‹ L'ecole des moeursChapitre 15 sur 30 · PLATON · texte numérisé non relu

PLATON

Le sage , attentif à bien faire , Panit ses détracteuis » en les faisant mentir.

Si nous coDsidérions quels sont pour l'ordinaire les motiÊ qui font parler , (|ui font agir nos enoemis ; si nous songions que c'est l'intérêt , Tenvie, ou quelque autre passion aussi basse , qui presque toujours les déchaîne contre nous , aurious-iious tant de peine à nous posséder , à vaincre notre ressentiment , à souffrir tranquillement toutes les sottises qu'on peut dire ou &ire contre nous? On demandait un jour à Zénon> comment il traiterait un homme qui lui dirait d^ injure^^J'imiterais , répondit ce philosophe , les princes qui renvoient uu ambassadeur sans réponse. »

Se venger d'un Taquin , c'est se déshonorer* Mépriser sa lâche insolenoe, Cest tonle la vengcanœ Qtt*an noble cœur en doit' tirer.

Faulbs d*£sopb«

M. Acard, philosophe d'un caractère aussi insensible

que siniT^ulier, se trouvait dans une compagnie où Ton veuait d'apprendre la mort de Turenne. ce Faut-il , s'écria un petit-maître, qu'un Turenne soit mort, el qu'un M. Acard soit encore au monde! » M. Acard lui répondit froidement : -a Si les grands hommes achèvent leur carrière plus tôt que lea autres , je yous réponds que vous ne finirez pas sitôt la vôtre. »

On devrait le plus souvent ne répondre aux injures et aux outrages que par le nw3pris , (juaiid on n'a pas assez de grandeur d'Ame pour les souffrir tranquillement , eu assez de vertu pour les pardonner par religion. Paraître trop sensible à la peine qu'un ennemi nous fait^ c'est lui donner la satisfaction qu'il désirait^ le plaisir de nonselia<^riner. Ne* faisons point attention à ce qui nous vient de sa ]>ai l , ou ne faisons qu'en rire : il prendra le parti de rioii- laisser tranquilles.

X«'atlenliua à relever les mauvais discours, les procédés

BBg WmVBM.' 185

of?*ens?ïiis , est le phis sûr moyen de les perpétuer. Si des étincelles sont portée sur un amas de matières^ propres à s'enflammer^ tout prend feu, l'embrasement augmente , et rincendie devient général : mais si elles* tombent dans le sein des eaux » ou qu'elles s'élancent dans un air calme et serein , bientôt elles s'étaignent et disparaissent. Un nKuédial de camp, dont on déchirait la réputation dans im vaudeville militaire , en fit ses plaintes à M. de Luxembourg. Ce général , feignant d'être distrait , chantait entre ses dents une chanson qu'on avait fiaito contre lui. Le maréchal le presse ennn de lui répondre, a Eh ! n'entendez-vous pas ma réponse , lui dit-il , dans la chanson que je chante contre moi? On ne m'a pas épargné, j'en ris le premier : croyez-moi j prenez le même parii, c'est le meilleur, d

^ Socrate assista à la représentation d'une pièce d'A-r ristophane , où il savait qu'il était cruellement joué.

Ayant reçu un jour un soufflet d'un insolent , il se contenta de dire : « Il est fâcheux de ne pas bavoir quand il faut s'armer d'un casque. »

Tous les philosophes de ce siècle n'ont pas témoigné la même modération à Tégard de ceux dont ils se cro* yaient otfensés. On a vu les plus célèbres d'entre eux répandre des flofs de bile et d'injures contre leurs adversaires , les persécuter avec acharnement , et chercher tous les moyens de leur nuire. C'est qne tous ceux qui se disent phiiosoplies ne le sont pas. Sis font parade d'une orgueilleuse sagesse , qu'ils déshonorent par de bas sentimens , par des haines violentes et implacables. Hs veulent être plus que le chrétien , et ils sont moins qne l'homme. Qu'ils insultent encore à la religion , et qu'ils la méprisent : ils la vengent par leur conduite et par leuis ùiœurs.

Parlez peu , pensez bien , et gardez vos secrets.

Ces liois maxnn'^s sont courtes , mais d'un usage l>ien nécessaire dans iu vie civile ; nous allons les dé-. V€^lopper. ^ ^

Parlez peu. las jeunes gen& surtout doivent foire attention & cette belle luaxime , si propre à les faire estimer, cr Vous qui êtes le pîusâgé , dit rÈcclésiastique, parlez j caria bienséance^le demande; mais parlez avec sagesçfi^ Pour voua , jeûna borome, soyez fort réservé h parler 1^ même «Uoacé qui vous fegarde; omduisezvous en beaucoup de choBaa , tomme si voua lea ignoriez : écoutez en silence , et ne parlez que pour faire des questions *. » Ou tlemaïKiait à un homme tressai ont , ( uniment il avait acquis tant de science. « En écoulant , ]::épajidiit*il , et .en, demandant ce que jo ne ' savais pas h ceux qui pouvaieul me rappiemhre* a II n'y a nen 4^ ipaeilleur , en dBTet , pom, tarm^t l'esprit d'un jeune homme que de parier peu , d'iaterrogef souvent et d'éeouter beaucoup , de faire réflexions , étant seul , sur ce qui s'est dit par les autres dans la convcrsaliou.

U n'y a que de rjboaneur et de Tavai^tage pour le jeune homme qui patrie peu. S'il a du mérite^ sa modestie et sa réserve ne serviront qu'à le. faire briller encore plus ; s'il n'en a pas , sa disecétioa empdcbera les autres de s'eu apercevoir. ïhéophraste voyant quelqu'un ^ qui, nnt^ (ouipagnie , ne disait rien : Si tu es nu hauile homme, dit-il, tu as tort: sinoji , fu os habile homme* » L'Èsprit saint nous apprend aussi que celui qui cache son insuCfisance ^ vaut mieux que celui qui cache sa sagesse ; et que le fou mfime , a'U saut se taire, passera pour sage **•

Le silence devrait elre le partage de ceux à qui h^s qualités manquent. Mais , pour l'ordinaire, il n'y en a pas qui aiment plus à parler, que ceux à qjii il i ouviendrait le plus de se taire. Un ignorant, qui ne doute de rien , parle de tout et fait beaucoup de bruit. U ar'rive presque toujours que celui qui n'a que peu de fonds ^ est d'un bruyant qui étourdit : semblable à ces torrens qui rouleut leurs eaux avec fracas , et qui n'ont souvent pas un pied de profondeur.

Celui qui ne doit qu'écouter , et qui parle trop et

^ Audi tacem simul cl guœrens, Eccli. 32. ** 4r«^or e$t qui celai in$ipimUam euqim , qua» homo qui aheandit sapienHam euam* Eccli. 20, et Frov. 17*

trop haut, fait juger, ind^^pendamment de ce qii*il dit, qu'il est un fat ou du moius un étourdi ; et s'U ne dit pas do bonnes choses , il est tout ensemble un fat , un étourdi Qt un sot. N'ayez donc pas , comme bienk des « personne»,. Tempressement de parler beaucoup ; pour moDlrer votre esprit , couvrez-le d'une certaine pudeur. La modestie est un Toile délicat , qui ne cache que pour donner plus de prix. Celr^i qui veut passer pour homme d'esprit ^ ne s'empcoi^râ pa^ trop à W paraître. Ailii^ter

1 de kôllex de moulmr. plu$^ d'esprit que les autraL^ est un ino jeainfiiillible fom qpHi» noua en trouyent moins

, que nous n'eu avons^ Cei^t se donner un air de vanité qui révolte ; et l'on réussit rarement à persuader les autres de soa uxéritA^quaiid.Qn w paraît iiog pçr&uadé soi-même..

Ou dait emplojer l'esprit, et les paroles comme Far*gent^ avca économie. Car , en iiocaommandaut déparier peuj^ uoua neitoutons pas qu'oga toit muet., Si la modération des paroles est le symbole de la sageAse, la lacitiiruité est celui iU î.i bélise. Le sot qui ne dit rien, n'en pense pas davantai^e. La lenteur et la sécheresse du discours auuo^cent souvent celles de l'esprit : on parie vite quand cm a beaucoup d'idée&> et qu'elles se succèdent rapidement. C)'^ un beau <^ent , mais dan* gereuxi et qui n*est estimable qu'autant qu'il est joint, ce qui est rare^ à beaucoup de, prudence de jugement.

Quelque esprit et quelque mérite qu'on ait, on ne sera jamaii estimé f si l'on n'a pas celui de parler à propos et dQ savoir se taire. 11 est vrai que le fat ^ ainsi que rhooune qui se pique de tout savoir , et qui pa^Ie beaucoup , en impose au premier abord. Mais il perd presque toujours dans le second quart-d'heure resUajo qu'il avait surprise dans le premier. Ou commence par l'admirer , et on finit par le mépriser. Au contraire , l'esprit modeste qui ne cherche pas àprii^ec» se fait tfîentôt aimen par sa modestie même qni est une es*

Êe d'boDQtmage secret qu'il rmd aux autres ; et comme ucoup d'esprit ne saurait long-temps se cacher , quand il vient à se faire voir, ou finit par radmirer. 11 ressemble à une mine rirlie, qui ne montre d'abord

que quelques parcelle^ d'oc aaie;^ ob^Vtt^» jUi^fu'i

188 l'école

qu'on la force , en quelque sorte , à découvrir les richesses qu'elle renferme*

Celui qui çarde le silence avec peine , ne connaîtra

jamais la sagesse. Aussi la modération à parler fut toujours recommaTidée par les sages. C'était la première leçon que Pythagore donnait à ses disciples : (c Ou taisez-vous , leur disait-il , ou dites quelque chose de meilleur que le silence. » L'ancienne Egypte^ qui .fut le berceau des arts » des sciences et de la sagesse , avait dans sa capitale une statue , <jui était le symbole du silence. Celte figure hiéroglyphique avait un doigt mis sur les lèvres , comme pour recommander cette vertu â tous les citoyens,

Qa*y a-t-U» en effets de plus estimable» que de savoir SI bien gouverner sa langue , qu'elle n'ait jamais un trop libre essor I Quoi de pins odieux et de plus méprisable, au contraire, qu'un i^iand parleur, dont le flux de paroles ressemble à un torrent que rien ne peut arrêter 1 II dit ce qu'il sait et ce c[n'ïl ne sait pas. U ne peut rien tenir de caché. Tout ce qu'il voit, tout ce qu'il apprend > tout ce qu'il soupçonne^ il le divulgue aussitôt , où U le dit secrètement à tous ceux qui veu* lent le savoir ; car tout le monde est son confident , (iuoiqu'il ne soit le confident de personne. Il recueille avidement toutes les petites historiettes du jrMii , tout ce qui se passe dans les familles , tout ce qui intéresse l'honneur et la réputation ^ pour le répandre. Il est la trompette scandaleuse d'une ville. L'Ecclésiastique dit: «r Que le grand parleur sera terrible dans sa ville ; et que celui qui est inconsidéré dans ses discours , sera haï * I »

11 n*est pas seulement odieux , il est encore insupportable. Le plus grand plaisir qu'on puisse lui faire , est de l'écouter sans l'interrompre. Mais pour cela , quelle patience ne faut-il pas avoir 1 et quel supplice est égal à celui de soutenir tout le poids de Fennui dont il accable ! U assomme par des contes sans fin , par des histoires longues, insipides et cent fois racontées, par le détail peu intéressant de sa vie et de toutes ses

* TerHlnUi en in civitate mâ funna Unguosus ; et iemerarivi •n iferh0 9uo, odtMIt erit. Bccli, 9»

moindres; actions. JUrébeiif le peiût bien dans une do 0es épigrammes :

le premier jour qn'André voulut m'eniretenir^ Il me dit tout au long l'histoire de sa vie :

Él, sans <*trc informé si jVn avais pnvia ,

conta le pas^r . îe jik ^ent , ravenir, Ce (lui! fût, ce qu'il ('>t , et ce qu'il promet d'être, Sa maison , ses jiareus, ses affaires, son niaitre. Sans rae donner le temps de repartir un mot ; Mais comme il me dit plus qu'il n'est aisé d'eutendre , Il m*apprit plus aussi qu'il ne voulait m'apprendre . Car dés le premier jour, j'ai su que c'est un sot.

Le prince de Condé ayant pris dans sot carrosse un grand parleur , pour le mener avec lui en un endroit où il allait > celui-ci l'eut bientôt endormi par ses discours qui ne finissaient point. S'en étant aperçu , il tira le prince par la manche , pour s'en faire écouter ; car les grands parleurs veulent toujours qu'on les écoute.

monsieur , dit le prince en s'éveillant , ou laissezmoi dormir , ou ne m'entiormez pas. »

Celui qui n*a pas assez d'esprit pour bien parler ni ^ assez de jugement pour se taire, est à plaindre; mais ceax qm sont contraints de Fécouter , le sont encore pins. Aussi Ton fuit nn babillard ; on se détourne pour ne pas le rencontrer , quand on a pu l'apercevoir de loin : on le quille avec joie le plus lot qu'on peut , et le plaisir de se débarrasser de lui, est égal à celui dTuu homme qui se décharge du plus pesant fardeau.

Si vous voulez qu'on recherche votre compagnie^ ne soyez pas de ces longs conteurs qui parlent toujours , chargent leurs récits de mille circonstances inutiles > et n'oublient rien que définir. Contez des choses toujours nouvelles; con(( /-les avec feu ; négligez les petits détails, soyez coiiil , vt laissez aux: antres le plaisir de conter à leur tour; mais surtout n'assomimez pas ceux qui ont la complaisance de vous écouter en répétant cent fois les mêmes histoires. Tout conteur se. répète » dit Tniblet : voilà le grand inconvénient du métier. Un conteur de profession , auquel on reprochait ce défaut , répondit assez naïvement : <( Il faut bien que vous me permettiez de redire du temps eu temps mes his^^K^ p 9ans cala je les oublierais. »

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La plupart de ceux qui parlent beaucoup , fontlttoiM usage de leur jugement que de leur niémoire. Un grand parleur est ordinairement un grand d^cur de riens ; il est comme ces arbres qui , pour avoir trop^ fisftiiUes, ne portent point de fruits. Les bonnes cheses qu'il dit quelquefois , sont mêlées de mille mauvaises les gdlent. L'-envie de parler fait souvetft échapper bien des sottises dont on se repent. L'intempérance de la langue ne peut venir que de la iétri'*reté d'esprit. On parle peu quand ce n'est pas T imprudence ou la vanité qui fait parler, quand on réfléchit beaucoup et qu'on ne veut dire que de bonnes chosesu On a comparé une bouche toujours ouverte , i un coffre sans serrure > qui montre qu'il ne renferme point de trésor.

Ceux mêmes qui parlent bien , doivent éviter de parier trop, s'ils ne veulent pas enninfM*. La grande jluidité de langue étourdit toujours, ci lasse à la fia. On se livre d'ailleurs dans un entretien animé, et Tm montre le fond du cœur , sans s'en apercevoir. Aussi , les personnes prudentes écoutent-elles beaucoup plus qu'elles ne parlent, parce qu'il est presque impossible de parler beaucoup , et de parler toujours Lien. On demandait à Xéiiocrate , qui était dans une nombreuse compagnie y pourquoi il était le seul qui ne disait rien. « Je me suis quelquefois repenti , répondit ce sage {diilosophe, d'avoir parlé, et jamais de m'étre tu. »

C'est une qualité rare , et un don précieux du ciel^ de savoir se lairc. Ce qui faisait dire à un sage païen : <( Ce sont les hommes qui nous apprennent à parler , mais ce sont les dieux qui nous apprennent à nous taire. »

Ce maître, qui dmandait à un babillard le double pour l'instruire, parce qu'il devait, disait-il, lui en^ soigner à parler et & se taire , ne demandait peut-être

pas encore assez : car la légèreté de la langue est un mal presque incurable, a Avez-vous vu , dit l'Esprit saint, un homme prompt à parler ? Attendez de lui des folies plutôt que de le voir &e corriger \ s> Le grand parleur ne saurait rien retenir : Thomme

* Viâitti hominem velocem ad îoquendum ? StuUitia WKip^ fferarida est ^ quàm iUiui correctio. Pro-Tt 29«

discret ne dit ^jë^ ce qu'il doit. La réserva dans les paroles art «Be^gMiUde marque de beaucoup àe juge* ment et de prudence, «r Le ecear Û&i insensés, dit l'Boolésbstiqvi^ , eai (Ams leor l^ouche y et la bouclie des .

sages ^si dans leur cœur *. d Un homme ajant raillé le Tasse d'une nianiôre fort dôsoblipèante , ce célèbre poète ne répondit rien. Quelqu'un de la compaG^nîe dit, d'un ton assez èaut pour être entendu , qu'il fallait étie lou pour M point poirier dans de semblables oc* sflsidns. ^ ¥o«B 'if^oms ^trofbpeï , répondit te -t*asSiD.> «a ibsue sait pas^'tiffre. »

Les hommes d'état et de conseil , tons les ijrands hommes dans le gouvernement ou dans les afiaires , doivent leur réputation et leur fortune à leur discrétion. Les femmes mêmes qui se font te plus considérer , sont celles qoi^mitUfg^ M réservées en leurs paroles. Celles qui aûncM à parler pour faire voir leur esprit ou leur sdanee^^sont souvent 'des dapès de leur vanité : elles perdent 1 estime du monde par les choses mêmes ou elles la cherchent.

C'est savoir beaucoup que de savoir bien gouverner sa langue. C^t la plus utile et la plus nécessaire de toutes les sciences. Que de manix et de malheurs on retrancliatttit du ftionde , si FoA pouvait an ôler toutes les langues indiM^esl Que de peines et de chagrins on épargnerait aux autres et à soi-même, si l'on suivait toujours, en parlant , les récries de la prudence ! Si vous aimez votre repos, sou / iort circonspect dans vos discours. Si vous voulez vivre en paix avec tout le monde, saokez vons rendre maître de votre langue, cr Celui qui garde sa bouche , dit Salomon , garde son âme; mais 'Cehii qui est inconsidéré dans ses paroles , tombera dans beaucoup de maux *. » L'empereur Domitien s'amusait souvent, dans son cabinet, à percer des mouches avec un poinçon : occupation bien di;:^ne d'un tel prince. Une personne qui voulait lui parler , ayknt demandé à Wbius Crispus s'il n'y avait personne

In ore fatnonm eof ithrum , êt in cordé ês^mHnm -st

Ulorum. F( cn. 21.

** Qui rnstodit 05 sunm , custodit animam fuam; qui ai^MH incomidcratus $$t ad ioquendum, t9nti§$ moia. ProY* i3«

193^ l'jbcole

avec Tempereur : # H n'y a pas une mouche , ï^ponditil. » Cette raillerie lui eoùta cher ; elle fut rappoiiée à Domitien , qui le fit mourir.

La paiK du cœur et rinnoçence de i'&me sont l'heureux partage de œhii qui parie peu. Le phis aage des rois nous avertit que a ceux qui parient beaucoup no seront pas exempts de péchés » Ce n'est pas qu'il condamne absolument tous leslonp^s discours, puisqu'il j m a d'utiles et de néressaires; mais c'est que le péché se glisse au miHpii de nos entretiens. Il est bien diffidle qu'il ne s'y mêle quelques paroles qui blessent la. vertu ou la charité qu'on doit au prochain. <r L'ami de son salut et de la sagesse , disait un homme defaien^ est ami du silence. 0

C'est être bien sa^^e que de parler peu ; mais c'est l'être encore plus que de bien penser à ce qu'on doit dire. Combien de ç^ons ne pensent qu'après avoir parlé 1 mais la parole est partie , et ia réflexion vient trop tard. Ne dites jamais rien, s'il est possible, que vous n'y ayez

Iiensé auparavant, a Mettez à votre bouche , suivant esage conseil de rEcclââastique , une porte et des serrures ; fondez votre or et votre argent , et faîtes une balance pour peser vos paroles , et un juste frein pour votre boudie , afin qu'il n en sorte jamais aucune parole qui puisse nuire aux autres ou à vous-même , qui puisse offenser ou être blâmée **• » Combien de maux et de désordres n^a-t-on pas vu nattre de paroles inconsidérées I et que de longs repentirs a produits souvent un mot échappé mal à propos î

C'est surtou t dans les conversations , que nous devons être le plus sur nos s^ardes , parce qu'il est plus aisé et plus ordinaire d'y faire des fautes : on ne saurait s'y comporter avec trop de prudence. Le bonheur d'y gagner les cœurs et 1 estime , dépend de la manière d'y conduire sa langue. Celui qui saura parler aisément ^ ne parlera pas trop ; être grave quand il convient, s'abaisser aussi quand il le faut, rire avec ceux qui rient, et garder en riant les règles de la dérence ; celui-là infailliblement obtiendra l'estime et l'amour.

* In multiloquio non décrie pcccatiun. Prov. iO. OH ruo fadto 0$Ha et seim, ctc, Eccli. 28.

Mais > loiu de chercher dans les cotiî{^âgtiies à nom concilier l'amour et restime des hommes » il semble que nous prenions plaisir à nous y faire haïr ou mépriser ,

par le peu d'égards que nous avons pour les autres ^ par les traits caustiques que nous lançons , et qui retonilKiit souvent sur nous-mêmes. Car lorsqu'on dit ce qu'on ne devrait pas dire, on s'expose quelquefois entendre ce qu!on ne voudrait pas enteudre* Un Pari^ sien, grand parleur, youlant badiner un homme nouvellement arrivé de province , cherchait à lui faire quelques questions pour l'erabarrasser , et se divertir à ses dépens. Il lui demanda , dans une compagnie : « Qu'est-ce qu'une oboie , une faribole ei\me par abolelïs- L'autre , sans se déconcerter y lui répondit : <r Une^ parabole est ce que vous n'entendez pas , une faribote est ce que vous dites , et une obole est ce que vou» valez. »

Comme la manière de converser est de la plus grande importance, et qu'il est aussi rare que diXiicile de le bien faire , nous croyons devoir ajoiUer ici quelques règles y que la sagesse veut encore que l'on y obser* ve. L'occasion de les mettre en pratique se piésentera. ' souvent*

Jeune homme , dit le Sage y gardez^vous d'être^

présomptueux en la compagnie des grands, et de parler* beaucoup où il y a des vieillards. Les éclats de lonnerreî précéderont la grèle ; mais la bonne grâce accompagnerai la modestie; et votre maintien respectueux vous conci*liera tous les suffrages » Qui pourrait > en effet, lesrefuser à un jeune homme qui écoute avec attention » et qui, lorsqu'il a occasion de parler le fait brièvement, avec justesse cL avec assez d'esprit, pour faire soubaiter' qu'il parle une seconde fois; qui sait placer à proposun bon mot , unelîistoire courte, nne rétlexion judicieuse , et qui y s apercevant que tout le monde est content de lui, se contient par modestie ^ pour laisser aux autres le plaisir de briller à leur tour , et avoir celui de letir applaudir ? *

Si vous ne pouvez pas être de ces grands hommes qui

*#n mcdio magnatofum non présumé, €$ uVi iunt 9en9$ non fmltum lofuarii, $fc, Ecciî, 32,

194 L*ECOt«

charment les compagnies , lâchez de né être nombre des importuns et des incommodes ; nu moins ne vous faites pas mettre au rang des insupportables. On y nK.[ les «grands j)arleurs, ces sortes d'hommes ou de femmes qui , durant les entretiens , ont toujours la lîOTirhr ouverte , et dont la conversation , comme autrefois celle du philosophe Annximènes^ est de répandre dans les eonipâgnies une rivière de paroles , et nné goutte de bon sens.

