‹ L'ecole des moeursChapitre 14 sur 30 · L'icou · texte numérisé non relu

L'icou

à rillusion de leyr vanité et à toate fa faiblesse de leur raison ! Ses oracles n'en paraissent que plus admirables et plus divins , (|[uaiid on les compare avec les leuiB. PdDS ceux de l)ieu » se découvre partout » à mesure qu*on les examine , le caractère majestueux d'une préme intelligence ; et la religion n'a rien àfraindre que de n être pas assez appronfondic. jOans ceux de nos incrédules, le premier cou p-d'œil ne lait apercevoir qu'un tissu de songes et de visions, embelli, si Ton veut ^ par les grâces du langage , mais sans réalité : oi^ n'y voit qu'un amas confus d'idées bizarres qui choquent la raison la plus commune ^ des décisions bardies, de^ conjectures arbitraires , des suppositions gratuites , qui tiennent lieu de preuves. Ils sont donc des séducteurs , de nous donner leurs idées cbiniéiiques poni quelque chose de certain ; et leurs disciples , des iniprudens , d'être si faciles à contenter dans une affaire où il est si essentiel de ne pas se tromper. Ils sont donc des insensés , et ceux qui ajoutent foi à leurs discours , le sont encore davantage. Le fameux Muncer , chef des anabaptistes et des enthousiastes , ayant par ses discours séditieux soulevé un grand nombre de pajsans en Allemagne y les rebelles furent taillés en pièces, et leur chef fut pris. On lui demanda pourquoi il avait séduit tant de malheureiix. Il répondit en riant : « Pourcpioi me croyaient-ils ?J» Ne vaut^I pas infiniment mieux soumettre sa raison à Faulorité de Dieu , qui est la Sagesse et la vérité même, qu'à lautorité d<î nos philosophes , qui , par les absurdités et les contradictions où ils tombent sans cesse, montrent qu'il n'y arien de moins sûr que leur doctrine , ni de moins infaillible que leur témoignage ?

Mais ce qui ne doit pas les rendre moins susjpects , c'est qu'ils ont , comme le peuple de leurs disciples , des passions à satisfaire, des craintes à dissiper , le ciri de la conscience à étouffer. Ils ont en eux un principe d'illusion, plus vif et plus agissant encore, l'orîrueîl , qui seul a fait plus d'incrédules célèbres que toutes les autres passions ensemble , par l'envie démesurée qu'il leur inspire de passer pour des génies supérieurs , et de s'immortaliser en faisant une révolution éclatante dans^ les esprits. Et dès qu'il est certain que ces hommel

jms MOfiUBs. lOâ

audadeux ont tant d'intérêt à tons tromper et à se

séduire eux-mêmes, de quel poids peut être leur autorité ? Quelle que soit la pénétration de leur esprit ou rétendue de leurs connaissances , ces qualités , si estimables par elles-mêmes p ne doivent servir qu'à nous les rendre èn eux plus suspectes. Ce ne sont entre leurs mains que des armes plus dangcireuses , qu'un moyen iplus sûr de &sciner nos yeux , et de donner au mensonge les apparences de la vérité.

Ainsi raisonnera tout bon esprit qui juge sainement et sans prévention. D'ailleurs, se dira-t-il à lui-même, que gagne-t-on à suivre le parti de l'incrédulité? Encore, si cette étrange philosophie contribuait du moins à rendre et plus heureux et plus tranquille ; mais non , elle ne saurait être qu'une source de troubles et de peines. Car quel état plus fâcheux , plus inquiétant , que celui où Ton court les plus grands risques si Ton se trompe, tandis qu'on n'a , pour se rassurer dans une matière d'une si grande conséquence ^ que des incertitûdes ?

Si Ton était assuré qu'il n'y eût rien à craindre ni à espérér après cette vie , le parti de Fincrédulité serait moins inexcusable. Mais on a beau rêver , méditer ,

approfondir , on ne peut parvenir qu'à ioimer des doutes, ûas peut-éire , des que sait-on. Qui le croirait? le patriarche des impies modernes , le fameux Bayle , est forcé lui-même de l'avouer, ce Mon talent , dit41 , est de former des doutes , mais ce ne sont pour moi qûe^ des doutes. » Philosophes profonds de nos jours , génies rares et sublimes , qui êtes nés pour éclairer la terre , voilà donc où aboutissent toutes vos recherches et Inuies vos méditations, à nous remplir de doutes et d'incertitudes! Mais dans le doute de ce qui arrivera après cette vie , l'homme sage voudrart-il risquer la perte d'un bonheur infini , s*exposer au hasard 4e ne trouver dans l'avenir que les maux les plus terribles , • la mains d'an Dieu vengeur , d'un Dieu qui , après i avoir souffert long-temps et avec une patience étonnante Mes insultes et les blasphèmes de l'impie, doit à sa justice de punir des attentats d'une énormité infinie, par des chfîtimens infinis on durée *?

* Moos ne sonnies pas tiUmt$ que IHeu lécompeuM éléiiMiUer

IM l'école

Non ) non » 0e dira Phomme prudent : il ne s'agit pas

ici de quelque inlérôt léger , qu'on peut facilement né-* gliger ou réparer; il ne s'agit pas même de quelque grand intérêt temporel , de ses biens, de son honneur, pour lesquels , dans le seul doute , on se donnerait les plus grands mouyemens , on ne balancerait pas à prendre le parti le plus sûr. 11 s'agit de nons-m&oes , et de notre état pendant toute une éternité. '

En vain^ pour détourner sa pensée de celte éternité qui l'attend , et qu'il n'anéantira point en n'y pensant pas, l'incrédule chercherait-il à s'fMoiudir. Il ne pourrait eu venir à bout, qu en ressemblant à cet insensé , qui s'avançait en riant vers le précipice affreux dans lequel il allait périr. N'y a-t41 pas de la stupidité et de la Iftlie à s'exposer à des maux étemels , pour la jouissance passagère d'un plaisir frivole, qui ne laibse après boi qu'amertume et que remords?

Qu'est-ce que risque, au contraire , le vrai chrétien? Une via courte, passée dans l'observation de la loi» dansl'accomplisseaientdeses devoirs, dans la pratique d'une religion qui ne prescrit rien que de juste et de ■ raisonnable. Si la religion est fausse , ce qui néanmoins est impossible , comme nous l'avons démontré , voilà , si Ton veut , suivant la sage réflexion de La Bruyère , soixante années de perdues pour T ho m me de bien , j>our le chrétien vertueux; il ne court* pas un autre risque. Mais si elle est vraie, c'est alors un épouvantable malheur pour l'incrédule , pour le libertin. L'idée des maux qu'il se prépare effraie ; la pensée de l'éternité malheureuse , dans laquelle il court se précipiter en aviïugle, fait trembler.

Mais quand nous ne considérerions que la vie pré- Asute , la doctrine de nos philosophes incrédules est-elle

mnu l(\s actions vertueuses ; (icvons-nous lYtro, qu'il punisse de iiK'me les crimes , puisque sa justice est égaie à sa bonlé? Celui qui ies cammel, s'expose donc et est censé consenti r à toutes les suites, à I.Ylornité même des peines , si cHc eiiste. Mais pour la révoquer en doute , il laut abjurer la religion ciirélienne , qui en fait un de ses arlicles de foi , et qui ne peut pas plus se tromper sur ce

J)oint que sur les antres. Ainsi , néeessairement de aeux choses *une : ou la-reliffion chrétienne çst ùssm , Ott Féiernité des peine» esljraîç.

^ssi aYantagense à la société qu'ilis ne cessent de le

bumaia , comme ils oient se vanter de Tétre ? A quoi tendent leurs coupables efTorts , et celte conspiration odieuse ^'ils semblent avoir formée de détruire la religion , smon i reiftcher et à briser tous les liens de la

société , à renverser l'ordre public , et à faire disparaître ce qui reste encore parmi nous d'honnêteté et de décence ? Eh ! que deviendraient les mœurs, la bonne foi , la svireté des états et des particuliers, si le monde était une fois persuadé ^ ou qa'il n'y a point de Dieu^ ou que Dieu n'a pas les yeux ouverts sur les actions des nommes ; que tout périt avec le corps ^ et que le néant est le terme commun du vice et de la vertu ? Que sertil de croire yn Dieu, si les plus vertueux n'out rien à espérer de sa bonté , et si les plus méchans n'ont rien h. craindre de sa justice ? Rompe? les barrières sacrées de la religion et de ses terreurs salutaires, vous brisez le plus puissant obstacle qui puisse arrêter la fougue des passions » et vous ouvrez la porte à tous les vices.

0 esprits-forts de notre siècle I tel est donc Taffreux chaos dans lequel vous voulez nous replonger î Tel'sera donc le fruit de vos travauxetde vos funestes triomphes ! Vous aurez appris aux hommes à se livrer , sans bonté et sans remords, à des voluptés qui avilissent la nature et confondent l'bomme avec la bête , à fouler aux pieda les principes de Téquité , toutes les fois qu'on pourra se flatter d'échapper à la sévérité des lois : puisque, s'il n'y a rien à espérer après la mort , le véritable intérêt de l'homme esi de s'attacher à tout ce qui peut le rendre heureux durant cette courte vie. Tous aurez appris aux souverains à ne reconnaître d'autre régie de leur

Pouvoir que leur volonté , et auxfpeuples à ne regarder autorité gênante des rois que comme une tyrannie. Vous aurez armé le fils contre le père , l'épouse contre l'époux , le serviteur contre!© maître. Ne vous étonnez donc pas si la plus saine partie des hommes déteste vos principes , gémit de vos succès , et réprouve vos écrits ; si les pères vertueux, les mères chrétiennes, les insti^ tuteurs vigilàns sont attentife A les arradier des mains d'une jeunesse inconsidérée ; si les personnes sages et

^J^.^.I^ E%^§^^ 9^W^^. \^ corrupteurs des

dire , et sont-ils vraiment

iOft L'nSOLB

mœiirf? , r^mme les fléaux do lâ ftodéfé , comme le&. apôtres et les législateurs d'une multitude demecoanset de pe^rers , àin viendront puiser dans Vos' fuiiestc^ du- Ttages rbiibll de tous les mvoirs et rapologic de tous les vieés.

Le genre humain n* est-il doiK pas bien redevable â nos grands philosophes, à nos admirables législateurs, de lui enjsei^ner leur sa2:c et utile doctrine? Peut-on rien imaginer de plus propre à unir tous les hommes j, i resserrer les Aœuds de la société , à former de bons citoyens? Parlons ^rieuèement. Qui est cè qui voudrait Tivrè avec une société d'hommes qui se conduiraient par leurs affreux principes? Ne vaudrait-il pas mieux, demeurer dans les bois avec les animaux sauvages?

Faut-il donc^tre surpris , si les magistrats prot* rieurs des lois, vendeurs et défmseurs de la tranquillité publique , réveillent aujourd'hui leur vigilancé, etarment leur zélé, pour répnmer la témérité de ces esprits in^

Suiets ét tiirbulens , dont Taudace ne veut de maître ni ans le ciel, ni sur la terre? Ils regardent comme un des premiers devoirs de leur ministère , de livrer aux flammes et à riufamîo re<; maximes contagieuse? , qui , enseignant à secouer un joug sacré, apprennent à porter indocilement un joug humain , et qui , en aiTranchissaiit les hommes d'un des fireins les plus forts de leurs passions, rendent Tinfraction des lois ae la société civile et plus facile et plus hardie.

Puissions-nous aussi en avoir inspiré la juste horreur qu'elles méritent I On trouvera peut-être que nous avons trop multiplié nos réflexions sur ce sujet. Mais, tandis que l'incrédulité attaque la religion avec une audace saerilégé , nous èonviendrait-il de garder un Iflche silence? Et dans un ouvrage destiné aitxbônnes mÔBUis^ nous pardonnerait-on do ne pas noiis élever de toutes nos forces contre ceux dont la doctrine téméraire, sous le titre imposant de philosophie, ne tend pas moins , comme nous l'avons fait voir, à saper tons les fondemens des mœurs , qu'à détruire ceux de la religion ? Si la vérité , dont lis se vantent d'être les interpi^tes et les organes , ne saurait être nuisible aux hommes , ainsi qu'ils le répèi!;ent sans cesse , n'est-ce jmi une grande preuve que ce qu'ils tUsent n'est pas la vérité ?

DBS HCBUBS. 10*^

. Défies-TOiu de leurs discours trompeurs » qui eo^ ont

séduit tant d'autres. MaJheur à ceux qui , en abandonnant la religion , quittent le flambeau pur de la vérité , pour Poivre les lueurs trompeuses d'une fausse philosor phie? Où pourront-elles les conduire y qu'au plusgrand et au dernier des précipices? Car il est rare que l'on sorte des routes égarées de l'impiété. L'âge af&iblit leé Hutres passions , mais Torgueil de Tincrédulité se fortifia avec les années; ce n'est guère qu'à la mort qu'on le voit se démentir. L'impie, dans la vigueur de la santé, se pique d'une bravoure à toute épreuve contre les frayeurs de l'avenir; mais elle l'abandon ne souvent, à la vue du tombeau prêt à le^ recevoir. Alors ses dout^ s'éclairdsséiit, sa fierté se déinent : il pâlit, il.se trouble. Est-ce donc qu'un rayon sorti des profondeurs de Tétemité lui a découvert en un moment le secret de ces mystères qui révoltaient sa raison? Non , les dogmes impénétrables delà foi restent encore, à ses yeux, enveloppés des mêmes ténèbres : mais ses passions expirent; elles s'éteignent avec ses jours ; leurs charmes, disparaissent devant la nuit et les horreurs du tombeau; là religion reprend son autorité , à mesure qu'elles * perdent de leur empire ; et les décisions de l'esprit ont changé , parce que celles du cœur ne sont plus les mêmes.

Nous en avons un çrand exemple dans un fameux impie , Boulanger, qui a écrit avec tant de fureur contre la religion. La vue de la mort l'a frappé. U a eu le bonheur de voir alors la lumière , dont les nuages dm passions lui avaient dérobé Féclat. 11 a fermé sa porte à ceux qui l'avaient séduit. II a demandé et reçu les derniers sacremens. Pendant sa maladie, il a fait un aveu bien hpnorable pour la religion : il a protesté

Îu'il l'avait toujours resj^ctée dans ^n cœur ;. qu'en Drivant contre elle il avait é^uffé la voix de sa consàenoe ; qu'il s'était laissé enftratuer pa? la fougue de son imagination , par les éloges et les applaudissement des philosophes.

Combien de héros do l'incrédulité ne sont de même rien moins qué ce qu'ils paraissent I Ils ont encore de la religion dans le cœur. Ils. croient l'avoir étouffée; ils se trompent , elle existe encore p et r^aralt» dés que

1M L'iCOLB

les passions loi fbnt place. C'est no feu caché sous la cendre ; ils en ressentent de temps eu temps Tactivité^ et surtout à la yue de quelque péril. Oii les voit aloM

JIqs tremblans que les autres^ hommes. Le souvenir 'avoir témoigné plus de mépris qu'ils n'en sentaient pour la religion , et d'avoir tftché de se soustraire in« téiieu rement à son joug, redouble leur inquiétude , comme le patrittrcLie des incrédules uioderiu s , Bayle lui-même^ le déclare avec beaucoup de caudeur ; et peut-être ne parlait-il que d'après sa propre expérience.

S'il s'en trouve quelquefois d'une impiété assez dé^ terminée pour fidre parade de leur irréligion , au' mo* ment même que la mort va trancher leurs jours et décider de leur destinée étemelle , ils sont eu bien petit nombre. Mais quand ce prétendu héroïsme serait moins rare qu'il ne l'est, prouverait-il au Ire chose que la force d'une passion invétérée , de la prévention , du * respect humain , et du pouvoir qu'a sur nous la honte de ce rétracter ? Ne sait-on pas aussi tpie la grande colère de Dieu est souvent de ne la point faire éclater ; et que , par un effet de ses redoutables jugeiiiens sur les enfans des hommes , il laisse quelquefois alors dans un mortel assoupissement et dans une fausse paix ceux qui , pendaut leur vie^ l'ont oublié ou ont afiècté de ne le pas connaître ?

On lit dans le Socrate chrétien de Balzac , qu'un

Iirince d'Allemagne , grand mathématicien , étant à 'article de la mort, le ministre de la religion l'exhorta à faire sa profession de foi. Le ])rince lui répondit ea souriant : a Monsieur, j'ai bien du plaisir de pouvoir vous donner la f^atisfaction que vous désir<^ de moi. Vous voyez que je ne suis pas en état de £ûre de longs discours. Je vo^ dirai seulement en peu de mots , que je crois que deux et deux font quatre , et que quatre et quatre font huit. Monsieur un tel, montrant un mathématicien qui était là présent, pourra vous éclaircir des autres points de notre croyance. x> Quelle monstrueuse insensibilité, ou quelle aveugle ostentiition 1 Uu homme mourir dans ces sentimens , faire gloire , en mourant y de croire les vérités mathématiques , et de n'avoir que cette croyance ! Puisqu'il sait si piurfaitement que deux deux font quatre, et que quatre e*

DES MOEcms. iOB

quatre font huit, il aura tout le tempa de ealenkr les années d'une étemilé malheureuse.

11 £BLUt convenir qu'une si déplorable indifférence sur son sort éternel est rare. On voit , comme nous l'avons dît , aux approches de la mort , la plupart des incrédules , mal affermis dans leurs principes , être saisis de frayeur , et tomber quelquefois dans le désespoir. Quel exemple plus frappant , que celui que notre siècle vient d'en avoir dans la jiersonne du chef de nos philosophes * I n semble que le ciel, depuis si long-temps justement irrité de ses Uasphèmes , eftt attendu à faire éclater sa vengeance que, ramené dans sa patrie par les vœux ardens de ses sectateurs , ils Feussent élevé au comble de la gloire , en lui rendant des honneurs presque di"vins dans l'ivresse de leur admiration. Cest dans ce momentrlà même que^ devenu, pour ainsi dire, une victime plus digne de la justice divine , il est frappé. Quand il a vu. arriver sa dernière heuro , quels accès affipeux de trouble et de désespoir n a-t il pas eus 1 « Je voudrais , écrivit le jour de sa mort un fameux médecin du roi, que ceux que ses ouvrages ont séduits eussent pu en être les témoins : il n'en faudrait pas davantage pour les détromper. » On l'a entendu plus d'une fois , déjà moribond , s'écrier : a Dieu m'abandonne ainsi que les hommes, j» Qu'il est malheureux de n'avouer son erreur que quand on sent le bras du Tout-Puissant qui s'appesantit sur soi î Qu'il est trisle de ue reconnaître un Dieu qu'à ses chàtimens I

xvu.

Ne rejetez pas moins tout jirindpe hérétique , Cest peu d être chrétien , si Ton n'est cawolique.

