IV
Tenez yolre parole inviolablemieiit.
^CLUi qui aime sa réputation , aîmc à tenir exactem&ït sa parole : la qualité d'honnête homme impose g6 deTOtr. U se (ait une loi , lorsqu'il ]e peut , de tenir ce qu'il a promis , dans les choses même les plus légères ; » inm e qu on est bientôt infidèle dans les grandes , quand on s'acrontuuie à n'être pas fidt*le dans les petites. Despréaux aimait à se trouver exactement à l'heure
2ull avait promis ^ ce parce que , disait-il » la première dose qui se présente à l'esprit et dont on s'occupe le plus f ce sont les défauts de la personne qui se fait altendre. »
Lo! - nie la promesse n'est pas injuste ou absolumoiit impossible, on ne doit jamais la violer, pour quelque raison ou pour quelque intérêt que ce soit*. Pendant que le jeune Pompée disputait l'empire avec Octam et Marc-Antoine , ils firent entre eux une espèce de trêve» et ils se donnaient dos repas tour à tour. Un jour que ces deux derniers manp:eaient dans la galère de Pompée, un de ses capitaines le tire à l'écart, et lui dit que , s'il veut le laisser >faire , il sera bientôt le maître du monde. « Voilà un coup de parti , ajouta*t-il; la fortune vous favorise ; savons le voulez , vous n'avez plus d'ennemis dans un quart-dlieure. » Pompée ne voulut point y conseiuir : « Ils sont venus de bonne foi , ditil , et j aime mieux garder ma parole que de copunan-* der î\ tout l'univers. »
L'histoire nous a conservé des traits d'héroïsme en ce genre y plus grands encore et plus magnanimes. Tel est celui du Ré^nlus français, Jean P^ Qui ne sait le noble sacrifice qu il fit à cette belle maxime, qui était la sienne , que , « si la vérité et la bonne foi étaient perdues , on devrait les retrouver dans le cœur et dans la bouche des rois? 9 Ce prince 1 dont Tàme fut encore plus grande queses maUieurSi ayant été fiiît prisonniet
dans une bataille , fht renvoyé m j» {HUfote j nab n'ayant pu accomplir toutes les conditions qu'on avait à sa liberté , il retourna , accompagné de sa seule vertu , dansles prisons du roi d'Angleterre , et y mourut
trois ans après. ^ . . i
Le P. de Lanriére , franciscain , montra la même
fidélité , le mciue courage , et eut un plus* heureux . succès. Ayant été pris par les Indiens avec plusieurs offider portugais, il demanda qu'on le laissât pailir pour aller traiter de l'échange des prisonniers. Le roi de Cambay paraissait craindre qu'il ne revint pas ; le religieux détacha son cordon , et Je lui mit en main comme le gage le plus assuré de sa foi. Sur cela seul on le laissa partir. Sa négociation ayant été inlVuctueuse , il revînt daus les fers. Le roi fut si frap[)é de cette fidélité , et il conçut une si haute opinion d'un peuple qui produisait des hommes capables de cet acte géné^ reux de vertu , qu'il renvoya tous ses prisonniers sans rançon.
On doit surtout garder les promesses qui ont été munies du sceau sacré du serment ; et celui qui est la, vérité par essence, a quelquefois puni , dés celte vîe , le parjure, d'une manière sensible et éclatante. Lothaire, roi de la Lorraine, à hupieîle il donna son nom, et neveu de l'empereur Charles-le-Chauve , avait répudié ïieiberge, son épouse légitime, afin d'épouser Vnldrade, pour laquelle il avait conçu une inchuatioa dérégice. Le pape cassa la sentence d'un synode qui avait rompu le premier mariage , et menaça Lothaire de l'excommunication , s'il ne quittait ce commerce scandaleux. Il vint à lUiiue , pour donner satisfaction. Il jura en présence du souverain pontife, et fit même jurer une
Sartie des seigneurs de sa suite > que depuis la défense u saint-siéçe il n'avait point eu de communication avec Yaldrade. Il lui promit de suivre en tout ses avis. Le pape le fit approcher de la saiale table , et lui dit de recevoir hardiment le sacrement du salut éternel , s'il avait une ferme résolution (ie rompre pour toujours le commerce criminel qu'il avait eu avec Yaldrade , sinon de n'être point assez téméraire pour le recevoir , de peur qu'il ne tournât à sa condamnation. La plupart de ceux qui l'accompagnaient se présentèren t au^^bi ù la
fiaiûto table , et il n'y en eut que quelques-uns qui n'osèrent en approcher. Lothaire sortit de Rome plein de joie , croyant avoir heureusement terminé son affaire;
mais la mam de Dieu s'appesantit sur lui. La fièvre le pi ii il Lucques, et la maladie se mit parmi ceux de sa
et tous les historiens ecclésiastiques. « On observa , dit Tauteur de l'Histoire de l'empire, que la mort , qui le surprit bientôt après , fut la punition que Dieu exerça contre son j)arjure. On i (marqua aussi que de ceux qui avaient juré et communié avec lui, il n'y en eut pas un qui vécût plus de six mois après cette impiété *. »
(( Celui, dit l'écrivain sacré de rËGclésiastique, qui ne fait pas ce qu'il a promis avec serment , aura son
des choses de peu d'importance ou sans a\oir dessein d'accomplir ce qu'il promet, ce ne sera pas uue excuse qui le justiiiera d
Les padtens ont pensé de même. Après la bataille de Cannes , Annibal avait renvoyé iRpme dix prisonniers, avec serment de revenir , s'ils ne pouvaient obtenir qu'on rachetât les soldats romains qui avaient été pris. Ceux qui manquèrent à leur scnment furent dégradés
Î)ar les censeurs , et reloués pour toute leur vie parmi es derniers du peuple. '
On usa de la même sévérité i l'égard du soldat qui , dans celle occasion , s'étaii icndu coupable en voulant éluder son serment; parce que c'est jiiaîHjuer équivalemment ;i sa parole , que de lui donner des interprétations captieuses, a Ce soldat , dit Cicéron , était revenu au camp d' Annibal peu de temps après l'avoir quitté , sous prétexte qu'il avait oublié quelque chose ; en étant sorli ensnile , il s'était cru dégagé de sa promesse. Il l'était , ajoute Cicéron , à s'en tenir à la lettre ; mais danslefondri ur Tt !^nl])as, parce qu'en fail ue promesses il faut toujours regarder l'intention qu'on a du avoir ou qu'on est présumé avoir eue »
* Hist. eccl. de Flcury , Uv. 51 , ann. ^69; el Hist. de i'J£fnp« ;
deHeisS; liv. 1 , rhap. 5.
£t si in rnomm jurnverit , non justificahîtur. Ercîi. Sr^nprr autcm in fid0, quid senttris non quid dixerU cogUandum, i. de Oflic» .
vain , c'est-à-dire pour
' Si Ton juge d'après ces principes , ce que fit un empereur turc, quoique ce lïit à unperlide, ne paraîtra pas moins répréhensible et contraire à la bonne foi. Ce traître découvrit à Soliman II l'extrémité où était la yille de Rhodes , et la manière de s'en rendre maître , api (S être convenu (iu'il iiinait, pour récompense, une des lilles (\u snitau en mariage. La ville prise , il lui demanda i etïel de sa promesse, a Je me suis engagé , répondit Soliman , à vous donner ma fille , et je suis résolu de vous tenir parole ; mais il fout premièrement que je vous fasse 6ter votre vieille peau de chrétien , et s'il vous en vient une nouvelle., vous l'épouserez. » 11 le fit écoiiher vif. Le traître méritait sans donte tm pareil supplice ; mais il fallait pas , pour proiiter de sa trahison , le tromper par ime promesse qu'on était bien* résolu d'éluder ensuite.
< La justice , qui nous oblige à teniir notre parole quand nous le pouvons légitimement , nous permet aussi et nous ordonne même qneîfniofois d'y manquer : ainsi , les promesses arrachées par la crainte ou obtenues par l'artifice ; « il n'y a î)ersonne, dit Cio/'ron , qui ne voie qu'on n'est pas obligé à les tenir » Forcé par les circonstances de faire une promesse à un brigand , pour sauver votre vie ou prrsi ^^ (u• vtUre maison du feu , vous avez droit de ne i^as lui donner ou'il n'avait aucun <lroit d'exiger. Vous avez promis de prêter une somme d'argent qui vous devient nécessaire à vous-même , de rendre une épée dont on veut se servir pour une fin criminelle , de remettrè un livre obscène ou impie : la loi de la cliarlté vous défend de tenir votre parole , lorsqui* vous pouvez y manquer sans vous exposer à quel(|u(* ftcheux. accident.