Ne vous «mparez point dè là conversation , et ne ressembler pas a ce*? pefits-tnaîtres vains , le^rofs , 5^mîl!ans, qui sont toujours dans unr ( ornpasrnie ceux qui parlent, et qu'il faut (Jue les autres écoutent. Un fat qui veut faire le bel esprit , ne déparle point , mâis c'est un fat* Il est bon que châtfuti ait de Tesprit & Sbn tour , et c'est en manquer que de chercher à en Montrer seul. Nous devons aimer à écouter les autres, si nous Touloiis qu'on nous écoute volontiers.

Laissez flfincdirc, quand vous avez dit. Donnez aux antres le temps de vous répondre, et aye?: la force de vmis taire lorsqu'ils parlent. Vous plairez plus» en oGoutant bien qu en parlant vous-même. Mais la plupart

{)ensent plutôt à ce qu'ils veulent dire , qu'à ce qu^oh eur dit. Tout occupés de leurs idées, ils s'empressent à les répaiuli e , sans aucun égard pour ce que disent les^ autres. Souvent méine on ne laisse pns à relui qui parie Je temps d'arliever qu'il a commencé ; on Tinterrompt au milieu de son discours , et I on répond avant que d*avoir entendu. Ce n'est pas seulement frrossiéreté , impolitesse, c'est défaut de sagesse et de incrément Rien n'est si commun que ce défaut , nonsniU'îTsent dans les a:rands parleurs et dans les personnes qni ont beaucoup de vanité, mais aussi dans cclies qiTÎ sont vives.

Evitez encore avec soin d'avoir dans la convcrsniior un ton décisif et absolu : on se révolte contre celui qui prélend asservir les autres à sa façon de penser , et qut veut que ses sentimens leur servent de règle. Ne montrez jamais trop d'attaché à votre sens, et acquiescez

* Quipriùs resronpef quàm auiiaf » iiUlntm $9 tm dmfmh

tIÈs nrcÉuRd; 195

volontiers fi celui dos rn;>iTs. Accordo:?-lenr quelquefois le pinîsîr de noire ({u'iis ont mieux pensé que vous sur quelque point où vous pourriez vous être trompé , ctfeitdez-vous à leiirseiitiaient, lorsque yous devez du potrvex le fàire* Il faut MToir f^fdre quelque chose de st «apériorité , oûn de là iakMX conserver ; et Ton a toujours tort lorsqu'on toujours avoir raison.

<i;irdez-voiis d'apporter dans les compagnies l'esprit de contra diction el de dispute. Ce n'est pas toujours; l'amour de 1a vérité qui Huspire , c'est l'ori^neil le plus souvent. On veut persuader aux autres qu'on a plus #46^01» detoniiérés , decontiaissatiees^ ou Von en est flHteineiit persuadé ^^ttiéme. Quelquefois aussi ou OBBtlHsfft , parce qu'ofi ^letit «a propre faiblesse : lorsqéTOH Tie peut montrer ni esprit, ni science , on tàcîio de s'opposer {\ la^oiretl^e ceux qui en font paraître.

Disputez rarement. Gaixlez-vous surtout de le faire avec 'cm^ tjui aiment h parler beaucoup. Ce serait , dit l'Esjprit saint , mettre 'etocere plus de bois sur leur fea La dispute avec ipïi que ee soit , si elle n'est tèmpétiSé par une grande politesse, est presque toujours plus dnncrercuse qu'utile. De ce choc mutuel des opinions, il devrait sortir une lumière qui servît à d('couvrir le vrai, et il n'en sort le plus souvent que des étiooelies qui allument la colère ou ia haine. On rherdie moins à s'instruire qu'à l'emporter. Au lieu d'être modeste s ^oux , liant » facile à adopter tes idées des autres , à entrer dans leurs pensées, 'on devient pointilleux , sophiste , attaché à son sens , ii;c.r<a])!e de céder et d'avouer jnmnis qu'on a tort, quoiqu'on l'ait très-souvent. On craint moins l'erreur auc le rilcnce » et l'on eroit qu'il est moins honteux de se tromper toujours» i^e d'avouer ^u'on s'est trompé. Mais que gasphe^H>n pàr-là ? de convaincre les autres qu'on a vfn défaut de plus > et qu'on est tout à la fois cntûié et ignorant.

Quoiqu'on ne doive point aimer la dispîîto , i' rîo f?^!ît pourtant pas, par faiblesse et par une fade adulniion , adhérer au^ erreurs et aux faux préjugés. Prenez

* iXon litiries cum hon\in$ lingx^aio,, et nuii slrues in i(^iier:\ lignunu Eccli, 8,

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Iiardiment le parti de la vérité. Mais si Ton s'obstinir , après avoir opposé à l'erreur ee que vous savez le

mieux, prenez le parti du silence, ou changez de lïialière. La ^ haleurou ropiniâtrete de la dispute , dans les coutestalioiis que la conversation fait Daître sur des sujets qui n'iutéress^int ni la religion , ni la charité , . prouvent moins beaucoup de savoir ou d'esprit, qu'un défaut d'éducation et un grand fonds d'oijeueiK On gagne souvent plus à céder qu'à vaincre. On perd le cœur et l'estime des personnes sur lesquelles on veut toujours remporter. Si vous ne pouvez amener l'adversaire h votre sentiment , faites semblant de vous rapprocher du sien ; il vous en estimera davantage. La iM>nne opinion que nous avons des autres croit en proportion de celle qu'ils nous donnent de nous-mêmes.

Aimez à donner lieu aux personnes qui s'entretiennent avec vous, défaire valoir leur esprit, en faisant tomber la conversation sur certains sujets qui soient de leur ressort. Si ces personnes aiment à parler , donnezleur occasion de le faire sur ce qu'elles possèdent le mieux ; ou laissez-les seulement dire , et paraisséz prendreplaisir à les entendre» Elles seront trés-contentes de vous 9 si elles sont trës^tisfaites d'elles-mêmes. On raconte à ce sujet un tour très-plaisant qu'on joua à une dame de beaucoup d'esprit, mais grande parleuse et encore plus vaine. Ou s'avisa un jour de lui présenter un homme qu'on lui disait trés-savan t. Cette dame le reçoit h. merveille ; mais » pressée de s'en faire admirer , elle se met à parler , lui fait cent questions différentes, sans s'apercevoir qu'il ne répondait rien, la visite faite : a Etes-vous , lui dit-on , contente de votre homuie ? — Qa ii est charmant I répondit-elle ; qu'il a d'esprit I » Ce grand esprit, c'était un muet.

N'ayez pas l'imprudence de vouloir , sur certaines matières, paraître plus savant que vous ne l'êtes^ et de parler > devant les personnes instruites , de choses que vous ne savez pas, ou que vous ne savez que superfi-» cieilement. Vous vous exposeriez souvent à la confusion et au ridicule. Voltaire, étant à Leyde , fut curieux d'y voir le célèbre s'Gravesande qui y enseignait les mathématiques. Il alla lui rendre visite sans se faire connaitie, >et amena la conversation sur les systèmes

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astronomiques de Newton. Il en parla si mal ^ que le

professeur voulul plusieurs fois changer Tenlretien et parler d'autres choses , mnis inutilement , parce i\uv. Voltaire y revenait toujours. Enfin, s'Gravesande lui dit : i< Je vois bien , monsieur , que vous ne connaissez les systèmes de Tastronome anglais que par certains élémens de Newton , fort mal faits» ouvrage de M* de Voltaire, qui a montré qu'il n'y entendait rien. — C'est moi, répondit modestement le voyageur. — J'en suis fâché, rçprit le docteur hollandais ; mais je n'ai dit que la vérité , et je ne me dédirai pas. »

Si vous vouiez vous faire estimer dans la conversation , ne cherchez pas trop à l'être. Ne soutenez point un sentiment vrai ou probable , qui paraîtrait faux à ceux qui n'auraient pas assez de pénétration ou de connaissances po ir l'approuver. Dès que vous avez senti , pour ainsi dire, le bout de l'esprit de ceux avec qui vous parlez, arrétez-vous ; tout ce que vous diriez au-delà passerait souvent pour ridicule* L'art de plaire dans la conversation , consiste bien moins à dire des choses fines et spirituelles , qu'à ne rien dire qui ne soit du goût de ceux avec qui on s'entretient. C'est une marque de beaucoup d* esprit, que de savoir ainsi coaverser.

Le célèbre Racine disait souvent à son fils : « Ne croyez pas que ce soient mes vers qui m'attirent toutes les caresses dont quelques grands seigneurs m'accablent. Corneille fait des vers cent fois plus beaux que les miens, et cependant personne ne le regarde; on ne l'aime que dans la bouche de ses acteurs : au lieu que, sans fatiguer les gens du récit de îîu's ouvrages dont je* ne leur parle jamais, je me contente de leur tenir des propos amusans , et de les entretenir de choses qui leur plaisent. Mon talent avec eux n'est pas de leur faire sentir que j'ai de l'esprit ^ mais de leur apprendre qu'ils, en ont. Ainsi quand vous voyez M. le duc passer sou- Tent des heures entières avec moi , vous seriez étonné , si vous étiez présent , de voir que souvent il en sort sans que j'aie dit ([ualre paioles : mais peu à peu je le mets en humeur de causer » et il me quitte encore^ plus satisfait de lui que de moi. »

M> dç Harlai, archevêque de Paris i gagnaiVtous les»

I9ft t'ECOLE

cœurs I no&^ttlement ptrce qu'il avait tin air gracicii3t« eC prévenant ^ mais parce qu'Û n'avait à la bouche que*

des paroles obligeantes. Il étudiait l'aiiiour-propre de celui qui lui pariait , et clicrehait ce qui pouvait le flatter ie plus» C'est le grand becret pour se faire aimer de tout le monde.

r Ke vous chargez jamais de l'odieux emploi d'humilier

1>ci*sonne» de dirè des choses désagréables ^ de ftiirede a peine à qui que ce soit. Il y a toujours k perdre pour

nous, de iiioiliîier 1 aiiiour-propre des au(res. îl cheri'hc à se venger , il est iugéuieux à en trouver Jes îiKjyc îîs, et pour l'ordinaire il les trouve sur-le-clianip: car y qui est-ce qui ne prête pas par quelque endroit le flanc à son oiinemi ? Montmaur , professeur royal en langue grecque et fameux parasité » payait son écol dans les maisons où il se donnait Fentrée , en disant des bons mois contre tous les trcns de lettres ; ce qui les souleva contre hâ. 11 élaiL leur chouette. Un jour qu'il devait venir dans une compagnie , on convient que , pour ie déconcerter, quelque chose qu'il dit, ob se déclarerait d'un concert unanime contre lui. Un avocat f fils d'un huissier , était à la tète du parti. Déa qu'il parut , l'avocat lui cria guerre 1 guerre I Montmaur lui ré[)ondit : « Vous dégénérez bien ; votre père s'enl'ouait à crier paix ! paiœ! ci vous criez guerre 1 gnerrc!)> bon mot déconcerta tellement l'avocat, qu'ii perdit la parole. Montmaur parla tant qu'il voulut daus la compagnie , sans être contredit.

Pensez bien. Penser en toutes diosea avec jugement , vivec sa sagesse , c'est ce qu'on appelle penser Inen , et <vi(^ui constitue le bou esprit, qualité beaucoup plus rare qu'on ne croit , et bien préférable au bel esprit. Il est vrai que ce dernier a quekjuechosc de plus briliaut, de plus propre à faire naître l'admiration f parce que tantôt il a cette vivacité , cette richesse d'im^ination, qui conçoit les choses aveo feu , les produit aveefaotbté, et présente sans cesse des objets nouveaux , des tableaux vifs et animés, d(»8 imao:es frappantes; tantM il a cette fécondité , cette fnu sse d'esprit , qui rassemble et combine avec délicalesse les idées , trouve , aperçoit des ra[)ports justes et heureux entre les choses qui

paraissaient le moins en avoir, b^dipa aveç légèreté ^

frappe ât renvoiq avec promptitude, fait éclore d'ingénieuses saillies, doooe Jieu aux autres d'exercer leur pénétration en cachant une partie de la sienne , et l'enveloppe autant qu'il faut pour qu'on ait 1q i^Uwf la déGopvrir,

Qua94 cette fleur édpUinte de l'esprit humain est l^unie dans une même personne , avec un jugement solide et profond, il n'y a rien sans doute de piu:à ad* mirable dajis la nature. Mais malheureusement ces deux qualités ne sont pas toujours ensembie ; et l'esprit saus le jugemeut ost lûen peu de chose. 11 est même plus souvent dangereux qu'utile , parce que c'est alors ou up coursier fougueux qui , n'ayant point de frein , nous jette avec lui dans des caprices ; ou une fausse lueur qui, au Jicu de nous diriîxer, nous é^are, et nous fait faire presque autant (îtM ji:sfrs nnn de pas. On a dit de l'esprit, qu'il était entre les mams des passions uu iu^ truiuent à £aiire de grandes fautes. Combien d'hommes n'ont eu que trop d'esprit , pour leur malheur et pour celui des autres 1

II n'en e^L pas de mémo du jugement. C'est, sans contredit, de fous les dons de la nature le pins estiniable et Je pins nécessaire. On n'abuse janvu's du jui^eraent , et sans lui on abuse de tout. La plupart de nos fautes viennent moins de défaut d'esprit que de déifaut de jugement* On ne voit si peu de sages» et le nombre des fous n^est infini , que parce que le bon seqs n'est pas commua.

Celui qui pense bien mesure toutes ses démanlies sur les régies de la prudence, et ne se conduit que par les maximes d» la sagesse. Dans les affaires diffioiles , dans les oireenstance» embarrassantes » il examine av^ som , pèse ayec réflexion , choipit avec discernement , et ne se détermine que quand il a de solides raisons de le faire. Il aime mieux s'arrêter où le joui finit , que de s'exposer à s'égarer ou d^ôtre obligé de revenir sur ses |)as.

Aussi équitable , aussi indul^pent qu4i est juste et judideuii^ le bon esprit aime à ne penser ipal de per* sonne. Il prend bien tout ce qu'il voit et tout ce qu'il entend. Ce n'est pas qu'il approu vq le mal : il condamne

çeq^ui e^t mauvais^ mais il ne le croit pas aisément, Il

l'bcolb

dimne un tour favorable à tout ce qui en est susceptible, let il justifie tout ce qui peut être juslîûé. Il aime mieux «e tromper en pensant trop bien qu'en pensant trop mal des autres hommes.

Les sottises et les folies qu'il voit faire ne flattent point son amour-propre* Il ne fait pas alors comme taiU de personnes , des comparaisons à son avantage. Il ne se ( roit j)iis plus de mérite , parce que d'autres n'en ont point; et le ridicule d'autrui n'est pas pour lui un titre de se croire plus parfait qu'il ne Test. Il trouve dans la conduite des autres , non de quoi devenir plus méprisant'Ou plus vain, mais de quoi se corri<> ger et s'instruire, de quoi signaler sa patience ou son zèle, de quoi augmenter son expérience et sa sagesse. Il met à prf)lU jusqu'aux malheurs d'autrui. Convaincu •que c est être bien sag;e que de ie devenir aux dépens des autres , il proiite de leurs fautes mêmes , et il apprend, par leur exemple, combien il est avantageux de ne pas, leur ressembler. Les réOexions fréquentes ^u'il fait sur ses propres faiblesses, lui inspirent pour les autres la môme indulgence dont il a besoin , et quoique irréconciliable avec le vice , il est à l'égard des personnes toujours disposé à excuser ou à pardonner tout ce qui peut l'être.

En maintenant > par cette sage et louable indulgence, la paix et l'union dans la société, le bon esprit nous procure le doux avantage de nous fiiire estimer et de nous faire aimer de tous ceux qui aiment et respectent la vertu, ^lais il ne se borne pas là : il fait régner le calme au-dedans de nous-mêmes, il commande à nos passions mutinées , et leur fait respecter les ordres de la raison. Le maréchal de Guébriant en donna un jour un bel exemple. Quoiqu'il eût été offensé parle général Banier, il fit dix journées pour aller le délivrer des mains des impériaux. « Non » non , dit-il aux officiers de son armée qui tâchaient de Ten détourner , il n'est pas juste que les querelles particulières ruinent le bien public , et que , pour perdre mon ennemi , je laisse tailler en pièces les alliés delà France. Qu'il apprenne, par ce que je vais faire pour lui , que je ne méritais pas les mauvais procédés qu'il a eus pour moî« d II téumi dans son entreprise, et il le méritait^

I DES MOBOBS. SOI

Tel est l'avautage du bon esprit , qu'il est uu doa inestimable du ciet. Il aide Tàme à se remettre^ quand, elle est ébranlée. Il vient au secours de notre vertu y dans ces Qioaiens critiques où nous étions sur le point de la sacrifier à la colère , à la vengeance , à l'entêtement ou à de criminelles faiblesses ; et par les sages réflexions qu'il noussuggère, par l'élévation qu'il met dans notre àme , il nousrend^ en quelque sorte> supé« rieurs à nous-mêmes.

En parlant ainsi , nous ne prétendons pas inspirer de l'o^^eil ; mais nous voulons, par la noblesse da sentiment, purifier Tàme , la préserver pour toujours de la bassesse, l'engager à se respecter elle-méine , et l'empêcher de jamais rien faire qui .soit au-dessous, d'elle. Nous voudrions qu'on eût sang cesse devant les; yeux cette belle maxime d'un auteur païen , qui veut que nous regardions notre âme comme un temple où. la Divinité a placé son image , afin de ne nous permet-* treque des sentimens , que des actions qui répondent à la dignité d'un si magnifique présent \ L'esprit le plus élevé n'en est que plus méprisable, quand iî a l'àma basse. Cette bassesse ternit les plus belles qualités du corps , et souille les plus rares talens. £Ue dégrade et confond avec la plus vile roture ^ les personnes distin-> guées^ d'ailleurs y par leur rang et par leur naissance. ' Mais aussi rien n'honore plus la noblesse même et la grandeur, que rélévation des sentimens : elle lui concilient , bien plus sûrement que ses autres prérogatives^ l'estime publique.

En 1745 , le prince Charles-Edouard , fils aîné du prétendan t au trône d'Angleterre, ayant perdu en Ecossq une bataille décisive , fut poursuivi par les troupes victorieuses. II erra long-temps seul , et toujours an moment de tomber entre les mains de ceux qui le cherchaient. On avait mis sa téteà prix. Ayant un jour fait dix lieues à pi( tl , et se trouvant épuisé de faim cÊ de fatigue^ il entra dans la main d'un gentilhomme >

• Tantoque munerc deorum semprr dîfjniDn aliquid et fan'nf et seniiet. Ck. L de fin. Celte idée ^uhlifdf v<[ rouPomie à k IIi' qm rEcriture sainle nous donne de la dignité de Miomnj.' , dont lâme spirituelle et immortelle a Clé créée àTimage de Dieu même,

qu'il savait bien n'être pas dans ses inlérèU. Heureusement pour lai , ce gentilhomme était tin de ee§ nobUsà qui sont persuadés que la noblesse eoosisfe fl arofr Àê grands sentimens. If en reçut tous les secours que sa situation perraeltait. Quelque (emps après, ce gentil lionime fut accusé (ravoir donné dans sa maison !hi asile à Edouard, et lut cité devant les juges. 11 se pré- ;$enta à eux avec la fermeté que donne la verCu , et leuf dit : « Souffrez qu'avant de subir rinterrogfatoirej Je vous demande lequel d'entre vous , si lé fils du {ir^fendant se fût réfugié dans sa maison, eût étéftss(^z vil et as^ez làclio pour lo livrer? » A cette question , le trihuîKîlso lève et renvoie l'ac^ensé.

Tel est l'ascendant de la magnanimité : elle force à l'admiration. 0 vous» qui aspirez k la glaire de bien penser I ne considérez jamais ce que votre rang ou vas richesses vous donnent le pouvoir de faire ; vous fertei^ beaucoup de choses dont vous rougiriez ensuite et dont vous aiiriez h vous repentir : mais regarder comm(^ vous élaut défendu , tout ce qni n'est pas conforme à l'honnêteté, à la décence., à la probité, à la droiture. Ke vous laissez' point dominer par le vil intérêt, et qu'il ne soit jamais le mobile de vos actions. Ëleveis-^ . vous généreusement au-dessus , et ayez le courage dê lui préférer toujours l'honneur, le déslntéi^ssement , Ja vertu. Alphonse IX , roî d'Espagne, surnommé lo lioble, montra qu'il était digne de ce non». Quelqu'un lui ayant dit qu'il pouvait tirer des Vénitiens et de^ Florentins plus de deux cents mille ducats pour la paix qu'ils lui demandaient : <r Je sais donner la pàix , répondîl-il , je ne sais point la vendre, jo

A ces marques, i on reconnaît la grandear d^ftme ; cet inslinct sublime qui porte au giaïul, au beau , à i'honnéte ; qui rejette avec une noble fierté les plus grands avantages , lorsqu'ils ne s arrordent pas avec la probité et la vertu. C'est par cette grandeur d'àme que iiome et Lacédémone ont étonné Tu nivers. Leur histoire est remplie de ces prodiges de désintéressement magna^ nimes , que nous admirons sans les sentir, 8*îl est vrai que nous les admirons encore. Xerxcs, ayant proposé à Leonidas, roi de Sparte, l'empire de toute la dréce^ s'il voulait embrasser son parti : oc J'aime mieux ^

DBfi 1IÛ£I7BS. 2C3

répondit ce grand homme, mourir pour ma patrie que d*y régner injiislement. »

Curius Dentntns, illustre Romain , rmit un jour la vis! te (les ambassadeurs des Samiiites qu il avai| Yaincu^. lislQ irouvèreat faisant cuire des légpmes dans un pot de terre. Surpris d'une pauvret/è si grande dans un horamç si distingué , ils lui offrirent des yases d'or pour rengager à prendre leurs intérêts; mais il les réfusa généreusement. c( J'aime mieux , leur dit-ii, commander à ceux qui ont de i'or, que d'en avoir. »

On sait aussi le beau trait do Fabricius* Un médecin .du roi Pyrrhus étant venu lui offrir d'empoisonner ce prince dans le temps qu'il faisait la guerre à Rome , le généreux Romain renvoya ce perfide à son maître^ et lui fit dire : « Apprends, Pyrrhus, à mieux choisir tes amis et tes ennemis. i> Pyrrhus , rempli d'admiralioa el de reconnaissance , lui renvoya les prisonniers romains qu'il avait faits» a Je les accepte , dit Fabriciuç, i condition de lui en rendre autant : Rome ne sç venge pas de ses ennemis par }a trahison , mais les arrne^ à Is^ main. »

Lorsque Rome, devenue la maîtresse du monde par ses vertits encore phis que par ses armes , fut enha tombée elle-même sous le poids de sa propre grandeur^ et qu'elle eut changé sous les empereurs sa noble et généreuse fierté en une basse et rampante fliitterie^ nn vit encore un philosophe donner un bel e^^emple de celte grandeur d'àme, si commune dans les beaux jours de ia répuLjiicjue. Déraélrius, c'était le nom de ce philosophe, vivait du temps de î'emperoîir Caîli^iila, Comme il avait beaucoup de pouvoir sur l'esprit du peuple , dont il s'était concilié l'estime par sa vertu et sa sagesse , l'empereur voulut le mettre dans ses intérêts , et lui fit offrit deux cents talens Mais il fit cette belle réponse rapportée par Sénèque : a S'il voulait me tenter, il devait du moins m'uiXrir tput sou emfiire. »

On trouve quelquefois, dans les conditions i^s plus basses, des sentimens dignes des rangs lès plus élevés* , Des ennemis secrets de Grésns , roi de Lydie , cherchant

* £aviiQu six ceal mille livres de Jb raucc.

