ce que lit dans une de ces rencontres le P. Oudin , jésuite, et l'un des plus savans liLUrateurs de sou siècle. Un jeune incrédule , étant allé le voir à Dijon , voulut aussitôt entrei en dispute avec lui sur la religion. Mais le pére Oudin rinlerrompit , en disant qu'il n'aimait à disputer avec personne sur les points importans de notre foi : «c C'est pourquoi, ajouta-t-il , trouvez bon que nous n'en parlions pas. — Du moins , mon père, ajouta le petitma lire en pirouettant sur un pied, je suis bien aise de vous apprendr e que je suis athée. »

Alors le P. Oudin gardant un profond silence , se mit à le regarder et à l'examiner avec étonnement et avec dédain. « Qu'ai-je de si singulier, mon ptîre, répliqua le jeune homme , et que regardez-\ous donc avec tant de curiosité? — .le regarde , monsieur , dit le P, Oudiu , la bête qu on appelle alliée et que je n'avais jamais vue. d A ces mots , le petit-maitre se retira tout confîis.

a Les hommes , dit Ahbadie, ne sont incrédules que pîirce iiu'ils veulent rèiic; et ils veulent Têlre, parce

que c'est Tintérêt de leurs passions, ji La religion m saurait s'allier avec une vie dissolue : ses menaces em** poisonnent tous les plaisirs criminels. U &ut , ou abandonner des passions qui sont chères , ou soutenir

sans cesse des remords qui ti oublcnt ; et , ( omme il eu coulerait trop pour sacrifier ce ({a on iiime , et qu'on ne saurait se calmer qu'en doutant des vérités importunes , on prend le parti de ne rien croire , ou du moins de douter de tout. Mais on a beau chercher à se rassurer ; la raison et la conscience se soulèvent toujours contre un si affreux et si iîiscnsé système , et Fincrédulilé la plus hardie peut presque jamais parvenir à éloufier tous leurs cris. Aussi n'est-il pas rare de voir les plus impies rétracter , & la mort , les railleries sacrilèges qu'ils avfiient faites pendant qu'ils se portaient bien. Mézerai , historiographe de France , avait affecté, duianl tout le cours do sa vie , un pj rrhouisme qui était plus dans sa bouche que dans sou cœur. Pendant sa dernière maladie , il lit venir ceux de ses amis qui avaient été les témoins les plus ordinaires de sa licence & parler sur les choses de la religion. Il les pria d'oublier ce qu'il avait pu dire autrefois, et de se souvenir que Mézerai mouiant était plus croyable que Mézerai en santé.

« Quand l'homme se voit près de la mort, disait un célèbre auteur païen , c'est alors qu'il se souvient qu'il j a des dieux et qu'il est homme \ » S'il avait para l'oublier dans l'éclat de sa fortune , ou dan^ la vigueur de sa santé , il ne sent que mieux alors toute sa faiblesse et sa dépendance. Au premier signal de la mort , le plus incrédule lève les yeux vers le ciel : ii reconnaît le Dieu qui tient en sa main la vie de tous les mortels ; il tremble sur un avenir qu'il s'était vanté de ne pas croire , et dont il avait peut-être plaisanté souvent; il redoute ujne éternité, do it les portes commencent à s'ouvrir , et lui font déjà entrevoir toutes ses profondeurs ; il se jette dans le sein de sou i^ère et de l'Auteur de son être. Heureux s'il y répand des larmes que puissent ef&cer ses blasphèmes !

Ceux qui , dans ce moment terrible où il va être déâi ■ ■■ ,■■ , ■<„■■. „■ 1 ^>

^ ïme i)çQ9f tune hominm m9 $9 mminii* Plin« jctt&t

qidé 4a leur W^t «teriJcl # portent rirrélîgion iuscpi'i TOYiIoir pl^s^ntçr encore sur les choses les plus respectables f mettent le comble i leur impiété et & leur

folie. Ils font consister leur lionneur dans ce qui nchève de les couvrir ci opprobre, l oule plaisnnlerie dnns uti homme mourant, comme ledit Tauleur des Caractères, est hors de sa place : si elle roule sur le chapitre de la :reIigion , elle est funeste. G*est une extrême ftiisërc <jiio de donner à ses dépens, k ceux qu'oi^ laisse j, le ]^)laL>ir d'un bon mot.

C'est encore une raillerie bien condamnable , que celle qu'on se permet sur la vertu et la dévotion ; il y a» je le saiSi une fausse vertu , ime dévotion hypocrite, hl&mable sans doute , mais beaucojip moins que le libertinage scandaleux et Timpiété déclarée ; car Thypocrisic garde du moins les apparences, cl c'est, con^ne on Ta fort bien dit, un liomujncre que le vice rend à yertu. £Ue est aussi plus rare que bien des gens ne se le persuadent. )ls aiment à penser mal de la dévotion , pour se justifier de n'en avoir pas. La censure tacite que la vraie dévotion fait de leur conduite, les indispose contre elle. Ils se plaisi ut à la confondie avec la iausse, à îa défigurer par de nifUignes interprêlalions , à lui enlever , par des soupçon<% injustes , reslime qui lui est due , à la rendre même odieuse par ls| critique la plus amére ; et tandis qu'ils se pcrmetXent tout , ils ne lui pardonnent rien. Ils la regardent comme le partage ^despelils i^énies et des esprits I n Mes ; ils se croieni, au contraire , des esprits forts ; ci ils ont sans doute raison, si la vraie force consiste à se laisser maîtriser par ses passions , à sq laisser aller à ses pencLans » et , par une suite toute naturelle , k mépriser la' religion et ses pralifjiies.

Le:> personnes dévotes peuvent avoir rie s uéfaiifs, et elles en ont , parce qu'on est toujours hoiiune. Un peut, avec de la dévotion , avoir des faiblesses ^ des petitesses même. Mais gardons*nous pour cela de mépriser la dévotion , et distinguons bien , si nous voulons être équitables, ce qui vient d'el!e et qu'elle approuve, d'avec ce qui vient d(^ l'homme et nn\»ile s'appli(jue à n' t'or- Tner. Les p(M -junes dévotes qui ont des défauls , ca «luraient souveal de plus grantb encore , si elles n'a-?