Avez- vous promis de faire une action mauvaise , de commettre un crime ou d'y coopérer? gardez-vous de croire que vous soyez obligé à tenir votre promesse. L'c\f''rn lion vous rendrait doublemenU i iminel.Aîrésilas, roi de Sparfe , cédant à rimportuuité d'un de ses sujeis, lui avait prouus une chose qui, après y avoir fait réilexion » ne lui parut pas juste. 11 différa pour cette
* Jam iiliii })romis${$ stnndum ron n^:]c 7"is non toacius qm$ mclu, quw dccej^tuê àoio promit' rit, L de OîBi
130 L'àcùiM
îraison de remplir sa promesse. Preôs^ par le Spartiaîe; il lui dit cpi'il ne pouvait pas lui acconler sa demande, parce qu'elle élait injuste. <r Maïs les rois , ajouta ce particulier y ne dpiveat promettre que ce qu'ils veuleat tenir, — £t les sujets, reprit ÀgésUas, ne doivent de<- Hiander aux princes que ce qa'iis peuvent accorder. »
Mais ne la donnez pas inconsidérément.'
Si la probité et la bonne foi doivent répondre de notre parole , la prudi^nce et la satrosse doivent présider à nos engâgemens. Cest nVHi e ni prudent , ni sage , que d'être ' trop &ciie à promettre : mille circonstances imprévues peuvent vous en faire repentir. Ne promettez jamais non plus sans en savoir l'objet ; vous vous exposeriez souvent à devenir infidèle ou criminel, llérode, dans l'ivresse de Tadmiralion^ promet à la fille d liérodias tout ce qu'eile voudra lui demander. Elle lui demande ce qu'il ne peut accorder sans crime. Déjà coupable par son imprudence, il le devient encore plus par la mauvaise honte qui l'empêche de désavouer sa promesse, et il donne , quoiffue à regii l , l'ordre de traiich<»r la téte à un saint prophète, qu'il jugeait digne de sa coi^ fiance et de son estime *.
Ne soyez ni inconsidéré , ni trop prompt à donn^ votre parole; ceux qui la donnent aisémen t , y manquent demtoie. Tel était le cardinal Mazarin. Jamais personne ne promit plus « et ne donna moins. II tâchait d'inspirer la même maxime à Louis XIV. « i romettez toujours aux Français , lui disait-il : mais ne vous mettez pas en peine de rien tenir. » Le trait suivant peint encore mieux son caractère. Il avait eu l'ambition de mrrier sa nièce au prince de Conti. Bréquini étant venu lui apporter la nouvelle qu'elle était accoucliéc d'un fils , » ■ ' ■
* Beroddy metuchat Joannemy sciens eum virum justum et
sanctvm: et custodicbat eum, et, audito eo, nv/Jfa faciebaC, et
libenter eiim audiebot, Marc 6. îîérode , qui (il mourir snint
Jean-B.iplisle , .ivait ravi à Philippe, son frère, sa iciume llcrodias;
il périt misér.'blomont avcc cUe à L)Oû, OÙ ii lut relégué par
l empcreur Caliguiu. I
DBS ucmm: 131 iâ^mdiiiai f ran]^ ^ joie , lui ptmk iiiiA"|mdflf
récompense. L'enfant mourut quelque temps apK s. firéquiui voulant rappeler au cardinal le souvenir do t\ promesse , ce fin ministre lui dit : « Itréquini , ne me pariez pas décela» vous renouvelez ma douleur, b Quand les grands , par l'abus de leur indépendance , croient pouvoir se d&penser des règles que la probité impose aux autres hommes , c'est toujours aux dépens de leur réputation ; et si leur rang est plus élevé , îa tache quiis impriment à leur nom, comme celle qui sur une étoffe riche , n'en parait que davantage f et n'en est qne plus déshonorante*
Donnez tout ce que vous avez promis , mais ne pro^ miettez pas plus que vous ne pouvez faire, et promettez toujours moins que vous n*avez envie de donner. H est juste et beau de remplir ses promesses ; il est sage et prudent de les régler sur son pouvoir; il est doux et agréable de donner plus qu'on n a promis.
Si vous aimez votre tranquillité , promettez rarement, à moins qno vous no puissiez donner bientôt aux personnes (jui ont peu d'omipalioa , ou vous éprouverez plus d'une fois combien il est fâcheux d avoir promis quelque diose & des gens qui n'ont rien à faire qu'à penser aux promesses qu'on leur a fiiites.
Ne faites pas trop valoir , et ne louez pas beaucoup ce que vous proaiLitcz. L'imagination des personnes auxquelles on promet quelque chose de beau ou d'extraordinaire , surpasse souvent tout ce qu'on leur donne dans la suite : il vaut mieux que le don soit an-dessus qpi'au-dessous des espérances.
Soyez offî^^enx , doux , complaisant » affable Poli , d'humeor égale , et vous serez aimable.
@i les hommes savaient combien il leur est facile de se faire aimer ^ et combien le plaisir de l'être est doux et
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délicat , 9 n'en est ancim qui ne voulût se le i^rocmer. n n y a personne , il est vrai , pour peu qu'il soit né
sensible , qui ne soit bien aisf» d'être aimé ; mais il n'est pas moins vrai qu'il y en a peu qui le soient sincèrement, parce qu'on ne veut pas prendre le seul moyen de se fyaxe aimer I qui est de se rendre aimable •
Si vous voulez le devenir, observez ta maxime pleine de sagesse qui vous est ici présentée. Elle renferme tout ' ce qui peut le plus infailliblement nous concilier l'amour des personnes avec lesquelles nous avons à vivre , et par4à nous faire goûter le bonheur le plus doux , le
S lus pur , le plus constant dont nous puissions jouir ans le commerce de la vie. Soi/'Z- officieux. Aimer à rendre service, à obliger , c'est le plus sûr moyen de gagner tous les cœurs. Pour-
Î[uoi donc les grands , les riches , qui peuvent , par eurs biens et par leur crédit, rendre le plus de services aux autres hommes, sont-ils presque toujours les moins disposés à le faire ? croient-ils n'avoir jamais besoin de personne? Mais qui peut s'assurer qu'il ne sera pas un jour dans le cas d'avoir recours peut-être à ceux qu'il méprise aujourd'hui , et qu'il dédaigne de s'attacher par de bons offices? il n'appartient qu'à Dieu de se suffire à lui-même , et d'être indépendant.
Quand la raison et la religion ne nous auraient pas fait un précepte d'aimer à rendre service , en disant pour les autres ce que nous voudiions raisonnablement qu'on fit pour nous , notre propre intérêt devrait nous y engager.
Il faut , autant qu'on peut , oWig-er tout îe monde ; On a souveol besom U un plus pctil que soi.
La Fontaine.
Et d'ailleurs , celui qui n'est bon que pour lui seul est tr{*s-maii\ais ; il est aus^i injuste que méprisable citoyen : car il veut jouir d( s avantafr^s de la société , et n'y rien mettre du sien. Qu'il renon( aux biens de la communauté , ou q[u'il y contribue. S'il reçmt les scrutes des antres hommes , n'est-^ pas un engagement de-sa part à leur rendre les siens , et une injustice de se
refuser au^ devoirs réciproques ? Eh ! qu'aurions-nous à attendre de Dieu, si les autres hommes, qui sont ^ enfons, n'ayaieni rien à espérer de nous.? Mérite- «rions nous qu'il nous traitât en père , si nous n'avions pas pour eux des sentimens de frères ?