I parmi tant de sectes qui partagent encore aujourd'hui les chrétiens , toutes pouvaient être la religion véritable fondée par J.-C. et par les apôtres , il serait

sans dotiifi assez indifférent d'einbrasscr et de ïiuîvre celle qu'il plairait. Maisromme elles difjPèrent toutes en des poi^ essentiels et contradictoires qu0 Dieu ne peot avoir également révélés ; il maiiquérait Quelque chose à Tceuvre divine ^ la sagesse ételiielle se seraif maBqaéB à eUe-iiiAney si ellen'eAtimpriiné à ta religion vraiment émanée d'elle des caractères de vérité , si distinctifs et si lumineux ^ que les plus simples mêmes ne pussent s'empêcher de les reconnaître.

Car puisque l>ieu a révélé une religion aux hommes» et qi],'ii leur A îtnpoflè une obligation indispensable de la croire ejt 4e la prattquerit.il &at qu'il Tait rendue» visible et si étante , qu'èllë l'emporte sur loates les autres , et qu'elle ait des marques plus certaines qu'elle est la religion véritable. Mais ou les trouvera-t-on ailleurs^ ces nuirques divines , que dans la religion catholique, apostolique et romaine?

£t, en effet, elle est la seule qui subsiste invariable» ment depuis J.-G. jusqu'à ptésent, parnne succession continneile de souvenons noiitifes et d'évêques* Cest en vain que les sectaires tàcnent de remonter jusqu'aux Apoti es; on Iro in c bien des siècles vides et interrompus, où leur religion ne paraissait nulle part; ou plutôt nous savons exactement quand toutes ces sectes ont commencé : on sait le nom de leurs auteurs , qu'elles portent encore aujourd'hui , et celui de leurs premiers sectateur^ ; lenr nouveauté dépose centre elles* Vn ambassadeur de France en Angleterre étant revenu d'une maladie mortelle , des seigneurs de la cour lui demandèrent s'il n'aurait pas été bien fâché de mourir et d'être enterré ])armi eux : cr Non, répondit-il; j'aurais seulement ordonné que Ton creusât ma fosse un peu plus bas , et je me serais retrouvé avec les miens. »

Touteslesautres sectes sontsorties de l'Eglise romaine par des divorces scandaleux ; mais FEg^lise irëiildine n'est sortie d'aucune autre , parce quelle n'a point d'autre origine que J.-C. ot ses apôtres. Elle a été avant toutes les sortes e t toutes les hérésies. Les hérésiarques, avant l(îur révolte, ont tous été catholiques et romains. Simon le magicien , premier auteur d'hérésie, s'élant £aiit baptiser , était de la religion de saint Pierre , previierpape établi par J.-G. ; Anus était prêtre de l'Eglise

romaine; Lutlier en étmt moine ; Calvin , chanoine ; Zuingle^ arcbiprétre ^ el Henri YIU^ le fils et le dé-* fenseur, ^ . ,

Quelle mission ont-ils donc eue^ ou plutôt ra ont-ils eu d'autre que celle qu'ils se sont donnée & eux-mêmes , et que chacun peut se donner aussi bien qu'eux T Ou sont les miracles que Dieu a opérés par leur ministère, pour rautoriser? N'ont-ils pas , au contraire, établi et étendu leur secte par les intrigues , les factions , les guerre^ civiles et la force, des armes ? Combien de millions d'hommes la seule secte de Luther n'a-l-elle pas fait égorger éh Europe I Daps le seul rojaumé de France , les sectateurs de Gal^in ont livrés dix-sept batailles rangées contre leurs légitimes souverains. Quelle religion ! quelle réforme 1 quel évangile ! Toutes les sectes qui n'ont pas été assez puissantes pour pouvoir prendre les armes > sont tombées presque dé^ leur naissance. ^

Mais qui n'admirera la fermeté inébranlable de la religion romaine 1 Elle a été attaquée par toutes les puissances de la terre et de l'en fer. Les empereurs

faïens n'ont rien oublié pour Té touffer dans sa naissance, lusieurs autres princes ont en différentes fois saccagé Rome , massacré ou chassé les papes ; plus de deux cents sectes héréti^es ont attaqué TEglise romaine. £t à ^uoi ont servi toutes ces attaques , qn*k la rendre toujours plus ferme et plus invincible ? Nous la voyons survivre à toutes les erreurs , traverser avec assurance tous les siècles , et , au milieu de cette agitation universelle des choses humaines , subsister toujours , sans que ni la puissance des hommes , ni la malice des démons I ni les entreprises des novateurs qui ont voulu la diviser par des schismes , ni les artifices des héréti-* ques qui ont tâché d'altérer la pureté de sa foi , ni les vices d'un grand nombre de ses enfans, et quelquefois même de ses fhefs , qui l'ont déshonorée par leurs scandales , aient jamais été capables de l'abattre ou de l'ébranler.

Portez vos regards, au contraire » sur cette multitude

de sectes différentes , qui ont paru successivement sur la terre, et qui se vantaient faussement d être la véritable Eglise de J.-C. } et voyez comment , aj^rès y

DigitizGd by G

lia tficoiM

avoir fait plni oa moins de bruit > suivant qu'elles ont été plus ou moins protégées , elles sont retombées pour jamais dans Tabime du néant et de ToubU. Celles qui se sont élevées dans ces derniers siècles , après avoir

fait d'abord de grands ravagos, ont tari tout d'un coup comme des torrciis , etn'ont plusfaitde progrés. Elles ne 5e sont cousorvées que dans quelquès pajs particuliers, où les catholiques romains mêlés même avec elles , ai nsi qu^avec presque Cous les peuples de l'univers » subsistent malgré leur baine et leurs persécutions. On y voit la religion qu'ils professent , garder au milieu d'elles le l)eau nom de catholique , ce nom que , pour la distinguer de toute autre Eglise, elles sont elles-mêmes forcées de lui laisser. Réunies toutes contre elle seule , parce qu'elles ne peuvent souffrir une religion dont elles sentent la supériorité , leurs eflforts conjurés et toujours infructueux ne servent qu*à confirmer de plus en plusforaelede son divin Auteur, que les paries d0

ïen/er ve prévaudront jamais contre elle *.

Oiielie consolation pour les vrais fidèles, et quelle conviction de la vérité . de voir la religion chrétienne et catholique, depuis dix-huit siècles, victorieuse de toutes les erreurs et demeurant toujours la même , se conserver un grand nombre de sectateurs dans les pays

Jui Font abandonnée , et regagner avec avantage dans e nouvelles conlréci» , ce que dans d'autres l'esprit d'erreur et de schisme lui a fait perdre I Le malheur est pour ceux qui la quittent , bien plus encore que pour elle. Les branches sèches qui tombent d'un grand arbre , ne Tempèchent pas de s'élever avec les autres vers le cieL

Cè caractèro de permanence et d'indeslructibilité ,

' unique et propre à notre religion , n'est-il pas un miracle toujours subsistant en faveur de ceux qui n'ont pu être les témoins des miracles sans nombre que le bras du Tout-Puissant a opérés aux yeux de l'univers pour la fonder et l'étendre , une démonstration accablante con^^

• Le mot de portn sîgnUie ici puissances , parce que chez les Juifs on tenait les asiciabÙei» ïm readaiila justice auxpoitei

i>£â~ M(»:rRS. 113

tre toutes ta seeta oui tombrat aux pieds de cette Eglise triompliaote , dont elles sont détachée T

Aussi ses adversaires mêmes ne peuvent-ils s'empêcher de reconnaître sa supériorité. On a entendu ii Strasbourg deux ministres luthériens , qui revenaient d'assister un de leurs malades à la mort, se dire Tun à Tautie ; a Voilà encore une personne qii&nousTenons d'envoyer en enfer, d

Le trait qui suit est peut-être encore plus frappant. Un ministre calviniste, qui était lui-même prés de mourir, envoya sa servante chercher un prêtre catholique. Elle rencontre dans la rue un ollicier qui lui demande comment va le malade. Elle lui répond qu'il est à l'article de la mort, et qu'il l'a envoyée chercher un prêtre catholique. II la força de rentrer chez son mattre , en disant : Puisqu'il a envoyé les autree au diable, ^uii y aille aussi lui-même^.

Mais voici un témoignage bien décisif. La princesse Eiisabelb-Christine do WolfTenbutel étant sur le point d'épouser l'archiduc Charles d'Autriche^ qui fut depuis^ Fempereur Charles VI , crut devoir , pour la tranquil* lité de sa conscience , consulter les luthériens mêmes. Les docteurs protestans , assemblés à Helmstadt , ré-

Fondirent : « Que les catholiques ne sont point dans erreur pour le fond de la doctrine , et qu'on peut se sauver dans leur religion. » La princesse embrassa la religion catholique romaine. Le duc son pére en fit de même , disant que le parti le plus sûr , dans une ma* tiére si importante > serait toujours le parti le plus sage.

Nous pourrions rapporter plusieurs autres preuves , qui assurent inconstabltment à l'Eglise romaine le titre glorieux de la véritable Eglise de J.-G. Mais nous eu

* Ce ( lit , ari ivf^ à Nnniur , est trés-cerblin , ClDOUi» le leaoQsde plusieurs peisoiines dif^iies de foi.

"* On les Irouvera surtout dans un petit ouvrage intitulé : Métho" de courte et facile pour discerner la véritable religion d'avec lei fausses. La lecture rélléciae de ce bon ouvrage, qui a ramené plusieurs proteslans dans le sein de FEglisc, ne manquerait jamais de produire le même efibt , si la conversion du cœnr était loiqoiirs le nuit de la conviction de Tesprit. On peut lire aussi les Pemim théologiques, par domJamtnf reUgieux hMdietin» La traduction allemande de ce livio nineaa eai749 le prince Valalin an ^eiii de rSgiise cetboll^ue.

'114> l/É€OLB

avons dit assez pour convaincre tout esprit dmit ét raisonnablequ'eileest la vraie religion que Dien artvèl& aux hommes , la seule véritable Église que J.-C. a fondée sur la terre.

Âimeï le doux plaisir de faire des heureux,

4ttc premier, le plus naturel de nos scntimens^ celui

2ui nait et meurt avec nous, est le désir de notre h6ù^ eur. Mais l'auteur de la nature ^ qui nous destinait à vivre en société , a sagement voulu que notre propm bonheur fût lié à celui des auti cs. La même main , qui a mis dans notre âme Tamour de nous-mêmes , y a ^ imprimé un sentiment de bienveillance pour nos semblables. Aussi les cœurs bien faits et généreux éprouvent-iJs la satisfaction la plus pure à faire du bien aux autres hommes.

Faites des heureux, vous le serez. Le plaisir le plus délicat est de faire celui d'autnii , de rendre un cœur content, de combler une âme de joie,

le ne sais fchbas d'autre félicité ,

iQoe dans une flatteuse et douce voTupié ,

Kon dans Ja voloptédent le peuple s entéle »

Qu'on évite avec soin pour peu qu'on soit houDéte ,

Ht qiiî , pour des plaisirs peu aimables et faux , Cause presque toujours de véritables maux. «Vappeiie volupté proprement ce fjiron nomme Ke se reprocber rien et vivre en bnnnéle homme ; pu mérite opprimé réparer l'injustice ; Ne souhaiter du bien que pour rendre service; Etre accessible à tous par son bunianité, ^îon, rien n'est comparable à celte voJuplé.

Quel plaisir, en effet , ne doit-on pas sentir à soula^er^ ceux qui souffrent, à régner sur les cœurs, à mériter' le tribut de leurs actions de grâces 1 Eh I qu'a de plus délicieux la majesté même du trône, que le pouvoirde faire des ^rhco^ î Quel usage plus doux et plus flatteur, disait à k cour la plus brillante de l'Europe l'ingénieux

et él^ânt Massillon^ les grands j^uveui-ils faire de leui: élévation et deleuropuîeDC&^ 'queae faire desheureuxl Qu'ils emploient tant qu'il leur plaira leur» biens ët leur autorité à tous les usages que l'orgueil et tes plaisirs peuvent imciUer, ils seront rassasiés, mais ils ne seront pas satisfaits; la joie pourra se raontrer à eux, maïs elle ne pénétrera pas dans leur cœur. Qu'ils les emploient , au contraire , à faire des heureux , à reudre la vie plus douce et plus supportable à des infortunés i^e Texcès de la misère a peut-être réduits mille fois à souhaiter que le jour quiles vit naître eût été lui-même la nuit éternelle de leur tombeau : ils sentiront alors le plaisir d'être nés grands ; ils goûteront la véritable douceur de leur état : c'est le seul privilège qui le rende digne d'envie.

L'auguste impératrice Marie-Thérèse a su le connaître et én jouir. Parmi une infinité de beaux traits qui honorent sa vie » on aime à se rappeler celui-ci. Elle était à Luxembourg y maison royale prés de Vienne. Elle y reçut un message de la part d'une femme âgée de 108 ans , qui, pendant plusieurs années , n'avait pas manqué de se présenter le jour du jeudi-saint , pour être au nombre des pauvres femmes auxquelles Timpératrice-reine lavait les pieds. Ses infirmités l'avaient emtoéchée de se rendre au palais. Elle fit dire à Timpératrice qu^elle avait le plus vif regret de n'avoir pu se ' rendre à la cérémonie , non à cause do l'honneur u*elle aurait reçu , mais parce qu'elle avait été privée u bonheur de voir une souveraine adorée. L'impératrice , touchée des sentimens de cette bonne femme , se rendit elle-même dans le village qu'elle habitait. Elle De dédaigna pas d'entrer dans une humble cabane. ËHe trouva la personne infirme sur un misérable grabat, (f Vous regrettez de ne m avoir point vue, lui dit avec bonté cMq p^énéreuse princesse ; consolez- vous , ma bonne , jo viens vous voir, ï> Qu'on se représente l'eUfet ^ue produisitsur cette pauvre femme la présence de son impératrice , et les paroles touchantes qu'elle tenait de prononcer. Ses yeux étaient baignés de larmes , sa bouche entrouverte ne pouvait proférer une parole ; elle tendait ses mains jointes ettrcniblauLes du

côté de sa souveraine elle la reg^udait comme un

116 ViooÊM

ange du del, qui venait pour la consoler dans ses pei*^ ncs. L'impératrice attendrie l'entretint long-tempg, et lui laissa en se retirant une somme considérable.

Ceux qui s'exercent à la bienfaisance y sentent la vérité de cette belle maxime de J.-G. : a Qu'il est beaii* coup plus heureux de donner que de recevoir. » Oui , quoi qu'en pensent les hommes durs et intéressés , la joie de faire du bien est tout auiremeut douce que celle de le recevoir. Quel plaisir est comparable à celui de rencontrer les yeux: de îa personne qu'on vient de rendre heureuse 1 Quel son de voix plus touchant ^ue celui du malheureux qu'on vient de combler de joie , et oui ne sait comment exprimer sa reconnaissance 1 Si l'on a dit de la louange qu'elle était la plus agréable de toutes les musiques, on peut dire aussi que de toutes les louanges la plus agréable est celle qu'on a méritée par sa bien faisant. Les seuls éloges dont les riches et les grands soient on droit de ne pas se défier , ce sont les éloges qu'ils obtiennent de la reconnaissance ; toute autre louange peut s'adresser à leur fortune, celle-là ne s'adresse qu'à leur personne.

Quel spectacle plus ravissant que celui de se voir aimé 1 Tous les objets qui s'offrent , sont agréables ; tous les mouvemens qui s'élèvent dans le cœur , sont des plaisirs. Voulez-vous les goûter , ces plaisirs si vrais, si touchans, si dignes d'une belle âme ? vivez pour les autres : vivoz surtout pour placer le mérité , pour protéger l'innocence, pour secourir l'homme qui souffre. Faites couler la joie dans des cœurs flétris par Tadversité. Entrez chez des misérables , coinnic une divinité tutélaiie qui préserve de la mort. Eludiez toutes les occasions d'épargner du mal aux autres , ou de leur procurer du bien. Répandez des grâces à pro* pos, sans en être sollicité ; épargnez une pudeur timide , qui les achète toujpurs trop cher dès qu'on l'oblige à les demander. Vous goûterez une satisfaction ptus flatteuse, plus douce, que celui-là même qui aura senti les effets de votre humanité. Si vous ne la trouvez pas telle, si vous éprouvez la moindre amertume dans lo souvenir d'une bonne action , si vous vous la reprochez^ j'y consens, n'y revenez jamais.

On s'aoeoatuma à la prospéiité i et on n'y devient

Ml WWMi 117

ittsciifiibté^ maïs on sent toujours la joîe d'être rantenr de i<i prospérité d'autrui. Chaque bienfait porte avec lui ce tribut doux et ser.ret dans notre âme. Le long usage p qui endurcit le cœur à tous les plaisifs, le rend ici tous les Jours plus sensible.

Ce plaisir si pur ^ si digne d'une ftme noble , était celui (lu maréchal de Praslin , qui vivait sous Henri IV. Tout occupé , dans son gouvernement de Troyes en Champagne , dit l'auteur des Hommes illustres de la France , du soin de faire des heureux , il trouva le rare secret de Tétre. Au lieu de chercher à briller par une dépense fastueuse , il lui sembla plus beau de nourrir des citoyens que des chiens et des chevaux ; il aiifia mieux vêtir le vieillard indigent et l'orphelin délaissé,

3ue de décorer d'une riche livrée, une foule importune 'esclaves insolens et paresseux. Dispensateur généreux de ses biens^ il ne s'en réservait pour lui-même que la moindre partie. Sans attadbement pour les richesses , il savait mieux en jouir : il n'ouvrait jamais les yeux que pour se voir environné des heureux qu'ila vait faits.

Pourquoi si peu de riches et de grands aiment-ils à imiter un si bol exemple? 11 semble que plus on est en état de soulager les malheureux , moins on est touché •de leurs misères ^ plus on a de fisMÂlité à répandre la joie et Fallégresse dans les cœurs , moins on a d'inclination il le faire. Riches, las de vos plaisirs , et chagrins au milieu de vos superbes maisons , où les soucis et les peines habitent si souvent, et remplissent vos jours d'amertume , voulez-vous, au lieu de la langueur et de 'la mélancolie qui vous affligent , faire couler dans *votre Ame une joie constante? ne songez qu'à produire» ipar vos bienfaits y des sentimens d'amour et de recon^ naissance : vous éprouverez que faire le bonheur des autres, c'est travailler à son propre bonheur. Le beau .trait suivant en est la preuve.