»B9 HOBUKS. 107

valent point de dévotion. De combii'ii pen(-rfro(lc YÎreji ftcandaieux ne les préserve-t-clie pas 1 Qu'on en juge par bien des gens an monde y qui ne se piquent pas de piété y et qui sont fort éloignés d'avoir les mœurs aussi pures que la plupart des dévots. Ceux qui aiguisent le iplus fps traits de la critique ronlre la névolion , sont souvent ceux qui doîiiHUil eux-mèm^ s le plus de prise à la censure. Pour respecter , pour estimer Celle vert^i, il suffirait d'être juste , et de n'avoir point d'intérêt honteux h la déprimer. Que ce sentiment de Fontenelle nous parait beau I II disait , sur la fin de sa vie : <r J'ai vécu cent ans , el je moiu rai avec la consolalion de n'avoir jamais donné le plus petit ridicule à la plus petite vertu, d

coo€ooooo89oooooaeQeoo0Ofioooe':*oot>bocooo«osooo»««#tftoeoft«

Que votre piété soit sincère et solide.

,^\Ez une véri fable piété ; quelque rare qu'elle ^o't , peut-èlre , elle n'en est que plus lionorablc et plus digne d'estime. L'impie , le libertin , d'après quelques exemples , aime â croire que ceux qui paraissent les plus vertueux , ne font que jouer le personnage de la vertu, qu ils n f ut par-dessus lui que p!us d'habileté à se cacher, vi qu'au fond, ils ont , comme tous les autres , leurs passions et leurs faiblesses. Aussi , malgré In régularité de bien des per&nnes pieuses (|u!U connaît^ malgré Féclat scandaleu:i^dcsa conduite , il se persuade qu'il est moins coupable qii'i lies , parce qu'il est du moîi^ de bonne foi, et qu'il n'alïecte point de paraître ce (ju'il n'est pas.

Laissons les ennemis de la piété chercber a étouffer leurs remords, à se justifier dans leurs désordres , en fâchant de se persuader qu'il n'y a point de vertu , afin

Îpie le vice leur paraiî^s.-^ plus exrusr.îî'e. Laissons-lenr a triste consoljlion de penser aussi mal des au?:!':^ (ju'on pense mai d'eux. Pourrions-nous espén^r de i./ire entendre la voix de la raison à cexix c^ui font profession

108 ' i.'£GOIJI

depuis loDg-tempg de la méprisér dans leur conduite , aînsi que dans leurs discours , et qui ne se font un o idée si affreuse des autres hommes, que pour éti^ moins effra;yéâ de celle qu'ils sont obligés d'avoir d'euxmêmes?

Non f non ; quoi qu'ils en disent , la piété n'est pas

toujours un masc[ue qui cache Thypocrite et Je scélérat. S'ils pouvaient être témoins de ce qui se passe en cortaines âmes solidement pieuses ; s'ils voyaient la pureté de leurs intentions , la noblesse de leurs sentimens , la générosité de leurs sacrifices , ils en seraient ^elquefois remplis d'admiration ; et loin de les mépriser , ils auraient pour elles cette vénération et ce respect qui sont toujours dus h la vertu.

Si la fausse piéle est plus connue que la vraie , c'est que celle-ci se cache , parce qu'elle est humble : l'autre ^ au contraire f aime à se montrer , parce qu'elle est orp^ueilleuse. Mais , quoiqu'elle ait presque tous les dehors (ir la piété véritable , tôt ou lard elle se dément et se fait connaître; le voile doîil elle se couvre tombe quelquefois de lui-même, et elle réussit plus long-temps à' se faire illusion qu'à la faire aux autres. Car nous ne parlons jlas de ces dévots scélérats , de ces tartufes impies » qui ne se servent du manteau de la piété que pour mieux cacher le jeu de leurs passions , couvrir leurs vues criminelles , et tromper les liomines. Il en • est d'autres qui , dévols de meilleure foi , n'ont pas néanmoins une piété sincère ni solide , farce qu'ils veulent allier à la piété ce qui est incompatible avec elle.

En plaignant leur erreur , cherchons à les détromper: peut-être y réussirons-nous , en les montrant à euxmêmes tels qu'ils paraissent aux yeux des autres. Si quelquefois on craint de se connaître > de peur «l'être obligé de se corriger , souvent aussi on ne se corrige point , parce qu'on ne se connaît pas.

Quoique les femmes aient pour rordinaîrc plus de piété et (le dévotion que les hommes , soit parce qu'elles ont le cœur plus sensible et plus tendre , soit parce que moins occupées de grandes affaires ou de l'étude, elles n'ont ni à remplir les emplois qui dissipent et font souvent négliger la plusimporlanlc de loulcs les aiTaircs,

DBS voKims. 109

ni à cultiver des sciences qpui enflent le cœur et le dessèchent, elles peuvent aussi plus facilement donner dans rillusion. On en voit qui sont exactes à toutes leurs pratiques de piété : elles se reprocheraient de manquer h isl plus petite. Mais en même temps elles sont impérieuse:^, aigres et entêtées ; elles ne savenl ni

i)îi( r , ni se contraindre : il faut que chaeun soul'fre de BUT humeur et de leurs caprices. Elles veulent être dévotes , et ne sont pas même raisonnables.

Il y en a qui , par un aveuglement aussi étrange » veulent unir tout le luxe et tous les plaisirs du monde ave(;la dévolion et la piété. On est le matin à l'église , et le soir aux spectacles. On est de lentes les -isseniblée . chrétiennes , et de tous les amuscmens mondains. On veut servir tour à tour Dieu et le monde. Mais comment peut-on se flatter de pouvoir plaire à deux maîtres , allier l'esprit de Dieu avec celui qui lui est le plus opposé, le godt des choses saintes avec celui des choses profanes, ei malgré les aii;ï(hém<s que Jésns-Christ r< lancés contre le monde, espéxer d accorder ie monde et ÏEvangile ?

U en est d'autres qui , par une illusion moins con-: damnable , mais qui Test néanmoins , consacrent à la

dévolion et à la prière niu* t^rande p;îrtie du temps ({ii'il faudrait donner à l'éducation de sa lautlllf^ , au Foiii de son ménage, à la vigilance sur ses doniesîiciues. lAah la vraie piété, qui nous porte à remplir fidèlement tons nos devoirs » pourrait-elle approuver qu'on les négligeât pour elle, et qu'on lui consacritt un temps qu'on ne saurait lui donner, sans le dérober à ses plus étroites oh! ij^ a lions? La religion pourrait-elle autoi iser ce que la raison condamne ? Ne nous apprend-elle pas elleinéme , qu'il n'y a point de prière plus puissante, plus cHicaoe auprès de Dieu , que Taccomplissement de ses volontés f et qu'on n'est rien & ses yeux quand on n'est pas ce qu'on doit être ?