Le souveraia législateur , eu établissant la société , nous a faits les uns pour les autres. Cette vérité est si certaine , que deux grands philosophes de Tantiquito Font découverte par les seules lumières de la raison. Nous ne sommes pas nés pour nous seuls , disent-ils : la patrie et nos amis ont des droits bien fondés sur nous , dès le moment de notre naissance ; et comme toutes les autres . choses sont faites pour l'usage de Thomme, les hommes ont été faits les uns pour les autres , afin de se rendre des services mutuels.- Il faut donc suivre en cela la nature, contribuer le plus qu'il est possible au bien commun par des services réciproques, en donnant et en recevant , et resserrer de plus en plus les liens de la société par tous les bons ofÛces qui dépendent de nous
' Obliger les autres , c'est souvent prêter à usure et
s'obliger soi-même. Ce qui a fait dire à un poète :
Obligez , sans r^j oir d'aucune récompense î
Un bien fait n est jamais perdu ; ' •
Tôt ou lard il vous est rendu ,
Et souvent dans le temps que le moins on y pense.
Le rardinal Albéroni dut sa haute fortune à un service qu'il rendit : voici comment. Le poète Campistron voyageait enitalie. En passant par le duché de Parme, des voleurs Tattaquèrent et lui enlevèrent jusqu'il ses habits. Il îxafîna, à demi-nu , le village le plus voisin : c'était cohii où Tabbè Albéroni était curé. Campisiron trouva du secours dans la générosité do tu clèsiaslique ; il en reçut des habits et de Fargenl pour continuer son voyage. Quelques années après , ayant suivi le duc de Vendôme en qualité de secrétaire dans les guerres d'Italie, il se trouva aux environs de la paroisse de
* Vi prœcîarè scripfum e»i à Phtom : Non nobis soliim mit Umm , etc. I. de roffic»
son bienfaiteur. Comme ce prince avait besoin d'un homme du pays» le poète. saisit cette occasion de lui
girler d'AIbéronu On fit venir le curé , qui soutint paritemenr ridée que Gtmpistron avait donnée de lui. Le
prince en fit son aumônier. Albéroni le suivit en Espagne, et y gagna la confiance de la princesse des Ursins. Il s'attacha k son service après la mort du âne de Vendùme , fut nommé agent du duc de Parme à la cour de Madrid , ménagea le mariage de la princesse de Parme avec le roi d'Espagne Philippe Y , entra dans le conseil du roi , devint cardinal , et enfin premier ministre d'Espagne.
Si les grands , si les personnes en place on les riches , ont quelepie avantage sur les autres hommes , c'est sans' doute de se trouver souvent dans le cas de fkire plaisir. Quel plus doux , quel plus noble usage pcut"0n faire de son auLoritù, de son crédit, de ses richesses 1 Mais il me semble que la plupart , peu jaloux du plus beau de leurs privilèges, n'en connaissent que les formules. Us vous fout mille offres de services , ils promettent de vous obliger dans toutes les occasions ; et quand ces occasions se présentent , on a toujours des raisons pour s'en dispenser , pour être au désespoir de ne pouvoir le faire alors, pour remettre à une autre fois. Un gentilhomme de cette espèce , offrant ses services à un autre : a Vous <ivez raison , lui dit le comte de Grammont , les petits présens entretiennent Famitié. »
Ce qui sert de prc texte à bien des gens peu officieux, pour se dispenser de rendre service , c'est le peu de reconnaissance. Il y a, dit-on, aujourdhui dans le monde tant d'ingratitude , on a quelquefois tant de 4ésagrément d'avoir obligé , qu'on s'en repent presque toujours. Mais voulez-vous ne vous en repentir jamais? Appliquez-vous à bien placer vos bienfaits , à rendre service au mérite et à la vertu , ou plutôt n'obligez les honiraes qu'en vue de plaire au Vere commun des ^ hommes , que pour imiter la bonté de celui qui ne cesse de leur faire du bien , et qui à ces traits nous reconnaîtra pour ses enfans. Si vous éprouvez quelquefois de rmgratitiide de la part des hommes , vous n'en éprouverez jamais de la part de Dieu, G'est-li
fiieu! motif ^Ude qui puisse animer votre bienveillance.' Eû vain nos philosophes vous dirons-ils dobligei: poar le seul plaisir d'obliger , de ne vous proposer que la satisfàctioQ de faire des actions généreuses , de ne pas TOUS attendre à la reconnaissanoe » de vous attendre tnême à tout le contraire , et qu'il faut avoir le courage de faire des ingrats. Toutes ces b( lU s et brillantes maximes , soutenues de la vanité > pourront peut-être vous engager à faire du bien dans quelques occasions d'éclat mais daqs combien d'autres ne viendront-elles Ipas échouer cootre le mobile bien plus fort de votre lutcict propre , que vous croirez devoir préférer à celui des autres , surtout si vous avez déjà ressenti le désagrément de u avoir été payé que d'ingratitude? Rebuté f découragé , vous renoncerez à un plaisir si sujet à être , mêlé d'amertume , et vous cesserez 4'êtra aerviable , ^officieux , si vous n'avez la religion pour appui. Elle seule peut vous engager efficacement à Têtre , parce qu'elle nous annonce et nous promet un rémunérateur généreux et toujours reconnaissant de tout ce que nous aurons fait aux hommes , dans la vue 4e lui plaire. Ce motif est aussi bien plus noble et plus sublimé.
Le trait qui snit prouve qu'on trouve quelfjuefois . dans les conditions h s plus méprisées cette noblesse de sentiment dont je parle. L'Adi'^^e, rivière d Italie dans Tétat de Venise, s'étant débordée, le pont de la ville de Vérone fut emporté à l'exception de l'arcade du milieu, sur laquelle se trouvait une maison. Une famille entière y était : on la voyait du rivage tendre les mains et implorer du secours. Cependant la violence du torrent détruisait à vue d'œil les piliers de Tarcade. Dans ce danger extrême , le comte de Spolvérini propose niie bourse de cent ducats à celui qui aura lé courage d'aller sur on bateau délivrer ces malheureux : on risquait d'être emporté par la rapidité du ileuve , ou d être écrasé par les ruines de Tarcade en abordant dessous. Le concours du peuple était innombrable , et personne n'osait s'offrir. Uans cet intervalle t passe un villageois; on l'instruit de l'entreprise proposée, et de la récom*pense qui y est atladiéc. ïl monte aussitôt sur un batoftii » gagne à ioiçe de rames le milieu du ûeuve ,
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.aborde, attend au bas de la pile que toute la famille; •père, mère, enfans el vieillards , se glissant le long aune corde , soient descendus dans le bateau, a Courage , s'écria-t-il , tous voilà «rayés I II rame , surmonte TefTort des eaux, et regagne le rivage. Le comte de Spolvérini veut lui donner la récompensf» promise. c( Je ne vends point ma vie , lui dit le villageois ; mon travail nie suffit pour me nourrir, moi, ma femme et mes enfans : donnez cela à cette pauvre famille , qui en a plus besoin que moi. »
Quoiqu'on doive » autant qu'on le peut, aimer à obliger tout le monde , il est plus beau , plus généreux d'obliger les petits et les pauvres , que les grands et les riciies. Ils ont ordinairement aussi plus de reconnaissance , et s'empressent bi^ plus à trouver les oo^ casions de la témoigner. Les {grands , au contraire , regardent comme une grâce qulls font , lorsqu'ils daignent n^eevoir les serviees les plus considérables ; ils soiïl même persuadfV^ l^'^û ne les rend <jue parce qu'on espère ou qu'on attend d'eux. Ce n'est pas qu'il ne &ille aussi les obliger comme les autres : mais faisons» le parce qu'ils sont hommes ou honnêtes gens > et non à cause de leur rang ou de leurs richesses, et regardons plus ce qu'ils sont que ce qu'ils ont.
On doit aimer , eomme nous venons de le dire, à obliger tout le monde aîitant qu il est possible ; mais il faut le faire avec prudence, si l'on ne veut pas en être quelquefois la dupe. Un curé de village , que l'expérience avait instruit , allant dans une grande ville, ftit chargé par diverses personnes de leur faire quantité d emplettes. Chacun lui donna un mémoire , en lui promettant qu'à son reloui i'ar<;ent qu'il aurait employé lui serait rendu. Le curé se eiiargea de tout et partit. Etant à la ville , il fit emplette pour une seule personne (|ui lui avait donné de l'argent. De retour chez lui , il remit la marchandise à celui à qui elle aj)})artenait. Tous \(^ autres crurent ([ue le curé avait pareille remise h leur faire ; mais il leur dit qu'il lui était arrivé un malheur : qu'ayant mis tous leurs mémoires sur une table , le vent les avait emportés par une fenêtre , et qu'ils étaient tombés dans la rivière qui était au-dessou?, à l'exci piion de celui d'un tç), qui y
DES MOfitRS. 137
l 'avait envdl^pé sou argent , ce qiii Tavait empêché de 5*envoler avec les autres.