Dans une petite ville de France ^ un homme riche , 9nais accablé du fatal ennui de vivre ^ allait terminer :ses nialheureux jours , lorsque , passant dans la plate ipublique , ses yeux égarés se fixèrent par hasard vers ^ne maison. Il y avait au-dessus de la porte une ins- «cription latine , dont voici le sens : « 0 toi , pour qui

ton existence est un £wnleatt^ cherd^

ii% L* ÉCOLE

kl Tertu saura te ftire aimer la vie 1 d U s'ar]:rétf i^i moment, et songe qu'il y a dans son voisinage un menuisief » honnête hoînme et pauvre , restié veuf depuis peu avec beaucoup dVnPans. <x l'étais bien fou , dit-il , de livrer ainsi ma succession à des héritiers avides , qui aurnîent ri de ma sottise ; ]*en veux faire un plus digue emploi. » Il retourne aussitôt sur ses pas, envoie chei^'chcr le menuisier y et lui dit : a Je suis touché de votre état : voici une somme de mille écus, pour vous mcltriO en état de travailler et d'élever votre famille. » Il se . chargea lui-même de réducation de ses enfans, et il eut la salisfaciîou de les voir tous répondre à ses soins. H goûta la joie la plus douce au milieu d'une famille dont il était devenu le pèro , et qui Tadorait. Il avoua souvent qu'il n'aurait jamais cru qu'il y eût tant dç plaisir à faire cî^Iui des autres. U vécut long-temps , e\ féclit toujours beurenw

Si vous avez des trésors , quel ciupîoî plus avantageux et plus honorable pouvez-vous en faire , que d'en acheter des cœurs I La joie sombre et toujours inquiète que Tavarice goûte à contempler ses amasd'or et d'argent f aussi inutiles pour elle-même que pour les autres» pourrait-elle jamais être comparée à celte que sent une terié généreuse, en se faisant aimer par ses bienfaits ? Un calife , qui faisait jeter de l'or dans les coffres de son palais , s'écriait : « Fasse le ciel que je vive assez pour les remplir ! » A ces roots, son favori frémit d'indignation , et voulut s'éloigner. Le calife l'arrêta, a Où, vas-tu? lui di^l. — Pardonnez-moi , seigneur ^ répour dit le favori : je me suis ressouvenu d'avoir accompagné votre aïeul en ce même lieu. Son pére avait fait , comme vous, rempli ces coffres. En les vo^aut il sonpîra; des larmes coulèrent de ses yeux, et il dit : c( U Dieu de Matiomet 1 faites-moi vivre assez pour em-t plover ces richesses à rendre mes sujets heureux. »

On est digne de son bonheur, quand on aime à le parla* gen Telétalt Henri II , duc deMontmorenci, qui, par ses belles qualités , s acquit* Icslime de toute la France \

* C'est celui qui ayant ea le malheur de se laisser eatndnerdaos .

une révolte contre son prince , fut pris les arniesà bimaili» etdé%,

aitàlé à Xeulme. d M li^vmeHèn^^^^

dbs'mobuiis; lit

Voyageant en Languedoc, dont il était gouverneur , il aperçut dans un champ quatre laboureurs qui dînaient k l'ombre d'un buisson* a Approchons^nous de ces bonnes gens , dit-il k cent: qui raccompagnaient , et demandoDS-lràr s'ils se croient heureux. » Trois répondirent que » bornant leur fèlCcité à ceriaineB commodités de leur condition que Dieu leur arait données , ils ne souhaitaient dans le monde rien de plus que ce qu'ils avaient. Le quatrième avoua franchement qu'une rhose manquait à son bonheur , c'était de pouvoir acquérir un certain héritage que ces pères avaiont possédé* «r Et si tu l'avais ^ cet Kéritagé , dit le duc , serais-tu content? ^ Autant que je pids Vèite /i^pondit le paysan. — Combien vaut-il? — Dkiu^L mille francs , répoudit-il. — Qu'on les lui donne, reprit le duc , et qu'il soit dit quêtai rendu un homme heureux en ma vie. » ' ' . • ' .

Ou lit dans la me du chevalier Beyard un trait tfA nous paraît encore plus beau » parce que ce gu^ner n*ayait ni les moyens , ni la fortune du duc ito Mont-

morenci. Durant les guerres d'Italie, Bayard apprit qu'un trésorier devait porter aux ennemis une grande somme. Résolu de mettre la main sur l'homme et sur son trésor, il alla se placer en embuscade avec vinst hommes, et envoya d'un autre c6té Tardien, Pub de ses hommes d'armes y avée yingt-dnq soldais , afin que, si le trésorier échappait à l'un Tautre ne le manquât pas. li passa par où était Biiyard, qui fondit sur lui. Le trésorier et son escorte , croyant avoir toute une armée à leurs trousses , s'enfuirent sans regarder derrière eux. On atteignit le trésorier : il fut conduit à la ville où Bavard étsdt en*gamisoii , et l'on trouva dans la caisse quinze mille ducats.

En ce moment arriva Tardîeu , qui fut ébloui de c^s belles médailles, et qui n'en regrettait que davantage que la fortune ne lui eût pas donné la préférence sur Bavard, a Mon camarade, lui dit-il, j'ai ma part làdedans , comme ayant été de l'entrepnse.—^ Vous ayez été de l'entreprise y répliaua Bayard , mais non pas de la prise , et même quand vous en auriez St^ , n'êtesvous pas sous mes ordres î » Tardieu devint furieux â

cette réponse et alla porter ses plaintes^ au^ général

ftançaîâ > qiii adjugea la prise à Bayard. Celui-ci , pont $e divertir aux dépens de Tardieu , mit devant lui les ducats en monceau sur une table, a Camarade , lui dit-il , voilà de belles dragées , qu'en dites-vous ? — Je dis ^ répondit-il avec un grand soupir , qu'elles sont belles 9 mais que je n'en tàterai pas : cependant la moitié de cda m'aurait bien accommodé , et me mettrait à mon aise poor le restantde ma Tie. — Ne tîent41 qu'à cela y mon ami , reprit Bajard , pour que vous soyez beureux le reste de vos jours ? Ne regrettez pas de n'avoir pas mis la main dessus plutôt que moi : ce que le basard ne vous a pas adressé , je vous le donne de bon oœur : la moitié de cela est pour tous. » .

Tardieii croyait que le cbeyalier continuait encore à le badiner ; mais quand il yii compter et partager l'argent, et que Bayard lui en eut mis la moitié entre les mais : (r Hélas 1 mon cher maître, mon ami , s'éeria-t-il, en se jetant aux genoux du chevalier , et versant des larmes de joie , comment reconnaitrai-je le bien que TOUS me £utes? — Ne parlez pas de si peu de cbose , mon compagnon y répondit Bayard; c'est le moins que je voulusse faire , et que je ferais pour tous si j en • avais la puissance. )) Cependant le bienfait se trouva si considérable pour Tardieu , qu'il en fut riche toute sa vie, et qu'il épousa dans le Ronergue, sa patrie, une héritière de trois mille livres de rente , ûïï^ d'un gentilbomme et leur postérité existe encore aujourd'hui dans le comtô d'En, avec le titre de marquis de Ma« leasie.

L'inclination à faire le bonheur des autres est une qualité si aimable, qu'elle nous fait aimer de ceux mêmes qui ne peuvent avoir part h nos bienfaits. Qui peut lire encore aujourd'hui sans attendrissement les noms de ces princes dont le souvenir est si cher à l'humanité , desTitus^ des Maro-Auréle, des Louis XII, des Henri IV, des Léopold et des Stainislas? Chéris même aprè^ leur mort, combien ne le furent-ils pas durant leur vie! Ils aimaient sincèrement leurs sujels , et ils eurent la gloire et le bonheur d'en être sincèrement aimés. Les peuples aimaient des princes qui s'occupaient de leur bonheur ; les princes aimaient des hommes dont le ciel leur avaitconué la destinée, Leai: état était comme une famille

bits ifCBdiui. 13£

ôù Tamour seul commande et obéit. On pôuvâit faire d'eux ce bel éloge , que T histoire fait de Caniit-!e-Bon , roi de Dauemarck : « Il vécut avec ses peuples comme uo père avec ses enfims. »

Quelle féUdté pour le souyendn 9 d'être moins le chef ' que l'ami de ses sujets , et de voir que leurs coeurs sont encore plus à lui que leurs biens et que leurs personnesl Si les hommes se donnaient des maîtres, ce ne seraient ni les plus nobles , ni les plus vaillans qu'ils choisiraient ; ce seraient les nlus tendres ^ les plus humains » des maîtres tels que fut surtout un des plus illustrea rois de France, Louis XII. Lorsque ce prince Ait monté sur le tr5ne-9 il diminua les impôts de plus de moitié p et ne les rétablit jamais. Il aima ses sujets , et témoigna

Eendant tout son règne un désir extrême de les rendre eureux. Aussi tous les Français Taimaient-ils comme on aime un bon pére« Partout où il passait on allait au-deyant de lui , on le suivait A son départ jusqu'à) trois on quatre Ueoes. Un gfmtilhomme de la suite div roi demanda un jour à un vieux Iriioureur qui coumit^ de toutes ses forces , où il allait , enlui disant qu'il s'in« commodait à courir si fort. Le bon vieillard lui répondit qu'il courait pour voir le roi , qu'il avait pourtant vu en passant ; mais qu'il le vovait si volontiers y pour' les biens qui étaient en lui ^ qu'if ne s'en pouvait soûler. Ce sont les termes de ThUtorien contemporain, A sa mort y chacun crut perdre son père ^ et on Thonora h. ses funérailles du titre le plus glorieux qu'ait jamais eu: aucun souverain , il fut proclamé à son de trompe y père du peuple,

Âprés Louis XII, aucun de ses successeurs ne mérita* mieux ce b^u nom que Henri IV. Que n'aurait-il pas^ fait 9 si une main sacrilège n'avait tranché les jours^ d'un prince qui méritait de ne mourir jamais ! Itas» troupes qu'il envoyait en Allemagne ayant fait du désordre en Champagne, et pillé quelques maisons de paysam^ il dit aux capitaines qiii étaient demeurés à Paris : a Partez en diligence ^ donnez vos ordres , vous, m'en répondrez. Quoi I si on ruine mon peuple ^ qui me nourrira f qui soutiendra les charges ) Qui paim vos pensions , messieurs? Vive Dieu 1 s'œ preirare k, inoa peuple^ c'est s'en prendre à moi (

à rapporter les actions de bonté et de bicnraisanoe , que M illustres desoeodan^ se plaiêaiétit & nohs leà retracer» était si persuadé qii^uii ffriâoëh'èst sdr la Irtae que pour fliire le bonheof 4^ §èê {ieiiples , qu'unè personne lui faisant un jour le récit des avantages qfu'un soiiYcrain venait de feiro à ses sujets : ^ Il le devait , répondit-il : je quitterais demain tnn «Jouveraîtielé , sî je ne jpouvais Êiire du bien. Jd Une autre fois , iîn des mimstrei reinréaeiitait à m prince ^ue âe^ kmèis lë ruioaleiit : a Tavt miiQx ^ dil^l) , je li'ëfi ^i c(tie ptui riche , pilisqu'ils seront heoreus^ a

On peut bien mettre encore ait tlcunbre de ces bons princes , qui ne se croyaient nés que^ potir fariré lë bonheur de leurs peuple^? , le vertueux j)an|))tîn, dont nf)tis avons déjà parié plusieurs fois , et dont la vie touchante est iciisplie des plus beaux traits et dès plus nioMes seofimeDS. Nmift n'en raMotflerqiîs qu'uA^ Ot lui pairr lait m jour d^off splenmcle festin ^^AÉ&éêmi écàtht dans sa capitale. <r Ces somptueux repas qui ont duré cent ^ingt-sept jours , répondit-il , auront étc expiés pnr quatre mois de jeûne solennel dans ses provinres. Pour en faire de semblables , je voudrais pouvoir y inviter toute la nation , ou avoir auparavant l'assurancè qu'aucun de mes sujets n'ira ce jour4à se couefter sans souper. »

Et soulagez surtout le pauvre vertueux*

EvTTîT! les pauvres qui peuvent être Fobjet de vùire

bienfaihance, vous devez surtout préférer ceux qui , ayant de la conduite et de la vertu , m-, méritent pas leur mauvaise fortune* 11 y en a toujours beaucoup de cette espèce.

Attachez-vous encore par préférence aux vieillardi^ , aux malades , aux pauvres honteux , anx^ personnes malheurevises que votre ebarîté pourra retirer du dé-

hcrdre ou em])èciier d'y tomber, l ue femme fort

Dauyrc, mais (jui Avait la aoiwlatiw d'Mr^ît* Wfifi (Û^

m iàdtckk 123

aîmabledontlesgrâcesmodestes aniîOTçaîettt la f^airosse, se présenta avec cctlç jeune personne à l'audience du <^iiiat Fàlliësè. Eite lai exposa qu'elle était sur le pcriot &êiré tèiivoyéé if et ^ fille tf un petit appartement qu'elles ôocupâkfDl un liloinine fort riche , parce qu'elfe ne pouvait lui pajcr cinq écus qui lui étaient dus. l e ton d'honnêteté avec lequel elle faisait connaître son malheur , fit aisément comprendre au cardinal qu'elle n'y était tombée qpie parce que la vertu loi était plus chère que les richesses. U écrivit unbillety et la chargea dè le portfei^ (k soii intendant. <]eliii-ci rdyaut ouvert, compta snr-leMjhamp cinquante ééns. (( Monsieur, lui dit cette femme, je ne dem<indais pas tant à monseignenr , et certainement il s'est trompé. » Il fallut, pour la tranquilliser, que 1 intendant allât lui-même parler au cardinal. Son cminence reprenant son billet , dit : <r II est vrai , je m'étais trompé , le procédé de madame le prouve, Etau lieude cinquante édis, îïen écrivit cinq ceiîW , qtfîlengageâ la vertueuse mère d'accepter pour marier sa fdie.

Une des charités les plus louables , est sans doute celle qui a pour objet l'âme encore plus que le corps , ou qui entretient dans l'amour du travail. L'aumOae qni nourrit le vice ou la fainéantise , ne mérite pas d'en porter le nom. Un jeune roi de Perse , toudié de compassion , fit donner h un pativretlnesommeconsidérable. Quelque temps après on lui lit des plaintes du désordre daus lequel vivait le pauvre qu'il avait enrichi. Il ne tarda pas à le voir lui-même à la porte du palais. U était couvert de lambeaux , et il revenait demander l'aumdne. Le roi , le montrant à un des sages de sa cour : « Voyez-vous , dit-il f les effets de la bonté? Vous Mi*avez vu combler cet homme de richesses ; en voilà le fruit : mes bienfaits ont corrompu ce pauvre; ils ont été pour lui une source de nouveaux vices et d'une nouvoîlc misère. — Cela est vrai , lui répondit le sage, parce oue vous avez donné à la pauvreté ce que vou& ne deviez donner qu'au travail. »

On rapporte de M. de Launai , célèbre avocat de Paris , qu'il refusait rarement l'aumône aux pauvres ; mais eu la donnant, il leur recommandait do travail-» ,

Jiet pour gagner leur vie ; « Je me levé, leur disuit-il « '

124 li'jSGQLB

tous le» jours k cinq licures du malia pour gagner la mienne, d

Vîncenfînc Lomelin , dame génoise , très-riche ^ peut être proposée aux dames chrétiennes et charitables ^ comme un illustre modèle de la sagesse avec laquelle elles doivent placer leurs anmônes. Tant6t elle raisait venir cbez elles les femmes les plus pauvres et les plus malheureuses de Gènes, et leur procurait les secours spirituels et temporels dont elles avaient besoin. Tantôt elle engageait, par l'appAt des récompenses, des filles publiées à quitter le genre Iionteui^ de vie qu'elles menaient; elle leur en Ifodlitaît les moyens , soit en lepr procurant de Vouvrage , soit en les plaçant dans quelque communauté où elle payait leur pension : et si, malgré ces précautions , sa bienfaisance n'avait pas, & Tégard de toutes , un effet durable , c'était toujours pour elle une satisfaction de les avoir pour quelque temps garanties du désordre. Les pauvres orphelines avaient surtout une part abondante à sa charité : la crainte qu'elle avait que ces infortunées ne fussent nu Jour abandonnées à elles-mêmes , les lui rendait extrêmement chères ; elle en mettait le plus qu'elle pouvait à Tabri de la séduction par ses libéralités, et dès qu'elles avaient atteint un certain âge , elle mariait honnêtement celles qui se déterminaient pour cet état, et procurait aux autres divers établissemens.

Mais , eiuoique la charité et la bienfoisance ne soient jamais mieux placées que quand elles servent à entrer tenir dans l'amour du travail , à soutenir les restes d'une vie infirme et languissante, k soulager la vertu malheureuse , ou bien à retirer du désordre des personnes que l'indigence ou le libertinage y avait préci-

IûtéeSy on ne doit pourtant pas refuser d'étendre vers es antres malheureux une main généreuse et compatissante* Il ne faut pas même la fermer entièrement à ceux qui d'ailleurs en seraient indignes , lorsqu'ils se trouvent dans une vraie nécessité. On reprochait à un plûlosophe qu'il faisait l'aumône à un méchant : <r Jela fais à la nature, répondit-il , et non à la personne. »

Si le Sage veut qu'on donne à celui qui est bon , et qu'on n'assiste point le pécheur, 1^ Très-Haut

liait lui-mémeles pécheurs , et ^ il exerce sa vengeance

contre les méchants, il ne parle pas cm aumônes légères* qu'on donne à un pauvre, sans devoir examiner scrupuleiisemenis'il est bon ou mauvais, parce qu'une telle recherche ne servirait qu'à refroidir la charité et à priver les indigcns des secours lès plus nécessaires ; mais il parle des secours les lAus considéiables , qui ne sont employés^qu'à nourrir les vices ou la fainéantise. 11 suffit de donner peu à ces sortes de personnes , pour les éloigner de soi , pour prévenir leurs malédictions et leurs murmures, et pour les empêcher de périr de faim» a Ne détournez pas, dit-il ailleurs, vos yeux du pauvre , de peur qu'il ne se fâche , et ne donnez point sujet à ceux qui vous demandent , do vous maudire derrière \uus. Car celui qui vous maudira dans Tamertunit' de son âme, sera exaucé par relui qui Ta créé. )> Le Sage ne prétend pas autoriser les malédictions du pauvre , mais il nous avertit d'en craindre l'effet* a Un peu de pain , dit-il encore', est la vie des pauvres : celui qui les en prive , est un meurtrier* j»

Les abus inséparables de la mendicité publique, et les vices dont elle est souvent accompagnée , ne sont donc pas une excuse lé^ûtime pour refuser tout secours aux'mendians. Nous n'en serions pas moins coupables devant Dieu de leur mort , s'ils périssaient par notre £iute, ni moins responsables à la société, des crimes auxquels la faim les porterait , comme le prouve , avec cette éloqu^co mâle et vigoureuse qui le distingue , cet. écrivain fameux, qui a du sa première célébrité à ses paradoxes, et son plus giand nom à ses erreurs ; mais, parmi l'amas ténébreux de ses assertions fausses et hardies , il sort de temps en temps des flammes brillantes de vérités souvent nouvelles, toujours exprimées avec force et portant l'empreinte du génie.