Lorsque le roi H( nri TV travaillait à des affaires pressantes, et qu'il ne pouvait assister au service divin, il en faisait des espèces d'excuses aux prélats qui se trouvaient â sa cour y et leur disait : «Quand je travaille pour le public , il me 5cml>e que c'est quitter Dieu pour L)ieu ir.Cuie, » ' **

110 t'iCQM

Quéhjoe Ié|[itimf qae &^it ceUe raison » on ne d^U pas uèaiiinoiiis ea abuser » comme bien des personnes qui prétextent leurs affaire* ou leurt soins domestiques,

Î)our se dispenser de ce qu'ils doivent à Dicii , et qui oublient (^uand il s agit de leurs plaisirs. Si on le voulait bien sincèrement, on trouverait presque toujours du ten;ps pour satisfaire avec prudence aux devoirs ordinaires de la piélé , sans négliger ceux de son élat , et même eeux«ci ne s'en feraient que mieux. Il y a tant de momens qu'on perd en den cliosrs vaines ou moins importantes I Qui eut jamais de plus grandes occupations que saint Louis sur le trône? Qui fut cependant plus exact » et 4 remplir tous les devoirs de son élat^ et à. n'omettre aucune de ses pratiques de piélé T

L'auteur du Traité du vrai mérite , qu'on n'accusera certainement pas d'avoir été un bigot , dit qu'il a connu de > ieux guerriers qui étaient persuadés que dans cent de'\nt;ers , doiU ils ne pouvaient se tirer sans une espèce de miracle, iU n'avaient dû leur salut qu'à la régularité avee laquelle ils récitaient dévotement, depuis leur enfance , dds prières dont ils faisaient la nourriture et la force de leur Ame. (r Je crois , ajoute-t-il , rassiiîdilé à entendre la nu sse, le plus efficace de tous k ^ |)rincipcs de conduite. J'ai IrouYé des officiers-pénéraux en voyage , qui , forcés de partir dès quatre heures du matin ^ ne l'auraient pas"" perdue pour tous les biens du monde. Ils savaient rendre h Dieu et au prince ce.qu'ils leur devaient. »

Cela nous montre de quelle importance il est de former de bonne heuro les enfans h la piété , et de les accoutumer à en x^m^hv iidèlemeut tous les devoirs. Les premières imiuressions sont ordinairement les plus durables. Un vase neuf conserve long-temps Todcur de la première liqueur qu'on y a verséfi».

Comme nous voulons faire aimer la piélé , nous nous garderons bien de la peindre sous ces traiLs sombres et rembrunis , dont certaines personnes se plaisent à la charger. Une morale trop sévère produit peu de saints. Elle fait préférer la facilité qu'on trouve à demeurer daos le vice , aux difficultés qu'il y a d'eu sortir et de pratiquer la vertu. Vn riî^orismc outré ne sert roui raii-^ némentqu à rendre ia piété et la religion même ouieuses*

rm Winmi; 111

Ce^t mCiùjet Taillerie mur les liliertiM et de «vandale pour l(îs fuibics. Les liberlins sont bien aises qu'oa leur exagère les choses , pour avoir droil <lo n'en rien croire , et surtout de a en rien faire , et qu'on leur en demande trop , pour avoir un prétexte de refuser tout. Les faibiesi ^ur ces principes tr^ip s^yëres , se sont sou«yent formé de fausses conscience»^ qui leur ont CMt coninietlrc de véritables crimas.

Pour se (lélroinpor les tins et les autres ^ qiî'îls Hscnt le beau livre que saint François de Sales a composé sur ce sujet % 11$ y verront que la vraie piété n'est ni aussi laruche, ni aussi austère qu'on s'est ptu à la leur repréacrtter; que le joug du Soigneur est doux et léger; qu'on peut vivre daFis le monde sans être du monde , et qu'on pLMJt j avoir de In dévolioii s;nKs lM*-sser les ineiiséances, sans se rendre ridicule ou méprisable, lU y apprendront surtout que la piété sage et éclairée ne oliereoe , ni par une rigueur (rop gênante à rétrécir le chemin du ciel jusquVi le rendre impraticable » ni par un reL^chement trop doux à Télargir jusqu'c\ le rendre trop 1;^ ile. Ep.(re ces d( iiA. routes , dont l'une ron(biirail au desespoir, et l'aulre perdrait par une trompeuse confiance , ciic t«i(be de prendre le juste milieu pour elle-même et pour les autres.

Mais quelque ennemie qu'elle soit d^ excès dont nous

Tenons de par'iT , eîle l'est encore plus d'un autre qui n'est aujourd jiui que trop commun , de celle dangereuse et séduisante maxime , qui prétend borner tous les devoirs (h la piété chrétienne aux devoirs de la probité mondaine » et qui ose assurer qu*on est assez vertueux Jorsc(ii*on est honnc^te homme.

Je demanderais volontiers aux apûtrcs de ce nouvel évangile , par quelle autorité ils vienne contre dire si foriaelli^ment celui de Jésu^Ghrist, et s'ils ont donné , pour mériter notre créance , des preuves plus authentiques de leur mission. S'ils en ont de moins fortes, ou plutôt s'ils n*cn ont d'autres qVie leur opinion particulière et !a commodité de leur docl: iuc, doiv^ iû-iis s'étonner que nous défiTions plutôt à la parole de Dieu ou'îIi la leur? Car pour nier ou douter que. la religion ciiré-

4 mmm^i^Êmm,t , , ,^ ,

! InUûddciion à k >'ie dévute.

112 l'égols

tienne soit divine , il faut avoir rènoncé à toutes les lumières de cette raison mi^aîe qu'ils veulent prendre uniquement pour guide. Mais il n'est pas moins évident

3 ne ia religion de l'honnéle homme chrétien est bien ifférente do celle que se contente d'avoir celui qu'on appelle simplement honnête homme selon le monde* Celui-ci soumet la religion à sa raison. * Piii mi les dogmes du cluisîiriuisme, il adopfc les uns, rejelle les autres , ne couqK)se sa foi que des articles qui i lui senililent ne point contredire ni révolter sa raison , \ et il se fait une religion à sa mode. Parmi les préceptes , \ il respecte ceux qu'on ne pourrait violer sans manquer aux lois de l'honneur ou de la société ; il s'en déclare Iiautenient le rigide observateur , pour se croire en droit d'enfreindre ou de mépriser les autre, qui le généraient trop, ou qui ne lui plaisent point.