Complaisant. L'homme complaisant est celui qui
s'applique à étudier le caractère; l'humeAir , les inclinatioDs des autres, et <\ y conformer ies siennes. Il entre dans nos vues , dans nos goûts , et profite de la moindre occasion de nous faire plaisir. La complaisance est vertu ou vice par l'usage qu^on en fait. Mettons sous les yeux des portraits sensibles de l'une et de
l'autre.
Un ami aime à partager vos plaisirs ; il les sert, mais il ne sert pas vos vices. Il ne s ennuie point en vous désennuyant. 11 ne blesse jamais votre amour-propre par une image trop vive de vos dé&uts , et il déploie néanmoins toute son adresse pour vous les faire con~ naUre. Il vous aide de ses conseils avec zèle , mais avec prudence. II ne vous luniretlit que quand il le doit; il prévient vos désirs dans tout ce qu'il peut ; il étudie votre humeur, à laquelle il assujettit la sienne : il ne cherche qu'à se rendre utile et agréable ; enfin toute sa conduite ne tend qu'à vous plaire, sans vue basse, sans motif vicieux. Voilà le modèle de la plus aimable et de la plus précieuse complaisance.
Un autre est étroitement lié avec un jeune seigneur débauché et libertin. 11 se multiplie au gré de tous ses désirs; il épouse et sert toutes ses passions ; il chante et jure avec lui ; il emprunte* ses airs, ses manières et ses défauts ; Timite de loin dans sa folle parure et dans tous s( s mauvais goûts. Il se croit complaisant , maïs il n'est qu'un adulateur abominaiile ou un parasite affamé.
Voyez-vous auprès de certaines personnes , distinguées par leur rang ou par leurs richesses , ce petit
cercle dé courtisans? Quels empressemens 1 quelle as^ siduitél quelle étude à leur épargner tout ce (|ui peut leur déplaire, et à voler au-devant de tout ce qui leur fait plaisir ! Fades louanges pour elles , calomnies atroces contre les autres « offices vils , indignes services , tout est employé pour être bien venus , pour &ire leur cour. Sont-ils des complaisans? Non. Que sont-ils donc? Desrepliles.
Coxtôidém dans le monde ces honunes faciles qui
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n'ont point de caractère à eux, qui, comme la cîre qii'oQ pétrit fious les doigts f reçoivent l'empreinte de tout oe qui les environne. Bons ou mauvais , raisonnables ou frivoles f selon le ton de la société où ils se
trouvent , ils sont exactement tout ce qu'on veut qu'ils soient semblables à des instrumens de musique qu'on peut monter sur tous les tons , on h des niitomntes auxquels on fait jouer toutes sortes de personnages. Ces esprits faibles, que la complaisance conduit souvent i n'avoir plus de mœurs , n'ont qu'un défaut , celui d'avoir les défauts de tous les autres, et d'être capables de tout le bien et de tout le mal qiî'on vent leur faire faire. Tonte leur vie se passe à déférer aux autres , à s'accommoder à leurs passions , à suivre leurs exem-« pics ; et n'ayant peut-être point de vices à eux-mêmes , ils n'en sont souvent que plus vicieux.
On en voit qui, tonjonrs à la pensée d'autnii et jamaisà la leur, semblent n'avoir d'esprit et dejuj^ement que par emprunt : ils ne pensent point, ils ne jugent point; ils ne jugent et ne pensent que d'après les autres ; ils ne louent ou ne blâment , n'admirent ou ne méprisent que d'après les personnes â qui ils veulent plaire. Ils se disent eomplaisans , et ils ne sont que des singes méprisables, des cklios ennuyeux, des flatteurs ou des imbéciles. Celte fade et ridicule complaisance , qui plaît d'abord, parce qu'on aime à être applaudi , imité , ennuie à la longue , et fatigue. L'orateur Célius^ homme' vif et impétueux > soupant avec une personne d'un naturel doux, et qui approuvait tout ce qu'il disait , ne put à la fin souffrir sa monotone complaisance. (( De par les dieux, s' écria-t-il, nie-moi quelque cbose, afin que nous soyons deux. »
Se toutes les bonnes qualités, il n'en est peut-être point qui demande plus de discernement que la complaisance. Faites trop peu , vous tombez dans la rudesse; faites trop , vous devenez rampant et servile.^ Le milieu est délicat ; mais aussi la vraie complaisance est une vertu bien estimable. Il faut avoir le cœur bien fait, pour aimer A faire plaisir; il faut beaucoup d'esprit , ^ pour se plier décemment à celui des autres ; il faut bien de la patience, pour supporter les humeurs ^ les défauts et quelquefois les caprices , sans ea être
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rebute ; il faut bien de la fermeté , pour ne jamais rien accoi dt r (le ce que défend le devoir. Ccst ce qui fait
til y a si peu de vrais complaisans. Au lien de plier, is tout ce qui est permis » ses goûts et ses idées à ' celles des autres, chacun , au contraire, veut dominer^ se faire écouter , remporter.
Cependant nous sentons tous les jours le Lcsoin que nous avons de la complaisance des autres. Comment cette réflexion ne nous reiiû-elle pas nous-mêmes plus complaisant, et d'où vient que la plupart des hommes s'appliquent si peu à Tétre? Cela vient, dans les uns, du défaut d'éducation : on ne les a pas accoutumés de bonne heure à plier leur humeur , leur caractère ; dans les autres, de mollesse et de la peine qu'ils ont à se contraindre ; dans plusieurs , de i'attacliement à leurs propres goûts et à leurs fantaisies ; ils ont tant de complaisance pour eux-mêmes , qu'il ne leur en reste
presque plus pour les autres.
Avec les farauds, la complaisance en tout ce que la conscience permet est de devoir; avec nos ^aux , elle est la de bienséance ; avec nos inférieurs , elle est de bonté ; avec tous , c'est un des meilleurs moyens de gagner leur amitié , et d'en obtenir tout ce que nous vouluiis. Le duc de Chauinesa\anlétéenvo>é à Rome, sous le pontificat d'Alexandre Vlll, pour terminer les démêlés du précédent pontificat avec la France, souhaita que Tabbé de Poli^nac , depuis cardinal , eût quelque part à la négociation. Le nouveau pape se plaignit 9 en badinant, de ce que ce jeune abbé était un séductiîur. a li ne me contredit jan.ais , disait-il ; il parait être toiijours de mon avis , et j(i ne sais comment , {>our Tonlinaire , il m'entraîne dans le sien, d Les affaires furent heureusement terminées à la satisfaction de Fambassadeur.