<r Nourrir les mendians , dit-il , c'est contribuer à multiplier les gueux et les vagabonds , qui se plaisent à ce lâche métier , et se rendent à charge à la société ^ la privant encore du travail qu'ils y pourraient faire. VoUà les maximes dont des complaises raisonneurs aiment à flatter la dureté des riches. On souffre et l'on mtrefient à grands frais des multitudes de profession» inutiles , dont plusieurs ne servent qu'à corrompre et gâter les mœurs. A ne regarder l'état de mendiât que

126 l'école

coiiume un métier , join qn*on en xim 4^ pai^ftU k eraindre , or ne trouvjB que de quoi npurrir en nopi^ lés sentimens d'intérêt et abumanîté qui devraient Unir tous les hommes. Si Ton veut le considérer par le talent, pourquoi no récompen serai s-je pas l'éloquence de ce mendiant, qui me remue le rœur , et me porte ù le secourir, comme je paie un comédien qui me fait verger quelques larmes stériles? Si l'un me fait aimpr les bonnes actions d'autrui , l'autre me porte à en iaire moi-même : tout ce qu'on sent à la tragédie , s'oublie ÀTinstant qu'on en sort; mais la mémoire des malheuj L ux quou a soulagés^ donne un plaisir qui renaît sans cesse.

» Si le grand nombre des mendians est onéreux à l'état > de combien d*autres professions qu'on encourage, qu'on tolère, n'en peut-on nas dire autant? C'est au souverain de faire en sorte qu'il n-y ait point de

mendians : luaib {toia ies rebuler de leur profession , faut-il rendre les cilojens inhumains et dénaturés? Pour moi , sans savoir ce que les pauvres sont à l état, je sais qu'ils sont tous mes frères, et que je ne puis , sans ime inexcusaUe dureté , leur refuser le faible secours qu'ils me demandent. La plupart sont des vd|abonds, j'en conviens ; mais je connais trop les peines de la vie p pour ignorer par combien de malheurs un honnête Lumme peut se trouver réduit à leur sort : et comment puis-je être sur que l'inconnu qui vient implorer au nom de Dieu mon assistance, et mendier un pauvre morceau de pain , n'est pas peut-être cet honnête homme prêt à périr de misère, et que mon refus va réduire au désespoir î

» Quand rauuione qu'on leur donne ne serait pas pour eux un secours réel , c'est au moins un témoignage qu'on prend part à leur peine, un adoucissement à la dureté du refus , une sorfe de ^^tation qu'on leur rend. Une petite monnaie ou un ino|ceau de pain coûtent guère plus & dopuer , et sont VOà^ épouse plus honnête que Dieu vous assiste : comme si Iqs dons de ' Dieu n étaient*pas dans la main des boni mes , qu'il eût d'autres greniers sur la terre que les magasins des riches 1 Enfin , quoi qu'çn puisse penser de < es infortunés,

«i/on m 4oUi:ieii aux gu^u^ gui ipendiwti an^oins

se dôiUoa à soi-metne de reudre honneur à Thuntanilé ^ulï|:aiite ^ ou à soi^ image ^ et dq ^ ]^iut ^'endt^W le cœur à Taspect do ses w^es.

9 Nqnriir les niendîaii^ ^ p'pst^ fliseut les dé|ractears de Taumône , former des pépinières de Yoleurçj et tout au cou U aire, c'est empêcher qu'ils ne le deviennent» Je conviens) qu'il ne faut pas» encourager pauvres à se faire mendians; mais , quand une fois ils le sont; il faot jes Qom'rir ^ de peuf qu'ils ne se fassent voleurs, bien n^engage tant à changer de profession , qi^ede pouvoir vivre dans H : or , tous ceux qui ont

une fois goûté de ce métier oiseux y prennent toTlempnjt le* travail en aversion, qu'ils ainient mieux voler et se laii e pendre y que de reprendre l'usa^^c de leurs i»i as. Un liard est bientôt demandé et refusé ; mais viniît iiards auraient payé le souper d'un pauvre que vingt refus peuvent impatienter. Qai esl*-ce qui voudrait ja-> mais refiiser une si légère aumône p s'il songeait qu'elle peut sauver deux hommes ^'uiid'un prince ^ ^'autr^de Ifi mort ?

» J'ai lu quelque part , que les uiendi<ms sont une vermine qui s'attache aux riches. Il est naturel que les i^i&QS (»'at^ichent ^ux pères; mais ces pàf0sopi|lenset durs les méconKaiisenj^j, et laissent aux pauvres J^ spiii de les pourqf p

Quel est donc le crime de ces hommes , dont les richesses , au.ssi stériles [)Our les autres qu'elles sont féci^ndes en vices pour eux-mêmes , ne sont employées (]n'aux proiusipnsd'un vain luxe, aux recherches d'une molle délicatesse^ à l'entretien des passions quelquefois les liaspeaet les plus honteuses I Quelque ipnocenl3 d'ailleiirs , quelque légitime que soit leui^ fortune ^ i^e devienneot-ils pas de coupa|)les usurpateurs , qui envahissent, sur leurs frères, l'héritage paternel qu'ils devaient partager avec eux ; de cruels homicides, qui, sans répandre le $ang du pauvre , ne lui donnent pas moins le coup de la pipirty lorsqu'ils lui refusent ce oui ImI est n^eisair^ pour le soutien d^ Si^s jours ; des espàçes d'assassins ^ puisque, si le pj^pyro trouvait dans la compa$siou du iripbe les secours qu'il est en droit

128 • CkcoLE

^en attendre , on ne le verrait pas s'armer du fer contre le citoyen padfiqoe , et arracher sea dépouilles sanglantes ? Affreuse et trop ordinaire ressource d'une

misère excessire , qui succombe sous la multiplicité de ses besoins , et ne prend pluâ conseil c^ue du dcses* poir I

Quel puissant motif de soulager les malheureux , s'il reste encore quelques sentimens d'humanité. Ace nom» ion devrait sentir ses entrailles s'émouvoir , et son sein ^s'ouvrir pour recevoir les infortunés. Pourquoi voit*on

tous les jours tant d'hommes durs , chercher à éteindre CCS beaux sentimens dans les autres , comme il est depuis long-temps éteint dans eux-mêmes , en nous présentant les pauvres comme moins à plaindre qu'on ne pense » en les traitant de Mnéans dignes de leur sort , ou de gueux qui en imposent? Mais inutilement entreprendraient-ils d'empêcher nos ccBurs de s'attendrir i la ^ue de tant d'infortunés, si dignes la plupart de pitié et de secours : en vain voudraient-ils leur ôter l'unique ressource qui leur reste : nons croirons toujours qu'il y a moins d'inconvéniens à se laisser quelquefois tromper j^r des besoins foux et simulés , qu'à refuser

leconiir des besoins trop réels ; et , dans 1 alternative Inévitable de manquer pent«éCre de disoemement on d'humanité y nous aimons mieux qu'on nous reproche une erreur innocente , qu'une insensibilité criminelle.

Ainsi pensait une des plus libérales mères des pauvres 4ui fût jamais , l'impératrice Ëléonore. Toutes les fois qu'elle sortait de son palais , elle trouvait une troupe imj^une de mendians qui l'attendaient ; et à peine <éfait-cJIe descendue de carrosse , qu'ils renvironnaient -à Tenvi. On la voyait ti anquille au milieu de cette foule qui y sans nul égard, Tétourdissait do ses cris , la pressait, la heurtait , la tirait par ses habits , et lui arrachait Taumône de la main. Pour se dérober à ces importunités , elle allait quelquefois sans suite et sans prendre avec die ses aumftnes ordinaires. Mais bien souvent les pauvres devinaient sa mardie^ comme si sa charité TeuL trahie et ne lui eût pas permis de demeurer long-temps cachée. Fâchée alors de se voir seule et dépourvue d'argent , se sentant d'ailleurs les entrailles déchirées par les cris de ces malheureux »

empruntait au premier venu quelle argent pour le' distribuer aussitAt de ses propres mains, Oa ne sera pae surpris que, dans un si grand concours de pauvres , il

so glissât souvent des fourbes qui abusaient de sa bonté. Un jour entre autres , elle renconli a cinq soldats qu; paraissaient assez misérables : eile leur donna à chacim une pièce d'or. Quelques roomens après ils eurent l'audace de revenir sous un autredégtiisement ; elle fcagnit d'abord de ne pas les reconnaître , et leur donna pour eux tous une pièce d'or , par un ox<c^ de bonté qui lui faisait excuser ces sortes de supercheries en faveur des misères véritables qu'elles couvrent quelquefois^ ce Tenez mes enfans , leur dit-eiie , prenez encore œlle-ô , mais souvenez-vous que j'ai bien des pauvre» i nourrir, Il y en avait qui , pour la tromper , jouaoent vingt personnages en un jour. D'autres feignaient d'être nouvellement convertis , ou de grande qualité ^ ou ruinés par la guerre, et, ce qui était pire, il s'en trouvait qui faisaient servir ses aumônes d'aliment à leur vie libertine , et qui, après les avoir extorquées , couraient incontinent les porter dans des lieux d'ivresse ou de débauche. Eléonore, avertie de ces désordres , ef voyant que les remontrances qu'on lui faisait à cet égard tendaient à lui faire diminuer s(:s charités , disait eu soupirant : « Hélas ! je ne puis disi ( ruer les vrais pauvres d'avec les autres ; dois-je donc les punir tous , et n'écarter ceux-ci qu'au préjudice de ceux-Kà ? Dieu voit la droiture de mes intentions , il m'en tiendra compte. Uèl ne lEût-il pas lui-*méme luire son soleil sur les bons et sur les mécbans ? d

On n'a jamais tant parlé d'humanité que dans notre siècle ; mais en substituant le beau mot i\ humanité h. celui charité y parce que riiumanité n'est qu'une vertu païenne, et que la charité est une vertu chrétienne , nos philosophes ont voulu , à l'exeniple des plus luibiles sectaires , couvrir de séduisantes couleurs la noirceur de leur doctrine , et prêter du moins à Terreur le masque de la vérité. Ils ont préconisé , exalté l'humanité, la bienfaisance : mais , s'iis ont peut-être réveillé dans quelques cœurs ces sentimeus si naturels , et engagé à faire quelques actes de bienfaisance , do^ les malheureux ont profité ^ nous osons le dire k. W-

130 h'wa*

«loini de la religion, ces sentimens d'humaqUé m

pidité dan» U cpBur? , que quaod X^ji^es par

dunrochain, le som cicspauvn», eUqrMt fin a ^0^0^ de C héroïques exemples ? Combiea ne pourno^^ ïoiSpas eVrapporlcr 1 Les anna es ecclésiastiques et rhSoiredw swnts en sout remplies ; et ces t'iauds tabfS îrcharit^, OU, si l'on yeutd humau.lc e(d<^ 1 enfaisance, la persuaderont toujours bien mieux qu^ Ïh "es les lantes et sècbes maximes de la philosophie, ïï iu , en effet, ne pas se sentir porté à soulager le, mù^ env voyant un Sérapion, paurre lui-même, S Suilîeï de tous ses habits pour en revêtir un ïaŒuX qui mourait de froid î iulen o. e qui l'araitSydeS sine, il répondit en moulrant lo [iv e Ke^^^ * Une autrefois a

; lia nu.ue seul livre précieux ou. restait pour douuei- l'aumône, et dit à son dispiplo ; « ïérité mou Ûlâ, parce.quej'ai lu qu'il m'avait dit ;• vendit mi ce quevouf avez , et donnez-le aux pauvres, Z l'ai vendu lui-même pour donner, aûu qu au jour îluiugemenlj'aiesiqetd'avoirune plus grande confiance en Diei. » Une autre fois , ajoute 1 auteur de sa Vie, une veuve dont les enfans mouraient d« /amiiui aya^t demandé l'aumône , et » »y«°»™'° > lui donner , il se vendit lui-même a des trecs , qui , touchés d'une acUoa si généreuse, se couvcrtirent peu de iours après au chrisUanismc. , • i„

Oii a v« dans le dernier siècle Manc Leckzinska , reinedc France, donner des preuves lisnlustouchanles îe s î compassion pour les malheureux. Ayant entend^ dire à Compiègnc, où elle était , qu'on veiiait de ren- Sntrer un pauvre dans l'état le plus déplorable ell« wulut le voir,, et l'ayant fait entrer dans un cabinet, die le consola, et lui donna en or une somme considérable. Frappé de la magnificence de cette aumône, et plus cncoreVl'air de bonté de sa bienfaitrice , ce pauvre perdit connaissance. La reine alarmée a empressa pour le remellre, le lit asseoir dansson fiiuteuU, et lui uottaa elk-mèmo les choses ueccssaues pour le

DEâ MOEtKà. 131

taglmi^ t moiitô fièro ou plus eoufaseuse que tant de fftwi4i# fin» A qmkjpwfott ils gmtiËeat ]e9 indigend o'une légère et éourle aumône , leur fimt portet*

secours par des mains étranorères , parce qu'il leur

t>araUrâit indigne d'eux de permettre au pauvre de es approcher, et ^ue sa personne leur inspirerait du dégoût.

li'occii^tioii ia plus ordinaire et la plu? agréable 4io eetto {MMtt niaè était de imtailler pour les panyres. Souvent eii tojait sortir dé ehea elle des personnes

chargées de linge et de vclemens qu'elle avait faits pour eux. A Versailles , k Fontainebleau , dans tous les lieux où il y a des maisons royales, elle visitait îos hôpitaux , s'approchait du lit des femmes malades , les û^^rtait à la patience et lonr faisait eotuprendre que leur état» suppertéaYfo somnteieii aux totontés de Dieu , était préférable à oeliii d'dne rane sur le trône; mais ce qui ne donnait pas moins de poids et de persuasion à ses discours, c'est qu'elle les terminait par des largesses secrètes , qu'elle faisait si adroitement , que le voile da roubli les eût toujours couvertes , si la bouche du pauvre ne les eût publiées. £a cela bien difféfeate de nos prétendus sages , qui ont tant de soin de publier eux^^^mémes qudques actions d'humanité et de bienfaisance que rosteutation leur lait faire; parce que , n'ayant d'autre motif que la vanité philosophique, ils sont assurés d'obtenir par ces marques extérieures de ia bonté de leur cœur , encore plus que par les qualités de leur esprit , l'estime et l'amour dos hommes»

Car le monde lui-*méme , tout aveugle et tout corrompu qu'il est dans ses maximes ainsi que dans sa . conduite, a toujours attaché du mérite et de la gloire à la charité pour les malheureux. Ennemi de la vertu dans tout le reste , toujours prêt à s'en faire un sujet de dérision et à la tourner en ridicule , parce qu'elle lait sa oondamnatioii , il eommence à la respecter , aussitôt que les malheureia en sont l'objet. Loin de refuser son suffrage à la bieo&isance compatissante , il est le premier à lui applaudir.

Les qualités de Tàme les plus brillantes , les plus sublimes , et les dons les plus rares de la nature, suscitw>nt contre vous la malignité de l'envie , qui osera

combattre él décrii^r en public ce qu^eUe e&i forcée de révérer en secret. 11 n'en enl pas ainsi de lacompassioii pour les infortunés. C'est une qualité sûre de n'essuyer aucune contradiction , aucune jalousie ; elle n'inq^ire que Testime , elle ne ùii naître que Pamour. Tous les cœurs volent comme de concert sur les pas d'un riche , dont la main ne s'ouvre que pour donner.

Le grand, le prince, le monarque, entraînant à leur suite une foule rampante de serviteurs et d'esclaves^ nerocoivent le plus souvent que d'hypoerilesliommages, commandés par rintérét ou par la coutume. L'homme ui ne marche qu'acoompagné d'une foule d'indigens et c malheureux , obtiendra presque des autels. Dés qu'on le voit , mille bénédictions retentissent sur son passage , mille bouches demandent au ciel la conservalion de ses jours. Sont-ils en péril , ces jours si pré^ cieux? Quel trouble 1 quel afiOiction 1 On regardait sa vie comme une faveur du del , on en redoute la perte comme une calamité publique. Le trépas enlève- t-il enfin un mortel si digne de vivre toujours , ce ne sont point quelques lannes contrefaites qui coulent sur son tombeau , comme sur celui du riche qui n'a vécu que pour lui-même. Autour de son corps, un peuple indi« gent &it entendre les cris de sa juste douleur. U rede* mande son pérc , sa consolation , son soutien ; il se eroH enseveli dans le uuune cercueil. Soupirs, gémissemeni mille fois plus glorieux que ces superbes monumens , où l'orgueil des vivans semble vouloir augmenter le triomphe de la mort. Ces pompes magnifiques, que la mort attache à son cftar , nous apprennent ce qu'ont possédé 9 ce qu'ont perdu , et ce que laissent après eux , ceux auxquels on les consacre , et non pas ce * qu'ils ont fait de bien. Ces éloges funèbres , où l'éloquence la plus ingénieuse est réduite à ne louer que ce qu'auraient du faire ceux qui en sont le sujet , sont souvent démentis parla voix publique. Mais ies larmes des malheureux, qui honorent les funérailles du riche diaritable , sont autant de panégyriques éloquens et unanimes de ses vertus!

Quel éloge plus touchant que celui que ûvciit de la charitable et vor tiK iim' î abilhe, au chef des ^pùtres ,

les cbrélicn&dc Jup[ié 1 Elle élaU morte depuis plusieurs

DBS MOBURS. 133

heures lorsqu'il arriva. On le mèoe dans la salle où son corps était exposé , là toutes les veuves l'entourent^ et lui mootront en pleurant les robes et les habits que Tabithe leur faisait. Un spectacle si attendrissant demandait un niiraclc à celui dont l'ombre lucrae guérissait les malades. Il se met à genoux , commando à Tabithe de se lever , la prend par la main , et la rend

{ileine de vie aux viBuxardens de tous ceux qui étaient à f et qui virent couler de toutes parts des larmes de joie à la place des larmes de tristesse qu'on Tenait de répandre.

Lorsque vous faites Faumône, faites-la promptement et de bon cœur. La faire à regret, pour se délivrer de riinpoi tunité , c'est vouloir en perdre tout le mérite. Mais que faut-il penser de ces charités barbares ^ précédées de regards. si hautains, jetées d'une main si dédaigneuse, accompagnées de paroles si offensantes , que le bienfait même est un outrage? Riches superbes et orgueilleux , donnez-vous l'aumône, ou achetezvous le droit d'insulter? Mais le pauvre est importun. Devrait-il vous importuner? Devrait-il vous demander même? Est-ce que sa misère ne parle pas- assez? Si vous étiez sensibles , si vous étiez hommes , serait-il besoin qu'il vous en fît l'ayea humiliant? Pminettez>-lui du moins de vous exposer son triste état , puisque vous ne iongez pas à lui dans votre abondance. Mais il en impose par des maux simulés , par des misères feintes. Pourquoi le forcez-vous d*en venir là ? Cessez de lui reprocher un artifice que votre dureté lui a rendu com* me nécessaire : il serait moins imposteur , si vous étiez plus charitables.

Vous voulez des maux réels. Mais persuadés , ainsi que veus devez l'être, qu'il n'y a (juc trop de grandes et véritables misères , cherchez-vous donc , comme toutes les personnes riches doivent souvent le faire , à les connaître par vous-mêmes ou par d'autres, afin de les soufa^er? Ne craignes&-vous pas , au contraire , de vous en mstniire , de peur d'en trouver un grand nombre , dont l'état déplorable et dénué de tout secours toucherait votre cœur de compassion , ou lui reprocherait sa dureté? Ne fuyez-vous pas même que^ucfoi^ la vue du pauvre , au liei^ de la rechercher ?