L'homme véritablement chrétien soumet au contraire sa raison a la religion y et la captive soi» l'obéissance de la foi. La raison chez lui ne fait que les premiers pas; elle le conduit jusqu'au snnctuaire du christianisme. Là, après lui avoir fait voir é( rites en caractères iumineuY les preuves incontestables de la divinité de sa religion , elle le remet entre les mains de la foi ^ à laquelle il se soumet aveuglément pour fout ce qu'elle lui enseigne de Ja part de Dieu , assuré de ne pouvoir jamais s égarer , parce qu'il est conduit par celui qui est la sagesse et la vérité même, i idéle observateur de 1 tous les préceptes 5 il croit devoir n'en mépriser aucun, parce qu'ils émanent tous de la même autorité , qui est celle de Dieu. Enfant soumis de l'Eglise , il en rc^ { pecte touîcs les décisions , et les regarde comme des j oracles , parce que son infaillibilité est fondée sur les • promesses de son divin Auteur, qui sera toujours avec elle jusqu'à la consommation des siècles , et qui vetit qu'on regarde comme un pal'en et un publicain celui qui n'écoulera pas l'Eglise. Toutes ses lois sont sacre' pour lui : il sait qu'on ne doit passcuk nienl Tobéissa îicn iiu\ préceptes natnrels et divins, mais encore aiî:^. préceptes ecclésiastiques, qu'il faut observer les uns et ne pas omettre les autres ; et qu'une seule offense mortelle, en quelque point que ce soit ^ suffit pour nous perdre étcrncilement«

HHS MOBUM. 113

^Mais la vraie piété de s'en tient pas là , et elle ne se borne pas simplement ce qui est commandé. Elle 'aspire à ce qu'il y a de plus parfait et de plus digne d'elle et de Dieu. Elle aime mieux en faire trop que trop peu , et aller au-deià de ses obligations que de s'exposer à y manquer , en cherchant trop scnipuleiiseraeut le terme de ses devoii*s. Elle sait h qui elle se confie. Elle Gonuait la bonté généreuse du maître qu'elle sert , et qui récompènse si libéralement tout ce qu'on fait pour lui 9 tandis que les bommes y qu'on sert avec tant de zèle et d'eni])resseraent , ne réconi^iciisenL ^lesquc rien de ce qu'on fait pour eux.

Bien différent des mondains , dont la piété est si facile à se rebuter, si prompte à se dégoûter dans le service de Dieu , et qui trouvent que les momcns qu'ils y don** nent sont toujours ceux qui leur semblent couler le plus lentement, le chrélien pieux ne goùle jamais de momens plus doux , plus agréables , que ceux qu'il peut consacrer aux saints exercices. 11 ne s'imagine pas que la naissance, les dignités ni les ricbesses y soient un titre pour se dispenser de ce qu'on doit h Dieu. Plus le rang qu'il tient dans le monde est honorable et distingué , plus il se croit obligé 'à servii de laudèle et à donner l'exemple.

Ainsi penstiit l illustre épouse de Henri III, Louise de Yaudemont. Placée sur le trône de Erance, la couronne ne servît qu'à relever l'éclat de ses vertus ^ et ne lui fit rien perdre de son humilité , de sa piété , de sa douceur. Elle fut un modèle de modestie et de pudeur, dans un temps où la dissolution et les débauches infectaient la ville et la cour. Au milieu du luxe et du faste le plus indécent , elle ne se distinguait que par la simplicité de ses habits. Aussi pieuse qu'elle était humble et modeste, elle parlait plus à Dieu qu'aux hommes , et on la trouvait plussouvenl aii\ églises qu'au Louvre. lUiiant les premières années de son mariage , elle se confessait et communiait tous les mois ; mais quatre ans après avoir épousé le roi , étant veuve , elle fréquentait les sacremeas tous les huit jours. Convaincue par sa propre expérience , que la lecture des livres spirituels est l'aliment de la piété, que ces livres qui paiaissent si enuuj ewi^ ^ si iosipide» -^ux personnes qui ne ii^eat

que deg livres proftnes , iont h\m pl« vtilei et piM

nécessaires, elle les lisait volonliers, et en faisait la nourriiiiic ordinaire de son âme. Celui qu'elle se faisait lire le plus souvent était la Vie des Saints \

C'est , en eifet ,* ce qu'il y a peut-€lre de plus propre à nourrir la piété et môme à en inspirer Tamour ei te goût : ies exemples des saints ont fait beaucoup d'autres Stiints. Ou lit avec avidité tant de livres qui n'apprennent rien , ou qui ne sen eut qu*à saûsiaire une vaine curiosité. On t^c veut rien ignorer , excepté la seule chose qu'il faudrait savoir , la science de la religion et du salut. Par une suite de l'incrédulité do notre siècle , ou paroil rougir de la lecture la plus utile cl la plus édiliaaio» comme ou rougit de passer pour pieux et dévot.*

On redoute la critique du monde, et de ce monde qu'on n*a pas la force de mépriser , lors même qu'on le jugQ le plus méprisable» On craint des hommes qui ne i>eu-

veut faire aiu un mal , et dinit la censure est un éloge tacite mille fois plus glorieux que leurs fausses et frivoles louanges ; et Ton ne crairnt point dû rougir du service d*un Maître tout-puissa|it, d'un Dieu jaloux qui regarde du m6me o^il > et ses -ennemis ^ et ceux qui n'osent se . déclarer pour lui. Y a4«-il donc sur la terre des grands assez fjrnnds , et d(>6 puissans assez puibsaus , pour mériter {|ue nous les préférions à Dieu ?

Qui que vous sojez , dans quelque état ^ à quelque haut rang que vous soyez placé y ne rougissez jamais d'être pieux , ni de le paraître. Ne faites pas comme le superbe qui s'Imagine qu'il ne doit point croire ni agir couiiuc le vuliraire. INe prenez pas pour une marque de nobles^ et de grandeur d'être moins sages que les autres^

* D y a plusieurs Vies des Saints trés-bi en faite? et r ' imccs, telles que celle!» du P. Croisct ; et mieux encore celles du r.GriHet»

Çour tous les jours de VAnnAe , en douze volumes; et Ici Viei des êro? . des Martyrs et des autres principaux Saints, trtduUe^ de

Tan^'lais par une société d'erclésiasliqucs.ll y a aussi un bon abrri^ô de la Vie des Saints , pour tous les jours de l'aTini^f , nrrom])a^ né de rélle^ioiis , en un gros vol. in -S, pnr un rin;' dç Rouen. Noua ne parlons pas des autres , pArcp r](ie nous ae voulons iadi<|uer ee que uaus connaissons de meiileur» *

Sî, parce qne tous êtes noble , ▼on* aTet^ine à

faire ciî (luo fait le petit peuple , faites mieux que lui ce qu'il fait oicn. Ne le suivez pas dans les voies de la piélé; ayez égard Â^volre condilioa , marchez le premier , servez acxemple. Tenez voire rang dans le lieu saint ; nepcrmellez pas qu'aueun y soit plus religieux ni plus niodesle que vous, a Mon fils, » disait , avec cette simplicité si digne de sa piélé, saint Louis à Philippe qui devait lui succéder au trône, « assistez avec dévotion au service de Dieu et de la sainte Eglise notre nu re ; priez-y de cœur ot de bouche ; principalement & la messe, apreslaconséerattondacorpsde^otre-Se!g^eur, sans y causer ni parler a qui que ce soit. » Ce saint roi pratiquait lui-même re qu'il recommandait à son fils. 11 était durant tout le temps de la messe , et surtout après (juc les paroles sacrées avaient fait descendre sur l'autel (a victime sainte , dans le recucUlemenl et le respect le phis profond.