A faire périr ce prince, sadresflèrent à sa boulan^re » et lui enrireiit une somme d'argent considérable^ pour qu'elle empoisonnât le roi. Elle le pouvait facilement,, et son métier lui en fournissait les moyens. Mais, indignée d'une telle proposition , elle refusa de faire ce qu'on lui demandait , et courut en avertir Crésus. Ce prince , en reconnaissance , lui fit élerer une statue d'or.

Les magistrats , les personnes en place , doivent surtout se piquer de penser noblement. 11 est de leur gloire de refuser avec coiirasre tout ce qui pourrait les exposer à devenir injustes ou ingrats. Tbomas Morus, célèbre chancelier , et Tun des plus grands hommes de l'Angleterre , leur en donna nn iour un exemple qu'on ne saurait trop se remettre sous les yeux. Un lord avait un procès considérable , dont il craignait le succès. Pour se rendre le chancelier favorable, il lui envoya en présent deux flacons d'argent d'un très-grand prix. Morus les fit emplir d'un excellent vin, et les renvoya au lord , qui gagna sa cause, parce qu'elle était juste. Ce digne magistrat était persuadé , avec raison , que tout juge qui reçoit un présent , fait les premiers pas yers l'iniquité , et que quand on écoute celui qui veut acheter la justice , on est bien près de la vendre.

Dugas, prévôt des marchands à Lyon, pensait de même. Les boulangers vinrent lui demander la pcrmistton d'enchérir le pain : il leur répondit qu'il examinerait leur demande. En se retirant , ils laissèrent adroitement sur la table une bourse de deux cents louis. Ils revinrent » ne doutant point que la bourse n'eiît bien plaidé leur cause. Due:as leur dit : « Messieurs , j'ai pesé vos raisons dans la balance de la justice, et je ne les ai pas trouvées de poids. J(î n ai pas jugé qu'il fallût, par une cherté mal fondée, faire souffrir le

Euhlic. Au reste, j'ai distribué votre argent aux deux ôpitaux de cette ville : je n'ai pas cru que vous en voulussiez faire un autre usage. J'ai compris que , puisque vous étiez en état de faire dételles aumônes , vous ne perdiez pas , comme vous le dites , dans voire métier, n

Et gardez vos secreU* On ne confie son secret , qu.e parce qu'on ne se sent pas assez de force pour le garder.

1IE8 MOBUAS.

Le prince d'Oraoge , qui monta depuis sur le trône de la Grande-Bretaf^ne , était en marche pour quelque expédiiioa militaire. Un colonel trop curieux Tinter* logea sur son dessein. Le prince lui demanda si, au cas qu'il le sût , il n'ea dirait rien à personne. Le colonel lui protesta que non. «c Hé bien 1 Ini répliqua le prince , le ciel m'a aussi accordé le don de garder un secret. »

On a dit qu'un homme était plus fidèle au secret d'autrui qu'au sien et qu'une femme , au contraire , gardait mieux son secret que celui d'autrui. Faites mieux : réunissez la vertu des deux sexes , sans en

avoir le défaut. Soyez et ne soyez pas ce qu'ils sont.

Gardez iuviolablement le secret d'autrui : mais ne gardez pas moins soigneusement le vôtre, surtout s'il s'agit d'entreprises et d'affaires. Le moindre mal qui pourrait arriver de votre indiscrétion , ce serait d'eu retarder le succès ; et souvent même elle le ferait entièrement échouer. Le cardinal de Richelieu disait souvent que le secret était i'àme des grandes affaires et du «gouvernement. Ceux qui commandent aux autres , doivent iniiler le maître du monde, qui gouverne l'univers par des ressorts que lui seul connaît. La vraie habileté consiste à pénétrer les dessoins des autres ^ et à savoir cacher les siens. Charles VU! , roi de France , était si persuadé de la nécessité du secret , et le portait si loin, qu'il répondit à une personne qui lui demandait ce qu'il ferait le lendemain : a Si je savais que ma chemise sût mon secret , je la brûlerais sur-lechamp. »

Ce qu'un homme tient renfermé dans son cœur ne peut être découvert , et ce qu'il confie i un autre ne peut demeurer caché. C'est du moins le risquer beaucoup, et il y a toujours de Timprudence à le faire , quand il n'y a pas de nécessité.

Un secret qui pèse est bien près d'échapper ; et celui qui ne peut le retenir est encore bien loin de la sagesse. C'est une grande imprudence de découvrir nos secrets à des gens qui nous cachent les leurs, «r No montrez pas , dit le Sage, votn» cœur à toutes sortes de personnes, de peur que celui à qui vous voiis in a m soit un faux ami , et qu'il ne mu^îsc cusuite

906 t'ÉCOLB

vous\ » Souvent, par un exeès de confiance, on ouvre son cœnr à des indifférens , on répand son ftme devant eux. C'est upe faiblesse i iaq|ue|le on est entraîné par l'inexpérience et par le chagnn. La peine cherche i se

soulager , et le défaut d'expérience nous dérobe le danger de notre franchise. Les malheureux et l^s jaunes gens sont presque tous indiscrets.

C'est aussi le défaut des grands parleurs. Ils révèlent souvent ce qu'ils ont le plus d'intérêt à tenir caché. Doivent41s être surpris et se plaindre p si l'on né garde pas mieux leur secret, qu'ils ne l'ont gardé eux-mêmes? Cependant qu'arrive-l-il ? L'homme indiscret et imprutliiil se voit quelquefois connu, méprisé, décrié , et, pour ainsi liire, honteusement blessé par les traits ^ue sa propre langue a lancés contre lui. Trop heureux jn on ne se sert pas de son indiscrétion pour lui porter les coups les plus funestes, cr Traitez^ nous dit le plus sage des rois , de votre affaire avec votre ami , et ne découvrez point votre secret k un étranger, de peur que, Favaiit appris, il ne vous insulte et ne vous eoii\TO sans cL'.s>e de confusion **. w Combien de fois ne se repeut-on point de n'avoir pas su se taire 1

On découvre quelquefois son secret p comme celui des autres , sans le vouloir. Défieat^yous de vous-même , et soyez sur vos gardes : un geste , un regard , un mot » le silence même , peuvent être indiscrets et vous trahir. Il ne l.iiit fias qii'oti puisse soupçonner ou connaUre par vol 10 silence que vous voulez vous taire. Il en est d'un secret comme d'un trésor; il esta demi découvert, quand on sait qu'il est caché.

11 est souvent dangereux aussi de dire une pertie de son secret. Toute confiance , dit La Bruyère , est dangereuse, si el'e n'est enticre : il y a peu de conjonc^ trires où il ne faille tout dire ou tout cacher. On a déjà trop dit de sou secret à ( ( lui <^ qui l'on croit devoir en dérober une circonstance. Ce qu'on dit fait souvent soupçonner et découvrir ce^yû'on ne dit pas* D'ailleurs, les premières confidanees sont un titre pour en exiger de nouvelles , qu'on ne peut ou qu'on n'ose refuser. On

* Non omni homini cor iuum manifestes , etc. Eccli. 8« Causam tuam tracta cum amico tuo, etc» Prov. 25.

DES MOB^Vm. Wl

croit tout perdu si l'on est soupçonné din^amip qu'une

derai-conliance , et Ton s eni^age insensibleraent , de manière que tout est sacrifié , pour ao pas perdre le prix d'une première iudiscrélion.

Lorsqua y^m voudrez couûer un secret à quelqu'un, ayex toujours , autant qu'il vous 9ei;A possible , uo gage m §a fldàtité. Qimt son intérêt même l'oblige à éli*B discret, et qu'il appréhende autant de vous trahir^ que vous craigiiez de l'être.

L'homme sage se gardera bien surtout de confier son ^eeret à trois sortes de personnes : à un babillard , à ^B enfant » à une femme. Rarement la confidence teste dans ees sortes de mains ; mais jamais elle n'y demeure, quand elle est sollicitée par une suite d'instances pressantes. On sait combien là faiblesse de Samson lui coùla < li i . ( iilon-le-Censeur disait qu'il y avait trois choses dont ii se repentait ordinairement quand il les avait faites : d avoir passé un jour entier sans rien appreudre» d'avoir été par eau lorsqu'il pou<vait voyager par terre » et d'avoir confié son secret à sa &mme«

Nous avouons cependant volontiers qu'il y a des feiiimes Uès-discrétes , et ceux qui oui iait aux femmes Fin justice de croire qu'elles étaient incapables de garder nu secret , ignoraient sans (ioute ce beau trait de l'his-* toire d'Athènes. Plusieurs Athéniens avaient formé la complot de délivrer leur viUe du joug de la tyrannie. Une femme nommée Lionne , était du nombre des conjurés. Le tyran en est instruit ; il la livre aux tor^ tures pour connaître ses complices. Cette femme supporte ies touriiiens les plus cruels: mais vo\anl (jue sa constance l'abaadoune , elle se coupe eile-méme la Iangue> de peur que son secret ne lui échappe. Le tyran ayant été chassé » les Athéniens, pleins d'admiration et de reconnaiisance pour cette femme , érigèrent en son honneur une statue de lionne sans langue. Ils mirent bui la base de la statue : a La vertu a triomphé du sexe. »

Nous pourrions rapporter encore d'autre exemples delà discrétion des femmes ; mais qui doute que sur le secret ti n'y en ait qui soient quelquefois beaucoup flu^ prudentes gm ^ea des hommes 7 £t parmi ceuxr-

208 t'jÉcojJB

ci n'en a*t-on pas vu qui même , avec beaucoup d es-

prit, étaient d'une indiscrétion surprenante? Tels lurent en particulier les fameux Arnauld et Kicole. Madame de Longueville , étonnée des réponses indiscrètes qui leur échappaient souvent , disait qu'elle aimerait mieux confier son secret à un libertin. On rapporte du premier une anecdote assez plaisante , qui prouve bien ce que dît La Bruyère : que souvent on se propose fermement de faire une certaine chose , et ensuite, ou par passion, ou par intempérance ûe la langue, ou dans la chaleur de Tentretien , c'est la première qui échappe.

Âmauld, obligé de se cacher pour le sujet que tout le monde sait , trouva une retraite à l'hôtel de Longueville , à condition qu'il n'y paraîtrait qu'en habit séculier, coiffé d'une grande perruque , et l'épée an côté. Il y fut attaqué de la fièvre. Madame de Lonirueville , ayant fait venir le médecin Brayer , lui recommanda d'avoir soin d'un gentilhomme qu'elle protégeait particulièrement, et h qui elle avait donné depuis peu une chambre dans son bétel. Brayer monte chez le malade, qui après l'avoir entretenu ^de sa fièvre , lui demanda des noijve^lles. « On parle , dit Brayer , d'un livre nouveau de Port-Royal, qu'on attribue à M. Arnauld ou à M. de Sacy ; mais je ne le crois pas de ce dernier, il n'écrit pas si bien. A ce mot, M. Arnauld, oubliant son habit gris et sa perruque, lui répondit vivement : cr Que voulez-vous dire? Mon neveu écrit mieux que moi. » Brayer envisap^e son malade , se met à rire , descend chez madame de Lonj^fueville , et lui dit : u La maladie de votre grn tilhoniiiK* n'est pas considérable ; je vous conseille cependant de faire en sorte qu'il ne voie personne : il ne faut pas le laisser parler* »

Ayez la force de garder vos secrets ; mais n'ayez pas la petitesse de faire un secret de ce qui n'en est pas un , ou de ce qui ne mérite pas de l'être. Tel est celui qu'on fait quelquefois de son A^e, à ceux mêmes qui le savent , ou qui peuvent facilement le savoir. Une demoiselle se plaignait d'approcher de trente ans, quoiqu'elle en eût davantage : « Consolez-vous , mademoiselle , lui dit quelqu'un , vous vous en éloignez tous les jours«i>

Ce ne sont pas seulement les personnes du sexe qui aiment à dérober la connaissance de leur âge ; c*C8(

DBS MOEURS. 209

encore le faible de bien des vieillards. C'était celui du maréchal de Bassompierre. Louis XUI lui demandant, un jour son tge » il dit qu'il n'avait qae cinquante ans* prince, ayant appris qu'il en avait soixante, luire*

procha son mensonge ; mais ce seigneur se tira (ralTaire avec esprit : « Sire , répondit-il , je ne comptais point dix années que j'ai passées à la Bastille y parce qu elles n'ont point été employées à votre service. »

Pourquoi rougir d'être vieux ? N'est-ce pas Tâge de la sagesse , le temps de la prudence et le règne^ de la raison? N'est-ce pas l'ordre des choses que la vieillesse succède à la jeunesse, et n'est-ce pas même un bonheur que tous défirent et que peu abliennent ? C'est donc une espèce de folie de vouloir cacher son âge, surtout

Îuaud on peut le lire sur le front» gravé , pour ainsi ire» par la main de la nature. Mais personne ne porta peut-être plus loin le ridicule à cet égard que le sieur d'Arcî. Il venait souvent faire sa cour à Louis XIV, qui prenait plaisir à l'interroger. Ce bon vieillard parlait au roi très- faiiiilièn' ment , quoique personne n eiU un pareil privilège. « J'ai, lui disait*il, plus de gloire que vous : car j'ai servi sous votre grand-père , sous votre père et sous vous. » 11 retranchait les exprès^ sions de Sire et de Majesté, comme des ornemens qui embarrassaient son discours. Le roi lui demanda son réj»ime de vie. « Je niango , lui rèpondit-il, quand j'ai faim , et je bois quand j'ai soif. J'ai mon iranle-niaîiirer à côté de mon lit. bi je me sens de Tappelit la nuit , \e fais du feu avec un fusil , je mange ensuite et puis je me rendors. Je me promène dans votre parc deux fois par jour* — Mais quel âge ave^vous , ajouta le roi. — C'est ce qui vous reste à savoir , dit d'Arci , » et il ne voulut jamais satisfaire sur ce point la curiosité du monarque y comme s'il eût cru , en ca( liant son Ai^e , pouvoir en faire aussi un mystère à la mort. Il mourut , dit-on » à 123 ans^ et jouit toute sa vie d'une grande santé.

Ne vous informez paades ^fiËAMres des autres.

, li^E sage écoîîîc tûut , «Vn^îlique ea {^;eu de ;

Raremenl il ouvre la Jxuicliti

l)evanl un plus sa^e (juc lui. 11 ti Cbt point ourieui des atfaircs d'aulrui , El ce qu'il doit savoir çsl tout ce qui le louche*

Les afifaires d'aulruine sont pas les nôtres , l'bomfnc sage doit se renfermer dans ce qui le concerne. Une trop grande curiosilù est une liès-grande impolitesse , et souvent )a niai(|nn de beaucoup d'iniprudence. On dit que c'est le déiaut des leromes, mais c'est celui de tous les désœuvrés : les gens oisifs sonl ordinairement les plus curieux. Ceux qui ont des affaires ne «'inquiètent guère de celles des autres : les moins occupés sont toujonrs ceux qui s'occupent le plus de ce qui ne les regarde point.

Ne soyez pas de ces questionneurs perpétuel , qui veulent tout savoir , ni de ces furets de maisons , qui cherchent à découvrir tout ce qui se passe dans i mi^ rieur des fomiUes. On n'aime à le savoir que pour ie divulguer , ou pour en faire un mauvais usage : l'un et l'autre sont indignes d'un honnête homme«

Ne laiics inniais aucune question imprudente ou qui jK)urrait déplaire : la curiosité déplaeiie est souvent bien payée. Uu jeune bomme demandait à une femuie, déjà sur le retour , quel âge elle avait. « Je ne vous le dirai pas précisément , répondit-elle ; mais soyez assuré qu'un âne est plus âgé à vingt ans qu*une femme à soixante. »

Ne vous mf^lez pas non plus trop facilement des affaires des autres, à moins que la cbarilé ou votre d(îvoir ne vous y oblige. H est rare qu on n en ait au désagrément* Mais le précepte de ne se ^éler ^ue do

DES SÎOfîrUS, âll

ieftafi^airl^6> fifii pr^que toujours aussi mal smvi qu'il ^ I9st sage et nésnBaîj*» à ta Iraiiquiliitù de la vie* Oa se vepeol soummtd'y avoir manqué. C'est ce qui arriva k Sarrasm^ aulenr de planeurs pièces de poésie très*-

in4îénieuses. Lcccudïnal Mazariu luiavdil pioîiiis \\nv^t uiilic écus coni[)Uiiit, s'il pouvait ensra^er Je piinee ûtst Contiy dont il elait secrétaire, à épouser Marie Martiiioâ ^ nièce de ce mimstre. U eut le malheur de réussir, et de perdre le prix de la vente de aoo maihv. ^jo eanUaal ae moqua de lui, et le prince da Conti ie eham de sa manoD. Sarrasin en mourut de n^^ret et de douleur.

3aus air unsiérieux dissiuiulez les vôUcs.

Le saf?e Pitlacus disait : Ne divulû^uez pas vos desseins, alii) qiie, s ils sont renverses , vous iit' soy<'z pas exposé à la risée, La plupart des houanes ue jugent que par révénement : Tenvie et la malignité se moquent de œ que le succès n'a pas juslifio. £a cachant vos afibiies , voua kts déroberez k la censure et à ta raillerie.

Cehii qui parle de ses affaires à tout le monde, le§ verra so!ivent échouer. Les obstacles naîtront de toutes paris, et des personnes même de qui on se défiait le moins. Un dessein connu ne vaut guère mieux qu'un dessein manqué. Le grand secret , pour réussir dans ses affaires et dans ses entreprises , est de les tenir se^ crêtes. C'est-là aussi ce qui fait presque toute la ma^^ie de la politique. Le plus habile est celui qui est le })lus dissiumlé sans le paraître, qui parle heaucoup , sans rien dire et sans laisser rien soupconuei* de ce qui ne doit pas être connu.

U ne faut pourtant pas , comme nous Tavotis dit ailleui*» , abuser de la dissimulation , qm dégénère souvent en une mauvaise finesse ou en une fausseté condanniabie , dont elle n'es^ séparée que par ua intervalle assez ûtroit. La veiilable finesse n'est autre

chose une prudence hien régh»e^ qui fait qu'on est

ai2 l'bcolb

siiictre sans être ^^imple, et pénétrant sans être trompeur. La dissimulation nedoit aller que jusqu'au silence; il n'est pa^ permis d'y joindre le mensoDge et la duplicité comme ce prince * dont la maxime était : a Qui ne sait pas dissimuler , ne sait pas réçner. n Maxime odieuse , de la manière qu'il l'entendait et qu'il la pratiqua durant son règne, qui ne fut qu'une suite de finesses , d'intrigues et de traits de mauvaise foi : monstres qui naissent de la méfiance et de la dissimulation portées à i'excés. Celle de ce prince allait si loin , qu'il ne s'ouvrait à personne de ses desseins. C'est ce que lui reprocha d'une manière fine un de ses courtisans ^ qui^ le voyant monté sur un petit cheval » lui dit : « Sire, quelque faible que paraisse votre monture, elle est pourtant la plus forte de votre royaume. — Comment cela î reprit le roi. — Co^t , répondit Je courtisan , qu'elle porte voire majesté et tout son conseil. »

Soyez réservé , mais ne le soyez pas trop , ni sur

toutes choses. Une réserve outrée et qui fait mystère de tou(, est ridicule, et blesse avec ceux qui l'on vit. C'est la marque d'un petit esprit qui veut jouer riuipoi (ant.

11 nous reste, avant de finir, à vous donner encore un conseil bien utile. Ne confiez point , sans une grande nécessité , des secrets de conséquence à des domestiques f surtout à des femmes » qui , aisées à séduire , peu capables de se taire , faciles à se mécontenter , découvrent toujouis tôt ou tard ce qu'on a intérêt de cacher.

xxu.

N'ayez point de fierté

I^ORSQUB l'on considère avec les yeux de la raison ce

qui a coutume d'inspirer de la fierté aux hommes ,

peut-ou s'empêcher d<» rire ou d'avoir pitié de leur «" 1» — ■ — — - — ' — — — ^

• XI , roi de Fraaçc.

folle ? Car » qjael juste sujet d'orgueil pourraient-ils trouver ea eux? âerait-eela distinction de la naissance» Téclat des dignités , les faveurs de la fortune dont ils

jouissent? Mais toutes ces choses étrangères à l'homme n'étant rien moins que i homme même, ne peuveal le rendre plus estimable.

M'va-t-il pas, en effet , bien delà petitesse à s'énor* gueillir de la noblesse de son origine , puisqu'elle n'est ni le fruit de ses travaux , ni la récompense de son s mérite? Quand on louait sur ses ancêtres Alphonse , roi d'Anagon : a Je compte pour rien , répondail-il , ce que vous estimez tant en moi : c'est la grandeur de mes ancêtres que vous louez , et non pns la mienne. La vraie noblesse n'est pas un bien de succession ; c'est le fruit et la récompense de la vertu. »

Il y a sans doute de l'avantage à avoir de la naissance: c*est une prorogative illustre ^ à laquelle le consentement (les nations a de tout temps attaché des distinctions d'honneur et d'hommage. On trouve aussi dans la noblesse pins de sentimens et de grandeur d'àme, que dans les autres conditions : les exemples domestiques élèvent l'âine 9 et l'enflamment d'émulation. Mais plus la naissance est distinguée» plus elle impose de grandes charges : elle augmente l'obligation d'avoir du mérite. La noblesie donnée aux pères , parce qu'ils étaient vei tueux, a été laissée aux enfans afin qu'ils le devinssent. Si l'équité demande que l'héritier des héros le soit de leurs distinctions et de leurs dignités, n'a-ton pas droit d'exiger aussi qu'il fasse revivre leurs grandes qualités et leurs vertus? La gloire finit où cesse le mérite.

Heureux celui qui est honoré d'un beau nom, s il sait hien le porter 1 mais celui qui le prostlliK» est à plaindre. La «gloire de s(s ancêtres le couvre de lion te : c'est une lumière qui iait paraître davantage ses défauts. Plus on a de respect pour son nom , plus on a de mépris pour sa personne *

Ce long amas d'atem» que vous difTamez tons , Sont autant de témoins qui parlent contre vous } Et tout ce grand éclat de leur gloire ternie , lie sert plus que de jour à rotre Ignomibie.

214 VécohÉ

TmMienA votre noblesse , si trous ne ïn'en faîtes sowvenîr par vos grandes qualités. Je respecterai dans vous celles de vos aïeux que vous me retracerez , et j'en composcnii comine wne couronne de gloire, que je placerai sur votre tète. Mais si tous ne nie les rappelez que par votre oipieil , si votits ne m*^n Ssiiles ressouvenir que par le contracte de leuts vertus éi do vos vices :

En YoiB tMt êer d un sang qae vm ééêbm&m

Vous dormez à l'abri lie ees Mmf révélés ;

y.n vain v(tns vous couvrez des vertus de V4i8|lôltt s

i> ne sont a uw< yoat que de Vaines chimères. Je ne vois rien en vo\is qnxm làrhe , tin împnstcwr » Un liaîlre , un scélérat, tm perfide, un mcuiear, Un fou dont les accès vont jusqu'à la lUrie , lit d uu iioiic fort illustre uue liraru^bc pourrie.

BespasAUX.

Combien de noMes porleat mr leur front Torgneffl de leur origine, (jui devraient cent fois en roufrir ! quelle honte de voir un gentilhomme sans probité on sans honneur, qui insulte tout le monde, est le tyran de ses vassaux, usurpe le fciwid'nutrui , manqmde parole, s'abandonne à la crapule nu A là délmndfae , eA parasite effronté , on vil complicie dies pa^ionii des riches!. de tels ^ntikhommes ont raison de crier à tout le monde qu'ils le sont. Eh 1 qui sans cela aurait pu le soupçonner? Mais moi j'élève la voix h mon four . < t jo leur crie : Clianp^ez de mœurs, ou changez de nom : u n magnilique piédestal n'est pas fait pour nne figure difforme.