134 LËC^iJs

Eat-ee If mépris que vous avez pour les mi^éitftl^lest qui ferttie votre cœiii" à la compassion? Mais sous eet

lambeaux, sous ces ulcères si révol tans pour la délicatesse , sous le voile de cette pauvreté qui fait horreur, est caché J.-C. lui-raêine , qui dans leur personne sollicite la. recpnaaissance de ce qu'il a fait pour vous, Âurez-Yous âsÉez peu'dçceli^ott ôu assez d'ingratitude pour refta^ ce (fifil vous dem jUkde ^ et ce qu'tt vous

, est si facile de lui donner ? L'or brille daps vos apparie* mens , sur vos habits ; et vous craijçnez de donner à ce misérable de quoi le défendre des rigueurs du froid ou couvrir sa nudité. Vos lits semblent être ceux de la mollesse; et vous le laissez étendu sur la paille. Vos tables sont chargées de mets exquis ; et vous lui refiisez un morceau de pain. Vous vous hfttez d'avoir à grand prix des fruits précoces , comme si vous désespériez d'arriv.er au temps où ces fruits se mangent ; vous forcez la terre et les saisons pour fournir à votre vanité, à votre délicatesse ; et dans un seul morceau vous n'avez pas honte de dévorer quelquefois la nourriture de vingt pauvres fiimilles que vous laissez dans le besoin. Vous prodiguez des sommes considérables au jeu /à vos plaisirs , à votre parure ; et vous regrettez une

• petite pièce de monnaie , que Timportunité du pauvre vous arrache? Le dirai-je ? vous étendez vos folles dépenses jusqu'à nourrir délicatement de vils animaux, tandis que des hommes, qui sont vos semblables , meurent de faim. Vous accordez à ces animaux ce au'ils vous demandent 9 et vous le refusez à vos frères. Allez , hommes durs et sans pitié, vous êtes des assassins : le pauvre que vous ne nourrissez pas , vous l'égorgez ; vos refus sont des meurtres ; les sacs d'argent , chez vous entassés, sont des vases remplis de sang. Votre superflu, qui servirait à nourrir tant d'indigens, sera votre accusateur et votre juge au jour d^la vengeance, à ce jour 06 la sentence la plus terrible sera portée contre les riches cruels et inhumains*.

Si Dieu vous a donné beaucoup de richesses , témoignez-lui en votre reconnaissance , en les partageant

* DiieedUêà me , maledieH, in ignem^ «lerntim.., Siurivi enim, et non dedistis mihi maniware, elc. MatUi. 25*

av^c Ie9jpauvtes« et w craignez que m piis donner assez. Si vous n'avez pas beaucoup de bien , soyez encore charitable: les moins riches peuvent seœurir ceux qui sont dans la nécessité. Il ne faut pas de grands trésors pour .étr^ Jjieufaisant. Tant de personnes ont besoin 4 une recommandation, d^me parole consolante, d'un morceau de pain 1 n Mon fils , disait le vertueux Tobie , fiiites Taumône de votre bien » et ne détournez jamais les yeux d'aucun pauvre : par-là vous mériterez cjue les yeux de Dieu ne se détournent jamais de vous, Soyez miséricordieux , selon l'étendue de votre pouvoir, bi vous avez beaucoup» donnez beaucoup ; si vous n'avez que peu» donnez peu , et donnea-le volontiers. Ce sera un trésor que vous amasserez et une grande récompense que vous vous préparerez pour le jour où vous Cil aurez besoin. Car raumùnc expie tous les péchés, délivre de la mort cternelle, et elle empêchera l'Ame de tomber dans les ténèbres. L'aumôii^^ deviendra f pour tous ceux qui la font, le sujet d'une grande confiance devant le Dieu souverain *• » Et , en effet , à ce jour redoutable où le juge suprême . doit rendre à chacun selon ses œuvres et surtout selon les (juuvres de miséricorde qu'on aura faites ou uégligées , avec quelle assurance croyez-vous qu'un homme charitable doive se présenter à sou tribunal ? Escorté de ses aumônesi , accom^gué des affligés dont il a essuyé les larmes , des prisonniers qu'il a visités , des malade^ dont il a soulagé les douleurs , au milieu de ce magnifique et nombreux corlége , il marchera plutôt en vainqueur qui va être couronné, qu'en suj>pliant qui va entendre son arrêt.

C'est ce qui enilammait la charité de madame Dacier y cette dame si estimable par la vaste étendue de ses connaissances , et qui l'était encore plus par les qualités de son cœur. Sa compassion pour les pauvres était si grande , qu'elle se mettait souvent h Tétroit pour les^ secourir. Son mari lui représentant un jour qu'elle devait se modérer et avoir égard h l'état de leur fortune, (c Ce ne sont pas , lui répondit-elle , les biens que nous avons qui nous feront vivre , ce sont les charités

aue nous ferons ; elles nous rendront amis de Dieu | et dles contribiieront à efîacer nos péchés. »

Ne craignez donc point de perdre ^ à proportion que vous êtes plus généreux à T^rd des pauvres. Croyez ,

au contraire , qu'il n'y a de perdu pour vous , que ce que tous donnez au monde et à vos passions. Voulezvous que vos richesses passent en l'autre vie et vous y devancent , semettez-les entre les mains des pauvres : eux seub peuvent les y porter. Vous ne conserverez que ce que vous leur aurez confié ; tout le reste sera perdu pour vous. Donnez-leur ce qui doit vous édiapper avec la vie. Au lieu d'amasser des trésors qui peuvent devenir la proie des voleurs , et qui deviendront certainement celle de la mort , amassez des trésors infiniment plus nécessaires , et que rien ne pourra jamais vous enlever. Faites du bien aux pauvres pendant que vous vivez , plutôt qu'après votre trépas , parce que le mérite en est beaucoup plus grand , et que c'est en quelque sorte être libùial du bien d'autrui , que de ne donner que ce que la mort va contraindre de laisser à d'autres.

Ce bien qu'on répand dans le sein des pauvres , est comme une semence qui souvent produit des fruits abondans , même pour cette vie. L*aum6ne faite en vue

de Dieu et selon les lois de la charité , n'a jamais vu riiidigence marcher à sa suite. Combien , au contraire, n'y en a-t-il pas, dont la prostérilé semble avoir été en proportion de leurs aumônes ! Ce qu'ils donnaient d'un Côté , Dieu le leur rendait de l'autre. C'est qu'on ne perd rien avec un maître qui ne se laisse pas vaincre en libéralité* On raconte d'un riche négociant , qu'il ne prenait jamais d'assurances pour les marchandises qui étaient à son compte sur les vaisseaux ; mais il donnait aux pauvres ce que lui auraient coûté ces assurances : il disait que cette manière d'assurer ne l'avait jamais trompé.

L'illustre et vertueuse baronne de Chantai^ mariée à un des plus riches seigneurs de Bourgogne , avait

épuisé dans une famine tout ce qu'elle avait mis en réserve poia les pauvres. Elle se vit réduite à un seul muid de farine de froment et à nn peu de seigle , qui

• lui étaient nécessaires pour la subsistance de sa paison.

Cependant la famîne continuait , et le nombre des pauvres , au lieu de diminuer , augmentait tous les jours. Combien de personnes , dans une pareille conjoncture , auraient cessé leurs aumônes l Madame de Chantai , pleine de confiance en Dieu , continua les fliemies jusqu'à la récolte» Le muid de fuine de froment et le peu de seigle , pendant six mois, ne diminuèrent point. Lorsque la moisson fut arrivée , on allait voir avec admiration ce peu de blé , où Ton n'apercevait aiiriine diminution sensible. C'est im fait qui a été attesté par tous ceux qui servaient alors madame de Chantai , et que croiront sans peine ceux qui savent les promesses du Seigneur à cet égard, «r Les uns , ^ dit Salomon , font part de ce qui est à eux et n'en deviennent que plus riches ; les autres ravissent le bien d'autrui , et sont toujours dans l'indigence. Celui qui donne aux pauvres n'aura besoin de rien ; mais celui

Îui les méprise lorsqu'ils le prient ^ tombera lui-même ans la pauvreté b

Lorsque Dieu sollicite notre charité envers les pau-»

vrcs , c'est moins pour eux que pour nous : et ce pauvre qui disait : « Faites-moi Taumône pour l'amour de vous, » parlait très-juste, a Renfermez, dit le Sage , votre aumône dans le sein du pauvre , et elle priera pour vous^ afin que vous soyez délivré de tout mal ; elle sera une arme plus forte pour combattre votre ennemi , que le bouclier et la lance du plus vaillant homme **. »

Le duc de Neubourg , père de la vertueuse impératrice Eléonore , réprouva dans la circonstance suivante. Ce prince faisait des aumônes fréquentes » mais légères à chaque fois» persuadé , disait-il, que Faumône doit ressembler à une pluie lente , mais continuelle , et parlà plus utile à l'a terre que les torrens d'eau subits et passa«^crs. Sur cette maxime , qui était aussi celle du savant cardinal Bellarmin , ce bon prince ne faisait pas difficulté de se charger lui-même de menue monnaie qu'il distribuait de ses mains » ce qui lui sauva une

* Alii dividunt propria , et ditiores fiunt ^ etc* Prov. il et 28. "* Conclude eleemosynam in corde pauperiê, §t hçse Jjwo la

exQtakit ah omnt mako f «(c* Scdi. ^

litô l'école

fois la iw; ^ éUiM àlâ ^aiM dtus leâ forêts de Yteone, uo siiiiglier qui 9^ jf^ta sur iui aroliqna heu- Teusement ses défimes w h fio^e oit f électeur roafcrmait ses aumônes.

Quels prétextes raisonnables pourrait-il rester encore, pour s'exempter de la loi si juste et »i indispensable de laumône , et pour refusa 4't»)^^<^r envers les pauvres une miséricorde plus avantageuse pour nous que pour eux-méme^? Ûi| devinait rougir de la plupart de ceux qu'on allègue. Mais, conrime c'est défendre la cause des malheureux que de détruire leij obstacles qu'on oppose à leur soulagement , ôtons encore ce qui sert le plus souvent d'excuse à la dureté et à l'avarice.

cr 11 y a , ré^tez-vous sans cesse , tant de pauvres , qu'on ne saurait y suffire, a |e sais qu'il y en a Beaucoup et qu'il y en aura toujours ; mais pourquoi ea voyonsnous un si grand nombre, et pourquoi sont-ils si malheureux? N'est-ce pas parce que la plus grande partie dos richesses est entre les mains de quelques heureux qui rei^usent d en faire part, comme ils le devraient , à ceux qui n'ont rien? Plus il y a d'indigens» plus on doit multiplier ses aumAuei.

cr Les temps , dites-vous » sont mauvais ou peuvent le devenir. D Riches sans humanité, si les temps sont mauvais, pour qui I(i sont-ils? Est-ce pour vous, qui , dans fous les ten^ps, ne manquez jamais de rien , ou pour le pauvre, qui presque toujours manque de tout» et qui est d'autant plus à plaindre , que les temps sont plus malheureux? Toute la rigueur n'en retombe4-eUe pas sur lui , qui seul en est la yictime? Et puisqu'il y a un grand nombre de gens qui sont dans le besoin , no devez-vous pas aussi plus que jamais prodiguer vos largesses? N'est-ce pas dans le temps de calamité que TobligatioA du précepte étant plus expresse , vous devez épargner , ménager , r^randier même • pour être en état de donner davantage 7

Vous craignez ou vous paraissez iraindre pour l'avenir des révolutions de fortune. Mais ces craintes excessives, injurieuses à Dieu et à sa providence, dont les soins bienifaisans n'oublient pas les oiseaux du ciel ni les animaux de la campagne , se sont-elles pas d'or->

dinaire les cr^dateft lijpoçj|[it(^ de VftvfijRjPf 1 ^cbées

DES MO£tMS. iâ9

aoui le masque tiTQiQpettr de la ^rudeuce ? Elles pu^ Wv^at palUer iipe cupidité sordide (p4 Mi «pg dieu da tr^r , ou à satisfaire d'^utn^ passions* Oi| craint l'avenir, quand il s'a^t de subvenir aux besoins

des pauvres ; et on ne le craint pas quand il s'agit dif jeu , du luxe ou de la dobaurhe , qui reuyerstmt si ^uveut les fortunes les p(us bnllaules,

« Mais y ajoutez<-vous , ne doil-oa pas sont4Hiir son irang 2 4^ Et paoi « vous demande fc vioa tour ^ quel esl votre premier ran^ et votre plus nécessaire état? N'e9l4 ce pas celui d'homme et de chrétien ? C'est cette dernière qualité surtout , hien au-dessus de toutes les autres , que vous devez être le plus jaloux de soutenir ; et la soutiendrez-vous , si yous n'avez une charité bieufai- ^aule pour des hommes malheureux , qui sont vos frères, encore plus si^oii l'ordre de la religion que de la nature? Leur via ne doit-elle pas remporter sur toutes les bienséances y souvent imaginaires, et presque toujours cxiigérées de votre état ?

a Mais ^ continuez-vous , le pauvre n'a droit qu'an superflu du riche t et je n'en ai point* » Kou , votre avidité d'acquérir , votre ambition , votre sensualité n'en ont pas* lijais mettez un frein à votre fureur d'amasser > à vos projets ambitieux d'élévation , à vos dépenses excessives, à vos intempérances , et votre bien vous iouniira du superiJu. Kctranchez de? vus parures , de ce fasie importun , odieux aux autres, et à charge à vou^mèmes, de m jeu excessif qui vous ruinera bien plus sûrement que l'aumône , et où , sur des tables , clirai-je couvertes d'or ou du sang des pauvres que vous laissez périr , vous prodiguez des sommes qui pourtrient suffire à nourrir long temps un grand nombre de familles indigentes. Retranchez de ces rep.as somptueux , que vous donnez souvent par vanité , et où Tambitiou de l'emporter sur les autres vous fait charger vos tables de plaf^ aussi multipliés qu'inutiles ; de mets dont la rareté» la cherté, la nouveauté font tout le ftv^ ; de vins étrangers et de liqueurs plus flatteuses au goût qu'utiles à la santé. Que dirai-je enfin ? comptez vos crimes, vos excès, \ûs folles dépej^s^s; et vous 4Urez du suj)i rflu,

Ua «eigacii); d^ }^ çQur d'Al^P^FP Vit, ^Vf^ ^

140 t'icoLB

fiaToiê p avait un nombre prodigieux de chiens qu'il nourrissait uniquement pour les plaisirs de la chasse.

Un jour qu'il s'entretenait avec ce prince de la grande dépense que lui causaient ces animaux , le duc indigné d'un argent si mal employé , lui dit d'un ton sévère : « Apprenez , monsieur , qu'il ne faut point nourrir d'autres chiens que les pauvres : du moms ils servent pour prendre le cieL

Sans consulter rattachement aux richesses , toujours ingénieux à éluder la loi de l'aumône , ni nos autres passions qui , ne connaissant point de bornes, n'auront jamais do superflu , consultons la raison et la reIî«:îon qui , marchant toujours d'un pas égal entre le trop et le trop peu , sauront nous fournir les lumières nécessaires pour dissiper l'illusion que nous nous Msons A nous-mêmes. Elles appelleront superflu tout ce qu'on ne doit pas àTenlrelicn d'une maison sagement réglée, à l'éducation de ses enfans, aux bienséances véritables de sa condition. Elles appelleront superflu tout ce qui ne sert qu'à faire naître ou entretenir la sensualité , à fournir à des parures dont rougit la modestie chrétien-* ne, ou à un luxe commandé par la vanité.

Voulez-vous savoir , riches opulens , ce que vous devez riiroureusement sacrifler de vos richesses au soulagement des mallieureux ( car tel paraît quelquefois donner beaucoup, qui donne peu, parce qu'il devrait donner bien davantage , à proportion du bien qu'il

I possède ) , observez la règle que donnait un ancien phiosophe. Interrogé quelle était la mesure et la régie de la bienfaisance envers les malheureux : Nos besoins

satisfaits , répondit-il.

On sait qu'outre le nécessaire qui est réglé par les besoins indispensables de la vie , il y en a un qui est déterminé par l'état et les circonstances. Les bornes du premier sont fort étroites ; un peu de bonne foi avec soi-même suffira pour les connaître. A l'égard du nécessaire de Tétat , la régie la plus sûre pour en juger est l'opinion publique ; elle apprécie toujours équitable- ment les ditférens besoins de chaque condition.

Lorsque plusieurs citoyens manquent du nécessaire, et il p'y en a que trop de ce nombre , tous ceux qui ont plus cpie ce nécessaire , doivent aux indigens au

^ Des moeurs* 141

iKioiiis «ne iiartie de ce cp'ils possèdent ûu*del&. Or » qoeile est cette partie qu'ils doivent aux mallieureux , et qu'ils ne peuvent retenir sans' être coupables envers

la société dont ils «ont membres ? C'est-là le nœud embarrassant , qui a toujours arrêté les plus habiles moralistes. Qwelques-nns plus hardis ont voulu le trancher, en décidant que tout citoyen ^ui a plus que ce qui est absolument nécessaire pour vivre , doit en rigueur au pauvre le dnquiëmè de son restant.

Si cette décision sur une matière oit il est difficile de marquer en général les bornes précises du devoir , et où il est toujours moins dangereux d'aller au-delà que de ne pas faire assez , paraît un peu sév<^ro dans les nécessités ordinaires et communes , il est du moins constant que^ da ns les nécessités extraordinaires du prochain» on doit la suivre , et quelquefois même pousser le sacrifice encore plus loin , si Ton vent accomph'r le pré» cepte de la loi naturelle et di\ine, qui oblige en proportion du besoin des pauvres

Ainsi , on a vu le célèbre curé de Saint-Sulpice , M. Langnet , vendre en un temps de cherté ses meubles, ses tableaux , et d'autres effets rares et curieux qu'il a^it amassés avec beaucoup de peine. U n'eut depuis ce temps-là ^e trois couverts d'argent , point de tapisserie , un simple lit de serge , qu'une dame ne lit que lui prêter , afin qu'il ne le vendît pas pour les pauvres, comme il avait înit de tous ceux qu'il avait eus. 11 avait (ir-jà vendu son patrimoine qui était considérable, <U il en avait employé le prix en œuvres de charité. Quel exemple pour ceux qui , par leur état , ainsi que par la nature ues biens ecclésiastiques dont ils jouis* sent , sont encore plus obligés que les riches et les «grands du nioadc, d être les premiers pères uoaniciers des pauvres !