^ Doux, La douceur de carncirre est une dos plus aimables (jn.ilih s qu'on puisse recevoir de la nattjrc. Si elle ne nous Ta pas donnée, nous devons faire tous nos efforts pour Tacquérir. La chose n'est pa^ imposa siWe : il ne faut que de la bonne volonté et du courage. Saint François de Salt^s était né av(M: un caractère vif et Violent. Dv^ qu d cul reiouau sou défaut, il s appliqua iortement à s'en corriger, et il devint un modèle
Digiti/co by C ji.jv.Kii^
140 L'écous
de douceur , comme il le fit bien voir dans une cccasion. lin jeune gèntilhomme qui le haïssait , vint iaire un bruit horrible sous ses fenêtres ; il joignit aux aboiemens de plusieurs chiens les injures de quelques valets
însolens. Non cou .'eut de cela, il eut reffronterie.de monter lui-m<*'mc h la chambre du saint évôqiie , et y vomit contre lui tout ce que sa fureur lui put suggérer de plus offensant. Le prélat regarda cet emporté d'uu œil tranquille , et ne lui répondit.pas une seule parole. Le gentilhomme , prenant cette modération pour un mépris , redoubla sa rage , et poussa son insolence jusqu'aux ({ernicrs outrages; Saint Iranrois de Sales conserva toute sa patience. Lorsque ce furievix se fut enfin retiré , on demanda au saint évéque comment il avait eu la fôrce de souffrir cette insolent ^ et comment il avait pu se taire dans une telle rencontre. « Nous avons fait, répondit-il, un pacte inviolable, u*a langue et moi, et nous sommes convenus que, pendant
3ue mon cœur serait dans Témotion , ma langue ne irait mot. Pouvais-je mieux apprendre à ce pauvre ignorant la manière de se posséder qu'en me taisant , et sa colère pouvait-elle plus tôt s'apaiser que par mon silence? Ne tau t-il pas avoir compassion tfun malheureux qui est emporté par sa passion ? »
Jeune homme, qui avez un caractère dur ou violent , imitez cet exemple. N'épargnez rien pour acquérir la douceur de Tcsprit et des manières. Quoi qu elle coûte , on ne l'achète jamais trop cher ; les avanlages qui la suivent sont d'un prix inestimable, a La parole douce , dit le Sage , acquiert beaucoup d'amis et adoucit les ennemis. Mon fils , ajoute-t-il , montrez de la douceur dans tout ce que vous faites , et vous serez plus aimé que si vous faisiez les actions les plus éclatantes. Heureux les doux, dit Jésus-Christ, parce que ce sont eux qui posséderont la terre * l » Et coannent ne la possèderaient-il pas ? c'est la douceur qui fait les délices de la société et les charmes de la conversation* ^
♦ Verhum duleê mulHpUcat amicos , etc. Eccli. 6. FUî , in mansuetudine opéra tua perfice; et s ^/ rr hominum gloriam diligeris, Eccli. 3. Beati mites , quoniam ifsi fossidehunt ïçrram» Math,
Digiti/ca by
Biss .vMims. .141
On aime une personne douce, on la roelierclie , tout n ie monde serait charmé do vivre avec elle. Ou évite , au contraire, celui qui a le caractère dur , violent» impérieux ou inflexible ; et quand on se fait éviter , on ne tarde guère à se faire mépriser. Ucsprit dur reste seul, personne ne veut de sou commerce ; l'inîpérieux tjrannise, on le déteste; le violent irrite, le contredisant fâche , l'inflexible révolte, le bourru se fait h^r , et Ton se venge du brutal par de crueUes vengeances 9 ou par des insultes plus piquantes encore que les siennes. Un auteur , aussi brutal que satirique ^ avait reçu des coups de bâton pour quelques épigran:mes niordanles qu'il avait laites. Il eut dans la sui{<î un différend avec son libraire , et le menaça de le faire expirer sous le bâton, a Vous savez bien, lui répondit froidement le libraire ^ qu'on n'en meurt pas.
Quelque odieux et quelque insupportables que soient dans la société les caractères dont nous venons de parler, celui de l'homme colère l'est encore davaii{a2:e en quelque sorte, parce qu il est plus commun. C'est uu défaut bien malheureux et bien grand , que celui de ces personnes dont la bile est facile & s'émouvoir et à se répandre, «r Qui est-ce qui pourra » s'écrie Salomon, vivre avec uu homme qui se fâche aisément *?»
Il est vrai que chacun a ses faiblesses et ses misères; niais malheureux l'homme qui a celle-ci pour son partage! Si c'est le vôtre , vous devez en gémir. Car en Yam appelez-vous ces emportemens de colère , ûea vivacités pardonnables et des premiers mouvemens don t vous n'êtes pas le maître. C'est une î^rande question , si vous êtes aussi excusable qni\ vous le pensez.
Quoique la mauvaise humeur et la colère naissent presque toujours de la constitution et du sang , elles ne sont pas moins soumises à l'empire de Thomme aidé • et soutenu de la raison et de la ^âce Maïs fussiez- . vous plus maliuMireux que coupaiile , ce dont on s(» plaint, ce a' est pas que vous soyez né avec uu si fiicheux caractère , mais de ce qu'ayant une maladies
* Spiritum ad irascendum facilem qui$ poterit susiinere ? Prov. J8.
** Sub te erit appetitus eju^ f et domimb^ris, illin»» Geo. 4- ^
ennemie des hommes , vous voulez néanmoins titre avec les hommes. C'est un malheur de porter cette peste au fond du cœur , mais c'est un crime de Tap-
perler <Jai>s la soriiHc, dans l'exercice de mAic charge et de voiro oniiilui. N'rsî-re donc pî«s déjà trop que toute uue iamiiie, une iciatncy des eofans, desdome^ * tiques malheureux soient les tristes victimes de vos cmportemens? Pourquoi faut-il qu'un public indigné en soit témoin et en souffre? Ou guérissez-vous, ou cacliez-voiis.
Los grottes des rochers , dit Fauteur des Conseils de le sagesse , sont des habitations préparées par le Créateur pour les personnes sujettes à ces colères impétueu- . ses et aveui»!es. Fuyez-y et retirez-vous dans le plus proiond <In ces sombres rcirailes. Il voussen» ^iîiis dojix. de sonlïi il ^eul dans la solitude , que de faire souUrir tout le monde avec vous. Mais en vain fuiriez-vous dans les déserts les plus inhabités , cette violente passion vous y suivrait et y ferait le tourment de votre vie. Le célèbre Cassien , auteur du cinquième siècle, rapporte de lui-même que , lorsqu'il èlail dans la solitude , il se metlail tcllenicnt en colère, tantôt contre une plume quand elle était trop grosse ou trop déliée» tantôt contre un couteau quand il ne coupait pas bien , ou contre un fusil lorsqu'il ne faisait pas assez tôt du feu , qu'il lie pouvait s*empécher de prononcer quelque malétiiction contre ces instrumens insensibles.
Il nesuflit donc pas^ comme vous voyez » qu'il n'y ait personne avec vous contre qui vous puissiez vous mettre en colère , puisque vous pouvez tous fâcher même contre des choses inanîniècs. Tout Tavanlap^e que vous avez alors dans vos cmporlcnieiis , ( '( que ces êtres muels par eux-mêmes ne vous répondent rien ; mais eu étes-vous moins semblable aux animaux les plus féroces , qui n'exercent pas leurs fureurs contre nous, lorsqu'ils sont seuls dans leurs tanières?
Puisqu'on est destiné à vivre avrr h s hommes et à souflrir d'eux , on ne saurait trop s'appliquer à acquérir de la douceur et de la patience , à réprimer ces accès de vivacité et de colère. Nous en avons un bel exemple dans un des plus grands princes qui aient porté la coutQVm de France. Ciillou cUut venu trouver Ucnri IV .
iMmts; 143
pour s'excuser d'un reproche qu'on lai faisait , {lassa des excuses aux contestations ^ et des contestations aux emportemens. Le roi irrité lui ordonna de sortir. Mais .
comme Grillon revenait sans cesse de la porte auprès du prince, en continuant de lui parler sur le même ton, on s'aperçut que le roi polissait de colère. On eut peur qu'il ne se saisit de Tépée de quelqu'un, et u'ea perçât Grillon, Cependant il se contint , et après que CriUon fut sorti , il se tourna yers les seigneurs qui étaient près de lui et qui avaieiil admiré sa patience : a La nature y leur dit-il, m'a formé colère; mais depuis que je me connais , je me suis toujours tenu en garde contre une passion qu'il est dangereux d'écouter;
i'e sais par expérience que c'est une mauvaise conseillère , et je suis bien aise d'avoir de bons témoins de ma modération. ))
La colère, en effet, est une maîtresse impérieuse et méchante. £Ue récompense toujours mai ceux qui lui obéissent , et vend cher les pernicieux conseils qu'elle donne. Dans combien d'excès honteux , indignes , quelquefois irréparables et suivis de cruels remords , ne précipite-t-clle pas î Elle porte les personnes <jui ont le plus (l'esprit , ou qui par leur rang et leur naissance devraient avoir le plus de sentimens ^ à dire et à faire mille choses qui avilissent toujours et qui souvent déshonorent Le philosophe Démonax , voyant un Lacédémonien en colère , qui maltraitait son esclave : Cesse, lui dit-il, de te rendre semblable à lui. »
Ce qui se fait dans la passion se fait toujours contre la raison , et donne souvent de grands sujets de repentir* Un moment de colère cause quelquefois des regrets qui durent toute la vie. Quiconque se ftche , a tort ou l'aura bientôt : il est difficile de ne j)as s'échapper dans la colère, jusqpi' à dire des injures ou faire des outrages, dont ensuite on rougit , et dont on est même quelquefois obligé de faire des excuses. 11 y a quelque chose de si humiliant dans l'excuse , qu'on devrait bien ne •e^ mettre jamais dans le cas d'en faire à qui que ce coit. Demander pardon, c'est convenir qu'on a tort, et il u'est pas permis à une personne qui pense , d'avoir
fdit OU £ut des fiottiscë. Um ii vwt encore mieux i'a^
144 L'icout
vouer , et reccHinaitre sa faute , que de vouloii* la justû» fier ou la soutenir.