Onolle tiifrércMico de ce pieux inonarqueil ce tourbillon de jeunes e/ ({uelquefois lie vieux insensés qui , aju'és avoir [>asfi6 toute la semaine sans paraître dans nos temples , y accourent enfin les jours de fêtes et de solennités?, Entraînes par la coutume et conduits par la bienséance , ils y viennent pour voir et pour être vus; pour rriliquer et pOiU* étaler les modes , les parures mondaines; pour concerter souvent les plrîsîrs de l'a- ]}rés-niidi , durant h^ plus auguste de nos mystères. Sans . retenue comme sans religion dans nos églises , on les voit y causer , y rire , y commettre des indécences qu'ils lï oseraient se permeilio dans une assemblée profane. Ils entrent avec décence dans la maison d'tm i^raud , Ils s y observent , ils s y composent ; et ils ne craignent

I^as d ealrer , d agir sans respect dans la maison de Dieu, is y promènent partout.leurs regards insolens, qu'ils ne fuent de temps en temps sur Tautel que pour voir si le sacrifice sera bîenhU fini. A peine daignent-ils suspendre leurs scandaleux enfreliciis et meilre un genou en terre , ou incliner faiblement la léte dans le nmrnent lo plus redoutable du sacrifice. S'ils ne sont plus ( Iirétiens, pourquoi viennent*ils dans lesassemblées chrétiennes? et s'ils le sont encore , comment osent-ils v y outrager, y insulter le Dieu qu'ils adorent ? t

116 L*iC0LB

Avouons-le pourtant à la gloire de la religion : quelque fréquent que soit ce désordie, il n est nas universel. Dieu s'est réservé parmi nous un grand nombre de vrais et de fidèles adorateurs ; et Ton voit les princes

eux-incnies ne paraître devant nos autels que pour confondre rimpiélé pnr d'Hua-nstos exemples , et donner a leurs peuples des marques publitrjos de leur piété. Nous avons vu de nos joutas un puissant monarque prier durant les saints mystères avec une modestie édifiante , descendre de carrosse et se mettre à genoux au milieu des boues, pour adoier le Fils de Dieu qu'on porlait aux malades *.

Nous avons vu le vertueux dauphin , son fils , que la religion honorera long-temps de ses regrets , signaler également sa piélé. Aj^antaficrçu de loin une procession du saint Sacrement, il fit arrêter, descendit de carrosse, s'avança à pied vers le reposoir , se confondit dans la fouie , rejeta les carreaux ([u ou voulut mettre sous ses genoux , et se prosterna sur le pavé.

La piété des grands est le plus beau triomphe de la religion , qui , à son tour , les comble de gloire. Cette belle qualité fut iiue de celles de Philippe II , roi d'Espagne, que rhistoire nous re[)résente comme un des plus grands princes de son siècle , par sa sagesse , son équité et sa magnificence. Il était sorti de Madrid pour se promener en voiture. 11 trouva le vicaire d'une petite paroisse de campagne , qui , précédé d'un enfant, fortait le saint vialupie à un malade. Il descendit aussitôt de sou carrosse , y fit mouler le prêtre , qu'il accompagna la léte nue et la main à la portière , jusqu'à ce qu'il fut arrivé chez le malade. C'était un pauvre jardinier. Le prince assista avec la plus grande dévotion à toute la cérémonie. Il fit ensuite une aumône considérable à celui qu'on venait d'administrer: ef remontant dans son carrosse avei le prêtre , qu'il fit mettre à la place la plus honorable , il le ramena jusqu'à son église: Imitant en cela l'exemple d'un de ses plus illustres ancêtres , Rodolphe de Uapsbourg , tige de la maison d'Autriche , dans laquelle la piété et la religion ont de tout temps été héréditaires. Ce prince , étant à la chasse.

* Louis XV«

DE? IfOGlAtô. 117

rencontra un curé qui portait le viatique. H descendit de cheval y y fit monter le prêtre, et conduisit lui-même le cheval par la bride.

Le roi de Portugal , dom Pedro , adonné à ses sujets»

dans une semblable occasion, une marque aussi éclatante de son nMigieux respect ; et il a fait voir à ce siècle d'irréligion , que la vraie grandeur ne consiste point à faire parade de son impiété , à mépriser le^ choses saintes , mais à honorer , à servir son Créateur et son Maître. Quels sentîmens respectueux ne devonsnons donc pas avoir aussi pour cet Etre .siiprême, puisque noïis voyons de p^rands monarqnes , devant qui tous les hommes se prosternent et s'humilient , se prosterner eux-mêmes et s humilier devant lui 1 Quelle plus utile instruction à donner à la jeunesse , que de lui faire remarquer souvent ces nobles exemples , si propres à lui donneur une grande idée de î)ieu et de la religion, à lui transmettre l'amour de la véritable piété , qui est, ainsi que la crainte du Seigneur, le commencen^ent et la source de la sagesse !

Cet héritage , le plus précieux que des parens chrétiens puissent laisser à leurs enfans, ne se donne pa:comme les autres biens; en disant : « Je laisse à moii fils la piété et la sagesse. » Si vous voulez qu'il les possède , faites en sorte, tandis que vous vivez , qu'il s'en . mette en possession. Si vous attendez trop long-temps, il ne les aura jamais. C'est au printemps de la vie qu'il faut jeter daiis les jeunes cœurs les semences de la vertu. - 11 faut, pour ainsi uire , leur faire sucer avee le lait les premières douceurs de la piété : elle croîtra avec l\^ge , elle jettera dans l'âme des racines profondes ^ et les plus violentes tempêtes ne pourront la renverser. Dociles à ses leçons , ils deviendront des hommes sages , des citoyens vertueux , des personnes irréprochables dans leurs mœurs et dans leur conduite , aussi lid 'l(\s à remplir tous les devoirs de la probité et de 1 bouneu: que ceux de la piété et de la religion , ou plutùt , exactf> observateurs des premiers , parce qulls le seront de cenx-cî : car , comme il n'y a point de vraie , de solide religion sans [Holiité, il n'y a pas non plus de vraie , de solide probité ^ sans religion ; et qui ptiu(, oublier ç^î

118 ^ t^ÈCOLt

qu'il doit h Dieu , peut aisément mé^nBailre ce qu il doit aux liommes.