L'arrhiduc Ferdinand , autrefois gouverneur de la Lombardie autrichienne, donna un jour aux grands un exemple de sensibilité pour les mallieureux , aussi digne de leur imitation qae de nos éloges. Pendant les

* Il y a des ])crsonnes riches qui » iiors les cas d'une grande ca- ' lamilé panique , donnent aux pauvres à peu prés le oiiiéme ds leurs reveiuis ; cette régie semble juste et raisonnable*

112 L*ECOLÈ DES MOECtté.:

dillKrcntes flites qui se firent à Toccasion de toii Biarfa^ ge., on Itii montra , en présence de rimpératnce-reine, les dessitiji d'utie lUnniination suporbe , qu'on avait résolu de faire à Schœrii)iuiii , 1 avant-veille de son départ pour son gouvernement , et qui aurait coûté beaucoup. Le prince considéra ces dessins, atteatiyement, parut rêveur^ soupira, et quelques lanoftess'éebappèrent de ses yeux. L'impératrice^ étonnée H * inquiète de cet attendrissement, lui èn démàhda vivement la cause. «Ma mère, lui dit-il , voilà assez de fêtes qu'on me donne : encore une iiiuniiuation 1 cela coûtera (anll et c'est un plaisir si peu durable , si même cm est un 1 La cherté des grains et les maLheurs des temps ont réduit quantité de familles honnêtes à. la dernière misère. On pourrait employer l'argent que cette illumination coûterait à soulager les plus indigens. » L'impératrice , charmée de trouver dans ses enfans cette humanité et cette bienfaisance qui faisaient son caractère , embrassa tendrement son fils , mêla ses larm^^s aux siennes , et lui fit remettre nne somme considérable. Tout le jour fut employé à la distribuer dans le plus grand secret, et le lendemain, Tarchiduo

f arut devant l'impératrice , la joie peinte sur le visage, embrassa , et hii dit avec renlbonsîasme d'un bel h» Ame transportée du plaisir d'avaii lait une bonne action : Akl ma mère, quelle fête !

bfeâ HK^URd. 143

XlîL

Soyeï hoùimé cThonnent

V4|Ë que BOUS ciilendons par le mot A'hmneur , ii^est pas , comme quelques-uns le pensent , une Terf u politique, un single préjugé : e^est me yertu réelle et morale I dic|ée par la vertu flifime, dovt la fonction , pour ainsi dii«i eit dé Tettler snr tontes les autres, et de les conserver dans toute leur pureté; L'iionnear , <^omme ce suc précieux exprimé dos Heurs , se form'î de ce qu'il rencontre de plus exqnîs dans chaque vertu ; et telle est sa délicatesse, que la plus légère tc'îche lo ternit. Il est à Tâme oe que la rie est au corps ; il vivifie toutes nos actions , dirige tous nos sentimens , ennoblit la verta même , Mtrit le vice , donne de l'éclat à la prospérité , console dans les revers , et soutient rindigeiice malheureuse.

L'honneur est romme une seconde Providence pour l'état. Il commande la sainteté aux pontifes , la valeur aux guerriers , la justice aux magistrats » l'émulation aux talens utiles , la pudeur au sexe. U prescrit la bonne foi dans le commerce , et convre de honte le plus faible soupçon dans lë maniement des deniers publics. Il invite le soldat au combat , et paie lo prix de son sanfT avec de la gloire. Il s agissait, ausié^e d'une ville , de reconnaître un point d'attaque. Le péril était presque inévitable* Cent louis étaient assurés h celui qui pourrait en revenir. Plasteurs braves j étaient déjà restés. Un jeune homme se présente : oÀ le voit partir à regret ; il reste long-temps : on le croit tué ; mais il revient I et fait également admirer l'exactitude et 1q

Digitizod by Gu^ - .

144 L*Bty>Ltt

sang-froid de son récit. Les cent lonîs lui sont offerls. a Vous vous moquez de moi , mon général , répondit'* il j Ta»t-on là pour de l'argent ? » L éloge et la gloire sont la seule récompense digne de la Taienr. Ce n'est pas avec de Tor 4|ii*il faut payer ce que Thonneur seul peut etdoit accpiitter. Un laurier récompense un héros.

Plus ce sentiment est beau , plus on doit craindre de le corrompre, de le rendre vicieux et condamnable , en ne se proposant d'autre fin que l'estime des hommes et la gloire mondaine. Ce fantôme brillant fat l'objet des Tcsnx et des poursuites des plus illustres çaTens , parce qiie leur reugion , tout humaine » n'offirait point ' de motifs plus dignes d'une âme grande. C'est encore après lui seul que courent et que nous en«ifagent à courir nos nouveaux philosophes , parce qu'ils renferment ba^ement toutes leurs espérances dans les bornes étroites de la vie présente. Mais le philosophe chrétien , dont les vues sont bien plus grandeslet plus élevées , ne se permet d'aimer et de rechercher Festime de» hommes, qu'autant qu'elle lui est utile ou nécessaire , pour mieux remplir les devoirs de l'état où la Providence Ta plac/K

L'honneur , l'estime des hommes , étant un bien réel, comme tes richesses et la santé, et même un avantage plif s précieux encore , on peut donc les désirer égnJe^ ment et les rechercher. L'Esprit saint lui-mAme nous '

le recommande: <r Ayez soin d'avoir une bonne réputation , ce sera pour vous un bien plus durable que mille p^rands (résors *. » (Test avec la vcrhi , la seule qui nous reste après la vie. Mais vous aurez tout le soin que l'Ësprit saint veut que vous ayez d'acquérir et de conserver une bonne réputation , si vous vous appliquez à édifier tous les hommes par la sagesse de voU'î conduite , et à ne rien faire qui puisse vraiment vous rendre vil et méprisable.

Celni qui , par une impudence effrontée ou par bassesse de sentimens, ne fait nul cas de Tcstime des autres , n'est lui-même guère estimable. Un de ces

t Curam haheto 4e bono nomine, etc. Ecdi* 41t

tm UimvBÊ. 145'

impudens cyniques, dont la secte fut la honte de Tan-' demie philosophie y disait un jour : a Je me ris de tous* ceux qui se moquent de moi, — Personne , lui répon-^ dit-^n 9 ne se divertit donc miens: qne vous. »

Pour mériter cette estime pubUque , qui est comme le plus bel apanage du mérite et de la rertu, Thomme d'honneur fait profession d'être attaché inviolablenicnt à son devoir , d'accomplir toute justice , d'avoir une^ conduite irréprochable à T^ard de tout le monde. Il a. pour maxime de ne point manquer à sa parole ^ d'être^ fidèle au secret , de ne tromper personne , de ne jamaia rien faiife contre la droiture et la probité.

Incapable de faire tort à qui que ce soit, il rougirait de s'enrichir par des gains sordides , de sacrifier sa conscience à sa fortune. Darius, roi de Perse, ayant envoyé de riches présens à Epaminondas , ce grand homme répondit à ceux qui les lui apportaient : « Si Darius veut être ami des Thébaîns» il n'est pas néces^ saire qu'il achète mon amitié ; et s'il a d'autres sentir mens, il n'est pas assez riche pour rae ( orrompre, »

Le duc de Mayenne écrivit à Matignon , comte do Thorigny, pour l'eugager dans le parti de la ligue. Celui-ci lui répondit : a Je croyais être le seul en Francs» que s'appelât Thorigny ; apparemment qu'il y en a un autre à qui votre lettre s'adresse , et que vous espérez engager à sacrifier son honneur aux brillantes offres que^ vous lui faites. Je ne crois pas que vous l'ayez présuméde moi.

Ce que fit d'Aubigné est aussi très-beau. Il contait uni jour à M. de ïalci sa mauvaise fortune et le triste état de ses aCEaires. Celui-ci l'interrompit en lui disant : «r Vous avez des papiers qui intéressent beaucoup lechancelier de l'Hôpital. Disgracié de la cour , il est ^ comme vous savez, maintenant retiré à sa maison decampagne. Si vous voulez , je me fais fort devons faire donner dix mille écus pour ces papiers , soit par lui , soit, s'il le rejl'use, par ceux qui voudraient s'en servir contre lui. i» D'Aubigné alla aussitôt chercher tous ces papiers y et au lieu de les donner à M. de Talci , il lea jeta dans le feu en sa présence. Comme celni-d le re» prenait vivement, il répondit <c Je le^ ai brûlés de peur qu'ils ne me bridassent : c^ j'aurai? pu succomber ^

Vicott

la loiifalîon. t> Coiio. action cr^n^r<^Tîse fnnrli.i M. de Tnïri. Le lendemain il nlla trouver d'Aubigné, le prit par la main , et lui dit : cr Quoique voUÀ Ûp. ûi'sry^ipà^ ouvert votre cœuir , j'ai de trop bons y^n% pour né lA^élTi! pas aperça de votiré amour )K>ur iha fille. Vous là voyez recherchée de plusieurs partis qui ont pluf; do biéili que vous. Mais ces papiers que vous bi ùIAtrs liier, de pcnr qu'ils nr^ tous l)rifi1n<;r;rnt , m'ont déterminé & Tôus choisir pour mon gendre. ;)

Il feul ^'ùn homme d'honneiir alriiè ibn dcVoîr , jils^tt'ft s'exposer aUx ^Vih y^ànds dangers, à là mbri même , pQur le remplir., llii officier éfait minmdndé Tphnr une action trîùs-pérîlleuse. Ou lui sugîrérait des prétextes pour se dispenser d'exécuter sa cornnnssiôn. (( Je pTu's bien sauver ma vie, répondit-il, mais mon lionneur , qui le sauvera ? »

Tous les rangs , tous les états sont soumis à rhonnetir ; il étend soii empire sur les grands sur les princes même ; il commandé à céa% auxquels les autres èbéfs- £ent; et plus ils semblent être au-dessus des lois, plus ils Refont j?!r>iie de respecter celles de rhoniieur , et d'éfre , si i on peut s'exprimer ainsi , st s premiers Fï'ijefs. A la bataille de Nervinde , gagnée par le maréchal de Luxembourg sur les alliés , on eut de la jpeine à se faire un passage à travers les retranchemens des ennemis. La brèche faîte , on ne pouvait y passer sans un extrême danger de perdre la vie. Le duc de Cbnrtres y volait. Le maréchal de Luxenibonrpr vonlnt l'en empêcher; il dît A M. d'Arrî , o<nnnninr du jeune prince , de le retenir , parce que cet endroit était trop

Eérilleux. «r Pourquoi retenir le prince ? répondit ce rave gouverneur. Les grands sont nés pour se distinguer par leur belles actions h la gtierre comme ailleurs , et pour montrer par leur exemple aux troupes à combattre avec courage. Vous y pass(v. bien , mon prince y passera aussi ; et puisqu'il peut acquérir de la gloire en cette occasion , bien loin de l'en empêcher , je l'y conduis; et, tant que j'aurai Thonneur d'en être Je gouverneur , je le mènerai partout, d

Tel est le vrai honneur : îl ne peut î«e trouver que dans des choses honiuMes et louables. Mais la plupart

^es hommt^s «e f onuaisjent pas hku l'horawitr | -

faiil^fit saïas ïé connaître. Us îe f&M feoU^î^er à être estimé dés autres , sans distingunr la fausse estime det TestiBie véritable ; et surtout àmèTwr avec impa- ^enéè , où pltlf6]t avec ftximr lés outragés qu'on leur SSt y TêBOÎiïs A'iéD Vitét inNï^nùe ou éé péHr« On comprend que nous voulons parler des combats singuliers : usage féroce et extravagant , que le faux point fl'feonneur a su maintenir jus<|û'à présent , maître tout èe ^ne la sévérité des lois> les lumières de la raison ^ les menaces de là religioti oitA pu Mm pour l'abolir. Il Vrai i^e h iamr mth e9i libauooûp dimiîraée; MiÉ il s en fâm Uén ifé^lk èéft râtîèrement éteinte. BIlÔ 'sdtilSè encore de temps en temps sa rage dang m ccéhrs ; et c'est re qui nous engage à en parler ici. ffeureux sîrjoTis pouvions contribuer à abolir jusqu'aux aerttiers restes de ce préjugé barbare , détromper ceux ^païl a flédiiTts, et les conVaSncre qu'il n'est pas itfoins opposé au Téritabie honneur gu'A la religion 1 ' TtëA i fe duel n'é^ 'pi» vtist hif^titufîon d'honneur , #i8Hne le pensent les duellistes; mais une mode affreuse et sa nguinaire , (\\\\ doit sa naissance aux n?^( ions féroces dti Nord. CVst dnns les sombres fônMs, dans les mon* tagnes inaccessibles de l'ancienne Germanie, au milieu d'un peuple fah)nclie, ^u'ilBiut placer son origine. Une indép^dance exccs^ve , trîrte apanage de la grosrférété èixm fbttVcnvement à l[feine ébauché , qui nu i8[«tii de lois , autorisait les particuliers à so f iiro justice par la voie des armes ; un faux point d'Iionneur, qûi faisait rejVnrder Fiisagede la force comme le moyen le plus noble de se faire rendre Maison et de soutenir ^ prérogatives : voilà hs vhiîes causes qui firent ntitre le dnel parmi les anciens Germains. Ces hommes, *isflt fiSroces que tes lieux qu'ils habitaient , s'étant rlirlScîpités comme un torrent en Italie, en Espagne et dans les Gaules, Innr fureur naturelle les y suivit; ils ▼ apportèrent l'usage du dueL Heureux siècles, qui n avez point connu un usage si meurtrier, vous méritez, Â bien pins juste litre que le nôtre, le nom de ^les de l'humanité 1

^ Car, n^est^ce pas une horrible barbarie qiio îos linmmes s'égorgent les uns los anfros pour nn lé^n-r

Affront, comrae feraiem des Irèlcs iéroces ? (^qeliij

14S L^ECOLÉ

rage, q[tteUe fytmr de détruire son Mpblabié et, de consentir à être soi-même détruit pour un si petit sujet!

Nous frémissons quand nous voyons un homme égorgé sous nos yeux , et nous faisons consister l'honneur à être nos meurtriers ou les meurtriers d'un autre homme ?

On traiterait de cruel tyran , un roi qui prononcerait un arrêt de mort contre quiconque laisserait édiapper nne parole qui ne serait pas assez respectueuse pour lui. Mais n'est-ce pas ce que fait un homme qui appelle en duel un ennemi ? Il le condamne à mort impitoya* hlement ; et dans la rage et la fureur où il est de ne pouvoir faire exécuter sa sentence, il consent à s'ex* poser lui-même à la mort, pour pouvoir mettre cette sentence h exécution , et devient ainsi son propre . bourreau. Et Ton appelle cette loi une loi d'honneur I Dites plutôt que c'est une loi cruelle , une loi inhumaine et lyranniquc.

IS'est-ce pas une chose bien incompréhensible , qu'un usage qui ûit honte à l'humanité^ et que la raison condamne , subsiste encore dans un siècle aussi éclairé» avec des mœurs aussi douces , aussi humaines , aussi policées que les nôtres ? Croirait-on qu'il ait pu subsister long-temps avec tant de srloire , qu'on a vu les rois eux-mêmes prêter à ces .iffrf»ux combats le sceau de leur autorité , et les honorer de leur présence î Avant le r^ne de Henri II , rien n'était plus commun en France que ces duels autorisés. Celui de Chabot de Jamac et de Yivonne de la Châtaigneraie , fut le dernier. Ce combat se fit dans la cour du château de St.- Germain-en-Laye, en 1547. Jarnan avait donné un démenti à la (]hàtai2:noraie. Celui-ci le défia au combat. Le roi le permit , et voulut en être spectateur. 11 se flattait que la Châtaigneraie ^ (ju'il aimait , emporterait l'avantage : mais Jarnac, quoique malade, le renversa par terre d'un revers qu'il, lui donna sur le jarret , et qu'on a rîcpuis appelé le coup de Jarnac. On sépara les combaltans. Le vaincu , inconsolable d'avoir essujé cette honte à la vue du roi , ne voulut jamais que les chirurp^iens bandassent sa plaie ; il mourut quelques jours après. Henri II en fut si touché, qu'il jura solen* nellement de pe plus permettre de seinhlables combats»

DES MOEUBS. 14-9

Mais la fureur du duel n'en subsista pas moins. Depuis ravèncment de Henri IV à la couronne , jusqu'à fai vingtième année de son régne , sept mille grâces forent données pour des duels où l'un des adversaires avait perdu la vie. Les duels étaient si fréquens dans les premières années du règne de Louis Xllï , que cV^taiC la première nouvelle qu'on se demandait en se rencon^ liant dans les rues ou dans les promenades. Louis Xl\% animé du zèle de la religion, et persuadé qm ces sortes de combats^ n'étaient pas moins pernicieux à ïéiat u'aux particuliers , porta contre le duel un édit foiiroyanl. A son exemple , et animée du même esprit de religion et du bien public, l'irapératrice-reine , Àlarie- Thérèse , porta aussi les ordonnances les plus sévères contre le duel. Deux seigneurs de la première distinc* lion ayant osé se battre peu après , on ne put obtenir leur grâce ^ et ils eurent tous les deux la tête tranchée sur le même échafaud.

Gustave- Adolphe, ce fameux conquérant du Nord , qui a rendu son nom si célèbre dans le dix-septième siècle , apprenaiif que la fureur du duel commençait à foire de cruels ravages dans son armée, le défendit sous peine de mort II arriva , peu de temps après , que deux de ses principaux officiers ayant pris querelle ensemble, vinrent supplier le roi de leur accoraer la permission de se battre. Gustave fut d'abord indigné de la propo- S'tion. Il y consentit néanoioins , mais il ajouta qu'il voulait être témoin du combat. Il assijîna le lieu et l'heure. Il s'y rendit avec un petit corps d'infanterie , qu'il plaça autour des deux champions, <r Allons , ferme, messieurs, leur dit-41, battez-vous maintenant, j*isqn'à ce que Tun de vous deux tombe mort ; ift et appelant tout de suite le bourreau de Tarmée , il lui dit : (( A l'instant qu'il y en aura un de tué , coupe devant moi la tête à l'autre. » A ces mots , les deux généraux restèrent quelque temps immobiles ; mais , reconnaissant bientôt la faute qu'ils avaient faite » ils se jetèrent aux pieds du roi , lui demandèrent pardon , et se jurèrent l'un à Tautre une sincère amitié. Depuis ce moment on n'entendit plus parler de duel dans les armées suédoises.