La eolére est peut-ôtre de toutes les passions TÎolentes celle qui nuit le plus au corps même. Rien n'altère plus la santé ([ntî les cmporlemens; ils rorrompeni lo san<^, boul(n (M*scnl les humoîirs , rhaii^oiit totalement la conslilulioti) çt conduisent précipitamment au tonn beau. ((Les transports et la colëro, dit l'Ecriture^ abrègent les jours d Combien même n'en â-t-on pas vu , qui , dans un de leurs aeeès dé colère , sont tombés morls? I/empcreur Valcnliiiioi 1 , dont l'histoire lone les çfrando^ (jualilcs, et qui , lils d'un eordier , s'élait élevé à 1 empire par la valeur » devint la triste victime des fréqiiens mouvemens de eolëre auxquels il se livrait et qu'il négligea trop de réprimer. Donnant un jour aumence aux ambassadeui*s des Qnades , il entra dans ' une si grande fureur , qu'il eut un regorgement de sans:, et en mourut. Qu'il est terrible de paraître en cô moment au tribunal du souverain Juge^ pour y ren* dre compte de tous ses emporlemens 1
Les personnes sujettes à la colère ne rappellent que vivacité ; mais qu'importe quel nom on lui donne , si . celte vivacité dégénère presque toujours en brusqueries et en boutades ; si elle porte à des exrès de folie ou de Xureur y et liait par faire d'un homme une bétc iéroce » un fléau de la société ? •
Les femmes qui sont nées vives et colères , doivent s'appliquer encore plus que les hommes à corriger ce .défaut. La nature leur adonné la douceur en partage : on dirait qu'une femme qui s'irrite clian'îe de sexe. La colère ne lait pas seulement qu'elles deviennent odieuses et insupportables, elle les dénature et les rend hideuses. Si les femmes savaient combien les emporlemens défi* gurent les personnes les plus aimables » elles s'en ga« ' ianlii lient pour toujours.
Mais ce qu'il y a de plus fâcheux encore , c'est qu'il n'y a point de colère plus grande ni plus terrible , et qu'il n'y a pas d'excès dont une femme en fureur ne 3oit capable. Malheur à ceux qui sont obligés de vivre avec une femme de ce caractère 1 «r II vaudrait mieux ,
* Zelus et iracundia minuunt diesn BccM, 30.
DËd MdBUIlS. / 145
dit récrivaii) sacré, (Itîmeiirer avec un lion, ou avec lin dragon *. )> Et en effet, on peut apprivoiser ou dompter les Mtes sauvages, on peut du moins trouver les moyens de s'échapper d'elles , et de se sauver pai la fiiite ; mais les fureurs d'une femme emportée sont Inévitables : vous ne pouvez ni la dompter, ni Tapaieer, ni la fuir. Une femme de cette espèce étant venue à l'audience du chancelier Séguier, s'oublia jusqu'à lui reprocher, en des termes outrageans , la perle d'un procès \ elle était furieuse. Le chancelier , sans s'èsnonvoir ,* demanda ft cehii qui raccompagnait si elle était sa femme. Il répondit que oui. (( En vérité, reprit le chancelier^ je vous plains bien; remmenez-la chez vous. »
La colère ne messied pas moins aux grands qu'aux femmes, et cependant ce sont ceux-là mêmes qui y sont le plus sujets. <c Le feu , dit TEsprit saint , s*em-
brase dans la forêt selon qu'il y a de bois: et la colère de riiomme s'allumera à proporfion de sa p'ii -nnce ; il la fera d'autant plus éclater , qu il aura plus de bien C'est que la colère qui nous porte à rejeter avec yiolenoe ce qui nous choque , naît ordinairement de For- ^eil , et que l'orgueil croît à proportion qu'on s'estime plus grand par son mérite ou pai ses qualités extérieures. Mais celui qui a l'âme aussi élevée que son rang , croirait s'abaisser et s'avilir s'il s'abandonnait aux .transports honteux de la colère. M. de Lauzun ayant un jour parlé fort insolemment à Louis XIY : <r Si je n'éfais pas roi^ lui dit ce grand prince , je me mettrais ën colère. »
I! ne montra pas une modération moins éionn.înlcî dans une autre occasion , où il est peut-être plus difficile encore de i^rmonter les mouvemens impétueux de la nature. Un de ses valets de chambre ayant par mal« lieur répandu de la cire boidllanle r^ur son pied , il se contenta de lui dire avec beaucoup de douceur : (( Prenez garde une autrefois de n'être plus si maladroit. »
U en coûte pour être ainsi maître de soi : mais quand
L ■ - I -mmi— — -- T rr-r^
* iVon est iuiper itam Miilteris, etc. BccU. 25. .
Stcunàum ligna sylvœ sic ignis eoiardeteit; €t êeeundifit ^rtutem hominis stc iracundia iUius erit , et ^a^tffuliMn sufrî-*
on a sùîa 3è téprimer m p9sààùS ; leur S&tocHé i^a-
doucîl ; eHés deTÎdiuieiit comme des animaux domesti-
qnes el apprivoisés, qui liabitent avec nous et qui s'y tiennent en paix. Ne \x>ns découragez donc pas de tous les efforts iijfruclueux cpie tous avez peut-être faits jusqu'ici 9 pour surmonter votre naturel amporlé.et yioieot. Quand on succomîberait quelquefois . il est toujours utile et glorieux d'avoir souvent résisté et vaincu. Chaque victoire a sa récompense; et lorsque , la passion calmée, on envisage de sang-froid jusqu'oà elle pouvait nous mener , c'est une satisfaction bien douce qu'elle ne nous ait rien fait commettre contre la raison et la sagesse.
Que toutes ces réûexions entrent profondément dans votre âme 9 et vous préparent pour le moment du combat. Vous vaincrez toujours, si vous en prenez les vrais moyens , et si vous allez puiser des forces et du courage dans les puîssaus motifs et dans les grands exemples que nous offre la religion, lin vain cLereheriez-vous ailleurs des remèdes emcaces contre la plus impétueuse des passions. Mos philosophes , qui , à l'exemple des stoïciens , se vantent de pouvoir les donner , ne sont comme eux que d'habiles charlatans ; parce que , bien loin de ronner la racine le pins féeonde de la colère , qui est noiie orgueil et iiuîre auiour-propre , ils la nourrissent y au contraire ^ et la fortifient par une vaine apparence de modération , qui souvent ne tarde pas à se démentir. Leurs légers palliatif pourront donc peutêtre suspendre et calmer pour un temps la violence ^u mal , mais ils ne le guériront jamais entièrem'ent. Cette gloire n'est réservée qu'à celui qui , en fortifiant les pins faibles, se plaît à récompenser en eux ce qu'ils ont fait avec lui. Combattez avec les armes invincibles de la foi, sans relâche ; et , s'il le faut, jusqu'à la mort. Le souverain Rémunérateur, témoin et juge éclairé de tous vos eombats , vous attend au bout de la carrière pour les couronner.
Si vous voulez vous assurer votre bonbeur dès cette vie même, ainsi que celui de la société , travaillez sans cesse à vous rendre maître de votre passion , à vaincre
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faut courir comme au-devant du feu, parce qu'elle s'aUitme et s'enflamme aussitôt , si on ne f arrête, Refuréseiftez^^voiis les liMX , lës oacsiÉionk et lés personnes
qui pourraient l'exciter ; et dans le calme que vous laissp encore Véloijfnemont de?? ol)jets , armez-vous de résolulions courageuses : priez r(>lui qui vous «i donné votre âme , de vous la faire posséder dans la patience^ et de ne point permetttè qu'elle s'dbandonnè à des transports indignes d'elle.