Si la noblesse est vertu , elle se perd par tout ce qin n'est pas vertueux ; et si «lie n'est pas vertu , c'est peu de chose. Si vous n'êtes pas noble ^ méritez de l'être. Soyez honnête hofuni-, jrénérenx , ami du Vrai, inviolable dans vos paroles, maître de vos passions ; on ne regardera point, pour yons donner son eràme, si vous êtes gentilhomme.

Uoe seule vertu vaot un siècle d'alettx*

II est l)l('n plus honorable de laisser de beaux exemples à ses descendans, que d'en recevoir de^es anoé^

f tes et de tes imiter i»i mal , comme i) n'arrÎYO que trop

t>Ës MOËims. 21S

Sôuvent : car îl est rare que le mérité des grands homtnes passe i\ Jours ( jifans, et que leurs successeurs soutiennent digneineiit toute la gloire dont ils ont hérité. Un gentilhomme vantait à un paysan l'ancienneté de &à noblessé, «Tàntpis, monsieur , lui dit le manafit ; pluÈ une graine est yieîUe , plus elle s'abâtardit.»

La noblesse étcttê rémiilation dans les grandes âmes y et l'orgueil dai>s les petites. Un homme d'honneur cherche h se rendre disrne de sa naissance, et n'eu jKu le jamais : un sot croit qu'elle lui tient lieu de tout mérite , et îl en parle toujours. La noblesse orne et embellit le mérite quant ellese trouYe jointe â la modestie et qu'on j^af ait roublier ; mais elle dépare et . gâte celui qu'on a , lorsqu'on â'eh souvient trop. Un homtfi^ d^éspïît dit , m pafhint dô M : a C'est dom-

mage qu'il soil fjcutilhonune. )>

Il y en a (jui sont toHemcnt infatués de leur noblesse, que cette orgueilleuse idée ne les quitte jamais, non

Cis même lor^û*ils devraient le moins s'en souvenir, n abbé àè distinction , disànt un Jour la messe , entendit causér quelques nersonues prés de l'autel où il célébrait. H eti fût si cnoqur, qu'en se tournant au Dominiis vohiscûm, il leur dit: a En vérité, messieurs, cela est honteux de causer comme vous faites ; quand ce serait un laquais qui dirait la messe , vous ne vous comporteriez pas autrement. i>

Un premier président témoigna , dans une cérémonie de religion , des sentimens bien plus humbles et plus chrétiens. L^ bourreau était à la sainte table , pour communier. Le premier président vînt s v metlre aussi. Le bourreau, stirpris et confus , voulut se reti- • rer : or Restez, lui dit ce président en l'arrêtant par l'habit , nous sommes ici tous égaux. »

O vous , qui vous enotgueillissez si ridiculement de la distinction de votre origine, ne savez-vous donc pas que tous les -hommes étant sortis de la même tige, êont tous frères, tous égaux à cet égnrd, et que celui qiîî a du mérite et des talens , est niiile fois plus estimable que celui qui n'en a point ? C'est la noble et sublima leçon que Teiupereur Joseph li fit à quel* qUes«uus de ces grûnds d'Allemagne , qui ne connais-. I»n{ riea im-^tt^as leur missanc^, Pluiiieai*3 «oh

çrncurs de la cour de Vicune se plaignirent a ce prince de ne pouvoir jouir décemment et à leur aise des promenades publiques, parce qu'elles étaient occupées par une foule de petite noblesse et de peuple: ils supplièrent sa majesté impériale de faire fermer le Prater , et d'ordonner que l'entrée n'en ftkt permise qu'à des personnes de leur qualité. L'empereur, surpris de celle demande, leur répondit: « Si je ne voulais voir que mes épraux, ilTaudrait que je m'enfermasse dans le caveau des Capucins , où reposent les cëndres de mes ancêtres. J'aime les hommes , sans distinction ; et je préfère ceux qui ont de la Tertu et des talens , à ceux dont tout le mérite est de compter des princes parmi leurs aïeux. »

Le maréchal de la Meilleraie fit une réponse moins polie et plus piquante à un gentilhomme de Breta^rie , qui , faisant sonner trop haut les droits de sa naissance , lui dit avec fierté : a Si je ne suis pasmaréchal , je suis du bois dont on les fiiit* — Quand on en fera ae bois , répliqua le maréchal , vous pourrez- j prétendre*»

Rien , peut-être , n'est plus propre à rabaisser Torgueil et la fierté de ceux qui se croient élevés au-dessus des aiid is par leur naissance , que de leur rappeler ce qu'ils deviendront un jour , et de les faire ressouvenir de cette commune et inévitable destinée qui doit les confondre avec le reste des hommes. On a fait à ce sujet une petite pièce de vers fort connus^ mais qui mérite d'étio rapportée ici.

Je songeais cotte nuit que , d'un mal consunié 9 Côte à c6lc d*un pauvre on m*avail inhumé.

IVÎoi qui ne pus souffr ir ro fAcIieux vt i'^îiinge , Efi mort de qualité je lui lins ce Inniî.ige : EeliiT-toi , coquin , va pourrir loin d'ici ; Il ne t'appar lient pas de m'approcher ainsi. Coquin ! ce me dit-il , d'une insolence extr(*mc , Va chercher tes cvijuins ailleurs , coquin toi-niéme : Ict tCas sont égaux ; je ne te dois plus rien ; Je suis sur mon fkmiert comme toi sur h tien.

Diogéne lit une réponse à peu prés semblable et éf^alement philosophique , j'ai presque dit chrétienne » à un noble Athénien qui^ le voyant sur un cimetière, lui 'demanda ce qu'il y faisait : « Je cherchais , lui dit-il ^ les os de votre père parmi ceux du peuple ; mais

DB0 MOBtTtid. 21V

tout ici me parait si confondu » que je ne saurais les distinguer. j>

,Au lieu de porter leurs regards sur ce qu'ils seront un jour^ combien de nobles, au contraire , et de nou- Teaux nobles surtout » les détournent même de ce

qu'ils ont été et de ce qu'ils sont I ils aiment h se persuader et k faire croire aux autres, que leur noblesse est plus ancienne et plus illustre qu'elle ne Test en effet ; ou s'ils ne péuyent se dissimula une roture encore toute fraicne , ils cberebent à relever leur nouyeau nom par une affectation d'orgueil et de hau«leur, qui ne fait que mieux ressouvenir de ce qu'ils ont été : ils mettent la fierté à la place des titres , et par-là même ils font voir qu'ils ne sont rien moins que ce qu'ils affectent d'être. On n'est pas si ébloui de son élévation y quand on est né pour être grand. Les plus bautes places sont toujours au-dessus des grandes Urnes ; nen ne les enfle , parce que rien n'est plus haut qu'elles. Aussi voyons-nous que le monarque qui occupe auiourd liai le premier ti ùue de l'Europe , est le moins fier des hommes. Nous en avons déjà rapporté plusieurs beaux traits : en voici encore un qui s'offre entre mille autres semblables. Dans le voyage quefit ea Bobéme l'empereur Joseph II » il se trouva logé dans une auberge de village. Une foule do gentils^ hommes et d'autres ( itoyens vinrent pour lui rendre hommage , ou pour lui présenter des requêtes; Il en retint im si grand nombre à dîner , qu'on se crut oblige de, lui représenter qu'il n'y avait pas assez d'argenterie pour traiter tant de monde, 4t Qu'importe ? r(^pondit-il ; ou trouvera icisufifisammentde couverts d'étain ? Ces messieurs voudront Wen excuser un voyageur. »

'La véritable grandeur est oniui.iirement affable, douce, populaire. Celle , au contraire, qui n'est que d'emprunt, est farouche , inaccessible , délicate sur ses privilèges , aigre, brusque et dédaigneuse ; faut-il être surpris qu'elle exdte si souvent l'envie et les murmures ? On l'honore eu apparence , mais dans le fond ou la hait ; on lui rend certains hommages , parce qu'on la redoute, mais ce ne sont que des hommages forcés ; et l'on sait bien , en son absence , s'en dédommager par les satires quelquefois les plus méprisantes.

Un grand seigneur élaat allé voir un cardinal à\m fort petit ^énie , n>n fat recoiidiiit qiin jusqu'à la |)urie de son cabinet. Piqué de ce cérénionial abrégé , il arrèU dans la cour un ofTicier de ce eardiiiai, pour lui demander ce que c'étail qu'il voyait aii*dessu$ del'entrée du j^laia. « Ce soat » lui dît i'olF&cier / 1^ ar* inom^$d<^son émiDcnce. — Mais, reprit-il , qu'est-ce que je vois au-dessus de lecusson? — C'est le chapeau, la marque do la dignité de cnrdinal , reprit le aomestique. )) Comme le chapeau paraiss<ût trop grwd: « Avant qne de donner ce chapeau, ajouta le seigneur , on aurait dû prendre la messure de la féie »

Si vous voule;? que tout le monde vous ame et vous estime, ayez pour tous beaucoup d'honnélelé ef de politesse. Si au contraire , par des manières diire^, fiéres et hautaines , vous vous rendez insupporlnble à cpqx qui vous appcodttent, vos iofurieurs vous haïront ^ vof snpérieups vous mépriseront» et tout le* monAd se moquera de vous. C'est ce qui arriva à M, 4'Ânmont9 évéqoe d*Avrancbes. Ce prélat était plutôt né pour porter un rasijue que pour porter la jiiilre. On le nomn.ait à cause de son orgueil, Tarquin-lr-Superhe, Un de se^> ennemis, cnr il ne pouvait manquer d'en avoir » s'avisa , pour se moqueir de lui , d'ajouter avant d^Aumont la syllabe ro , dans un man^ dément atticbé wx partes de sa cathédrale : ce qui faisait un mot dont la prononciation rendait celui de rodomont ; et le sobriquet lui en resta.

« LesiubuUes et le^ outrages, dit l'Espril saint, sont réservés pour les superbes , et la vengeance se tiendi^ en embuscade pour fondre sur eux comme la lion sur sa proie (1). 0 Le Très-Haut, qui hait encore plus qm les hommes l'orgueil et la fierté , ne tardera pas à se joindre aux ennemis des superbes , pour les îiimiilicr et les détruire. « La maison la plus ricLo sera anéantie par l'orgueil , et le bien du superbe sera détruit jusqu'à la râcine (2). »

* Hlmio et improperkmiup»rborum , 0ivlndiêtaiim$UQ imidialntur ilU$^ BccU. â7.

l^omiis 0III9 nimù locuplesest, annulabitur iuiperhiâ.

Ainrt â-t-af m Vergaeilbiax ÂMan ; élavé au frite de la grandeur , en élro précipité avec tonte sa Atmilte^

parce qu'il n'avait pu voir, sans méditer une vengeance éclatante, qu'on lui refusât des hunueurâ qui n'étaient dus qu'à l»ieu même.

La plupart des grands , ii est vrai, sont extrêmement jakuix des distinctions , roais ce n'est pas en cefa qu'ils soiil grands ; et la délicatesse pointilleuse que témoigna dans une occasion le grand Gondé , ne lui ftit pas honuour. Un évéque, ([ni avait uue grande barbe, était avec son neveu à la table de re prince. En mangeant sa soupe, ii en laissa tomber sur sa barbe. Son neveu l'en avertit» en disant ; <t Monseigneur, il j ,i du pain sur la barbe de votre grandeur. » Le prince , choqué de ce que l'on donnait ce litre à un autre en sa présence , reprit : a Dites sur la grandeur de votre barbe. »

La fierlé , qui d'ordinaire e^tie vîrcdes grands, dît trés*bien Massilion, ne devrait être que comme la triste ressource de la roture et de Tobscurité. H paraîtrait bien plus pardonnable h ceux qui naissent , peur ainsi dire, dans la boue, de s'enfler, de se hausser, et de tacher de se mettre, par l'endure secrète de l'orgueil , ihi niveau avec r.eux au-de.s^<»u-> desqficis ils se trouvent si fort par le rang et par la naissanc e. Les grands^ au contraire, placés si haut par la nature, ne sauratent plus trouver de gloire qu'en s'abaissant ; et s'il est encore un orgueil qui puisse leur être permis , c'est celui de se rendre humains et accessibles.

S'il est beau aux petits de se souvenir de ce qu'ils doivent aux grands , il est encore plus beau à ceux-ci d'oublier quelquefois ce que les petits leurs doiveqt. Nous devons » il est vrai» honorer les grands» parce qu'ils sont grands et que nous sommes petits» comme il y en a d'autres plus petits qui nous honorent. Et d'ailleurs , le bon ordre a toujours imposé la subordifialiou; la subordination suppose de la supêriorilé , et la supériorité demande dti respect et de la considération. Mais cette distinction et cette préfèrent , néeessaires dans la société , ce respect extérieur qn'oa accorde aux places ou à la naissance» ne doivent pas augmente la vanité , comme ils n'augmentent pas ki

i20 l'écolb

mérite» Derdlnu pln& grand , celui qui pense bien ne croit ni plus grand , ni mmilear qu'il n'était. Loi respects et les hommages des autr«% hommes ne Ténor* gudUissent point , parce qn'il sait que c'est à la place

qu'ils s'adressent , bien plus qu'à la personne.

Un lord anglais venait d'être élevé à la place de sécrétai ix'-d'état. Ayant été lui-même prendre sa patente dans le cabinet de sa majesté^ une foule de courtisans s'assemblèrent autour de lui, et chacun s'empressait d'être le premier k* le féliciter. A jant aperçu son fils au milieu d'eux ^ il l'appela , et lui dit: « Que ce spectacle , ne vous abuse point , mon fils ; je ne suis devenu ni plus grand, ni meilleur que je n'étais. Ce n'est point à moi qu'on rend ces honneurs , c'est à ma patente de sécrétai re-d'état : elle les a reçus sous mon prédécesseur , elle les aura encore sous mon suc* cesseur ; ils la suivent dans toutes les mains où elle passe , et quand je ne l'aurai plus, vous verrez toute cette foule disparaître. »

Il y a bien peu d'hommes placés au-desR!is des antres par leur naissance , par leur rang ou par leur ibrtune, qui sadieut penser d'eux-mêmes avec tant de sagesse» et se i^ndre une pareille justice. An lieu de consi- « dérer tons ses avantages extérieurs comme entièrement étrangers à leur être, ils unissent en quelque sorte h leur propre nature les qualités de grand, de noble ^ de l iche, de seigneur et de prînre ; ils en grossissent leur idée, et ne se représonfent jamais à leur esprit sans tous leurs titres , tout leur attirail et tout, leur train. Ils s'accoutument , dès leur enfance , à se regarder comme une espèce séparée des auttes hommes ; leur imai^nnation ne les mêle jamais dans la ioule : ils sont ton join s < onites ou ducs à leurs yeux , et jamais simpknu ut iiommes. ÎVe se croyant pas moins au-dessus des autres par leur esprit, qu'ils le sont par leur condition et par leur fortune , ils prétendent que leur sentiment uoit toujours prévaloir sur celui des personnes qui sont au-dessous d'eux.

Louis XIV ne pensait pas ainsi. Le maréchal do la Feuillade ayant montré à Boileau quelques vers, que eelui-ci n approuva pas: a Vous êtes bien délicat, lui <dit ce seigneur y de ne pas approuver une poésie que

le roî et madame la dauphîne ont trouvée excellenfe/ — Je ne doute point , reprit BoiieaUj que le roi ne soil tré»-habUeàpiendredes ^flleset àgagBer desbatailles: je doute enoore aussi peu que madame la dauphîne ne soit une princesse pleine d esprit et de lumières. Mats^ avec voire permission , monsieur le maréclial , je crois me connaître en vers aussi bien qu'eux. » Là-dessus le maréchal accourt chez le roi , et lui dit d'un air vif et impétueux: « Sire» n'admirez-vous pas Tinsolenee de Boileau , qui dit se connaître en yers mieux que votre majesté? — Oh t pour cela, répondit le roi, je suis Ûdié d'être obligé de vous dire que Boileau a raison, a Les grands qui n*ont pas eu soin de corriger l'impression que l'état de leur naissance fait naturellement . dans leur esprit, ne peuvent souffrir que des gens,

Îu ils regardent avec mépris^ prétendent avoir autant e jugement qu'eux* Corrompus par la flatterie, qui approuve toutes leurs actions et toutes leurs paroles; séduits par la faiblesse des autres hommes, qui se soumettent aveuglement à toutes leurs opinions , ils se persuadent sans peine que leur raison est aussi supérieure que leur rang ; et c'est ce qui leur donne tant d*impatience et d'humeur dans les moindres contra* dictions. Ne devraient-ils pas, au contraire, faire at* tention qu'étant égaux au reste des hommes, pour l'âme et pour le corps, ils peuvent également se tromper, et peut-être encore plus, parce qu'ils ont d'ordinaire plus de passions et de préjuges? Mais cette réflexion si naturelle et si sensée, il est bien rare qu'ils ia fassent 9 à moins qu'il ne se rencontre quelquefois des hommes d'une trempe d'âme assez, forte ,

Jour oser à cet égard leur dire la vérité. Un grand , ans une dispute où il n'avait pas l'avantage , ayant voulu rappeler à la personne qui se disputait avec lui, la distanre que la naissance et le rang mettaient entre eux: « Monsieur, lui dit le particulier , j'ai plus audessus de vous dans ce moment , que vous n'avez audessus de moi : car j'ai raison « et vous avez tort, a On raconte aussi que Santeuil disputant avec le prince de Gondé sur quelques ouvrages d'esprit ; « Sais-tu bien , Santeuil , lui dit le prince de Condé un peu en colère^ que je suis prince du j>augi'— Oui, monsieur.

Hpmàit 00 '«Mèbre^Mèté » je le sais Bien: Hiah pimr

moi y je suis prince ae bon sens , ce qui est infinimeat plus estimable.. ))

Celui qui est vraiment grand ^ n*affecte point de le dire à tout le monde , et no cherche pas à le paraître. Il aime biea plutôt à se dérober à lei^^méiilo et A ise cachelr aux autres; et il n'en parait que plus g^rand, lorsqu W vient à le dtoeuTrir. Phîlopœibeli » le pltis ^rand tomme de guerre qui, de son temps fût dans toute la Grèce, était pour l'ordinaire vêtu fort simplement, et marchait assez souvent sans sni\e. Il arriva seul , et en cet état^ dans la maison d un citoyen

ÏuiTavait invité à prendre un repas chez lui. Ln maîtresse du logis I qui attendait Je généràl des Acbéêlil ' et qui ne le connaissait pas > le prit pour un d^tnéstique et le pria de lui aider h faire la cuisine. Philopc?men quitta aussitôt son nianleau, et se mité fendre du Lois. Le mari étant survenu à cet itisfant , s erHa , dans la surprise que lui causa un tel spectacie : a t)u'est oeddQC f seigneur Philopoemen ! et que faites- vous? — Je paie 9 lui dit-il en riante les intérêts de mtm extérieur. » La femme » élonnée et cônfuse f lui fit mille excuses qu'il reçut avec bonté.

On sait que le rnèmc plaisir cacher sa grandeur était la noble passion de renipereur Joseph H , qui jamais ne reçut des hommages plus vifs de l'enthousiasme du cœur , des éloges plus vrais et plussinct^res ,

Îue sous les dehors de la simplicité et de la modestie, e moyen d'obtenir beaucoup , c'est d'exiger peu t Oli donne à fa bonté ce qu'on refuse à la haulétir ; et en prétendant au-delà de ce nous e<t dii , nous faisons qn'on nous conteste même qiiehiuefois ce qu'on devrait nous rendre. C'est donc hien mal entendre les intérêts deson amour-propre , que dene marcher jamais qu'environné de tout le faste de sa grandeur , et d'avoil* toujours un air fier et superbe , qui obtieiit si tnte^ ment lé respect qu'il commande. Un tel ^it ne sied bien que daiis certaines circonstances, où l'on doit , par une re{)i i .^enlation imposante , soutenir la dignité , de sa naissatice ou de la place qu'on occupe. I^înis d'ordinaire » c'est moins par devoir que par orgueil ,

qu'on est^sh jaloux des prérogalîres de soil riuag qu'M

étudie avec tant de soin ce (\\n Iiîi est du , qu'on fait des parallèles continuels de soi et des autres , et qu'on mesure scrupuleusement le plus ou le moîas qui se trouve dans les personnes qu'on aborde , on avee les^ quelles on est en concurrence pour le pas» Les femmes là dessus |!H>rieiit les prétentions «ncore plus loin que les liouuiies , ]urce qu'elles sont plus vaines. Elles s'en fout un point capital , une affaire importaute ,sur laquelle elles prennent feu. Elles cherchent à se faire plus conâdérer, et elles ne se font le plus souvent que mépriser davantage* Une de ses constestations ridi*culesdotina lieu à un jugement bien sage de Gharle»- Quint. Deux dames de la cour ayant eu un vif démêlé au sujet de la préséance, la chose fut déférée au jugtMiient de l'empereur. « J'ordonne, dit ce prince, que la plus folle des deux passe la première. »

Ce sont surtout les richesses qui inspirent le plus Torgueiletla fierté* Cet éclat, qui environne Tbomme opulent y cette magnificence qu'il étale , ces honneurs qu'on lui rend , ces respects et ces espèces d'adorations qu'on lui prodij^uc , tout cela rébluiil de telle sorte qu'il ne se connaît plus lui-même , et qu d s'épanouit dans ses pensées. 11 se fait un prétendu mérite de sou abondance ; il se persuade que tout lui est dù ; il ne veut dépendre de personne « et veut qtie tout le monde dépenue de lui ; il se glorifie du grand nombre de ses amis , et il ivi sait pas (jue ces âmes basses , que 1 iutérèt cuncluit et qui s'attachent à sa fortune , u ont souvent qu'un fonds de mépris et une secrète haine pour sa personne, ftlais ce qui me surprend en lui et ce qui nf étonne , c'est que flatté» comme il paraît l'être de la multitude de ses courtisans , il ne dierche pas à en augmenter le nombre par des manières douces et grâeieuses , et qu'il soit le plus souvent fâcheux et de difficile abord, d'humeur inégale , impatient , colère, rebutant les uns, choquant les autres, insup<> portable à tous.