Le prince^ en prononçant une peine de mort contre

les dnellisles , ven^e l'aulorité de Dieu et la sienne. W loi divine défend l'homicide. C'est usurper les droits de |)ieu , que d'enlrepvendre d'ôteiç la vie ^ celui à i4 l!a dçiinéf». Personne sur la texfe n'a dio^t d|e çoiir dan^ner mort» qu^ ceux qui eiu^vce^t ^ jugemena dis Seigneur, par une auiorUé qu'ils ont reçue de lui. Quiconque se sert du glaive sans l'ordre du souverain , usurpe son autorité , attente à ses droits , et se rend coupaiLîe du crime de lèse-majesté : il mérite de périr lui-mèmç par i'épée. C'est doue ayec justice que la l^i du prîoce çofidâmneàiQorl tou« les duelli^teg. M.ilhem; à ceux qui , établis pour foire ei^^u^er uo^ loi fage^ n'y tiennent pas la main 1 Dieu leur demandera çomptç

de tout le san;^ qui aura été ré[>andu p;ir leur faute. • Le dui'liistc se fait {gloire de sacritier sur l'autel 4e l'honneur; mais y sacrifie- l-il en effet? Et n'est-ce pas plutôt à l'idole s<|ugi|iai^ire qu'^ i»est faites? y f^^^H autrefois à Uome un temple dédié k )'.((^nf|ft/r ; rnii^ on ne pouvait y entrer gu'ep fiassent par celuj la iertu. Leçon ingénieu:^ et sensible, par {aqu^lle lea anciiînsR<5mains faisc^ient assex entendre qu'ils ne (croyaient pas qu'il put y avoir do vrai honneur sans vertu. -Mais est-ce là l'honneur pour lequel comhattent les duellistes 7 JNon , ce n'est point par la vertu uu'ou arrive chez eux ù l'honneur; et, (âen loin de le croir^ ennemi du vice , ils i'atUcbent afi vice Tl|ême. C'est ufli honneur qui s'allie avec ee qui déshonore / et les Jjkévo^ en ce genre sont assez souvent des scélérats.

Ce sont des brutaux , dont il faut éviter la rencontre^ avec autant de soin que celle des bêles les plus féroces. Oo ne peut les toucher, même sans le savoir, qu'on ne les offense. Us prennent pour insultes, (les maqjérç^ ou des défautf 4'attentioQ , ^onl Us yrqis honnête^' geps nç s'apciçoivept pas» on qu'ils niépriseqL Us • trouvent blessés d'un inot^ d*up geste » d'un sîIoi^çq' ^ dont ils ima^çinent être l'objet, quoique le plus souvent on n'ait point pensé à eux. N'est-ce pas ce qu'oa i) y^ luème dans le fanieux Crillon ? Sa valeur lui fitîP-érjtçj le surnom de ^/ ac^f ^g^H^cpsité, sa bonté, sa 4foiture, le firent regar(|çr Çfvm^ If I^W fcWfié*? son siècle. Mais un mot âguivoqiie le f^v9|t|utj ft d'aDort jortail ^ sliflsjg fl?Ff iW» î^^^

De cette délicatesse résuilaient descomi)aU , des duek, qui là laisaient passer quelquefois pour puiiiliiieux. Un jour Bussi d'Ambois^ Tayaat r^ocoairé dans la rue, lui demanda avec un ton et un re|[ar4 q^} (iépiur^Bt à Criilon : QucHe heure e^t-il? L'heure ds tut w^t , lui répondit Grillon , en mettant lepée à la nfiain. U en aurait coiifé la vie à Tun ou à Tautre , et pjlHMtÇ^ # 4ous les deux , si on ne les eût pas séparés.

Tels sont la plupart des duellistes. Ils ont de l'honv neur, et cet honneur, disept-il^ , est au bouj jle leqf épée , toujours prête à percer ceux qui you()irà^f i|( ea douter. Laissêz-les Mre : et pour les sujets }es p|uf frivoles , leur brutalité va priver les familles de jeur appui le pins nécessaire, l'état de ses meilleurs citoyens, la patrie ceux qui lui rendent le plus de services, liretteurs ^eux , qui , u ayant 4' autre mérite que celui de savoir bien manier l'épée , sont presque toi^ jours à la fin les victimes d'une épée moii)S(i4rpil^ et

Îlus' heureiîse : ils attaqueront audacieusement |es ommes les plus eslirnables et les plus pacifiques ; ils disputeront de riioaueur avec eux ; et ils auruiit celui de les tuer et d'en triompiier , uu d'être eux-uièiaes glorieusement punis de leur audace. Quel honneur , grand Dieu ! quelle gloire, que celle qu'on ne couseryp ûi qu'on né répate que par le plus féroce et le plps ei^r travagànt de touk les crimes !

Si Ton veut, d'ailleurs , faire quelque attention à la ni uiiêre dont sou vcîiit cet honneur se répare , quelle opinioîj |)lus insensée entra jamais dans Tesprit humain! Un homme n'est plus tourbe, fripon, calomniateur, quand il a sa se battre. Un afiront est toujours hieii léparé par lin coup 4'épée, et Ton n'a jamais tort itvec nq homme , pourvu qu'on le fiié.

lly a, jeTavoue, une autre sorte (V a (faire dlionneur, qui ne paraît pas si féroce, mais <|ui au fond ne l'est pas moins: c'est celle on l'on se bat au premier saw^ji:. a: Au premier sang , grand Dieu I s'écrie le philosophe defienévo : et qrfen VmiX'-tu faire de ce sang , Wte

iTi

rbu'seinent qti'aucun ne sera luorlel , ou que la vue de sanl^ et la i^onte d avoir été vaincu / p engageront

pas le blessé à redoubler ses coups et k porter sa vengeance aussi loin qu'elle pourrà alier^ £ii void un exeat' pie bien triste et bien frappant*

Le cbevalier Bayard ayant, dans une petite rencontre, &it prisonnier un gentiUiorome espagnol , nommé don Alonzo » le relâcha quelque temps après pour le prix de sa rançon. Alonzo , en se louant du chevalier Bayard, se plaignit que ses gens ne l'avaient pas traité en gentilhomme Bayard , informé de ces discours , crut son lionneur blessé , et lui envoya un cartel. Le jour pris pour le combat , ils se rendirent sur le champ de ba-taille , et entrèrent en tice. Us fondent Tnn sur l'autre ' à grands coup d'estoc , et Bayard blesse son homme au visage. Le combat n'en devint que plus vif : il fut long et bien balancé par l'adresse et l'égalité de la force des combâttans. Enfin , Bayard prend ie temps que l'Espagnol lève le bras pour le frapper ; il porte son épée avec une vitesse et une adresse merveilleuse droit au

Sorgerin , et avec tant de force, que ^ malgré la bonté e cette armure , il la perce ^ et Tépée entre de quatre bons doigts dans la gorge d' Alonzo. Celui-ci , perdant son sang avec abondance , devint furieux et enrajxé. ïl fit les plus grands efforts pour joindre son homme et le saisir au corps; ils tombèrent tous les deux et se débattirent quelque temps par terre. Mais Bayard porta nn dernier coup de poignard à don Alonzo » si vigou-* leosement entre le nez et Tœil gauche , qu'il le fit pé* nétrer jusque dans le cerveau , et lui cria : « Rendezvous, don Âlonzo , ou vous êtes mort. » Il l'était en •effet. Le chevalier aurait voulu , pour tout ce qu'il avait au monde , l'avoir vaincu seulement, et non l'a- Toir tué. Combien d'autres exemples aussi funestes , et qui ne sont que trop fréquens , ne pourrions-nous par * rapporter !

On appelle bravoure , courage , horoeur, ce qui n'est souvent qu'orgueil , faiblesse , lâcheté même. Ainsi le pensait le célèbre maréclial de Turenne : et qui fie connut jamais mieux: en vraie bravoure? Ce grand bomme renvoya en France y du pays de Hesse-Caâelojt • était son armée , un capitaine de cavalme , qui avait tué en duel deux autres officiers : «c Parce qne , dit-il ^ j'ai remarqué plus d'um fois moi-même la wste conte-

Digitizod by - .

DBS H€BI7I8« ' 153

ttaAoe d'un homidde devant rennemi : il nous tuemft tous , SI nous le laissions faire , et pas un seul eimemi

du roi. jo —

Tous les duellistes , il est vrai , ne rassemble pas & ceux que nous venons de dépeindre. Le préjugé pomT» laux point d'honneur peut subsister , non-seulement avec un fonds de bravoure naturelle , mais aussi avec manières polies , avec des sentimeos même de promté , je dirais presmie de religion ; car la religion n'est pas toujours assez dominante pour pouvoir étouffer les restes de l'esprit du monde qu'elle condamne. Mm n est-ce pas un prodige de la faU)lesse humaine , et de la iorce que les préjugés les plus insensés acquièrent

î"]? ^iP"^ ' ^'^^ rougisse point de celui-ci dans les fiumlles les plus honorables et les plus distinguées, par leur piété même? Les parens l'inspirent quelquefois^ a leurs enfans, contre la réclamation de leur cons-cience. Ils en sentent l'injustice , la folie, le crime et toutes les suites funestes ; mais l'opinion du monde , ce^ tyran qui subjugue avec tant d'empire les esprits , est un mat^ impérieux , dont ils n'ont pas la force aecouer le ioug ; et par les fausses maximes qu'ils ver-^ aent dans l'âme de leurs enfans, ils lui forment de. BQuveaux esclaves , dont les crimes à cet égard , et peut-être même la perle étemelle leur seront imputés..

Mais ce qui est plus incompréhensible encore^ c'est qu on a vu des rârens , non-wulement donner dcsi l^ons de ce faux bouneur , mais, par leurs instances et par leurs reproches , allumer eux-n^éuies ces flammes, uomicades , mettre à la main de leurs enfans l'épêe^ meurtrière , et leur ordonner de se venger ou de périr. Et c'est dans le sein du christianisme qu'on se porte à de SI horribles excès 1 Et ce sont quelquefois des mère» elles-mêmes , qui , oubliant la douceur de leur sexe et toutes les tendresses de la nature , soufflent dans le cœur de leurs enfans la fureur de la vengeance , la aoif du sang, l'impatience de le répandre , et les traînent, pour ainsi dire, à l'autel sanglant où ils seront peut-être égorgés 1

Nous ne parlons pas de ceux qui , par leurs conseils, par leurs rapports, par leurs railleries , engairent à se pattre. Qui ne voit qu'ils sont aussi homicides que s'ils

1^4 lIbcoul '

enfon^lent èuxHmèms le poignaitl dans le sein f ileurlncrs d'airtant plus t riieli» tU plus lAches qu'îig lé sont de sang-fioiil, el saus avoir é(é personnellement offensés 1 Cg qui u excite pas moins l^mdigDation , c est que ce sont souvent les personnes du aexe ic plus tjroide; iqm font les raillenes les plus piqunatfte, patcéqyt'ëM n^mt 'tmi à isrtÎQdrè : cMorobes^ finblai ni tnÈknblaiflet ^ dans leur propre péril ^ aiglès hardies éi intréjiides dai le péril dçB autres. - ^ ^ - ' • r- '-''-j

II faut, dit-on, qu'un homme d'épée soit brave, ^ préfère l'honneur à la vie : l'épée qu'il porte l'aveirtit dé ne souiftir aiicun affit)ni. Et vaài , (iit eontfairé , jd dis que la pevmissiGai qWont les nqblfs y les vpililaûtdt de porter Hépée, lès oblige à étro iloùipetinodMtf. 8t celiï n'était pas, la loi sèrait-elle sage d'armer de» ftirîeuxl La patience, qui met rhomme au-dessus d€^ la colrro, est pour eux. comme une vertu de profession' V\m ils trouvent de facilité à se venger , mmos il leur sied de le faire. L'épié qu'ils portent dans la paix , ieâ avertit qu'elle' leur fui donnée que poiir le tupips à$ ht gitèriis. Ils M smi amâ^ qîie pour ta- défem de iil patrie ; ses nnnemis sont les seuls (^u'il Içur çoit pcrmiâ de combaUre. ' * " * ' '

Dniïs !e temps oh preh(|ne lous les gouvernemens de' l'Europe autorisaient les combats singuliers, Théodorie; fondateur du i^yattlttè des Ostrogotlts en Italie, |iriaèe bien supérieur à soft 'siède par Bon génie et Mr ses connaissances ^ les défenifeilr dan» ses états. Uréerivit aux RomaiAs qui habitaient la P^nnonie, aujouid hui la Hongrie : « Tournez vos armes contre Tenn^i , et ïîP vous en servez pas les uns contre les Suircs. Que de^ querelles 9 souvent peu importantes en eUes-mémes , lie vous conduiseiit à des extrémités màu conSâm^ nables. j^umcttëz^veus à la justice » qui foit le liomh&at de Tunivers. Quittez le fer , quand FèMÂ'e f>oi»t d'èro^ )iemis : c'est un j^rand ciiai(3 de lever le biàs contre des cilo} i îis , pour la défense ih^squels il serait glorieux d'exposer sa vi^. Où habiterait la paix, ^ V<m confia uuait à combattre , quand on doit à(msOf|d J*em^pire: des fois? Imite?. |a nation des G^$, ifoà mtk% Mi'ssî i^hnr.-io^eux à faire la gnm^vox-d^iiÊinyqÊ^mo

.^i.îi-dî^datts.» * ' ^ ^ »

yraie |)Pay<>ure » ce smtime&t siibliéie , qui Hèrt

rhppxR)e.«au-dei»sus de la nalurc^ et méprise le danger quand ]e devoir appelle, ne ressemble pas à la fureur, nî àcelte délicatesse pointilleuse queTombre d'un outraf^^e cnilaïQIQe. £l|e aime à veuger avec édat les injures de )a patjriq , et dissimi|Ie les ofTenses personnelles ^ ou les

})ar4oQn.e. £lle çjkerobe à triompher 4eé eoneoris âe 'éfat potr ^ valeur , et aieiis par la gfofare de ac^ionç. Un cavalier avait reproché à Pérès de Vergas , aii$iégede;:?cviUe, que l'écu ondé qu'il porlait, n'fHait pas permis à ceux de sa maison Pérès dissimula ce reprqdxe^ inais quelque jl^ps a près ^ comme on assiégeait ifQe ipyutre yiUe, ît combattit avec tant de valeur, qu'il fetirsi $m ém tout liériasé de iédies, 6e retour^ Xiant alors vers son rival , qai s'était tbiijours ténii à l'abri des coups : a Vous avez raison , lui dit-il , de vouloir ôter cet ècu à < eux de ma maison , puisqu'ils Tépari^nent si peu : sans doute que vous ie méritez mieux , vous qui le conservez âi bien. »

Kon , quoi qu'en pwse le monde , il ne saurait j avoir de vraie gloire et de vériiable iumneur daus ce qui yiole les droits' les plus sacrés de Dieu et du prince y dans ce qui est contraire au bien de la !>ociélè , aux. loii» de riiumanilé, au bopheur présent et ati salut éternel des particulieif?. Qnv n'aurions-nous pas à dire sur ce dcriucr poiut V bi i'ou a quelques idées de religion , s il én reste quelques sentimens , nefaulril pas qu'un duel^ liste les étouffe pour aller se battre avec <qtuelque assurajDce? Ne faut-il pas qu'il 8*aveu[;Ie sur les vérités les plus certaines , qu'il renonce à son salut , à ses plus chers intérêts , quand , pour le fatal plaisir de se venger d'un ennemi, qui souvent ne lui a fait aiJiun mal réel, ou lui a fait une insulte qui ne déshonore que lui seul , i] s'expose à toute la rigoeûr des vengeances éternelles? £|i vain réclamera-t-il les maximes du monde-: le monde n'est pas son juge* .Gdni .qin t|ent eh ses mains^ les destinées de tous les Sommes , et qui doit décider de

Mil I I . I

*£cii y eu tcrnu.s de . blason , esl le rhainp où Von pose les pièces iles armes ou armoiries : un éca onde est celui qui est en forme d'ondes. On sait que les armes se mettaient ancieuneiiiieQt sor les tipnclieii»

'l56 l'école

leur sôrt inévoèablé » défend d'attenter i la ide d'un

autre homme, sous peine àe se rendre digne de toute sa colère. Et qu'il est horrible de tomber eatre les mains d'un Dieu irrité !

Vous voulez vous venger ? Mais que vous achèterez cher le plaisir de la vengeance I Si vous périssez dans le combat » Tenfer devient votre partage. U n'y a qu'un pas entre la mort et vous. D'un seul coup , peut-être votre corps va être précipité dans le tombeau /et votre âme dans les feux éternels. Que vous servira alors f honneur que vous avez voulu conserver?

Si vous êtes victorieux , quels remords n'éprouverezvous point tout le reste de votre vie 1 Pourrez*vous laire un pas sans que l'image de l'ennemi que vous aurez immolé à votre vengeance se présente i vous , et vous reprodie votre erime ? Pourrez-vous goûter un moment de repos? La tono, que vous avez arrosée du sang de votre frère , criera vengeauce contre vous. Son âme , que vous avez précipitée dans Fenfer , celte âme rachetée au prix du sang d'un Dieu^ demandera justice de votre barbare fureur. Comment pourrez-vous , à la mort , soutenir la juste crainte des ju^emens de Diea ? Si votre vie , si votre tranquillité , si votre bonheur éternel vous sont chers , louiez aux pieds les fausses idées dti monde sur le point d'honneur. Ayez le courage de vous élever au-dessus des préjugés. Imitez le maréchal de Force : touché d'un sermon où l'on avait exposé fortement toutes les suites funestes de ces mal* neureux combats^ il protesta» en sortant, que, si on lui proposait un duel , il ne l'accepterait point. Lorsque vous vous trouverez dans le cas, déclarez que le pnnce et la religiou vous défendent le duel , et que vous mettez votre gloire à leur obéir ; ajoutez , si vous le jugez à propos , mais sans air de provocation , sans ton de défi, que vous êtes aussi brave qu'un autre, et que , si Ton vous attaquait ^ vous sauriez vous défendre

Nou> ne parlons ainsi que d'après d'cxcelieus théologiens , que nous ATons consultés sur ce point délicat. Us croient qui! est permis de dire ce qu*il est permis de foire ; et les moralistes les plus sévères conviennent qu'on peut donner occasion au péché des autres, quand Qu a de bonnes et suffisantes raisons» telle que. parait être ici celle de De poinl passer pour un poltron , et pour un homme capable de

DES MOELllS. lui

Le cas d'une juste et inévitable défense est le seal où U TOiissoit permis de repousser la force.

Ne rougissez point de refonnaître que vous avez tort, de faire une honnête satisfaction à celui que vous pourriez avoir offensé , et de réparer votre faute par une excuse , par une parole obligeante , par une politesse. Loin de vous mépriser , on vous estimera : tous aurez du moins rapprobation de tous les honnêtes gens ; c*est la seule dont vous deviez faire cas. Après tout , et quoi u'il arrive, il vaut mieux aller au ciel avec le mépiis u monde , qu'en enfer avec ses éloges. (( Que sert à l'homme de gagner le monde entier , s'il vient à perdre son âme? » Le salut est le vrai bonheur d'un chrétien, il n'y en a pas d'autre* Raison décisive et sans réplique^ contre laquelle il n'y a que des insensés ou de$ furieux qui puissent tenir.