Les savans et les pliilosoplies sont cj^iielquefoîs les
Sreiiiîeis à en doiiiier dos eteniples bien projHcs à éshonorerle beau nom dont ils séparent : tels lurent les deux dont parle Furetiére. Us fréquentaient Tacaéémie des beaux esprits , que tenait chez lui Tabbé BonrMet. L'un d'eux avait une pli^ce de théâtre , que îes comédiens avaient refusée» jusqu à quatorze fois. Il taxa dans l'académie ses juges d'ignorance, et soutint que sa pitn». était bonne. Un bel esprit de rasseuibiée ne pouvant souffrir les louanges qu'il donnait à sa pièce « lui dit qu'il se trompait , et qu'elle était détestable. Ils en vinreilt aux paroles piquantes , se dirent les injures les plus grossières , et à la fin , le poète , trans- IMu lv de Ifireur, donna un soufflet à son critique. Ils allaient se battre , on les sépara ; mais la chose n'en demeura pas là. Le lendemain, le bel esprit souffleté se miinit d'one épée plus longue què celle qu'il avait le jour précédent. Il rencontre le poète , il l'attaque ; l'autre se défend, mais d'ime liKinière (ouïe nouvelie; car , comme il ne maniait guère mieux l'épée que la plume, il s'était muni par précaution de deux petits sachets de cendre , qu'il tenait ouverts dans ses poches. Il les jeta aux yeux de son adversaire , et l'en aveugla si heureosement , qu'il le mit hors de combat. Il l'aurait tué s'ill'eùt voulu; mais soit peur, soit philosopliie, il se contenta de lui dirn : « Je te laisse la vie , pour publier qu'il n'a tenu qu à moi de te i'uter. Adieu : fais- Id guérir. r>
Affable. Cette aimable qnaHté » qui fait ^u'un supérieur reçoit d'une manière gracieuse ceux qui s'adressent
à lui , doit élre surtout celle des grafnds et des hommes en place. Plus on est élevé par son rang ou par sa naissance au-dessus des autres , plus on doit avoir de dou-
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eeur et d'affabilité. 0 vous qui êtes jaloux de TauioOr
des lumiines, aimez à vous rendre humains et accessi- J)les; montrez à tous cet air simple et noble de bonté qui attire les cœurs 1 Faites qu*au sortir de votre entre* tien , on goûte toujours le plaisir d'été charmé de tous et d'être content de soi-même. Bannissez de vos paroles l'humeur et la fierté » qui n'ajoutent rien & la (grandeur <'l qui ôtcnt beaucoup aux grands. Prévenez ])ar votre accueil le respect qui n*ose vous approcher , et soulagez le timide embarras qui craint de vous parler. Le maire d^une petite viUe de France y chargé de haranguer le « Toi , en lui présentant les clefs , lui dit : Sire , la joie que nous avons en voyant votre majesté , est si grande <jue....)) Il fut alors si interdit, qu'il rappela en vain sa mémoire ; il répéta , bégayant , les dernières paroles qu'il venait de prononcer. c< Oui, lui dit le prince d'un ton de^ bonté p la joie que vous avez est si grande^ que \ous ne pouvez l'exprimer. »
Occupés (le leurs plaisirs et lassés des hommages , beaucoup de grands ne les reçoivent plus qu'avec dégoût : mais qu'il faut être né dur , pour se iàire mémo une peine de paraître bon , pour recevoir avec indif-* férence les marques d'amour et de respect que nous donnent nos inférieurs ! N'est-ce pas reconnaître qu'on lie mérite point l'affection des liomines , quand on en rebute les plus doux témoignages? iN'est-ce pas s'avilir soi-même , que de mépriser à ce point ses semblables, et de rejeter leurs hommages avec un dédain si digne lui-même de mépris ?
Souvent, il est vrai , c'e^t l'humeur toute seule, plutôt que l'orgueil , qui répand sur le visage des grands ces nuages sombres qui écartent ou intimident ceux qui voudraient les approcher ? Mais l'humeur est-' elle donc un privilège attaché à la grandeur , qui puisse les justifier ? et un vice peut-4L être l'excuse légitime d'un autre ? Sera-t-il donc plu« permis aux. giaruis, aux lieun ux du monde, que les joies e* les j)laisirs accompagnant partout i d'être diagrins / fâcheux ^ inabordables , qu'à ces hommes obscurs et ^^nalheureux , que la misère y les nécessités domestiques, ^t tous les plus noirs soucis environnent ? Quel droit jjbarbare, que celui d'accabler encore du poids de j>es
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chagrins bizarres et de se» caprices , des inforlnnés qui gémissent déjà sous le joug de l'autorité et de la puissance! Ne devrait-on pas, au contraire ^ regarder comme un des plus beaux privilèges de l'élévation ^
de [>uuv uir , [lar des manières douces et affables , adoucir les peiiu s de ceux qui s'adressent à nous? N^est-co pa& même 9 pour les hommes en place , et surtout pour les magistrats 9 un devoir indispensable de le foire , eu rendant leur accès moins dif&eile et plus agréable ? L'affabilité ouvre le chemin à la vérité > par la cou* fiance qu'elle inspire, et sert de consolation aux ni:ilheumnx. Ils sont déjà assez à plaindre; voulez-vous encore ajouter à ramerlume de leur vie , vos dédains , vos hauteurs, vos brusqueries , et peut-être vos refus de les voir et de les entendre? Un peu d'affabilité , et vous leur ferez passer des nuits tranquilles. Qui pourra (r'^lnier l ai,M(;ilion de leur âme , si ce n* est la douctua ? Oiie deviendront-ils, si, vous livrant à votre inipatience, vous êtes toujours dur ou inaccessible pour eux?
J'avoue que ces sortes d'audiences sont pénibles, désagréables , accablantes quelquefois. Juges , magistrats, supérieurs, voilà les peines de votre état : elles sont grandes ; mais vous avez le bien , il faut en avoir les charges. Les emplois qui élèvent sur les autres hommes, ne sont établis que pour eux. Les dignités publiques doivent leur institution aux besoins de la société , et Tautorité, remise entre les mains de quelques-uns de ses membres, ne doit être un joiii^ ([iie pour ceux qui l'exercent, et non pas pour ceux qui viennent y cher* cher un asile.
Si l'affabilité est de devoir dans un grand , dans un homme en place , elle est aussi bien plus propre à lui concilier l'estime et 1 aniour, que sa di^juitc même on son rang. L'éclat qui brille autour de sa personne nous oflusque trop, pour ne pas nous déplaire : et l'élévation où il est placé humilie trop notre amour-propre, pour ne pas cherdier dans ses défauts et dans ses fautes , de (fuoi justifier notre envie. Mais si les charmes de Faffa- Lilité tempèrent les rayons de gloire qui nous éblouissent, si la douceur des manières fait en quelque sorte descendie jusqu'à nous celui qui semblait si çlcvé au-
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dessys la CQ|idi(jQB cpmmiine , il désarme la jalQuçiç,
fait taire la haine , et attire à Ini tous lv> cœurs. Il np lui faut pour cola ni grands eflorls , ni gène , ni contrainte : souvent une seule parole , uu sourire gracieux , un seul re|^f4 $tufGl* Q^^' donc Tor^neil insens^ de ceux qu^ , j^ajr uu front toujours sévère ét dédaigneux, aliènent les cœurs qu'ils pourraient si aisément gagner}
S'ils voulaient rentrer en eux-mêmes , et réfléchir sur le plaisir que leur fait Tamahililé des personnes qui sont au-dessus d'eux, pourraieut-ils se refuser à 1^ douce satisfaction de le procurer aux autres ? Get(fs équitable façon de penser étàit celle de Trajan. Se$ favoris , le voyant recevoir tout le monde avec beaucoup d'affahililé , lui représentaient qu'il oubliait la majesté de l'empire, a Je vcu\ , répondit-il , que mon peuple trouve en moi un empereur tel que je désirerais en avoir un , si j'étais homme privé. »
Grands hommes publics , voilà votre modèle. Vous craignez peut-être de trop vous abaisser et de vous compromettre; mais cette crainte n'est qu'un orgueil mal entendu , qui vous abaisse en effet ; c'est une preuve que vous ne voyez pas assez de ressources en vos qualités personnelles y pour être grands par vousmêmes , et que toute votre grandeur n'est que d'emprunt ; c'est un 'aveu aussi honteux qu'humiliant, que vous n'êtes rien moins que ce (|ue vous paraissez être. On n'appréhende si fort de se laisser approcher , que quand on craint de laisser apercevoir sa petitesse. vraie grandeur est libre , douce» familière, populaire; elle se laisse , pour ainsi dire, toucher et manier : ellq se courbe par bonté vers ses inférieurs , sans rien perdre de sa dignité : telle était celle de l'empereur Joseph II , dont Taflabilité , la popularité, le rendaient dTa^itant jAixs grand / qu'il affectait moins de le paraître.