Tels sont principalemenl les nouveaux fiivoris de la fortune, ({ui , ités dans la boue et dans l'obscurité , sont parvenus au comble des honneurs et des richesses. €fette pompe odieuse qui les environne , et qui est

«ëâes aoHveût lo irait àoateusL des vexatioas et des

rapines , ils la rendent encore pins odieuse par lenrs dédains orgueilleux pour les autres homjnes. Us ne

i>arlenl que de leurs biens ; ils se yantent continuelement de leurs grandes richesses , eux qui devraient peut-être en rougir » et se reprocher cent fois- le jour les bassesses et le^ crimes auxquels ils en sont redevables. Car ^ combien de riches ne cl( )i vent qu'au larcin , à l'injustice, à rinfiflt'lifé de leurs pères , ou à leurs propres crimes , ce qui flatte si tort leur vanité 1 II n'y a guère de grandes fortunes subites, qui soient* pures et innocentes : la probité seule conduit rarement au temple do la fortune. Le fameux financier La Noue montrait à un seigneur une magnifique maison qu'il venait de faire bâtir. Après lui avoir fait parcourir plusieurs beaux apparlemeus t « Voyez , lui dit-il , cet escalier déâ-obé. — Oui , repartit ce seignmv , il est comme tout le reste de la maison. »

Nous ne voulons pourtant pas peindre id de cou- , leurs flétrissantes tous les nouveaux riches , ni blâmer celle louable émulation, qui est le grand ressort des étals. Nous voulons encore moins comiamner les dons du prince , et tous les présens de la fortune. Les honneurs et les richesses n'excluent point le mérite , comme ils ne le donnent pas. Ce sont des biens réels pour celui qui les a mérités par ses services ou par son industrie. Mais s'ils ne fournissent point de nouvelle matière aux bonnes actions; s'ils ne rendent pas plus bienÛHsant, plus généreux ; s'ils sont inutiles à la vertu ; s'ils n aident pas à protéger le mérite et à le mettre en œuvre ; s'ils ne servent qu'au lu\e ^ à la fierté , h rorgtieil » ils cessent d'être ce que je les croj ais, et je ne les regarde plus qu'avec des yeux de mépris. Les richesses , ainsi que le rang et les dignités, ne sont esli niables que par fusage qu'on en fait. Si on les (Mnploio à ce que prescrivent le devoir et la vertu y elles deviennent des sources de gloire; si on Ips consacre au service > elles ne servent qu'à couvrir d'infamie; si elles enflent le cœur et le remplissent d'orgueil » elles rendent ridicule et méprisable.

A quelque haute fortune que vous soyez parvenu , n'en laites donc jamais 1 objet de votre vanité. Les richesses » par leur éclat et j^r leurs commodités

DBS MOKUR^ S25

qu'elles procurent, attirent assoz d clles-même« le»^ yeux de renvie ; ne rirriiez, point par votre ostentatbii , elle se plairait à lancer sur vous, les trails piquan^^ x de la malignité. Ne voiia laissez pas enivrer des' £aiveur» de la fortune ; montrez que vous avez la tête assez forte pour les soutenir. Dans votre prospérité , soyez toujours mcKleste , et n'oubliez jamais votre premier état: imitez le chancelier Bacon, un des plus grands hoQunes de l'Angleterre et le plus beau génie de son siècle. Il avait autant de modestie que de mérite* La reine Elisabeth^ faisant la visite de ses grau* desprovinees^vonhitvoir à Redgravelamaison de campagne qu'il avait tait bâtir avant sa fortune. L'ayant considérée , elle lui dit : « Votre maison est bien petite», monsieur le chancxîlier. — Madame, répondit Bacon ^ ma maison est assez grande pour moi ; mais c'est votre majesté qui m'afait trop grand pour ma maison. »

On rapporte aussi une belle réponse de Sîxte-Qiûnt. Tout le monde sait que , de sim]^e pMre , il devint religieux de Saint-François, général de son ordre, carcardinal enfin pape. Jamais la fortune n'avait prij un homme si bas pour l'élever si haut. On vit sur le trône un souverain habile , un grand politique , un homme né pour ^commander aux autres , et d'autant plus digne de son élévation , qu'il n'oublia jamais la bassesse de son premier état. Un Gordelior, de la principauté de Tarente, lui demanda que sa famille eut l'honneur d'être alliée à celle de Pcrreti. a J'y consens, dit Sixte-Quint , pourvu que nous observions quelque proportion entrQ votre famille et la mienne. Dites-moi premiérementt quelle est votre origine? Saint-Pére, répondit le moine, matnaison est, grâces à Dieu , Tune dâ plus riches et des plus anciennes du royaume de Naples. — Tant pis pour votre dessein, répliqua le pape : car le moyeu de faire alliance entre un riclio et puissant seigneur comme vous, et un malheureux . gardeur de pourceaux comme moi I Si vous voulez cepen^budt». à quelque prix que ce soit^ que je consente à ce c|ne. vous me demandez , quittez votre habit de religieux , donnez à quelque hôpital la grosso pension que vous fait votre famille, et allez f^ardcr ces mêmes animaux la campagne , comme je les ai gardés dans

SSâ L'ÉGOIiB

tbà jêUnèâie* té n'est qu'à ces cooditiiNii que Mut pôurMb^ déVènil' pàrenft, Vous ët moi. »

Unë M<*Soiiaé qui , dalià élévatioii , m rappellè rdbseatilé de son origf ^ n'èft est <t^ie ^lus éstimable.

On admire sa modestie, on applaudit à sa fortune dont elle sè montre digne. Agaihoele,fi!8 d'un potier, ne s'crtorgiieillit ni dë Ift dighilé royale où il futélevé> ni des gt-andes Victbir^s qu'il remporta sur Icft Car^ thàgittOis. Placé iwt lé mne do Sytatfosa ^ U tbulut tôiijotilis étire àÉtvi eû Vaiâseile de iette f et quand on Inî éil dëmandait la catisé : « Je veiik , répondait-il, que Ife souvenir de mon origine rabatte l'orgueil que le vain appareil de la royauté pourrait m'inspirer. »

Cet empereur romain *, qui, de simple berger, étant parvenu à i'empire > fit hiourir tous ceux qui avaient qtielqoe connaissàtlêe de la bassesse de son extraôUôn , ne réussit , par ce moyen aussi Irarbaro qn*exlravagant, qu'à la faire connaître davantage , et à la rendre plus odieuse. Il n'y a que de la gloire à parvenir par un vrai mérite, et de la honte ù se méconnaître. Les richesses qui nous laissent notre modestie, aUgfmentent notre gloire. è\ elles nous rendent l^lus VàiAS , elles nous attireut la haine et le mépris, là femtaié d'un riche finandei" était venue dans une

église, pour entendre un célèbre prédicateur ; mais, cotinne elle était arrivée tard , elle ne trouva point de

Î)lace. (( On aurait bien du, dit-elle lout haut, mettre es chaises à une écu. » Unedame , piquée , lui repartit étt se tOufliàùt ver^ elle : » Il parait bien > madame » que vOUà avez plus d'écUS que d'eSprit.

Telle est la sottise de notré orgueil , que tout ce qui nous environne, quoiqu'il n'ajoute pas le plus petit degré à notre mérite, agrandit néanmoins l'idée que nous avons de nous-mêmes. Une belle maison , un habit plus riche qu'à l'ordinaire, un équipage de plus, augmente la bonhe opinion qu'on avait de sdl > et ài fou Yi'y ptenà garde , on s'estime davantage à* cheval où ëfi carosse qu'à pied. <r Mais, dit fort bien La Bt'u}'éî*e, lu te trompes, Philémon, si avec ce carrosse brillant, ce grand nombre de coquins qui te

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suivent y et ces six bétes qui te traînent , tu penses' que Ton t'en estime davantage : on écarte tout cet attirail qui t'est étranger > pour pénétrer jusqu'à toi, qui n'est qu'un fat* i>

Si ta fierté des airs et des manières ne saurait con* Tenir qu'à des sots , il n'en esi pas de même de la fierté an cœur', qui est inspirée par la noblesse da sentiment : elle est l'attribut des personnes de probité et d honnenr. C'est elle qui les empêche de rien faire de bas, de honteux , de déshonorant. Elle venge aussi quelquefois noblement lo mérite , des outrages du riche insolent qui ose l'insulter , ou des mépris de rbomme heureux qui s*oubUe. Denys*le-Tjran aernan-* dait d'un ton railleur à un sage de sa cour^ pourquoi on voyait les philosophes chez les grands, et qu'on ne voyait pas les grands chez les philosophes, or C'est, répoudit-il, parce que les médecins vont chez les malades.»

De toutes les fiertés, la plus ridiculeest celle qui est couverte des lambeaux de la misère ; et un pauvre superbe est encore plus méprisable qu'un riche orgueilleux. Tel était ccL Lspagnol, dont on raconte le tmit suivant. C'est la coutume à Rome de distribuer de ia soupe aux pauvres, à la poite des nioiiastéres. . Un Castillan nouvellement arrivé, et qui ignorait à quelle heure se faisait cette distribution^ s'adressa i un pauvre Français pour en être instruit* La fierté espagnole ne pouvait souffrir qu'il demandât simplement ce qu il voulait savoir. 11 demanda au Français s*il avait [>ris son chocolat. « ^lon chocolat 1 répondit l'autre. Rh 1 comment voulez-vous que je le paie ? Je vis d'dumoneset j'attends qu'on distribue la soupe au couvent des Franciscains. — Je vous prie de m'y conduire» dit le fflorieux Espagnol ; vous y verrez don Antonio Pérès de Valcable , de Uedia, de Montalva , de Vega» elc, y donner à la postérité une marque d'humilité.— Eh ! qui soîit ces gens-là ? demande le Français. — C'est moi ; répondit le Castillan. — Si cela est , répliqua le Français , dites plutôt un exemple de bon appétit : mais quel régal pour nn aussi grand seigneurie

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Ne vous louez jamais.

C'ksi un grand ridicule de se louer soi-même. L' homme snge et judicieux no donnera point dans cette fatuité. Celui qui a du mérite n'en parle pas : il laisse aux aîitrès le soin de le publier, ce Qu'un autre vous loue , dit Salomon , et non votre boudbe ; que ce ÎBoit un étran«ger., et non vos propres lèvres *• »

C'est ce que pratiquait la célèbre madame Dacier. Elle avait cette estimable modestie qui pare le savoir , • et qui l'accompagne si rarement. Sa réserve était si grande , que jamais elle ne faisait paraître dans ses conversations l'avantage qu'elle pouvait avoir de ce côté-là sur la plupart de ceux avec qui elle s'entretei^ait. Ceux qui ne la connaissaient point ne pouvaient découvrir en elle qu'une femme ordinaire, et n'avaient garde de soupçonner la profondeur de son érudition. On rapporte de celte dame un trait qui lui fait infiniment d'honneur. Les sa vans du Nord qui voyagent, ont grand soin de visiter dans tous les pays les personnes qui sont distinguées dans les lettres , comme pour rendrè un hommage glorieux à leur mérite et à leur répulatioij. Ils portent avec eux un livre, où ils les prient .de mettre leur nom avec une s(întenre. Un savant allemand, qui cormaifisait madame Dacicr par ses ouvrages , étant à Paris , vint lui rendre visite , et lui pré* senta son livre pour y mettre son nom et une sentence. Elle vit dans c» livre les noms des plus savanshbmanes de l'Europe : elle en fut effrayée, et dit qu'elle rougirait de mettre lésion parmi tant de gens illustres. L'allemand ne se rebuta pas : plus elle se défendait , plus il la pressait; il revint plusieurs fois à la charge. Ii^niin, vaincue par ses instances ^ elle prît la plume » et mit son nom avec ce mot de Sophocle : « Le silence est Fornement des femmes. » L'étranger , surpris diîco trait ({ui marquait si parfaitement son caractère, demeura dans l'admiration.

* laudçt ta alienus, et non oê iuum, efc. Tiov ti7.

DBS uaamê. S29

Rien ne fait plus tort à une personne, qai a du mérite d'aiileiurs, que d'être vaine.

Une once de vanité

GÂle uQ quiaUl de mérite.

Elle nuit à la TerCa même. Sadi , célèbre poète persan, que nous avons déjà cité , raconte qu'étant encore très-jeune, il lisait l'Alcoran au milieu de sa famille. Ses u*éres s'endormirent , et il dit à son père : cr Regardez-les > ils dorment et je prie.» Mon père, ajoute-t-il, m'embrassa tendrement et me dit ; « O mon cherSadil ne vandrait-il pas mieux que tu donnisses aussi , que d'être si vain de ce que tu fais T0

Celui qui pense qu'il est sage, ne le sera pas longtemps : s'il le dit, il ne Test déjà plus ; peut-être même ne l*a-t-il jamais été. On perd toujours à se louer, et Ton persuade ordinairement le contraire de ce qu'on se propose. Les personnes qui se vantent > cherchent , A i on peut s'exprimer ainsi , à semer Festime , et ne recueillent que le mépris. Un jeune homme se vantait d'avoir en peu de temps appris beaucoup de choses , et d'avoir dépensé mille écus pour pajer ses maîtres. Quelqu'un de ceux qui étaient présens, lui répondit : « Si vous trouvez cent écus de tout ce que vous avez appris , je vous conseille de les prendre sans hésiter, »

Le |dus grand plaisir qu'on puisse faire aux personnés vaines n'est pas de les louer , c'est de les écouter paisiblement se louer elles-mêmes. Mais c'est une complaisance qu'on a rarement ; leur vanité choque , et nous nous plaisons à l'humilier. Un journaliste subalterne , disait dans une compagnie , qu'il distribuait la gloire. « Oui y monsieur , lui répondit quelqu'un ; vous la distribuez si généreusement , que vous n'en gardez point pour vous. » L'abbé de Marolles , connu par ses mauvaises traductions d'eîkcellens auteurs anciens , ne traduisait pas seulement les poètes, il faisait lui-mènie des vers ; et en parlant de l'injustice du siècle , il disait, qu'en dépit du public, il avait publié, de compte fait, cent trente-trois mille cent vingt-quatre vers. Gomme il se vantait un jour à Liniëre , que ses vers lui ^ coûtaient peu : « lis VOUS coûtent ce qu'ils valent , 0 répliqua liinière.

380 L'écou

Ceux qui se louent no sont guère loues, fUssenl-ils d'aiiicuis «ligues de l'être»

On refuse à Torguell ét tpxm doit au UlcnU

Du Perrier , penlilhonime proveDcalel très-bon porle làtia du dernier siècle , mais encore plus vain , disait uii jour : a 11 n'y a que les fous^ui n'ostiment pas me» vers. — SluUarum infiiUiw esi numeruSi» loi répliqué.

Hôrbefol *.

Sanleuil, disciple de Du Perrier , et égal ou même supérieur à son maître eu poésie et eu vanilé» se trouvant avec lui dans un repds , on parla de leurs vers latins* âanteuil dit qu'il y avait autaat de diiïéreoce entre ses vers et ceux de Du Perriér , qu'il y en avait entre un astre et un météore. Du Pcrrier s'ofiensa de la comparaison , et dit à Santeuil , qu'il ne savait que ce qu'il lui avait appiis. Santeuil répondit, qu'il ne devait sa poésie qu'à lui-même, qu'à son génie. c< Et en supposant , aiouta-t-il , que vous me l'ayez apprise, j'en ai appris plus que vous n'en saviez. Pour preuve de cela, je parie dix pistoles que je rais lairedes vers mieux que vous. » Dn Perrier accepta le pari* L'argent fut rais entre les mains de Ménage, qu'ils choisirent pour juge. Au bout de biiit jours, ils lui apjH rtèrent leurs vers , qu'ils avaient faits sur le sujet qn i! leur avait donné. Ménage ne voulant point se brouiller , ni avec l'un , ni avec l'autre , dit que leurs pièces élaii^nt également bonnes^ U leur rendit leur argent , mais ils ne s'en tinrent pas là. Ils allèrent trouver le père Rapi n , jésuite, qui a fait lui-même un si beau poème latin sur les jardins, et ils le prièrent de les juger. Ils le rencontrèrent à la porte de* l'église. Après avoir lu leurs pièces^ il leur dit quelles ne valaient rien , qu'ils devaient rougir de faire cet assaut de vanité, et qu'il, fallait apparenunent qu'ils eussent trop d'argent i pour faire un semblable pari, cr Les pauvres » ajouta-t-il , profileront de l'inutilité de volre'dispule et du supei lîu de votre bien : c'est une piste punilioii de votre orirueil.» £a di^aut cela , il entre dans l'église ei iàciie dans le

DBi Hofetms. Sai

Wme les ^ pistries que les deux poètes lui ataieut consignées.

Pour être Applaudi de ce qu'on fàii, il ne faut pas tMp s'èn abplauittir soinufime. Le vrai wofm de litaYoî^ Tâppi'dbâtiett de peMotme ^ ô'esl de la tnendier pair

nos paroles ou par nos regards. La vanité rend toujours odieux ; eVsi èllé n'est pas joinle au mérite , elle rend jplus ridicule. Un mauvais prédicateur disait à quel-* qu'un 6ur la fin du carême : c( Je ne sais comment j'ai pn È^istei* ft la fat%ue de prêcher tous la jours ^ et eù(s6te flVant*hiel!' , ma Passion dura déux iieorea el demie ; cependaiit je tué porte bien i tt'admim-Tous pas tua force? — Uui, répondit l'auuei maià j'admire encore plus celle de vos auditeurs. »

Le pére d'Arruis , jésuite, parlait de lui-même et de ses prédications bien plus modestement. Il disait i m Lorsque le pére Bourdaloue prêcha à Rouen > les artisans quittaient leurs boutiques pour Failer eilten-' dre, les marchands leur iiéiroee, les avocats le piilais , les médecins leurs malades. Pour moi , lorsque jo prorl)nf rannée d'après, je remis [ouïes clioses dans Tordre : personne n'abandonnait plus son emploi. »

On n'en estime que davantage eeilii qui Sait ainsi se rendre justice* Mais » s'il est des oct^sions où il y a du courage et de la grandeur d'âme à oser dire de des vérités peu Oalleiises, il en est Mim où l'on peut dire modestement du bien de soi-même. Ltt nécessité de se jusfifïer ou de se lairc connaître , une grande utifité pour soi ou pour les autres , Thouiieur et la gloire de Dieu permettent de le faire, pounru que ce soit le plus brièvement qu'il est possible , et qtie la Vîlnité ne paraisse pds s*y mélei^ IJ est pour Tordibairé aussi itiUlilè que dangereux de se donner des louanges; on n'est pas cru d'ailleurs sur sa parole, etoîî ne fait que donner plus de matière à la critique et à la plaisanterie. Deux frères^ l'un poète et l'autre musicien ^ parlaient avec éloge de leurs taiens. a C'est mon frère , dit l'un , qui fait les vers , et je les chante* — Ët moi^ ajouta Des-préaux , ennuyé de leurs fades discours, je les siffle. »

On sait assez , dit ia Koeberoucaiilt , qu'il ne faut guère parler (ie sa femme ; mais on ne sait pas assez

qu'on devrait encore moins parier de soi* Les personnes

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qui se vantent \ ne sont guère plus àimées dtfns les

compagnies , ^jue celles qui sentent mauvais.

E^toz donc avec soin de parler de vous-même ; et si la polît^vsse des autres vous force de répéter quelque événement dont le détail vous fait honneur, soyez bien court, et parlez«en avec une pudeur infinie. Unedame demandait au oomte Maurice de Nassau , cél&re par le grand nombre de victoires qu'il remporta sur les Espagnols , quel était le plus grand capitaine de son ëiëcle. La modestie de ce prince ne lui permit pas de se nommer : Tamour de la gloire , et cette noble estime de soi-même y qu'a un grand bomiiie qui ne peut s'ignorer^ lui défendait de céder ce rang à aucun autre. U répondit * a Madame , le marquis de Spinola est le second, d C'était le général des armées d'Espagne dans les Pays-Bas, et le plus grand homme de guerre de son temps , s'il n'avait pas eu en tête le comte Maurice ^ contre lequel néanmoins il se soutint avec gloire.

Cette manière de se louer , en louant son rival, est fort adroite ; elle blesse beaucoup moins que la vanité toute nue ou la modestie affectée de ces mux humbles qui, aimant k se louer et n'osant le faire ouvertement» emploient l'artifice usé de dire du mal d'eux-mêmes. La vanité perce à travers le voile dont ils veulent la couvrir; et ils ne gagnent, par cetle hypocrisie, qu'un redoublement, de mépris. Un fat parlait toujours de lui-même , et contait très-modestement ses défauts ; mais ces défiiuts se réduisâient & être trop franc, trop yéridique , trop libéral , trop bon , trop courageux. Quelqu'un qui l'entendait , piqué de celte orgueilleuse confession , lui dit que le dénombrement des vices dont il s'accusait avec tant de franchise et de pudeur, était une bonne preuve qu'il avait les vertus contraires.

C'est contre un do ces faux modestes qu'on a fait l'épigramme suivante :

Lorsque Lnbia me dit» pour se faire encenser , Qu*îl n'est qu'un ignorant dans Fert de bien écrire ;

Il me le dit sans le penser,

le le pense sans le lui diie«

En général , à moins que ce ne soit parle sentiment de l'humilité chrétienne , évitez autant de vous bl&mer

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MB uùBxm,

que (le vous louer ; observez la sage maxime d'Aristote^ qui disait souvent qu'il ne faut parler de soi ni en bien» ni en mal» parce qu'il y a ordinairement de la yanité à se louer, et de la folie à se blâmer. Dire, sans une juste raison , du bien de nous-mêmes , c'est &tuilé : eu dire du mal , c'est inutilité : assez d'autres s'en chargeront et s'en acqiiitleront mieux que nous.

Sojez iiumble et modeste au milieu des succès.