Nous ne pouvons mieux finir ces léflexions» qitc par lèscxeeUenâ eonseilsque madame de Maintenon donnaîf^

au sujet do la piété, à la duchesse de Boiirj^oj^nc , dans rinslruction qn'ollo composa pour cette jeune prinressc. C'est un pailait uiodrie de co que tous les gens du inonde, et en pariiculier les personnes du acxoi doivent raira«

ff Que votre piété , lai dit-elle , «oit solide , droite , éclairée : solide, on évitant de la molfro dans les minnCii^*;: droite, en préférant (onjniirs les obligations de voire eut à toute dévotion particulière ; éclairée , etk V0U9 instruisant de tout oè ^e vous devez tôvolr pour vous sauver.

JD Vous aimez la joie, le repos , le plaisir; croycz- TTîoi , j'ai f^oiité de tout : il n*y a de joie , de n^pos , de plaisir qu'à servir Dieu ; lo vice est aiïrcux^ ei Ton ne peut trop toi se donner au Scig^neur.

D Evitez la vanité et roisivclé ; évitez surtout le péché : on se jette aisément dans le vice , on en bort difficilement.

M<.'di{ez la loi de Dieu jour et nuit ; gravoz-Ia profondément dans le fond du cœur; rendez souvent en vou9*méme , et lAchcz de vous mettre en la présence de Dieu, au milieu des compaj^nics les plus nomhreuses.

» Aimez Tép^lise, qui est rassemblée de.*^ lli]rl(v<; : respectez ses minisires ; protégez les gens de bien et le^ jbonhes œuvres. J)éclarez«-vous contre les nouveautés do la religion. Tenez-vous attachée au saint-siége , c*est le centre de fa catholicité. •

» Sovpz simj)îedans l.i |)i(Hé, docile, liunible, unie, comme saint Paul l'onloniie aux femmes.

i) Fréi|uentez les sacremensavecjoieelavecconâancc; choisissez un bon confesseur ; et Iaissez*vous conduire dans le bien qu'il vous conseillera.

D Aimez la leclure des livres qui por{:^nt à Dieu , (els meV Iini [f! lion de Jésus- Christ et Us Ol^uvres de saint TrancoiS de Sales , que vous ne devez point vous lasser

de lij:e% Juos iivre» prolime* insj^irent l'orgueil ^ et nouxw

DUS MOItlM; li9

rissent la curiosité , si dangciircuse à notre sexe, à mesure qu'ils étendent les connaissances.

I» Aimez vos enrans^ voyez-les souveai : é'csi Togci»pation la plus honnête qu'une prinewe et tttie paysanne piiîsscni avoir. Jetez dans leur eoBur les aeoMnced de toutes les vertus. »

Et qu'à tous T06 disooiirs la téritè préside^

La vérité est le premier devoir de Thommo en soricté. La parole a été donnée aux hommes pour se comiDuniquer leurs pensées : e'est aller contre l'institution de la nature, que de la faire servir à la duplicité et au meii'^ songe. Quelle confiance l^s hommes pourront-ils avoir entre eux , si la vérité est bannie de h\ société, et si la langue, destinée à être Tinterpréte fidèle du cœur, n'en est plus que le'TOile trompeur qui le cache el le déguise ?

Que l'homme vrai est précieux dans le commerce de . la vie! Avec lui on \\mi régler ses jugemens, ses scntimens , ses démarches ; son araitic n'est point équivoque ni trompeuse ; sa bouche est l'organe de la vérité ^ et jamais le mensonge n'a souillé ses lèvres*

Mais il faut convenir ipi'un tel homme est bien rare. La vérité est simple et ini^éiiue, et nous voulons du * spécieux et de l'oi ncmeut. Klle vient du Ciel toute faite, pour ainsi rlire , et dans toute sa perfection , et nous n'aimons que notre propre ouvrage , la fiction et la fable ; ou , comme dit un auteur célèbre , qui , par la multitude de ses erreurs en toutgenre^ l'a prouvé plus que personne :

3Le vrai nous vient du ciel , l'emiir vi«snt de It terre.

VOLTAUly

Voyez le peuple : il controuve , il augmente , il charge les faits par grossièreté et par sottise. Dans le grand . inonde , toutes les sociétés sont empoisonnées par le défaut de sincérité et de droiture; les entretiens n'y sont le plus souvent que des mensonges , cachés sous

de i*mm e( d* la (eUtene^ U« ipUa^iie^

120 l'ècolu

font du dcguiselïicnt et du mensongô lèur étude : pliisieurs en font leur plai>ir , et d'autres leur ciélior. Pour vous, faites^en tout ce qu'en ont fait les crrands hommes , rabominalion de votre cœur. Regardez , avec le Sage , le mensonge comine une tache honteuse et un opprobre. i< La vie des menteurs, ajautc-t-îl , est une vie sans iioaueiii : leur confusion les accompagne sans cesse*. »

Uhonnête homme , le vrai chrétien , ne méprise pas seulement le mensonge , mais il le hait , il le détest(3 , parce qu'il sait que le Dieu qu'il adore est la vérité même , et que les lèvres menteuses lui sont en abomi-

na(ion Ne craignez donc jaiiiaib de dire la vérité , et abhorrez le mensonge plus que la mort. Ces beaux ^entimens étaient ceux de ce saint évéquc de Tagaste en Afrique, nommé Firmus, dont parle saint Aup;ustin. n tenait chez lui , caché avec beaucoup de som , un liomme innocent , qu'un empereur païen voulait faire mourir. Des satellites vinrciiL par ordre derenipcreiu •lui demander cet hommn. Tl îour répondit qu'il ne pouvait ni menlir , ni découvrir celui qu'ils cherrbaienl. On lui fit souffrir tous les tourmens imaginables ; mais il fit paraître une constance héroïque. Il fut amené devant renipereur, qui admira ses seutimens, et lui accorda nu'îiie la grâce de l'homme qu'il gardait chez lui. Quelles louanges, ajoute ie saint docteur, ne nu-::e pas cet illustre évéque, qui aima la vérité jusqu'à tout souffrir plutôt que de mentir ! '