L'afifahilité , ainsi que le remarque nn auteur célèbre*, est comme le caractère inséparable et la plu
sûre marque de la grandeur. Les descendans de ces races illustres et anciennes, auxquels personne ne dispute la supériorité du nom et l'antiquité di^ l'ori^iu^ ^
't 9f4S6iUoA , dans poa Petit Garâmo qui est un chçf-d'opUY.^o..
DBS MOBimi. l&i
iie pprlent point sur leur front Foi^g^ueil de leur naissance ; lis la laisseraient ignorer y si elle pouvait l'être. On ne sent leur élévation que par une noble simj^icité. Us se rendent encore plus respectables , en ne souffrant
qu'avec peine le respect qui leur est dû , et parmi tant de titres qui les distinguent , la politesse et l'afïabiUié gont la seule distinction qu ils affectent.
La fausse grsoideur > au contraire ^ est farouche et inaccessible , comme si elle craignait que , vue de trop pris, elle ne perdît beaucoup de ce qu'elle paraît être. Les demeures de ces prétendus grands sont des maisons d'orgueil et de faste , où ceux que leurs affaires y at- ** tirent , pensent presque plus aux moyens d'aborder les maîtres ^ qu'à leur exposer leurs raisons et Ieur$ droits. Idoles orgueilleuses , dont on ne peut approcher qu'en trembla a L , qu'on ne peut servir que les yeux fîmideinent baissés , et qui ne se font respeeler que par la crainte qu elles inspirent. Ceux qui en ont besoin les adorent^ les autres s^en raillent et les méprisent. Une dame allemande, de la première distinction , reçut chez elle des officiers français , avec un air de grandeur et de^dignité luiposante^ qui les révolta. Tîs la quiltérent bientôt les uns et les autres. Les deruieis dirent au laquais qui les reconduisais : a Allez tenir compagnie à madame, d
PolL L'inclination à obliger ^ Fhonnéte complaisance,
sont les parties principales de la politesse ; mais cela seul ne compose pas la polilesse : il faut encore ce que quelques-uns appellent le don des manières. Ainsi la politesse consiste non-seulement à ne rien faire et à ne rien dire que d'obligeant , mais aussi i le faire et à le dire avec une façon de s'exprimer , et des manières qui aient quelque chose de noble et d'aisé , quelqueloi^ joiême de fin et de délicat.
Ou pourrait appeler la politesse une bonté assai« sonnée ; c'est la bonne grftce ajoutée au bon cœur* L'homme poli s'étudie à rendre les autres contons d'eux-mêmes ; car la plus forte passion des hommes étant d'être estimés et considérés , la vraie politesse consiste surtout à leur témoigner de la considéralioa
^ de resUjBAe ^ k ménager , à flattei; même finement Im^ amour-propre*
152 L&LOLU
Ce n'est pas qu'il faille jamais employer la flatterie
et radukuioa. La flatterie est toujours un vice ; et la véritable politesse, ainsi que la pariaite droiture, rougiraient de s'en servir: c*est essentiellement une louange fausse y au lieu qu'on peut llatter par des louanges véritables ; et il est souvent même à propos de le jGure^ pour mieux s'insinuer et pour mieux persuader quelques avis salutaires 9 ou faire recevoir une correction utile. Mais si l'on ne peut plaire qu'en employant lo ' déguisement et le mensonge, il faut sacrifier ia politesse à la vérité.
Il n'arrive néanmoins que trop souvent que la politesse est avilie et corrompue par les artij^ees de la basse flatterie ou du yil intérêt ; et combien de fois n'est-elle que la démonstration extérieure de sentimens qiH) 1 ou u'a pas ! Peut-être même u'a-L-on jamais eu (jc la poli fesse des idées plu» l'aus^es que celles (ju'oii s'en lorme aujourd'hui. A la douceur , à la belle ingénuité , au langage naïf du cœur ^ on a substitué l'aifectation dans les manières, et des protestations frivoles , par lesquelles il semble que les liommes.soient convenus de se tromper mutuellement. La politesse de bien des personnes n'est souvent qu'un jargon fade , nîeiii d'expressions exagérées ^ aussi vide de sens que de sentiment.
N'ayez pas cette politesse superficielle y qui se termine presque toujours à des compumens et à des grimaces. Ne vous bornez pas non plus à cette politesse mondaine, qui n'a de vues et n'emploie de moyens que pour flatter sa vanité et celle des autres , se faire une réputation d'homme poli, de galant homme, et se distinguer pnrlà de la foule et du vulgaire. On cherclic , par des dehors aimables et polis , à se frayer un ehemin à l'amitié et à la considération du beau monde, à s'insinuer dans l'estime et peut-être dans le cœur des dames , qui sont aisément éprises de l'extérieur et du brillant. On en fait un art, on s'en fa if un poiiil capital ; et roniîiie si les belles manières , qui ne sont qu'un arressoire au mérite, devaient tenir lieu de tout mérite , on s'en occupe plus que de perfectionner les qualités du cœur , et de bien s'acquitter des deyoirs de sou état.
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DES M0BUH8. 153
Un homme aura plu au monde, aura fait les acrrômens de la société : aimable , enjoué, pohau suprême d^ré^ si TOUS voulez , toute sa vie n'aura été qu'un
• concert de qualités charmantes , qui lui auront mérité Tadmiration et les applaudissemens des hommes » et comme s'il n était né que pour le monde, il n'aura uniquement cherché qu'à lui plaire et à s'en faire aimer. Il serait louable saus doute , si toute sa destinée devait se borner à la vie présente , et s'il n'avait d'autrès devoirs à remplir que ceux de la société. Mais ne devrait*il pas porter ses soins principaux à des objets bien plus essentiels pour lui et bien plus importans ? Eh ! que lui servira-t-il d'avoir été poli toute sa vie , s'il ne s'est presque jamais appliqué à ce qui , selon lo • phis sage des rois , fait toute la gloire et tout le mérite de l'homme , qui est de chercher à plaire à Dieu en lé craignant et en gardant sa loi * ?
D'ailleurs, quel fond pciU liûre le lîioude même sur un homme poli, lorsqu'il s'agit s(;i vices importans , si cet homme n'a que les manières et la superficie do la politesse ? Accoutumé , dans les attentions et les
, é«;ards qu'il parait avoir pour les autres , à ne rechercher et à n'envisager que lui , il éludera poliment les occasions d'obliger , lorsqu'il aura plus (i'inténHà plaire à d'autres ou à ne leur pas déplaire. Sa politesse variera selon le circonstances.
On n'a rien de pareil à craindre de la politesse qui est inspirée et soutenue par des* sentimens chrétiens. Comme elle pairt- toujours d'un cœur bienfaisant , ami des hommes, incliné à leur faire plai.sir, c'est nu ioud sûr et solide, c'est une politesse sincère, empressée , généreuse j constante, et pour ainsi dire aussi vraie , aussi inunuable que Dieu lui-^mènie^ à qui le chrétien poli , en obligeant les hommes , se propose principalement de plaire.
Ayons, autan qu'il nous sera possible, la politesse qui s annonce par les grâces; mais , préférahlement à tout , ayons celle qui annonce Thonnéte homme i^t je chrétien. On peut, par le seul esprit de bienveiUaii^f
* îïeum Hme, et mundata ^us obiçrva i hoc est enim çnmi*