Les Hollandais parurent oublier cette belle maxime, dans les lieureux succès cle la guerre où ils eurent part an sujet de la succession d'£spagne. L'abbé de Polignac, un des négociateurs de la paix, indigné de la hauteur avec laquelle ils le traitaient aux conférenoeB de Gertniydenberg * , leur dit : « Messieurs , vous parlez bien comme des gens qui ne sont pas accoutumés à vaincie. )) il le leur fit encore mieux sentir, deux ans après , au congrès d'Utrecbt. Les plénipotentiaires hollandais, voyant que la face des affaires était changée par la réunion des cours de Versailles et de Londres ) et s^aperceyant qu'on leur cachait queiquefr-nnes des conditions du traité de paix, dédaurèrent aux ministres du roi de France , qu'ils pouvaient se préparer à sortir de la Hollande. L'abbé de Poliguac , qui n'avait pas oublié la hauteur avec laquelle ils lui avaient parlé aux conférences de Gertruydenberg , leur dit : c( Non f messieurs p nous ne sortirons pas dlci ; noua Iraiterons chez vous^ nous traiterons de vooSy et nous . traiterons sans vous, b «

Cet abbé , qui possédait au suprême degré le talent de la négociation , donna lui-même un bel exemple de la modestie qu'on doit avoir dans les bons succès. Louis XIY rayant nommé auditeur de rote , il partit pour Rome en cette qualité. JLe cardinal de la Trémouille y était alors chargé d'une négociation importante : il

* Ville du Brabaat boUandais » où m tinrent les coafôreacei ea

matida àù roi qu'il ne pouvait réussir sans le secours de Tabbé de Polignac Le roi le nomma pour adjoint , et il obliai tout du pape. Le cardinal écrivit au roi comme la ehose t'écail pâssée ; l'auditeur de rote assiirà le ^Hxm qU6 te Éféxltë& dé la tiégociatioti était uniquement dA au tcHf^Mal. Ih roi , étonné et charmé loiit ensemble d'un procédé si noble ci si rare de la juu t de ces deu\ ministres, ne différa pas un moment à eu iustruire toute la cour. Ce prince , satisfait du service et du mérite de Tabbé de Polignac , lui obtint . dans la suite le chapeau de cardiBaL

Là modestie ae Turenne dans les heureux succès élaitcncore plus admirable, parce qu'elle allait jusqu'au sublime. Il n'avait été vaincu que dans un combat , où il ne commandait m^'me qu'en second. Cependant , quand il aybit remporté quelque victoire, et qu'on l'en félictiait V 019 lui disant qu'il était toujours victorieux : a Voua HVt&t tons doUte oublié , répondait-il , que J'ai été battu à MariendaL »

Mais personne ne porta peut-être jamais plus loin la Mmplieité de la modestie, que le célèbre Catinat , nn des jorraîîds géttéranx de Louis XIV. En envoyant à la cour la relation de la bataille de Staffarde, qu'il venait de gâguei^ , tous les colonels y étaient nommés ; et le roi , au râppol*t dli général , avait à chacun d'eux une oUi^atioh pàt-ticUlière. La cour n'apprit les propres erploiis de Catinat qUie par des lettres de différens partiruliers. On sut ([ue son cheval avait été tué sous lui , qu il avait reçu plusieurs coups dans ses babils et nnc cortttision au bras gauche. 11 était si peu question du général dans îsA relation , ijtrune j^rsonne , qui en dirait écouté la leclilre ^ demanda : a M. de Câlinât éfiiii-il i\ celle bataille? » Le lendemain , étant allé reuiereir r le régiment de Gt'ancey , dont la valeur n'avait pas peu contribué h la victoire , plusieurs soldats . qui jouaient aux quilles à la téte du camp , quinèient leur {eu pour s^approcher du général; inais Catinat leur dit avec bonté de retourner à leur partie. Quelques officiers lui proposèrent dVn feirte une ; il Fadcepta , * et se mît â jouer aux qniiles avec eux. Un officiergénéral > qui se trouvait présent > voulut en plaisanter,

et dit qu'il était hien extraordinaire de voii* un général

Ï5ES MOEURS. 2o5

d'armée jouer aux quilles apr ès une bataille gagnée : <r Vous vous trompez , répondit Catinst; cela ne serait étonnant que dans le cas où il l'aurait perdue. » Que' cette niodéraKon et celte tranquillité d*Ame , dans un

i moment qui soi ail pour laul d'autres un moment dlvress.e, peignent bien le héros et le c^rand lionime ! Oa a vu eocore dans le même siècle ^ mais dans un autre genre , un rare exemple de cette modestie de sentimens , qui caractérise les âmes supérieures^ Le père Sébastien , cet excellent mécanicien dont ndus avons déjà parlé , avait enrichi les manufactures do plusieurs belles découvertes, et il avait invenlt^ ces tableaux mouvans, qui firent Tadmiralion de la cour, U reçut la visite du duc de Lorraine , de Pierrre-le- Gradd, et de plusieurs autres princes. Mais la répu* tation dont il jouissait» et qui était répandue dans toute TEurope , ne le changea point : et le grand Gondé disait de lui , qu'il était aussi simple que ses machines. Tel était aussi le P. Mabillon , savant bénédictin. Sa modestie était encore plus fjrande que sa science, qui pourtant étaient immens(\ M. LeTellier^ archevêque de Reims , dit à Louis XIV , en le lui présentaut : a Sire , j'ai l'honneur de présenter à votre majesté le relig^ieux le plus savant et le plus humble d(f votre royaume. »

La modestie est toujours inséparable du vrai mérite, et ne se trouve guère qu'avec lui. Les singes des grands hommes a nichent la modestie , parce qu'ils ont ouï dire qu'elle rehaussait la gloire. Ils sont humbles et modestes par orgueil. Mais leur vanité se trahit elle-même par la joie qui se répand sur leur visajçe : le témoi<4 nauc des jeux dément celui des lèvres. La vraie modestie est dans le cœur encore plus que dans les paroles. ^ Elle doit, en quelque sorte, nous faire ignorer nos J avantages» et s'ignorer elle-même: M. Gochin ayanf^ plaidé avec son éloquence ordinaire la cause d'nnejP^ femme de qualité, cette dame ne put s'empêcher dej ' lui dire, en pleine grand' chambre : (.< Vous êtes si su- ^ périeur aux autres hommes , que , si c'était le temps du ! paganisme, je vous adorerais comme le dieu de i'èio-

* quence, Pans la yérité du «hristiaiusme , répondit

230 l'&OLB

l'humble orateur , rhomme n'a rien dont il puisse «'appropriei la gloire. »

Ce n'est pas seulement la religion qui nous défend de nous atlribuor la gloire de nos heureux succès , d'en être vains et orgueilleux : la raison nous tient le même langage. £lle nous dit qu'il y a des héros de fortune encore plus que de mérite ; qu'il y a peu de grands érénemens qui soient dus à la prudence ou à l'habileté des hommes , et que c'est presque toujours le concours des circonslanees qui fait le succès ou le défaut de réussite des grandes actions.

L'homme modeste , au milieu des plus grands ap* plaudissemens , se dit à lui-même ce qu'un Déraut ré-* pétait de temps en temps au vainqueur romain , dans la marche de son triomphe : a Souvenez-vous que» vous êtes homme. » Comme s'il eût dit : Souvenez-vous que cette gloire qui vous environne et qui brille h vos yeux avec tant d'éclat^ s'évanouira comme un songe. Ces titres magnifiques dont on vous honore , sont vains : avec eux vous passerez , et vous disparaîtrez comme eux. Ces statues qu'on élève à votre mémoire y seront de peu de durée , et vous durerez encore moins. Peutêtre le peuple inconstant , qui vous prodigue aujourd'hui ses aeolamatioïis et son eneens , rerfverçerat-il demain son idole , et ia foulera-t-il à ses pieds. Mais , dussiez-vous être plus heureux que tant d'autres , et jouir d'une prospérité plus constante , souvenez-vous que la mort triomphera de vous plus fièrement que vous ne triomphez de vos ennemis : elle ensevelira dans le même tombeau , et votre puissance et vos grandeurs.

Quand la fortune serait aussi constante et aussi assurée qu'elle l'est peu , on devrait encore , même pour ses propres intérêts , être humhie et modeste. La gloire -

est la compagne de la modestie ^ et l'humiliation l'est de l'orgueil. Ménécrate , médecin de Syracuse , se faisait toujours suivre par quelques-uns des malades qu'il avait guéris, et se donnait orgueilleusement le surnom de Jupiter. Il écrivit à Philippe , père d'Alexandre-le-Grand , une lettre avec cette adresse : Ménécrait'JupUer m roi Philippe ^ sahêi* Ce prince ,

pour m tnoquar de sa sotte yanité , toi rendit : PkU lifpê à Ménéeraie , smté et bon mm. Il ny a point de vice qu'il dous soit plus iroportant

dans l'usage du monde de tenir au moins caché, si nous en sommes atteints , que l'orgueil , parce qu'il n'en est point qui nous rende plus odieux. On méprise ceux qui s'enivrent de leur bonheur et qui s'oublient. La fierté qu'ils prennent les expose au ridicule , et fait croire qu'ils sont au-dessous de leur fortune^ puisqu'ils savent ri peu la soutenir* Leur modération au milieu des succès , les ferait paraître plus grands que les choses qui les élèvent; et sans rien perdre de leur gloire, ils auraient encore celle de la modestie. Ainsi l'histoire loue et admire avec raison le beau trait de l'empereur Frédéric IV. Ce prince , ayant été couronné k Rome , alla rendre visite au roi de Naples et d'Arragon , Aïr phonse Y , surnommé le sage et le magnanime. Comme on n'approuvait pas qu'il eût fait cette démarche : <( Il est vrai, dit-ii , que le rang d'empereur est -«udessus de celui de roi ; mais Alphonse est plus grand que Frédéric. »

La modestie donne un nouvel éclat à la grandeur. On s'empresse de lui rendre ce qu'elle veiit s'ôter à elle-même. Elle force les autres hommes à voir , sans jalousie, sa gloire et ses avantages. La hauteur et la fierté ne font, au contraire, qu'augmenter le nombre des ennemis et des jaloux, qui triomphent avec un mépris insultant , quand ce colosse de grandeur vient à tomber 9 comme il arrive souvent. C'est ce qui a fait dire à un ancien , que ceux-là nous donnent un bon conseil , qui nous avertissent que plus nous sommes élevés au-dessus des autres, plus nous devons être humbles et modestes.

Mais qu'il est difficile d'être humble et grand tout ensemble 1 il est si naturel à l'homme d'avoir de Torgueil et de s'enfler de ses succès , que cria arrive à ceux mêmes qui sont le pins convaincus des avantages de la modestie. L'esprit a beau leur conseiller de faire du moins semblant , pour leur gloire , de se tenir dans ' une même égalité d'âme ; le sentiment du cœur l'emporte sur les lumières de l'esprit. La gloire éblouit , les heuvenuBEccès aveuglent ^ l'élévation fidt oublier

2M t'icau

sa bassesse; on sé croit plus ^and^ parce qa*€m ort; plus élevé , el la tête tourne sur les hauteurs.

C'est ce qui arriva au cardinal d'ËspioQsa ^ premitr minisire de Philippe II , roi d'Ëspaçne. Ce nioistve ^ dont QB a dil quHl avait Vème ausai vaste que la mo^ narchie qu'il gauveroait, ne put soutenir tout le poids de sa iovUuie : elle je remplit d'orgrueil , etForgueil fut la cause do sa chute. Il avait pris un tel asrondanl sur le plus impérieux de tous les priaces, %tt'ii usait av6C ce mooarque d'un ton absolu. Le rm aortaît da sa . ciiambre pour le recevoir ôtaii son chapeau pour le saluer, et le faisait asseoir conoine son égfaL Philippe H se lassa enfin d'élre en tutelle. Il lui dit nn jour : ((Cardinal, souvenez-vous que je suis président de Castille. )) 11 le dés^radait par-là de celle première dignité de [a monarchie d'Espagne. Ce fut pour lui un coup de foudre. U tomba malade ^ et la haine qu'on lui portait hâta sa mort. Dans une faiblesse qu'il eut , on se pressa tant de rouvrirponrrembaumer , qu'il porta la main au rasoir du (hiruru:ien ; et son cœur palpitait encore , npirs qu'on lui <m!( ouvert l'estomac. Cette opération précipitée fut l eliet de la crainte qu'on eut qu'il revint en sanlé*

XXID«

Surmontez Içs chagrins où l'esprit s abandonne.

^i:s sn:( de rhairrîns sont si freqnens dans le cours de la \ie , tju'on ne ptnit jr!n''re se flatter de les éviUT tous : il n'est permis qu'à un fou de croire qn'il ti'en , aura jamais. Quand on est jeune encore et sans expérience^ on ne marche que sur des fleurs : tout rit, tout est beau; on se persuade que ce bonheur durera tou* jours. Mais une si douce erreur ne séduil pas lonç^-temps. Bienl()t on se trouve en bulte à la dureté, à la trahison , aux faux jiii^emens, à l'iniquité ou à la bizarrerie des hommes , et à tous les événemens fâcheux dont

notra tnate vie a tant de peine î ie 4éfinidffe«

n ust^ dona à propos de s'y prépaier de bcmnelieara. Amassez , dès la jennesso , assez de bon esprit • assez

de verlu , pour pouvoir un jour vous fatiiiliariser avec la patience. Le temps viendra que vous en aurez besoin. Si jamais rinjuslire renverse vos projets , empoissonne votre conduite , \ou3 préfère d'indignes conctirrens ; si elle rott$ eQlëve une partie de vos hiens ; si elle attente 4 vpîre réputajLion , à voire honneur y vous vous saurez bon g ré. d'avoir médité, par avance , sur l'injustice des Iiuuuiies. Les coups prévus ))Iessent moins.

On est, je l'avoue, exposé h des revers si étonnans et si fâcheux , que le philpsppbe et lo sage, quand ils se trouvent dans ce cas « sentant ébranler , comme ^ malgré eux» tous lesfondemeps de leur sagesse. Mais, ce qui n'est pas moins vrai, c'est que, si nous avons appris à ne compter sur rien , si nous sommes bien convaincus que la probilé cl la bonne foi ne sont plus les vertus favorites des hommes; si nous savons nous attendre^ tout événement , si nous nous préparons par avance a ce qu'on appelle les jeux orainaires de la fortune et aux amertumes de la vie, nous ne serons pas abattus au moindre souffla de Fadversité : dans les plus grands malheurs uicnic nous ne nous croirons pas uiaihcureux , et dès là nous le serons moins.

Da^ns toutp^ les circonstances de la vie qui peuvent être ïâcheiises, consolez- vous par avanee do mauvais succj^ç, ^ vous y altepdant. C'est le moyen de sentir de la joie si les choses réussissent , et peu de peine si elles tournent mal.

Ainsi préparé au combat, il est temps de vous faire entrer en lice, et de vous mettre , pour ainsi dire , aux prises avec ta fortune et avec l'injustice des hommes Voyons donc les différentes sortes de chagrins qui peuvent vous assaillir , et les armes que la raison , de concert avec lOi ndigion , vous fournit pour en triompher.

* Nous parlons ici le langage comniun , <)ue l usage , plus que ta raison , autorise : car , à propremeDt parler, il n'y a point de fortune ou hasard. Toul a s i cause connue ou cachée : et celle de nos malheurs se Uouve k |>Iaâ souvent daos les homi^es ou dans

140 t^ÉcOLK

La calomnie vouâ attaque-t-elle dans ce (pie vous avez de plus cher ^ en répandant son venin sur votre réputation , et en s^efforçant d*en ternir l'éclat?' Recourez à la résiliation ; armez^yous d'une patiènce

conragcuse. C'est le remède le plus sûr contre la calomnie. Le temps 9 tôt ou tnrd, découvrira la vérité. En attendant ce moment marqué par la Providence , quand le monde entier serait déchaîné contre vous , n'aves^vous pas une ressource bien consolante dans le témoignage de votre conscience T La miséricorde divine , dit le pins sage des philosophes orientaux y le vertueux Sadi, avait conduit un homme vicieux dans une société de religieux , dont les mœurs étaient saintes et pures. 11 fut touché de leurs vertus. Il ne tarda

Ïas à les imiter et à perdre ses anciennes habitudes, l devint juste » sobre , patient , lad>orieux et bienfaisant. On ne pouvait meç ses œuvres , mais on leur donnait des motife odieux : on voulait toujours le juger par ce qu'il avait été , et non par ce qu'il était devenu. Cette injustice le pénétrait de douleur. Il répandit das larmes dans le sein d'un vieux solitaire , plus juste et plus humain que tous içs autres, ac O mon fils 1 lui dit le vieillard , tu vauii^ mieux que ta réputation : rends grâces à Dieu. Heureux celui qui peut dire : Mes ennemis et mes rivaux censurent en moi des vices que je n'ai pas ! Que t'importe , si tu es bon , que les hommes te poursuivent et même te punissent comme le méchant ? N'as-tu pas , pour te consoler , deux témoins éclairés de tes actions : Dieu et ta conscience ? a

Quand on parlait mal de Socrate » il disait : «r Si le mal qu'on dit de moi est vrai , cela servira h me corriger ; s'il ne l'est pas , cela ne me regarde point ; car ce n'est pas de moi qu'on parle. >» .Sa femme se plaignant de ce qu'il avait été injustement condamné h mort : « Youdriez-vous , lui répondit-il , que ce fut avec justice ? a

Jules^lésar et auguste f dit Tacite ^ souCfrirent , sans en témoigner de 1 émotion , les poésies insolentes et calomnieuses de Bibaculus et de Catulle , et ne daignèrent pas s'abaisser jusqu'à prendre le soin de les supprimer. Et certes , ajoute ne judicieux historien y

)*aiirais de la peine à dire ee qu'ils firent éclater dnvaiitaf^e en cela, ou leur jurande modération, ou leur profonde sagesse ; car , si Ton méprise ces sortes de choses, elles tombent dans l'oubli et s'anéantissent ; mais, si on les relève et qu'on s'en pique, c'est pa-rattre en avouer la vérité *

La perte des biens est , après celle de la réputation , une des plus rudes opreuvos. Peu de personnes savent recevoir des coups de cette nature, sans murmurer contre la Providence , sans se livrer au chagrin et quelquefois , au deMpoir. Ceux à qui ce malheur arrive , sont comme inconsolables. Leur perte, est san»*' cesse devant leurs yeux , sans considérer que desbiens si fragiles ne devraient pas leur être si cbers ni les attacher si fort. Sannazar, excellent poète la— tin , eut cette faiblesse. Le comte de Nassau, général des troupes de l'empereur en Italie, ayant pillé sa: maison de campagne , il en conçut un tel chagrin qu'il contracta une maladie dont il mourut. C'est nner grande folie de se laisser mourir pour des biens mîllo^ fois moins précieux que la vie. Mais la plupart des hommes y sont si attachés, qu'il n'y a qu'un grand fonds de raison ou de religion qui puisse en faire supporter la perte avec fermeté.

M. de Valincourt ayant perdu sa bibliolheqne dans, rincendie qui consuma sa belle maison de Saint*Cloud,. répondit à ceux qui cherchaient à le consoler de ce» malheur. « J'aurais bien mal profité de mes livres, si je n'avais pas appris à savoir m'en passer. »

On sait avec quels sentimens héroïques de la résî—

( (nation la plus soumise, le saint homme Job apprit a perte de tous ses biens. Tandis que le bras de Dieu» s'appe6a^tissait sur lui , il bénissait la main qui le frafH pait. Plein de reconnaissance pour les biens qu'il avait^ reçus, il les rendit sans murmure au maître souverain qui les lui redemandait. On put lui enlever se« trésors; mais il en était un plus cher que tons les autres, qu'on ne lui enleva point, le respect et la soumission qu'il devait & son Dieu.

Ne croyez pas être souverainement malheureux^*

t*£COLË

lorsque vous éprôovere^ , comme fui^ptiisi6iirs Gombira^ dans le monde ^ de millions dnhomiHés ûènt fois plu»malheufcas:etplas à plaindre que vous t Mais^

tout ce qui nous regarde, nous le grossissons toujours, lï nous semble que personne n'éprouva une disgrâce telle que laiiolre. Cette idée mém-e de sînguîîîrifedaM nos maUieurs nous plaît , parce qu'elle autorise nos

momures. Nous voudrions que tous le$ bomme» m fussent occupés que de no^ peines comme $f nom étions tes seuls mattieureux sur ta ferre. Nôns ne pensons qu'au bonheur dont nous avons joui ou dontnoui^ pourrions jouir ; nouS ne jetons nos regards que mt la félicité vraie ou apparente de ceux qoe nous en croyons moins dignes, au lieu de considérer ceux fui sont plus infortunés que nous,, ou de faire réflexion que nous aurions pu être encore plus mailieni^tAC. Alors vraiment nous nous tronverions heureux au s^ même de notre malheur.

Un pauvre delà basse Thébaïde en Egypte , n*avaîl, dans la plus grande rigueur de l'hiver , qu'une petite natte de jonc , dont il mit la moitié sous lui y et il se couvrit avec f autre comme il put. Le froid le faisant trembler, il se consolait hii-même en disainf : « Je v^tts rends grâces, mon Dieu: car, combien y a-t-il dê riches qui, à cette heure, sont en prison , et qui ont les fers aux pieds, sans pouvoir jouir di» la moindre liberté , au lieu que puîâ du moins aller où bon ine ^mble. ))

II n'est guère donné qu'aux pauvres de souffrir ainsi avec résignation. Le partage des riches, deshenreuK du siècle dans les maladies et dans les dutres

afflictions qui leur arrivent , et assez souvent Timpalience qiû auguiente les maux , le chas^rin qui les aigrit, et It* désespoir qui v met le rornble. Un ecclésiastique de beaucoup de mérite nous a raconté qu'étant jeune encore , un homme zélé lui dit : <k Venez avec moi que je vous &sse voir différentes espèce de matadiefr, et la manière dont on les supporte. » Il te mena d'abord chez plusieurs pauvres , dont i! admira Ja patience, la trantfuillité , la joie mémo au milieu de leurs maux. 1! le conduisit ensuite ebez une dame

,K^r|cb^ et msUfide ; ils ne tSixAèml pas k être t^

tÈÊ mmnâ; S43

ttloîns de fontes ses impatiences dans les donlenrs , de plaintes amères çoutFe les médecins qui ne la . MtlageaiMt pas^ dè ses emparlciftenB CMtre ses domÊÊ&qÊim. Ait 1* Béait àum diefdTautres grands qu'Ai tMllmil, #t fi^lte tFMtêiMit éfatemmt occupés à s'affliger , à se plaindre , à se rendre encore plus malheureux qu'ils ne l'étaient.

Nous Youlons ne rien souffrir : maïs le bonheur parlait est-il doncfadt pour des êtres imparfaits. ? Darius f loi de Perse , ayant perdu la plus chérie de ses femmes » en était ineonsolabio. Démocrile lui promit de la ressusciter » s'il powait frouTer dans ses états trois personnes qui n'eussent jamais eu aucun sujet d'affliction. Après une recherctie exacte , on reconnut qu'il était impossible de trouver ces trois hommes lieureiuu Cette réfleidon consola le monarque.

NoTis ne devons pas bous attendre , en cette rie , à me fébeîté fixo et esnpÛto. Ce monde n'est le para*^ dis tetffiStiS fBMft pow w très-petit nomlire do personnes f qui paieront peut-être bien cher un jour les délices d'un bonheur dont elles ont si peu de temps à iouir. C'est un grand malheur de ii'tHre jiunais malneureux : une prospérité constante corrompt, amol- Utr remplit d'oi^udl. PhiUMpe» roi de Macédoine^ ayant re(ft trois touMS nouYeUes en un jour , s'écria: « 0 fbrtiiM 1 envoie-moi quelque petit malhear , pour interrompre un bonheur si continu. » Il est rare qu'on soit obligé de former de pareils souhaits ; et telle est la vicissitude des choses humaines , que k s biens sont presque toujours précédés ou suivis de quelques maux. Is plus heufwx des hom^nes est celui qui a le moins de SaafliettiSt jkttendez^Tous donc à en avoir , et lors^ qu'ils aniveiit , soutenez-les avec courage.

Si la perte , qui fait le sujet de votre chagrin , vient de quelque accident que votre prudence n'a pu ni prévenir, ni parer, snjiportez-la avec résignation. Le chagrin ne remédie à rien, et fait souvent beaucoup de mal : il desséche, il mine, il consume, il dérange la tête , et précipite au tombeau. Un homme , ayant perdu la vue par un accident , n'en parut pas ^lus triste ; il disait plaisamment | au çontraire , pour se

244 t'sCOLB

eoasoier : a Auparavant j'allais seul , et maiûtenant. j'irai toujours ou compagnie. »

Si l'accident peut se réparer , et qu'il reste encoie quelque lieu à Tespéranoe, forlifiez-la par la pensée d'un avenir plus heureuK. Souvent les affaires qui paraissent prendre un Cour peu favorable , avec le tonps deviennent fort avantageuses. Un mal peut amener un bien.

» ' F«iis têle au malheur qui l'opprime. .

Qu'une espérance légitime Te munisse contre le sort* L*air siffle, une horrible lempéle Aujoard*bui gronde sar la téte ; Demain tu seras dans le port. Bovssbav.

Espérez donc que l'orage dont vous eïps surpris passera vite; et pendant qu^il dure, enveloppez- vous do votre vertu, et Ne renonçons jamais au bonbeur,' dit le poète Sadi : les sources du bien et du mal sont cachées , et^nous ignorons laquelle doit s'ouvrir pour arroser l'espace de la vie. 0 homme I dans le malheur, sois patient, et espère. /> L'espérance est la plus grande consolation des inalhcureux. Elle tarit les larmes , eiin donne du courage , de la patience, de la joie. Saint (Jharles-fiorromée , qui n'était pas encore bien rétabli d'une longue maladie, futoblip^é d'aller à Rome pour Télection d'un pape. Il partit en litière avec toutes les provisions de remèdes que ses médecins lui avaient prescrits. Lorsqu'il fut prés de Bologne, le mulet qui élait chargé de ces drogues se laissa tomber en passant une rivière. Tous les pots furent cassés , et le reste des remèdes fut emporté par le courant de l'eau. Le saint cardinal, loin de s'en fâcher, n'en fit que rire et sans permettre qu'on retournât en chercher d'autres, il dit en riant, que cet accident était un heureux présage qu'il n'en aurait plus besoin.

Avant qu'un malheur arrive, détonrnez-le , s'il est possible ; usez de prudence cl de précaution. Mais quand il est arrivé , il faut s'en faire une raison , et Toublier le plutôt qu'on peut.