A son exemple , estimez plutôt la vérité que toutes les choses du monde; crai^^nez de vivre avec la réputation d'être un homme faux. Haïssez le mens , '<^t I quoique dans les toiup.îgnies on l'appelle le pliis cent des péchés, et dans les palais le plus nécessaire , appelez*le partout le plus honteux et le plus indigiîc d'un homme d'honneur. Ne vous permettez même jamais de le mêler à dessein dans les faits qne vous racontez, pour le.> rendre pins ac^réables. Quelque ovïv^ment que vous puissiez lui donner , croyez qu'il no saurait être que très mcsséant dans votre bouche. 11

• Opprobrium vcrn/arn in kominf* weiuLu-him. , otr. Kcdi. 20,

Test surtout dans celle de ces personnes qtiî , par leur état» par leur dignité ou par la sainteté de leur caractère , doivent être les plus fidèles images de celui cpii est la vérité essence Un religieux , qui voulait so jouer de la simplicité apparente de saint Thomas d'Aquin , lui dit d'aller k la fenêtre, et qu'il verrait en i air un bœui qui volait. S«aiiit J'homas y acrourut. Le religieux se raoqua de lui. « Comment , lui dit-il » avez- vous pu croire ^*un boraf pût voler? — Je croirais plutôt, lui répondit le saint , qu'un boeuf volât , que de penser qu'un religieux tel que vous dit un mensonf^^e. x>

De quelque condition que vous soyez , a\ ez. la force de ne jamais rieu dire que de vrai. N'avez pas la manie si ordinaire aux enfans » aux femmes et à ceux aui ont, comme elles, l'imagination vive et ardente , de tout agrandir , de tout exagérer. On veut étonner et sur* prendre; dans cette vue, on outre tout ce qu'on dit , et d'un riron Ton fait un colosse. Mais qu'anive-l-il ? Dés que l'on ronnaît nno personne sur ce ton, on commence par diminuer au moins de la moitié de ce qu'elle ' dit, et Von finit par ne plus la croire.

Evitez le mensonge avec un soin eitréme. Si l*on remarque en vous peu de sincérité ,

L'on ne votis croira pas lois même . Que vous direz la vérité*

Un ne gagne en effet à mentir , cpie de n'être pas cru lorsqu'on dit vrai. Un menteur ne ment pas toujours , mais c est toujours une folie de se fier à sa parole. L u méchant homme affirmait une rhose avec serment : « Ce n est pas aux sormens qu'on ajoutefd, lui répojudit-ou» c'est à Ja probité, »

Quand une personne a la réputation é'étré vraie, on jureraitstîrsa parole que ce qpa'elle dit a toute l'autorité du serment* Madame la duchesse de Longueville, qui mérita par ses {grandes qualités l'estime dont elle jouit dans le dernier siècle, n'ayant pu, dit Pélisson, obtenir une î^rAce du roi pour une de ses créatures, elle en fut 61 vivement piquée, qu'il lui échappa des paroles fort mdiscrétes et fort peu respectueuses* Une seule per-

sonne , qui ies avait entendues y' ne lui lut pas fidile»

La chose revint au ] oi , (|ui en parla à M. le prince : c'était le grand Conde IVci n do la tluchesse de Longueville. Celui-ci assura le roi que cela ne pouvait être et que sœur n'avait pas perdu Tespril. a Je l'en croirai eUe-^niêmey réplique le roi, si elle dit le contraire. » Le prince va voir sa sœur , qui ne lui cacbe rien. En vain il tâche diutinl une apics-diiicc tout enliùrc, do lui persuader qu'en celle occasion la sincérilé serait luie vraie ^inipiicilé ; qu'en la justiiiant auprès du roi , il avait cru dire la vérité ; mais qu'il fallait laisser tomber cela » et qu'elle ferait même plus de plaisir aif monarque de nier sa faule que de l'avouer, cr Voulezvous, lui dil-elle, que je la rcpareparune plus grande ^ non-sou liment envers Dieu, mais envers le roi? Je ne saurais gagner sur ntoi-méme de lui mentir , lorsqu'il a la générosité de m'en croire et de s'en rapporter à moi. Celui qui m'a trahie à ^and tort ^ mais après tout il ne m'est pas permis de le faire passer pour un calomniateur, puisqu'on effet il ne Test ])as.j) EUe alla le lendemain à la cour. Apres avoir obtenu de parler au roi en particulier ^ elle se jeta à ses pieds, et lui demanda pardon des paroles indiscrètes qui lui étaient échappées. Elle ajouta que M. le prince n'avait pu l'en croire capable, et que c'était pour cela qu'il avait entrepris de la justifier auprt s de sa majesté ; mais qu'elle aimait mieux lui avouer sa faute (jue d'être justiflée aux dépens d'autrui. Louis XIY , par une action éga-> lement héroïque ^ non-seulement lui pardonna de bon cœur, mais lui fit quelques autres ^rkces qu'elle ne s'attendaiL pas à recevoir ; elle crut même remarquer qu'il la traita depuis avec plus de couîiidératioii et de J)onté qu'auparavant.

S*il est vrai que de la faiblesse et de la dépendance naissent souvent la finesse et la feusseté , la yècité est une vertu bien estimable dans les femmes. Aussi fentFdl avouer qu'elle s'y trouve encore plus rarement que dans les hommes , parce que l'édiicalion même qu'on leur donne pour l'ordinaire augmente et fortifie en elles le penchant qu'elles ont à la dissimulation. On leur ap<» prend» presque dés l'enâmoe , l'art dé feindre» et la

l^lupart n'y ^^pjmi ^uo Uo^ k^îii^« Madame do

]>£9 moeurs; t23

Mainlenon , qui reconnaît qne la iiiauvaîsc dissîmiilatioa dans laqudie on élève les femmes a de grands inconvé* mens, conseille à la duchesse do Bourgogne d^avoir plutôt une prudente franekise.

En lui recommandant d'unir la prudence à la franchise, elle lui donnait un avis bien important ; car il est quelquefois de la sagesse de dissimuler ce qu'on

i)en§e , et de ne pas dire tout ce qu^on sait. La dissimuation n'est donc pas toujours mauvaise ni blâmable. D. Y en a une louable , au contraire , et qui fait partie de la prudence : elle sait, sans le secours du mensonge ^ rarhor ses senfiniens aux curi^nx: qui voudraient les pénétrer; elle tait la vérité qui déplairait^ lorsque les circonstances n'exigent pas qu'on la fasse connaître ; elle couvre du voile du silence, quand la justice ou la charité le demande , ce qu'elle sait des dféfauts ou des intérêts du prochain. Cetlw belle et estimable dissimulation esl Je parlac^c des hoiiuues sages et prudens , des personnes vertueuses et chrétiennes , comme celle qui emploie le déguisement et le mensonge pour trompe»:' et en imposer , ou qui retient la vérité captive , lorsqu'il est du devoir de la manifester , est la honteuse ressourcf des politiques mondains, des courtisans ilattcurs, de: chrétiens faibles et pusillanimes.

a La bouche qîii m^it^ dit r£.sprit saint en ])arlan; des mensonges pernicieux , donne la mort à Tâme. Le faux témoin ne demeurera pas impuni , et celui qui àii des mensonges périra *. » Ces terribles sentences frap pèrent tellement un pieux avocat, qu'ayant un jour , en plaidant, laissé échapper un léger mensonge , e étant tombé. peu après sur ces endroits de l'Ecriture, f renonça sur-le-champ à une profession où il est sifaci^ et si funeste de déguiser la vérité.

Ceux qui se font un jeu et une habitude de manqi* de sincérité dans les petites dioses, s'expu>ent 'manquer bientôt dans les grandes. L'habitude rend et même agréable ce qu'on faisait d'abord avec p^ • et avec répugnance. Craignez donc de eontracteiii TÎce qui vous ferait haïr et mépriser nOn-seulemei^ Seigneur, mais des hommes. Car le monde, touti*'

fjj^ h ÉCOÙ

et tout corrompu qù*il est , ne saurait s'enq^her de

jendre hommage a la droiture ; et ceux mêmes qu'elle •a offensés, finissent par radmircr. On déleste les four- ;bes et les cc&urs doubles ; on estime les hommes droits «et sincères ; on aime la candeur et la ff anchise*

La candeur est la marque d'une belle âme , qui se montre telle qu'elle est ; la franchise est celle d'une âme noble, qui aime la vérité , et qui ne craint pas de se déclarer pour elle : Tune et l'autre sont Vexpression et .reffusîon de la droiture du cœur. Troj) pure, trop in- .nocente pour être dissimulée , si la caudeur pense hautement, c'est qu'elle n'a point à rougir de ses pensées. Mais souvent, qu'il est à craindre que la franchise , à moins qu'elle ne soit dirri^^^e par la prudence et par la politesse, ne fasse rougir les autres I Combien de gens qui, pour vouloir être sincères et vrais, sont impoli^ et «grossiers , ou mondains et satiriques !

Un jeune poète vint montrer à Lulli un prologue qu'il avait composé pour un opéra , et lui demanda ce qu'il en pensait. Ce dernier l'ayant lu , lui dît qu'il n'y ^trouvait qu une lettre de trop. L'ai i[( ur, flatté de ce tqu'il croyait un éloge , le pria de lui indiquer l'en droit, jfir C'est, répondit LulU , dans ces mots, fin. du prologue, \bl dernière lettre dc/în. d - - j i j.

N'ayez point c< I niour outré et farouche delà vente, qui dégénère en IniincUr cynique, et qui ne la montre que sous un dehors révoltant. Ce défaut est d autant piusdifficUe à corriger qu'on s en lait gloire. Quand on Te leproche à ceux qui l'ont, ils répondent qu ds sont faits ainsi , et qu'ils ne sauraient dire que ce quils pensent. Ignorent-ils donc qtf on se doit les uns aux aultes des égards et des ménagcmens ? Il n y a point .d'fcommc, quelque mêrde qu'il ait, qui ne lut lort mortifié, si on lui disait tout ce qu'on pense de lui. La ilîscrétion est à Vâmc ce que la pudeur est an corps. Un excès de franchise est une indécence comme la

nudité. . .

Celui qui dittoutce qu'il pense , ne pense pas toujours

à tout ce qu'il dit. U y a souvent bien de 1 imprudence et dunéril à être trop sincère. Des coups deshonoi ans , etia mort même, ont été plus d une fois les honteuses et triâtes suitçsderiAdiscréûon de la langue- Le momdni

iM uiàtBB. ISS

mal qiii puisse en arriver , c'est de nous faire perdre i'estime et l'amitié de ceux avec qui nous vivons. Cependant il vaudrait encore mieux être trop franc et trop véridique , que fourbe et dîi^mulé« Mais il y a un miliea à tenir ^ et l'homnie poli saura presque toujours le trouver. Il saura éviter adroitement de dire des vérités désagréables , on tachera de les adoucir , persuadé que dans des bagatelles on ne doit la déclaration de ses sentimensqu'à ses amis ; encore faut-il qu'ils aient grande envie ou grand besoin qu'on la leur fiisse. Mais , dans quelque cas que ce soit , il n'aura jamais recours à cette perfide et trompeuse dissimulation ^ de laquelle un poète dit ironiquement :

Art précieux de feindre ayec adresse

Un sentiment que fon n'éprouve pas ,

El qui nous fait , blessant goût et justesse

Louer tout liant quand nous blâmons tout bas t •

Tu sais voiler il'uiip gaze légère

I>a verît<'' , dont le front trop sévère

Blesse nos yeux devenus délicats.

Aussi la flatterie ordinairement fait-elle des amis^ la Téritë des ennemis. Mais les grandes âmes , qui connaissent tout le prix de la sincérité , jiréféreront toujours à des amis qui les flattent, des ( nnemis mêmes qui leur diront la vérité. Phili[)pe, roi de Macédoine, qui estimait dans les autres une sincérité qu'il n'avait pas^ était à la vente de quelques esclaves , dans une posture in^ décente. L'un d'eux Ten avertit : «r Qu'on inMle cet homme eu liberté , dit Philippe , je ne savais pas qu^il fût un de mes amis, d

Henri IV, pins grand Lornme encore que Philippe , et d'un caractère plus franc et plus droit, eut le bonheur d'avoir à sa cour des ministres qui lui disaient la vérité, et de les estimer. La marquise de Yemeuil l'avait engagé à lui donner par écrit une promesse de mariage. Le prince , avant de la lui remettre , consulta Sully , et la lui montra. Ce ministre, zélé pour la gloire de son maître , la déchira : le roi , indigné d'une pareille hardiesse , lui dit tout en colère : a vous êtes fou, Sully. — Je voudrais Fétre seul , sire , répondit Sùlly. » Henri IV , malgré sa passion pour la marquise , ne put blâmer ce ministre, parce qu'il sentait qu'il avait raison; et il le quitta 3ans lui répliquer un mot*

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