Quand on craint qn*un malheur ne vous puisse arriver.

C'est alors qu'il y laut révcr, Y penser après , cette folie :

DES 245

C'était la maxime de l'empereur Frédéric IV , sarnommé le pacifique , dont nous avons déjà parlé. Jamais TAlIemagne ne fut plus cruellcmeDt décliirée par les guerres civiles que sous son régne. 11 tâcha de dissiper les factions; mais n'aynnt pu y réussir, ni empêcher le roi dè Hongrie de prendre sa capitale , il s'en consola en voyageant. Il écrivait sur les moraîl^ les des endroits où il logeait : Rerum irreeuperanda-rum oblivio , summa feUdta^ ; c'est«â-dîre :

Les choses , mes nmis , qu'on no |)onf recouvrer ^ J}d souverain houheur est de les oiûiiier.

Philippe II, roi d'Espagne, était de même. Ayant mis en mer une flotte de soixante vaisseaux et de dix mille hommes contre TAngleterre , elle fut entièrement détruite par la tempête et par l'hahileté des Anglais. Toute l'Ëspagne en fut dans la plus grande consternation. Le roi seul apprit cette perte sans changer de visage. Il écrivait quelques lettres , lorsque le courrier entra pour lui apprendre ces tristes nouvelles, cr Je n'avais point cru, lui répondit-il, ma Hutte ca-

{)ahîe de vaincre la violence des vents et la fureur do a mer ; mais je remercie l>ieu de m' avoir donné assez de pouvoir et de force , pour remettre en mer une flotte aussi puissante, d Ensuite il reprit la plume , et se remit à écrire avec autant de tranquillité qu'aupavaut.

Il n'est pas donné à tout le monde d'avoir cette stoïque insensibilité sur les malheurs qui arrivent. Il

Îr a des caractères plus tendres , plus sensihles ; et 'on ne peut disconvenir même qu'une sensibilité mo^ dérée ne soit plus louable que la froide apathie de ces gens flegmatiques et îndolens , qui ne s'attachent qu'autant qu'il faut pour ne pas nuire à leur repos , et qui consentiraient mille fois à voir périr ce qu'ils paraissent aimer le plus, plutôt que d'avoir un mouient de peine et de chagrin. Ils font honneur de cette façon de penser à leur philosophie et à leur courage» au lieu de l'attribuer à un défaut de sentiment , qui convient mieux à des rochers qu'à des hommes. Et qui , en effet , pourrait se' résoudre à compter au nombre des homiucii cçwx d^ qui riasensibilité ressemblerait

à celle dont nous allons rapporter un exemple t Fr6déric Mord , célèbre professenr royal ; travaillait dans

son cabinet , tandis que sa f( mme était à l'extrémité. On Tavcrtit qu'elle désirait lui parler avant de mourir. Il répondit qu'il irait aussitôt qu'il aurait fini la phrase qu'il avait commencée. Il ne i avait pas encore ache«vée, lorsqu'on vint lui dire que ça femme était morte. ({ J'en suis fâché , répondit-4i froidement , e^était une bonne femme. » Et if continua son ouvrage.

Si ia mort vous enlève quelqu'un de vos proches , ïi'affcclcz pas uïie semblable insensibilité. Donnc^ un libre rouis à voire juste douleur , în^ii s n'oubliez pas le sage conseil que vous donne rjbiccié&iastiqii^; a Mon fils^ dil-il, répandez vo$ larmes sur nn mort , et pieu-, rez comme une personne quj a reçue une plaie tréssensible. Rendez-lui les devoirs de la sépuldire ; mais ne soyez p.is inconsolable dans votre aflliotion : car l'excès de irisiessc conduit à la mort , et l'abattement du cœur fait baisser la léle. N'abandonnez pas votr^ cœur H la douleur , et faite réfle^ûou q^u'en yqus affligeant vous ne faites aucun bien au mort, mais quQ vous vous faites à vous-même un très grand mal^ %

On reprochait h un jeune prince , qu'il ne lui çon^ venait pas de pliîurer la m-ort de son précepteur, « Hélas! répondit-il , ce n'est pas moi , c'est la nature qui pleure: pleurer avec sujet, n'est pas une faible^ç; mais se consoler trop iacaiement^ en est une. »

Je ne vous dirai donc pas ^ comme quelque- uns , qu'il faut vous consoler de votre perte ^ parce qu'elle est sans remède. C'est une pitoyable consolation | coîiiuie si on ne devait pas s'affliger d'un mal , parce qu'il ne guérira point; ou qu'un malheur pût cesser de l'être , pnrœ rju'il doit durer U)ijjours. Une personne douce, d un bon cœur, qui fait une perte aussi grande qu'elle est irréparable, serait daus leca$,ai|L contraire, de ne s'çn consoler jam.^ij^> par ÇÇtte rai; son-là même qu'elle ne peut se réparer. £^ parti qui semble le plus conforme aux disposition^ pré^tes, est de se livrer alors à son chaij;rin, de s'enfèrroeret de ne plus voir perbonaç , compae fît çtîtt^ rci»e il FuS"

Huic nihil j^odçris et (eipêum peff|maMi«9B4i«^i*

DES M0ELB5. ' 247

pagne qui, âyant perdu son époux qu'elle aimait beaucoup 9 fit tapisser de noir sa chambre , d*où elle ne mtit plus. Mais ie parti l» plus salutaire et le plus wispimaMe » est de feîre quelques efforts sur soi-même,» €( de TOUT un peu ses amis » pour s'étoui'dir ^ par leur présence et par leur entretien /sur ses douleurs les plus légitimes. En ce tuàb-làjil faut se contraindre, pour ne pas nuir#àla société, en lui faisaul porter continuellement des peines dont eiie n'est pas ia eause. Quoique te cootraiot^ ne soit pas un soulage-» meut, on aoeoutume canine à mille autres eboses déiagiéables^ et cerlaînement c*est être vertueux , <jqq d'être eapable de tels efforts;.

Kous n'exigeons uo/ic pas que vous soyez insensible , ce serait demander trop à la nalui L-. Mm^ , nprés les premiers jours accordés à la douleur, quittez la solitude , coures 4 vos amis et aux aniusemens les plus propres à cUsswerJle &ntûme alOigeaqt qui voilb nour- Mit« Kj a*4H(i pas ' plus à» sagesse à ficher de s'y wusMrequ'à s'y livrer? L'affliction trop longue n'est plus vertu, c'est hypocrisie ou faiblesse.

Suivez^ si vous vous trouvez dans le cas, Texemple -^de résignation et de modération dans la douleur que 4anna une darae. Ayant appris la mort du seul fils qu'elle avait , elle se retira danS son cabinet pendant une déw-lieure» £U# vint ensuite rejoindre la com^ pagnié » €t dit t Je viens de recevoir l'a nouvelle de la mort de mon fds ; fo^ pauvres ont ga^né leur procès. Jii

Louis XIV ayant vu mourir le daupliin , son fils unique^ il y fut trés-sensible; mais il ne se laissa pas abattre. Il dit àuM princesse qui pleurait amèrement : «Hél madame y modéra votre douleur ; j'y perds eucofiQ ptaf i|ue vous ; h quoi servent ces ensHU vit fanoéi suivante ^ périi:, dans l'espace de moins d'un moiSp le duc de Bourgogne, son petit-fils, la duchesse de Bourgogx^» et Je duc de Bretagne, Taîné de ses arriére-petits-fils. Le second, qui fut depuis Louis XV, était près d'expirer. Il reçut en béros tant de seups si sensibles i et après I91 convalescence du jaoïie prince^ qui Élisait la seule espérance de la natm« il pe dit qu^ cos paroles exprimaient îa dou^

SIS ' l'égolb

leur de Innt de pertes accumulées: « Voilà donc uionsicur le dauphin I yy

Ce ^nmd prince ne monfra pas moins de fermeté et de couru dans ses propres doulours el dans ses infirmités. 11 c(ait depuis quelque temps attaqué d'une fistule craelle. Louvois , ministre de la guerre , rassemblait dans son hôtel des gens tourmentés du même mal, sur lesquels Félix, premier chirurgien du roi, s*exerrait sous les yeux du savant médecin 1 agon. Sur le rapport de Lonvoîs , et sur l'avis de Fagon , le Toi dit à son premier chirurgien , qu'il s'abandonnait à son habileté. Le jour de Topération venu , on fait entrer secrètement Félix chez le roi, Louvois et le péro de Lachaise» confesseur de Louis XIV , sont les témoins muets et tremblans de cette dangereuse opération. Louis seul, d'un air tranquille , et d'un front serein < dit h Félix : Faites autant d'incisions qu'il en faudra , mais tachez de n'y pas revenir à deux fois. » Celui-ci fait un effort sur lui-même,. et d'usé main impitoyable , il arrache jusqu'aux deniiéres ra«> dues du maL Louis lutte oontre la douleur y sans lais-» aer échapper une plainte. A huit heures du matin , los portes s'ouvrent : toute la cour apprend qu'on vient de faire au roi la jurande opération , et qu il l'a soufferte avec le plus grand courage.

Dans la dernière maladie qu'essuya ce prince y il

f rdit quelque temps la connaissance , et on le crut l'extrémité. Lorsqu'il revint de cet 'état , il aperçut , àèBS ses miroirs , deux pages qui pleuraient au pied de son lit. « Pourquoi pleurez-vous , leur dit-il , est-ce que vous m'avez cru immortel ? Pour moi , je n'ai jamais cru l'être , et vous avez dû, depuis long-temps « vous préparer à me perdre. »

Le sage ne se livre pas sans mesure au chagrin qui le tue. La tristesse et la douleur approchent bien de lui 9 mais il en écarte les faiblesses et les excès. Les orages ne montent pas à !a région où il est élevé par la force de son esprit : les bruits retentissent jusque-là , mais la paix ne le quitte point; et tandis que la tranquillité régne dans son âme » il lui importo peu que sa fortnne soit troublée, ou que les malheurs viennent fondre BW lui* Au milieu des pertes et des rui-»

BBS M08UBS. 349

nés, il ne perd rien de sa sagesse. Il ne s'étonne de tien , parce qu'il est depuis long-temps préparé à tout»

11 se soutient par la patience et par le eonrage, persuadé qu'il est plus fflorieux de souffrir de grandes peines que de faire de ^j^randes choses. Saint Louis ne parut jamais plus digne d'admiration que dans les fers. Ayant tout perdu à la bataille de la Massoiure, jusqu'à sa liberté , il sut être prisonnier en roi , et en roi très^^hrétien. On le Tit dans sa prison y s'acquit-* ter de ses exercices ordinaires de piété , avec la même tranquillité que s'il eût été dans son palais. Il refusa, avec fermeté, tout ce qu'il croyait être contre son honneur ou contre sa conscience. Sa grandeur d'âme étonna ses ennemis mêmes : remplis d'admiration pour sa Tertu et pour son courage , ils furent sur le point de le choisir pour lear roi.

Tel est l'ascendant de la vraie vertu : jamais plus grande que (j^^iand elle est malheureuse , elle force ses ennemis ménies à (^(re les admirateurs de sa constance. Un officier romain , ayant été dangereusement blessé et fait prisonnier , fut amené à Mithridate. Ce prince lui demanda si, en lui sauvant la vie, il pourrait compter de Tavoir pour ami. <r Oui, répondit le prisonnier, si vous faites la paix avec les Romains ; sinon , je n'ai pa? même à délibérer. » Ceux qui étaient présens, irrités de cette fîère réponse, excitaient Mithridate à le faire mourir. Mais leroirejelacelàcheconseil en leur disant : (r Respectez la vertn malheureuse. »

Un homme plus grand que ses malheurs fait yoir qu'il n'en était pas digne. Voulez-vous connaître Te caractère d'un homme î Attendez qu'il lui arrive quelque disgrâce; vous verrez bientôt toute sa grandeur ou toute sa faiblesse. On ne jugeait autrefois de la valeur des athlètes ^ que lorsque, rfteurtris de coups» couverts de blessures , et cent fois terrassés sans être vaincQS , ils s'étaient relevés avec nn nouveau courage , et avaient triomphé de leurs antagonistes. De même , on ne connaît parfaitement la p^randcur d'âme que dans les malheurs. Malk , général du calife Mostali , venait de remporter une victoire sur les Grecs , et avait pris leur empereur Alexis Comnène. Ayant fait venir œ prince dans sa tente ^ il lui demanda quel

250 l'jbcole

traitement il attendait de sqo vainqueur. ig Si yov^$ faites la gnerre en roi , répondît l'empereur, renyoyeîr moi ; si voy* la jfaite;^ ça Jmfd^mA, WUtt<ta»T|noi ; 4

vous la faUes §0 bQudMir , ^jgesHllti* 1 1« gàlàttl ii)usul||n9il Je renvoya mm raii^Q*

Pims te temps qix0 l'Espagne était ^oug la domi'nation des Maure^ ^ uu eçpa^nul se battit m duel (oiitre un jeune Maure, at 1^ tua. 11 ^ réfujj^a dans la première maisoo qu'il trouva oii\ erte j qui anpmv tenait à uuM^ure: il implora #j| |^pt§^Qa, C^ui»^ lui offrît uue n^tié 4e pêcb^, 4Altti4ît; <r JMUng^ ce fruit ; in sais que quand t» fwm dîlos ibonobe , ie puis te refuser le droit de rUospitalité- H cacha le cavalier dans uii pavillon dont il piit la clef. Bientôt il apprend que son iils e^t mort , qu il vie^U d è|re tué par uu lispaj^^nol. Il attend la nuit et court au pavillon. u Sortez , dit-il au ietfii^ cavalier : celui qm voua avea^ tU0 ^t mon : |p Vaimm Ufaireinent, «n perte me i^et m àisespoitp T^ums afïUgés ont apporté le c rps de mon inalheureux fils chez moi ; ilb vous oiits bien dépeint, queje n'ai pu vousmécou^ naître. Je pourrais \ou^ punir; je le voudrais , si je n'écoutais que la voix de la veujgeance : mais vpus ai offert à manger » yoi|# ai àwué ma parole , ^ ù tiendrai. Fuyez ^ dérpbe^-voiu jpenx qui vouj» ppHr*suivent , profitez oio)Mres ido la ^uitr Vooa avass répandu le san^ de nu>n fils: ce coup affreux a déchiré mon cœur ; mais Dieu est juste et boa , et je lii remercie de me donner assez de force pour étouifer nia colère , et assez de vertu pour remplir mes engageraens. i>

De tous las diagrins auxiij[uftls dou^ ^min^w ao ^utte^ il n'eo est poiot de flw ■$ que cmx qui Qous vienoeat ée» personnel» 4e qui noua davîOAs le

moins les attendre. Plus la main qui nous frappe est

chère , plus le coup est sensible ; et tel esi le malheur lie lu condition humaine, que ce qui devrait uous procurer les plus grandes douceurs de la vie, est

souvent la souinse de uto» cfiagrios le^ plus cuisana^ La tmmfi la plus vertueuse m trpuYO jpaii toujours

isaut et attentif

travaille souvent pour de mauvais sujets, et Tami ie

plus fidèle trouve quelquefois qu'il ne s'est attaché qu'à un perfide ou à un ingrat. Dans tous ces cas , si ¥0110 avez vraiment de la vertu et un bon esprit, op-> poseï Y^aUià d*hninfiar à la liiïarrerie > la doucemr à la luriilabté , de grands watiment aux indipies procédés. Songes qu'il vaut mieux souffrir le mal que de le faire. Si vous ne souffrez que par le tort des autres , vous n'êtes pas le plus à plaindre ; si vous y avez donné sujet, le châtiment vous était nécessaire pour vous faire sentir wtitt fiiute , el vous rendre plus attentif.

Coii0ol«fr«vMspisr teiates eesiéflexions ; maïs surtout M soyes pas ingénieux à wns (grossir vos maux. Le plus malheureux de tous les hommes est celui qui croit l'être. Ne vous faites poiiU des peines d'imagination. On voit des gens toujours chagrins, qui n'en ont pas le moindre sujet. Ils auraient, au contraire, toutes raisons da moade de se croire l:;eureux ; ê9mté, ùMamf honneurs, tout semble se réunir pour eoQUflMer à leur félirfié* GepeiidâDl , à les entendre . m &ait que tout leur manque. Ce ne sont que murmures, que réflexions inquiètes, que frayeurs extravagantes. Us ne savent pas jouir de leur bonheur. Une prudence meurtrière empoisonne toute leur yie ; et la «cainle de mailieurs qui vraisemblablement ne leur arriveront jamais y est pomremmmalhenr réel. C'est cequi a fait direà ui poète, comiu par ses vers iugé- Bleux et délicats 9

Par la grâce du Ciel ils ne sont pas venus ;

Ces maui dont you^ craigniez les rigueurs inhum^ineSy

Mais, qn*iîs vous ont coûté de prines.

Ce» maux, voss n'avez point eus i

Ne vous faites donc jamais une affaire de ce qui n'en est point une; et d'un rien ne faites pas un colosse , dont vous ayez peur à force de le voir grand. II faut tâcher de regarder avec d^; bons yeux , juger sainement des choses , et s'aimer assez pour ne poiat se chagriner à propos de Tiep.

Je sais qaTU se trouve souvent , dans la vie des jours oik liyrés à la mélancolie sans en savoir la cause , nous sommes vraiment à charge à nous-mêmes. Les hommes les plus é^aux, les plus sages ^ les plus gais mêmes ^

ont quelquefois , et sans savoir pourquoi , des sentimens involontaires de chagrin: fesprit est comme enveloppé de nuages, Tâme est dans l'inquiétude et{ dans Tagitation , tels qu'on voit les arbres d'une forêt| agités toutâ coup par un ouragan subit et passager. Cela Tient de la dépendance où nous sommes d'un corps y dont les humeurs ne sont pas toujonrs dans un parfait équilibre.

Mais quoique cette espèce de maladie , ce dérangement de l'intérieur, ne soit qu'une fièvre éphémère , elle n'en est pas moins £àcheuse. Si jamais elle vous prends renfermez-vous aussitôt, et ne voyez que des personnes qui voudront bien vous passer vos iné« galités et vos défiiuts , ou partager vos chagrins. Faites» mieux encore , si vous le pouvez : continuez à vivre dans la société , à voir les hommes ; car c'est souvent un mauvais remède, que de s éloigner de la conversation et du commerce , lorsqu'on se trouve dans cette chagrine disposition : la retraite, loin de Taffaiblir^ la rend plus violente. 11 faut, au contraire, la fati^er par l'exercice , la dompter par de fréquentes victoires. C'est un défaut dont ou doit se corriger , une passion qu'on peut vainrre : naturelle dans mn principe, elle est toujours libre dans ses effets. Elle ne devient incurable , que parce qu'on l'épargne et qu'on la laisse agir sans lui mettre de frein.

Dés que vous sentirez naître en vous cette mauvaise humeur, faites tous vos efforts pour la surmonter, ou du moins pour l'empêcher de paraître au-dehors. Ne soyez jamais plus doux, plus affable, plus poli, plus obligeant, que quand vous sentirez que l'humeur domine en vous et cherche à l'emporter.

La religion est aussi alors d'un merveilleux secours. Elle affaiblit les atteintes de cette noire vapeur, qui offusque involontairement l'esprit , en apprenant à se supporter soi-même dans ses inégalités intérieures, avec la même patience qu'elle veut qu'on supporte les autres. Cet esprit de douceur, qu'elle répand dans tout le caractère , fait jouir Ff^me d'un repos et d'une paix que rien ne peut troubler.

Pour achever d'écarter les nuages et de dissiper les brouillards qui vous obsèdent^ retournez au travail et

DES MOEUAS. 253

à roccupation. On n'a le loisir, ni de s'attrister /ni de s'ennuyer , qaand on s'occupé sérieusement. De

combien de mauvais quarts d'heure dans la vie le travail ne nous garantit-il pas ! Il y a bien des maux passagers, dont on ne se délivre qu'en sachant les endormir. Courez donc vite , dans vos momens d'humeur > à quelque occupation qui vous plaise; au lieu de TOUS plonger dans de sombres réflexions qui ne feraient qu'irriter le mal , cherchez à vous distraire. Ces sortes d'orages ne dureront pas long-temps: nu peu de plaisir et beaucoup de raison ramèneront bientôt ia sérénité. La gaieté est la santé de Tâmc, comme la tristesse en est le poison, a La joie de resprit, dit Salomon y met le corps dans un état florissant : la tristesse du cœur dessèche jusqu'au os ^ »

Toutes les fois qu'il vous arrivera d'avoir de l'humeur , hàtez-vous de faire une action vertueuse : c'est la plus solide consolation que vous puissiez accorder à l'amour-propre. Car , n'est-il pas bien humiliant pour nous de voir que Thomme, qui devrait comman* der à ses passions et à ses humeurs , en soit si souvent l'esclave et le jouet» jusqu'au point de se tourmenter et de s'affliger pour les sujets les plus frivoles et quelquefois les plus déraisonnables ?

Mais je veux que les causes de vos chagrins soient justes et légitimes ( car enfin il n y en a que trop souvent de telles ) , devez-vous donc pour cela y succomber? C'est un mal^ il est vrai^ m^is qui y si vous le voulez , deviendra pour vous un bien. On le dit souvent » et il est vrai : les peines de la vie en font mieux sentir les agrémens , comme on ne connaît bien le prix: de la santé que par la maladie. Ce qui no nous paraissait qu'un plaisir médiocre, quand nous en jouissions sans obstacle et sans interruption , devient trés^piquant après la disgrâce qui nous en avait privés^ ou qui nous en avait été le goût; et quand nous sommes toujours heureux^ nous ne croyons plus l'être. Mais laissons aux personnes mondaines ces faibles motifs de consola (iôii. Il en est de bien pins solides et de bien plus puissans.; et c est dans la religion qu'on doit les chercher.

* Animtts gaudens œCatcm floridam facit, etc. Frov. 17,

SS4 l'kcole

C'est elle seule qui peut nous faire connaître tout U pri)( des adversités ^1 des souJEfrances.. £a rnnus apprenant qu^oUes sont pour entre les mains ae Dieu une source de biens et d'avantages inestimables , elle nous apprend noB*^ulemeat à les supporter avec patience, avec rcsignalion , mais à les estimer, & les aimer : et, par un héroïsme (hiélien^ dont elle a dans SOS saints plussieurs fois donné des exemples , à les désirer même, parce qu'elle» sont de véritables présens du Ciel. JUes malbeureux » les ajQIi^'és ont de la peine i se le persuader; mais cm^ls méditent avec attention tes grands et inestimables avantages que la foi leur découvre dans les souffrances, et ils eu couyiendront avec nous.

Le premier de ces avantages est de porter au bien. L'homme toujours beureux ae prend ^uère le (oût de la vertu. Séduit par une aboadanee umvmelle, par une réputation florissante , par une santé parfaite , par une constante prospérité, il balance toujours à se tourner au ften , et souvent même il se porte au mal. Qui ne sait que c'est dans la prospérité que les vices trouvent l'occasion qui les fait naître, les moyens qui les facilitent, et Taliment qui les entrelient? Ces hommes fortunés cbez qui brillent la grandeur et l'opulence, k qui tout rit» tout prospère^ nes£Hit<-iis pas communément les plus pervertis, les {Ans déré» glésdans leurs mœurs? Tant que Dieu ne fait que des heureux , il ne fait guère que des ingrats ; et ceux à qui il donne le plus , sont ])our l'ordinaire ceux qui pensent le moins à lui. Mais ménage-t-il quelque malheur , quelque disf^ràce; on tourne ses regards et ses pensées vers le Ciel , on revient à ses devoirs , et Ton rentre dans le sentier de la vertu qu'on avait quitté.

L'adversité est un des pins sûrs moyens que Dieu ait pour nous rappeler de nos égaremens. Parlez à la plupart des liunnnes de renoncer à des passions qu'ils chérissent , ils vous regarderont comme un censeur importun* I^es remontrances les plus touchantes , les menaces les plus terribles des jugemens de Dieu ne feront qu'une taible impression. Hais vient-on à étie atteint des traits de Vadversitë , le charme disparaît , et l'on voit les objets d'un tout autre œil. Consumé par

'line fièvre Jente, décliu du raii«j où l'on élait moîité , trahi par d'infidèles amis, dépouilié de ses biens, ou rççponait que ce corps |mré avec tant de ]uxe el nourri àyeç tant de délie^t^^e , ce tetot si briUant dont w uvait été si idolftfie , n'étaiMt qu'me fleur passagère ; Jqueces grandentalminaiiies dont en eTait-été si épris, n'étaient que néant , et que tout ce qui avait le plus flatté nos- espérances n*était que mensonge et vanité, L'adversité nons détrompe vt nous instruit. Eclairés du flambeau de la religion , nous découvrons , dans les afiHetions qui nous arrivent , la peina du pédié, Texé* cation des arrêts d- ose justice infiniment sage , de sa-» lutaires amertumes répandues sur lescbjeusde nos aC feclions , pfbur en cléLacher notre cœu^, el l'attirer vers des biens plus solides

Elles sont encore dans les principes de la fui , ei c'est lui second avantage infiniment précieu)^ des-sulfrance»;^ elles sont des épreutes pessagfères qui , après avoir épuré nos vertus, augmenté nos mérites, consommé notre sanctification , doivent être suivies d'une .gloire et d'un bonheur éternel. Aussi rEvaiigilo , ce livie divin qui doit être la règle de nos sonlimens ainsi que de notre conduite , appcîle-t-il heureux cenx qui souffrent, ceux qui sont calomniés et persécutes pour la justice. Que n*a pas souffert J.-C. lui-même , notre législatettret notre maître I Dans le dessein qu'il a eu de n^ns servir de modèle et de guide pour nous rendre Iieureuic» eût-il choisi les souffrances , et nous eùt-il^ fait un précepte de porter la croix après lui , si les souffrances n'étaitMit hi vraie rouLe ilu honiieur?

Cependant vous vous croyex ie plus malheureux des iàommes et le plus à plaindre ; vous poussez de honteux soupirs, vous éclates en plaintes , vous répandei des torrens dé larmes sur votre malheureux sort. Ingrats , arrêtez ces larmes indignes et excessives : elles fout injure à Dieu. En vous plaignant de vos ni:nj\, vous vous plaignez de ce qu'il vous donne une des preuves les plus certaines de son amour. « Parce que vous étiez affiéaiA^ à Dieu , dit FAnge àTobie , il a été nécessaire j&QÈ fossiez éprouvé par la tiibulation *. a

^ Quia ai€epiu$ «ras nscM« fuit ut trihulatio proharet te. Xob. 12.

SS6 l'ecolb •

' Ce n'est pas que je condamne absolument vos sou-^

pirs ; je ne prétends pas que vous soyez de bronze , ni que vous ressembliez à ces philosophes orgueilleux qui , se faisant gloire d'être insensibles, voulaient fon- , der leur vertu farouche sur les ruines de rhumanité* Je sais que vous êtes homme , que difficilemeot on sé fait à souCErir , et qu'il y a des mpmens où Fon sent la nature ébranlée qui frémit. Versez des larmes , j'y consens , mais versez-les en chrétien , versez«-Ies dans le sein de Dieu. Alors elles adouciront vos amertumes , elles calmeront vos aigreurs ^ et peut-être , ainsi qu ou Ta vu dans les apôtres et dans plusieurs autres saints j viendront-elles même jusqu'à tous rendre heureux dans vos peines.

Il faudrait pour cela souffrir avec patience et avec soumission ; mais que faites-vous? Au lieu d'acquiescer humblement , de vous roiii bcM* avec respect sons la main qui vous frappe, de recevoir avec résignation ce qu'ij faudra toujours malgré vous que vous receviez , vous souffrez souvent avec une opiniâtre opposition aux ordres du del , avec un or^nieil qui , tout abattu qu'il est sous la main de Dieu, iait effort pour soulever contre lui. Vous souffrez sans aucun repentir, sans entrer dans les vues de miséricorde et de salut que Dieu se propose en vous châtiant. Combien n'en voit-on pas qui souffrent , et qui en même temps s'abandonnent aux mouvemens de la vengeance, dans le désir de perdre celui- qulls croient la cause de leur malheur ; aux transports de la fureur , pour exhaler Fhumeur chagrine et dévorante dont ils sont la proie; quelquefois aux excès du blasphème et du désespoir , parce que leurs maux , loin de finir, croissent et redoublent 1

0 mon frère 1 ô mon ami ! car plus vous êtes mal* beureux , plus vous m'êtes cher et plus je m^iutéresse A vos maux : dites-moi , que gagnerez-vous à vous impntienter, à vous révolter contre Dieu? Rétablissezvous par-là votre santé , votre fortune , votre crédit , votre honneur ? Par vos emportemens furieux ^ reiné^ diez-vous à quelque chose ? Non. Tout ce. que vous ga^^nez ^ au contraire , c'est d'enfoncer plus avant le trait qui vous^ déchire ; c'est de changer en poison le remède salutaire que la Providence vous offrait; ce,st

DBS MOBUBS. 367

de TOUS creuser dés à présent un enfer, en attendant cet enfer encore plus affreux ou vous vous précipitez. Plus je pense à votre sort , plus il m'attendrit et me

tàaètre. Car enfin, qu'un coupable fortuné , qu'un omme de plaisir et de bonne chère se perde ; sa perte m'est sensible, et je le plains ; mais du moins il a goûté nuelques douceurs , douceurs fausses et trompeuses , douceurs passagères et fu^^itives , je le sais; douceurs cependant qui l'ont amusé , et qui lui ont fait couler quelques jours dans une agréable ivresse. Mais vous , après une vie trayersée par les funestes acddens , déchirée par les peines ^ et passée dans les pleurs , si vous ▼enez à yoiis perdre y si vos maux deviennent par votre faute une anticipation des flammes éternelles ; si du prix dont vous pouviez acheter le ciel ^n^s xoii^ creusez un affreux abîme; est-il un sort plus déplorable que le vôtre , et ne peut-on pas vous nommer ^ tout à la fois^ le plus insensé et le plus infortuné des hommes ?

En souffrant comme un désespéré et malgré vous ,

ne vous faites-vous pas mille fois plus de mal que la malignité des hommes ou toute la vivacité de la doideur ne peut vous en faire? Quelle tranquillité, quel repos pouvez-vous avoir parmi les agitations, les convulsions qui vous déchirent ? Certes , vous écoutez bien peu votre raison et votre religion. Puisque c'est une nécessité de souffrir , que ne mettez- vous è profit vos souffrances et vos peines? Que n'amassez-vous des trésors fiour le ciel? Que ne vous assurez-vous un bien que les hommes ni la fortune ne vous enlèveront pns , et, qui est infiniment plus grand que celui dont la perte est peut*étre aujourd'hui ce qui vous afflige si fort ? Bientôt viendra le moment où vous serez charmé de n'avoir pas été plus heureux. Cette Providence que vous êtes tenté de condamner sur la terre , lorsque les voiles seront levés , vous la bénirez éternellement. L'empereur Maurice ayant refusé par avarice de racheter douze mille de ses sujets , qu'un roi arabe avait &its prisonniers , quoiqu'il n'exigeât pour leur rançon que quatre oboles * par tête , ils furent fous passés au

* L*obo!e était la dliîéme partie du denier romain , qui valait 'environ 10 on i2 a. de France » selon fioUim

S58 l'école

fil de répée. Maurice* touché de sa faute^ demaxida au Seigneur, d'en être puni en ce monde , instruit par Is^ religion ijm les plus grandes sodlfhiiices de cette ?ie ne sont nen , comparées à celles que la justice divine^ • réserve en raulre. Phocas, qui de simple centurio» était parvenu aux premières dignités de l'armée, se fit proclamer empereur, massacra la femme et les eafans de Maurice en aa présence ^ et le fit ensuite ègoig^ lui-même* Ce prince , pendant ces tristes exécutions ^ ne se plaignit point ; il prononçait souteut cas paroles de David , on levant les yeux au'del : 9 Vous êtes juste^ Seiî^neur, et votre jugement est équitable *. »

Que des accidens ou l'injustice des hommes viennent donc renverser votre fortune , que des traits calomnieux attaquent votre réputation ^ que des maladies longues et violentes vous fassent ressentir leurs atteintes^ que la mort impitoyable vienne moissonner vos plus diéres espérances, ou vous enlever votre plus solide appui : victime des miséricordieuses rigueurs du ciel, ranimez voire courage , et fôrlifiez-Ic par les motifs de la religion que nous venons de vous exposer ; motifs infiniment supérieurs à tous ceux que la raison et la sagesse humaine pourraient donner. Celles^ ne font le plus souvent qne suspendre pour quelques momens la don* leur, sans la guérir ; elles adoucissent les petits chagrins , et laissent aux grandes peines toute leur amertume. La religion seule peut nous consoler véritablement dans tous nos chagrins , quelques grands qu'ils soicint. Klle peut calmer toutes nos pdnes , adoucir toutes nos afBictionSy et rendre à notre courage ébranlé par les malheurs les plus accablans toute sa force. L'histoire d'EIéonore , celle pieuse impératrice dont nous avons déjà parlé plusieurs fois , nous en offre un édifiant et noble exemple. En 1683 , année fatale qui remplit d'épouvante toute l'Europe, une formidable armée de Turcs laissant de fortes places derrière elle , par uoe de ces heureuses témérités qui réussissent qudqnefois contre toutes les régies de la guerre , s'avança à grandes journées pour fondre sur Vienne* A cette nouvelle , toute la cour fut dans la consternation. On tint coil-

m : 1 ■! I wi II I . lui» ^i^i^— i II I ■ ■

* Justus Domina» H rcûêum né^udicim mm* M» iMii

ABS MOBUAS. 369

seil , et il fut arrêté d'abord que Fcmpereur et l'impératrice se retireraient au plus tôt , pour ne pas exposer dans leurs augustes personnes le salut et la majesté de l'empire. Le 7 juillet , sur le soir, Léopold avec loate sa maison sortit de Vienne du côté queleDanubo nettait k coarert des Tares* Les eanemiff se présenté* rent ^▼aiitla place , tandis que l'emperevr en sortait du côté opposé. On peut juger quels durent être dans cette fuite prédpiléclcs seutimens del inlortuuée Eléonore, quand elle vit à travers les ombres de la nuit , au-4ei^ du Danube , les villages en feu , les armes étineelaiites de Tennemi , les campagnes inondées d'une année innombrable de Tnres et de Tàrtares , la ville impériale exposée à un assaut procfiaîn , l'empire ft deux doigts de sa perle , et elle-même contruiute de fuir, Mial<;ré une grossesse avancée, snns a|)[)iii, sans secoui*s , avec un époux tendrement aiiné , dont elle ressentait vivement l'infortune, et avec des enfansqui n'étaient pas encore en Age de sentir leur malheur.

La premitoe nuit ils arrivèrent à un petit village , où ils essuyèrent tout ee que Tindigence a de plus affreux. Ils furent obligés de se retirer dans une cbaumière déserte et dépourvue de toutes choses; on n*} trouva ni lits, ni chambres, ni vivres. C'était un spectacle capable d'attendrir , que de voir ces augustes personnes qui oommandai^t un si vaste mpire , exilées dans leurs proprès états , réduites dans une misérable cabane aux liorreurs de la pauvreté. Un eourage moins ferme en aurait été abattu , mais au milieu de l'épouvante universelle , et de la eonsteniation où é(ait toute la cour, on voyait Eléonore intrépide, et le vertueux Léopold avec une majesté aussi sereine et aussi paisible que s'ils eussent été dans leur palais, au sein de l'a» bondiince et en pleine sùre|é. Us songeaient ^ dit Tautenr de la Vie m eette princesse , à l'état encore plus niaiheurcux où leur Dieu et le Roi des rois s'était réduit lui-même en naissant. .

Bans celte extrémité des affaires de l'état, ïa seule diose ^ui ébranla un peu Tinvincible constance d'£léo« Bore f fot le parti que prit l'empereur d'aller malgrà tous ks périb joindre l'armée qu'on rassemblait contre leeTQrçs, Le joyr même de son d^rt^ rimpératriee

260 l'école

était accouchée d'une princesse. Ses couches furent trés-heureuses , malgré tant de voyages y dlnquiéluiles», de frayeurs et de calamités, qui faisaient craindre pour

elle ; mais elle en dut le succès moins encore a la bonté de son tempéra nient , qu'à la fermeté de son esprit , inrnpnbled'ètreabattue p'ii la continuité des malheurs, auxquels loyte autre femme, da^ns sa situation aurait infaillihlcment succombé. Le ciel récompensa enfin tant de courage et de vertu par une victoire signalée

Îu'on remporta sur l'armée ottomane, et qui fut suivie e la levée dusléj^e de Vienne.

Ouellecoiisolatioii \)\n^ douce querelle de la religion, pour une personne malheureuse , en proie aux douleurs et aux misères de l'humanité l. £t qui pourrait ne pas applaudir aux beaux sentimons d'un philosophe stoî-* cien? cf C'est Dieu qui m'a formé , disait Epictëtc : puissé-je à mes derniers momens lui dire : 0 mon Maître ! ô mon P( «re 1 tu as voulu que je souffrisse , j*ai souffert avec résifînation ; tu as voulu que je fusse pauvre , j'ai embrassé la pauvreté ; tu m'as mis dans la bassesse, et je n'ai point voulu la grandeur : tu. veux que je meure , je t'adore en mourant. »

Ce héros de la patience païenne était esclave d'Epa-^ phrodito, capitaine des gardes de Méron. Il prit un jour fantaisie à ce maître barbare de s'amuser à tordre la jambe do scn esclave. Kpiri( te , s'apercevant qu'il recommenraît avec plus de forri» , lui dit en riant et sans s'émouvoir : a Si vous continuez , vous me casserez infailliblement la jambe. )) Ce qui étant arrivé en effet : c< Ne vous l'avais-je pas bien dit» reprit tranquillement Epicf été? » Celse le philosophe ayant opposé ce trait de modération aux chrétiens, en disant : a Votre Christ a-t-il non fait de plus beau à sa mort? — Oui , dit saint Aui^uslin, il s'est lu. n

La religion seule nous fait recevoir tout ce qui peu.t nous arriver de piusiàcheux» avec une patience , une résignation , une joie même , que ne connut et ne donna jamais le superbe stoïcisme » lui qui , se roidissant contre le sentiment intérieur par la honte de paraître faible , cachait un désespoir réelle sous une apparente tranquillité. Eh I comment, en effet, les infortunés

auraient-ils trouvé des cousolatiQUs dap^ uu système

hEÂ JtiofiiJiis. S61

qui accablait TIiMime soaffirant sous le joagf insuppoi^

tâble du destiu, et ajoutait à ses afdictions la nécessité plus affreuse encore de cacher ses larmes ? La reli«^ioii clu'étieane, bîea différente de cette orgueilleuse philo* soj^hie , ne travestit pas la vertu sous de beileSi mais dumériques idées. £U6 ne se fait pas une fausse gloire de rendre insensiMë ; mais elle soutient > elle anime par les plus grands exemples , par les plus consolantes promesses; et, ce que le monde et la philosophie n'ont jamais vu , elle montre dans un chrétien affligé un homme heureux dans ses peines et dans ses souffrances, ce Toutes mes tribulations » disait i'Apôlre , me remplissent d'une joie que je ne puis ni exprimer , ni contenir

Qui que vous soyez qui souffrez , qui êtes en proie à Taflliction , à la douleur, au chagrin, jetez-vous de même dans les bras de larch'srion, et vous éprouverez les mêmes sentimens , la même consolation. Mais , quelque triste que. puisse être votre état, gardez-vous surtout de fatiguer le public du détail de vos peines. Il n'^ a que de Toigueii ou de la puérilité à se plaindre' continuellement de ses malheurs. N'en parlez qu'à vos amis les plus intimes et les plus capables de vous consoler : encore le seront-ils bien moins qlie Dieu. Si vous avez assez de force , ne contiez vos peines qu'à lui ^eul, JLes hommes, pour l'ordinaire, méprisent les malheureux ou en sont peu touchés. On n'est guère sensible qu'à ses propres raaux^ Sotavent la sensibilité qu'on nous témoigne, n'est que sur les lèvres, ou n'est, comme c^lle des amis de Job , qu'une pitié orgueilleuse, plus cruelle à supporter que )( s plus grands malluMirs. Un marchand qui venait de faire une perte considérable 9 recommanda à son fils d'en garder le secret. Le fris |>romit d'obéir » mais il prià son père de lui dire le mo iif de cette recommandation, «r C'est afin, mon fils, lui répondit le père , qu'au lieu d'un malheur, nous n'en ayons pas deux à supporter, celui d'avoir fait cette perte , et l'autre de nous voir consoler par des goïïMB qui n'accordent leur estime qu'à ceux, qui réussissent, d

^ fitiperabundo gaudio in omni tribulations nostrd. U.Uor* 7t

il est encore moins à propos de ifen pl«tiidie«Cei»^

les souffrent doirent roii^^ir d'en parler , autant que ceux qui les font. On a toujours tort d'en iostruire le public. Un mari qui emiysiïi souvent la mauvaise hu^ meur de sa fenne p ne ioî opposait d'autre armei que le silence. Un die ses smis Jni dit : c Ost ^etl Men queTCfos cnigMs votre femme ^ Ge n^est fttint elh que Je emîne; reprit le mari ^ c'est riclat> qui ferait son déblioimeur el le mien.

Ne faites rejaillir vos pemea sur per^iime*

De quelque source que Tiennent vos chagrins^, eê serait udq ^rânde înjustirc deles faire réfoifnb<*r sur 1rs autres ; ce serait imiter ce» animaujc furieux qui se jettent sur tous ceux qvi M ie mittmnrde Im vefieoittMr* Ne confondez pas les hmoeem- amer tas eoupaUes , et n'affiliez pae les entres pmm que rou^ â¥M én éà$h^ i

jriin. O^^^'l^c triste consolation y que de rendre mal- l h^Mireux ceux qui vivent avec vous? Voyez cet hofnme | qu'un revers imprévu accihle , ou que ]<i bile suffoque: ' ii ne rentre dans sa maison qu'aveo toutes les marques de la fureur. L'œil en feu j l'air menefant^ les peroter foudroyantes à hi boudie ^ il dAdiarge sM <o«toiix sur tout ce qui se présente^ Ce sfieetecte t^etie tévoMe et vous indigne \ gardez-vous donc de le donner jamais;.

Evitez aussi de ressembler à ces «yrofnéeurs étemels, espèce d'hommes inquiets et turbulent, qui exhalent sans cesse » et contre tout le monde ^ lem^ manvaiae humeur. Quoique ce déiiiut semble «ppaflenir aux

vieillards, comme un effet de la faîMesse ou de§ infir^ mités dont la nature est alors assaillie^ , et comme un reste d'autorité qui expire avec un long murmure , ii est pourtant do tou^ les âges ^ surtout dans le» per^ sonnes nées avec une bile prompte à fermenter et à s'fmflammer. Ceux qui ont ce dmnt se Ulchent sana sujet y crient pour une ftule légère $ et s'empevteAt

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qiomi M leur répond : il n'est pas mémé |permis d*avoir raison avec eux. Ont ils reçu qnelque sujet de méconte»tcment de la part de certaines persormes h qni ils émmi éeê égards : dés qu'ils se trouvent en liberté an milim de leur luaiiBe^ ce sont des ctk , des plaintesji dis inywM^ é» imbAM, noë fempète d'antMl plus y/kimiÊti qtt'elle a éti&fMerrée «t gmsie patt Ift contrainte» Leur bile, qni sort à grands flots , se répand sur leurs awi» niémes ; que poiirraîent-fls faire de pis à leurs plus «frandf ennemis? Aussi tons fuient (1rs qu'ils le peuvent et les laissent seuls. Us n'ont pas même la consoli^o» qui mfo ieuvent avx inallieureait , celle d'être plaittli s le maf fu'ib fontempédhe de compatir an kior*

Ceux qui font souffrir les autres de leurs chni^i ins , sont d'autant plus injustes , que souvent ils ne doivent les imputer et le^affrihner qu'A eux-mêmes. Ils se sont attiré, par leur faute » les maux qui leur arrivent ; ils 8<Nii pfeflriers artismê de leiM peines. On les a ' iiHullia d^tni^ maniètcr atraeer» ratcer qoe , pent-4tre , ib mt pwt tmH k^mmde des llenés et des hauteurs

qui révottètité Ils viennent de perdre un procès qui les ruine ; c'est quMls Tout eux-mêmes intenté, et cjne par une cupidité aveugle, ou par une haine obstinée, ils n'ont voulu se prêter à aucun accommodement. Us ressentent I dans tous leurs membres , des douieui*s aiguë» et erneUe» , parce que , déterminés à se livrer sans ménagement à tous leurs plaisirs ^ ils ont fait des excès capables de ruiner le tempérament le plus furl. Puisqu'ils ne sont malheureux que par leur faute, n'y a-t-il donc pas autant de folie que d'injustice à s'en prendce aux autres , et à vomir contre eux , comme il arrive souvent , tout le venin de leur mauvaise hu* nieur ?

Ne dites pas que votre mal est un de ceux dont on ne peut être guén qu'en changeant de tempéramen( et de corps. Ce préjugé naît du déconr?îgement auquel on se* livre y. lorsqu'on a éprouvé la diiliculté qu'il y a de contredire son amocm^propre et ses passions* Mais il est faux qK^OD ne parvieaae pi» à se corriger du défaut dont nous porloMki , lorsque , s»ns se rebuter , on ^'<ipp)i^i'.ô»iaçèr©m^at à le faire, L'impossibilité qu'on

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prétexte n'est qu'un manque de coUrage > tine iâcliè faiblesse» qui nous fait céder à rhumetir, parce qu'il en coûterait d'abord un peu pour se roidir contre elle et la vaincre. Maïs» en voulant s'épargner une eourte peine qui ferait bientôt triompher, on nourrit et l'on entretient den ennemis domestiques , qui renaissent sans cesse et se mu!ti|>]icnt , parce qu'on n'a pas voulu les dompter. On s'abandonne à son uati^rel vicieux» ou n'oppose rien au penchant» on se laisse maîtriser par l'humeur » et on lui cède honteusement le domaine que devait avoir la raison.

Mais , qu'en arrive-t-il? Cette mauvaise humeur qu'on a llatlée , ménagée , devient , pour Thorame qui s'y livre, son phis cruel tyran. Quel trouble ne canse-t-eî!e pas dans respritl quelle tempête n'excile-t«elle point ddns le cœur I ses moindres effets sont d'obscurcir les jours les plus sereins , d'empoisonner tous les plaisirs de la vie , et de nous rendre même déraisonnables. Un duc de Milan assiéj^ù dans un château par les Florentins qui lo pressaient vivement, ne trouvait aucun mets à son goût lors qu'il était à table. Il en querellait souvent son cuisinier » qui » après plusieurs autres excuses » lui dit : « Voulez-vous » monseigneur » que je vous parle nettement ? Les viandes sont nonnes et bien préparées^ mais ce sont les Florentins qui vous dégoûtent. »

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