Et ne trompez persoime*

G'£ST-là surtout ce c^ui constitue l'honnête homme selon le monde , ce qui forme comme le code de cette

1)robité si nécessaire dans le commerce de la vie et dans 'usage de la société. Nous avons établi ailleure la vraie

base de cette vertu , et nous avons fait voir qu'elle ne pouvait être solidement appuyée que sur la l eliî^ion. Nous allons descendre dans le détail instructif des obligations que cette même probité impose à quiconque veut être honnête homme*

Nous les trouvons toutes renfermées , ces obligations» dans la sage maxime « si connue et si peu observée , que Tobie donnait à son fiîs, et qui nous est aussi recommandée dans l'Evangile : (c Ce que vous ne voudriez pas raisonnablement qu'on vous ùi , ne le faites pas aux autres. »

CVst-là, en effet, legrand principe de l'équité naturelle. Cette règle est si conforme à la nature , si. lumineusement écrite dans notre âme, que les plus simples

prendre honleust ment !a Tu te , on dr pvnir d s oomi s c'ésh'uio rans. liais on ne doit alors iiicUi<i î épco. a la iiiaui» q^c ioi's^uvJi y est shMluinent forcé. 4»

Iâ8 L*£COL£

mêmes et les plus borpés }a recoopaîssent. Si y<ras n'aimez pas qu'on vous trompe, (ju*oh vous nuise, qu'on vous fasse quelque injustice , pourquoi voudriez-yous agir autrement avecles autres? Un des valets de chambre de Louis XIY le pria de faire irecooiiuaDder aii preioier président un prooi? Qu'U aVait contre tion ))èa{iiK père, il lui (lisait , eû lé pressant : a Sire , Yotèe^a]esté Ka qu^'ft dire unô parole éti tha ftiyëur, — Ébl lui répondit le roi, ce n'est pas de quoi je Fuis en peine : mais, dis-moi, si tu étais k la place dfe ton beau-père, bcrais-tu bien aise que je la disse cette parole?

La parfaite probité est bien rare. Tout le inonde §e vante de Tavoit , lïiaîs combien n'y eh a-t-ii p^s qui n'en ont gup l'apparence t Combien de prétendus lionnètes gens nè sont que des fHpbns déguisés 1 On contracte avec un homme droit, qui , incapable de tendre des pié'çes, ne se ^^arantit pas de ceux qu'on lui dresse : et Ton glisse adroitement dans le contrat une condition artificieuse , dont on saura bien profiter. Un autre, <|ui ne se croit que fin ^ propose & un homme peu connaisseur un échange , où tout VaVantage est pour lui seuL Danç la vue d'obtenir ce qu'il souhaite, celui-ci fait de grandes promesses , qu'il sait devoir être sans effet. Celui-là enlève à son ami , à son parent , qui le reçoit chez lui avec amitié, avec cordialité, le cœur do sa Xemmey l'honneur des^ f(tJe. Le mauvais état de ses affaires oblige cet homme* éléj^t |Ju ^on ion à épouser sans ii^clination une ieuDite perspnné )rop crédule , on une yieillc peu aimable , mais riche , qu il e$^t Lien sur de n'aimer jamais. Après avoir été la dupe de ses promesses, de ses sermcns , elle devient la victime de ses mépris, et peut-être de son abandon. Et cepen* dfkut il ose se parcf du }itre d'honnête homme ; mais ; aux yeux dç toiis 1^ hopnétes gens n'est qu'un hy pocrite et un ingrat, un homme sans honneur et sans probité. iPlus ce mariage lui a été avantageux, plus il y a d'infamie à se jouer de sa bienfaitrice.

A ces traits de mauvaise foi , opposons-en d';jiutres de la plus exacte probité , qui ç^J le seul SQ|itie|: b.oiméte homme doit suivre.

Le fameux poète Scârrôn ayant éprouvé , commn bien d'autre , que les muses donnent plus de renommé^

DES .MOKUUS.

que rfe ricbe$ses , fut ppnfraint 4^ yeodre son bien à AJ. ÎÏ^We. Celui-ci lui cri donna $ix inillt^ eçus , sanà sj^yoîr précisémçnt ce qu'il valait ; et Sçarron ftit content du marché. M. ^'ubl(3 alla voir ce bien. A son retour, i} vint IroMver Srarron , et lui dit : « Vous avez cru que votre bici) ne valait q^e $)?^ î-^il!p écus : il eu vaut huit mille par l'esfimalioii qût? jVni ai fait faire. » 1} Toblige^f de recevoir encore jjeu}^ jii||Ie écus. Coml)jQf} 4*autres se seraient applifudis secrètement Aé l'heureux marché , et auraient trouve Aei raisons plausibles pour calmer les scrupules de leur conscience ! car rinférèt est ingénieux à eu trouver. " ' '^'^

Le trait suivant n'est pas pioins di^e de servir de rnpdèle, dan^ upo profe;5sion même où j'ijonneur doit être la première loi , et où les friponnerie$ pe sont pas tqpjpurs aussi rares qu'elles y devraient être. Dans le temps que Turenne commandai^ en Allemas^ne , une vilip neutre , qui crut que Tarmce allait venir de son cofè , fit ofirir â ce général cent mille écus , pour l'engager à prendre une autre loule. a Je ne puis en conscience , répondit Turenne , accepter celte somme , parce que mon iplention n'était point d'y aller. » '

J'aites-vous une gloire de passer pour homme droit , e^ de l'être. JJaimissez de chez vous l'artiCce , la ruse et les détours. L'homme qui cherche à surprendre est souvent pris dans ses propres pièges. « Celui qui creuse la fosse , dit l'Ecclésiastique , y tombera ; celui qui met une pierre dan$ |e chemin , pour y faire heurter son * prochain , s'y heurtera , et celui qui tend un fdet à un autre, s'y prendra lui-même *. » Trois hommes , qui faisaient métier (Je joueurs , c'est-à-dire de fripons, logeaient dans une même auberge avec un jeune provincial , venant h Paris pour recueillir une riche succession. Ils résolurent de changer les intentions du ies- (j^lpur. Un soir , jls proposèrent à cet effet au provincial 0ê jouer. Celui-ci , qui avait des affaires pressantci

t)our le piomeiU , demanda que la partie fût remise ad epdemain : ce qui fut accepté. Les trois joueurs s'as- ^émbJèrent une heure avant le ternps marqué , dans chambre du jeu , et délibérèrent entre eux de quelle

• Qui foveam fodit^ incidet in mm , etc. Ecdi. 27.

l'école

manière ils gagneraient le provincial. Il fîit déddé qu'on jouerait au lansquenet , et que , pour mieux

l'attirer , on lui laisserait gagner au commencement cent louis. Le provincial , qui était rentré dans l'auberge, avait entendu cette conversation d'une chambre voisine. Il dressa en conséquence sa contre-partie. Une demiheure après y tt se rendit dans la chambre où on Tat* tendait , et se mit au jeu. Lorsqu'il eut gagné les cent louis y son laquais , qui était averti » vint lui dire qu'une personne vouiail lui parler. Il sortit , et alla loger ailleurs.

Le peuple appelle gens d'esprit ceux qui sont fins , mais il vaudrait encore mieux être stupide et passer pour tel , que d'être fin et trompeur. La finesse est Too^ casion prochaine de la fourbene^ et de Tune à rautie le pas est glissant. Le cardinal Mazarin , ayant envie d'acheter pour le frère du roi une belle maison de campas^ne , jpta les yeux sur celle qu'avait à St.-Cloud un riche partisan. Celui-ci avait dépensé des sommes immenses à l'embellir. Le cardinal l'envoya chercher; sous quelques prétextes, il fit tomber l'entretien sur cette maison de campagne , et demanda combien elle lui avait coûté. Le financier, craignant d'ouvrir les yeux au ministre sur ses grandes richesses , se défendit de répondre à cette question. Le cardinal le pressa , et lui dit : a Avouez la vérité , votre maison vous coûte bien un million* — Un million 1 s'écria le partisan : je ne suis pas assez riche pour faire une pareille dépense, , ni assez imprudent pour enterrer ainsi une somme considérable, quand je la posséderais. — Je vois bien, poursuivit le ministre, qu'dle revient à six cent mille • livres. — Non , monsei'^ueiîr , répondit le finaiirier , je n'ai ni la volonté , ni le pouvoir de consacrer à mes plaisirs une pareille somme. — Je vous entends , continua le caidmal ^ la médisance a grossi les objets ; cette maison vous coûte trois cent mille livres, Le financier parut approuver cela , parce qu'il crut que c*était le point où il devait fixer la curiosité du minisire. Mais le rard nnl , prenant lors un ton charitable : Que je vous plains , monsieur, lui dit-il , voilà trois cent mille francs qui ne vous rapportent rien , et que vous auriez pu faire valoir : yotre industrie aurait doublé cett^

somme. J'eulredans votre situation. Qu'on donne trois cenl mille livres à monsieur , dit-il à un intendant des finances, et qu'il cède sa maison à monsieur, frère du

Ces sortes d'artifices sont indignes d'un grand , d'un homme en place, dont l'élévation des sentimens doit répondre h celle de son rang. On peut faire bien ses affaires et celles de ses amis, sans tromper les autres. Mais, pour quelque avantage que ce soit , Tbonnêle homme n'emploiera jamais ni finesse, ni duplicité, ni mensonge. 11 a cette noble vérité de caract<^re , qui croirait, en se dédisant aux yeux d'auUui, jM iJie le droit précieux d'en être estimé. Il ne suivra ni les voies obliques, ni les sentiers couverts, ni les routes ténébreuses et écartées. Celui qui médite de noirs desseins , cherche les chemins détournés , et ne marche ^'à la faveur des ténèbres : celui qui ne pense qu'à bien faire , suit les grandes routes , et marche à la clarté du soleil. Une belle àme ne craint point de se montrer, sûre qu'on aura pour elle d'autant plus d'amonr et de respect, qu'on y verra plus de droiture et de irancbise. Qui n'admirera , en effet , celle du sénat romain , dans le beau trait que Tite-Live nous en a conservé? Les peuples d'Ârdée et d'Aride, voisins de Rome 9 étaient en guerre pour des terrains , auxquels chacun d'eux prétendait. Enfin, las de combattre , ils convinrent de s'en rapporter au jng^ement du peuple romain , dont l'équité était révérée par tous ses voisins. Le^ tribus furent assemblées ; et le peuple, ayant cru voir dans la discussion que ces terres lui appartenaient, se les adjugea. Le sénat vit avec peine que les Romains eussent dans cefte occasion démenti leur générosité naturelle, et qu'ils eussent trompé l'espérance de leurs voisins qui s'étaient soumis d*eux-m(^mes h leur arbitrage. Il n'y eut rien que ne fit cette auguste compagnie, pour inspirer au peuple de plus nobles sentimens ; .mais toutes ses représentations furent inutiles. Après

Iue la sentence eût été rendue, ceux d'Ardée, dont le roit était le plus apparent , étaient prêts à s'en venger par les armes. Le sénat lie rougit point de leur déclarer publiquement qu'il y était aussi sensible qu'eux-mêmes; qu'à la vérité il ne pouvait pas casser un décret du

peuple; niais que, s'ils voulaient bien se iier au sénat» il prendrait Un tel soin de leur satisfaction / qu'il ire leur reçtçrait aucun sujet de plainte. Ardéates sfe fièrent à cette parole. Il leur arrÎTa bientôt après un^ affaire , capable de ruiner leur ville de fond en comble. lU reçuiviit uii 4»i prompt secours, par les ordres du sénat, qu'ils se crurent trop Lien payés des terrains qu'ils prétendaient leur avoir élé pns, et ils ne songeaient plus qu'à remercier de si fidèles amis ; mais te sénat ne fut pa$ content jusqu'à ce qu'en leur faisant rendre les terres que le peuple était adjugées , ii eût rendra un nouvel éclat h la gloire dû nom romain.

L'hoihiiic qui a dessenlimens, regarde le déguis<v luent , lu fourberie , comme une tache honteuse et îlétiissaulo ; et il aimerait mieux périr , que de se procurer les plus grands avantages par une trompeuse dissimulation, (.e prince sicilien > dont nous allons parler, ne pensait pas si npblement. Rollpud , frère . naturel âê don Pèdre , roi de Sicile , venait de perdre un combat lia val et d'être fait pri>()unier. On demandait pour sa rançon douze mille liuiios. Il ne pouvait payer cette somme. Une belle et ricb^ bourgeoise de Messine » liommée Camille de Turinha , la lui fit offrir , s'il voulait TépoU^r. HoUaDd feignit d> consetitir , et en donna sa promesse par écrit. Sorti de sa captivité» H se mit fort peu en peine de tenir sa parole ^ et allégua l'excessive disparité des conditions. Camille l'appeUe en justice, et produit l'acte signé de sa main. Les magistrats jugent à la rigueur , et condamnent Uolland â acco^^piif ^ promesse. 11 se rend , accompagné de plusieurs seigneurs, chez Cdinille > qui avait étalé toute Ifi magnipc^OB de ses am0Ub)emens, et s^était ornée elle-même de ses plus riches parures. Rolland la 'prie d'onhiiof soii injoriLuiso résistance , et décknr vju'il

tîst prêt i< Arrête, lui dit Camille, je suis satisfaite.

Prnse-tu que mou cœur ait attendu jusqu'à présent pour te rejeter ^ voulais un époux du sang royal ; myis tu dér^g^f |i ta naissance au moment que fu

lie t'ai poursuivi en justice réglée , qu'aJBii de teeduvrir

de CQufusioM. Adieu : porte ailleurs ta main flétrie , ^PF^lè4$ (4 ^Â0Kpt4^ , g^de isocûf e le pri^ de rauçop,

DES. ncp^u^s* 469

je Ceii fais présent. A cps mots , laîssa&t Rolland interdit , elle perce la iuule étonnée, el va &e jetei ilaui% un couvent.

L'honnête homme , loin de chercher à profiter de la simplicité I à smrprendre la bonne foi des autres, ne croira pas iqéme toujours la représaiile permise et innocente; Ùn Juif, ayant arrêté pour iringt-qûatre heures la morve à un cheval qui était blanc, le vendit chèrement à un gentilhomme; car, à ce défaut près, le cheval était pariait. LegeiUiihouime allmpéeut recours à la ruse. U lil peindre le cheval en noir , lui arrêta éneofe la moirve , et trouva le secret de le revendre beattbbup plus cher au mêine juif, qui ne le reconnut pÎMnt. te Juif était un fripon , ét le geutilhomsiie ne Fêtait guère moins. Tout ce que la probité pouvait perrriettre, c'était de iocoiivrer ce qu'où avait perdu ^ èt de couvrir le trompeur de confusion. ' Ccst une erreur assez commune que de croire qu'on peut vendre ou acheter à tout prix, et pro^er de gnorance ou du besoin de celui qui vend ou qui achète. Mais c'est , en trompant les autres , se tromper soimême. Si la valeur certaine de la chose que vous voulez vendre no vous est pas connue , vous devez vous en rapporter à des connaisseurs. Cette valeur est-elle réglée par re^^îmaU^n commune des homoies 'i vous ne pouvez , ^118 vous rendre coupat^le d'iôju^ticç^» excéder félevdue que le dr^î^ lui donne

esl vrai que marchandises qu'on vient voua ofliir perdent quelque chose de leur valeur, suivant Taxionie reçu, mercec: alironeœ vilescunt, e( peuvent alors s'acheter à un prix uu peu plus bas ; il iaui convenir aussi qu'il y a bieii peu dechariie à profiler de 1^ Bécoté et de la misère , pour faire qu'on appeU^ 4^ bons inarchès. J>€( pareils gains seront toujours viU ; el si Ton w^ète beaucoup au-desffous du glus bas prix*

* Les jnrisconsuUcs et les théologiens dislinguent trois sortes ô*» prix lé-iiimc5 ie plus bas , Le moyen et U plus /ia<if -Bar exemple, iff, 20 et 21 fr. CcUc étendue au;;meiiio a [»ru[>oilion pe la suiiune, et si k prix moven est lOQ tr. , le plus bas sera 05, et le plus battt iOô où enviioii. On ne peut ordinairement i 'i&BS injustice, ces justes bornes î mais on peut acheter au plu» bw^W pnx » > endre au piuj» hàuU - * î / " * ' - «

164 l'jègole

ïb paraîtront injustes même , aux j eux de Tlioundte nomme*

A tous ses ennemis un cœur noble pardonne.

Il y a plus de noblesse et de vraie grandeur d'âme à pardonner qu'à se venger. Une àrae généreuse ne se ven^^e point. Ce n'est pas une marque de lâcheté et de faiblesse, comme on le croit communément , de ne point tirer vengeance de eeux qui nous ont offensés; c'esl , au contraire » la preuve du plus - grand courage* Se vaincre soi-même , et surmonter 1» désir de la vengeance, ce désir qu'il parait si naturel et si doux de satisfaire, c'est la plus belle de toutes les victoires : plus on conviendra qu'elle est difiicile, plus on sera forcé d'avouer qu'elle est glorieuse.

De sa colère éteindre le salpêtre , Savoir se vaincre . et réprimer les flots De son o^^giieil ; c'est ce que j'appelle être Grand 'par soi<*méme , el voilà mon béroi • •

RovssBAir.

Ce n'est point , pour l'ordinaire , par grandeur d'âme ni par honneur qu'on se venge ; c'est par lâcheté et par faiblesse ; c'est parce qu'on n'a pas le courage et la force

de s'élever au-dessus du respect humain , de réprimer les mou ve mens impétueux qui , au-dedans de nousmêmes , nous sollicitent à la vengeance. Ainsi l'ont pensé païens eux-mêmes, a Âimer à se venger , dit un ancien , est la marque d'un petit génie , d'une àme •âibie » Celui qui a de l'élévation dans l'âme » se ' regarde au-dessus des injures » et les pardonne. « Quand on me fait une injure , disait le célèbre Descartes y je tâche d'élever mou àme si haut , que l'offense ne parvienne pas jusqu'à moi. x>

Elisabeth, reine d'Angleterre, qui mériterait d'être placée au nombre des plus grands monarques^» si elle n'avait pas souillé sa gloire par ses cruauté contre les

* Infirmi €$t aiumt exigui^M volupioi ulKd. Jvf te«

hm MOBURS. 165

catholiques et par la mort injuste de la reine d'Eeosse, Élisabelh savait de même s'élever noblement au-dessus de tous les sentimens de la ven^^eance. Elle en a donné plusieurs exemples ; mais celui que nous allons r^p-» porternims a para un des plus beaux.

Une Ecossaise , nommé Marie Lambrun , avait été au senrice de Marie Stuart. Elle s*était mariée ensuite , et la reine d'Ecosse avait accordé plusieurs grâces à son mari. Cet homme fut si affligé de la triste destinée de sa bienfaitrice , qu'il mourut le même jour que cette malheureuse princesse eut la téle tranchée* Marie Lambrun , qui aimait tendrement son mari , et qui était très-attachée à la reine d'E(»sse , forma le dessein de Tenger leur mort sur Elisabeth. Elle se déguisa ea liomme, et prit le nom d'Antoine Spark. Elle cacha sous ses habits deux pistolets , résolue d'en tirer un sur la reine, et de se tuer avec l'autre. Un jour qu'Elisabeth se promenait dans ses jardins , Marie Lambrun » i|ui n'avait pas encore trouvé l'occasion favorable , voulut exécuter son horrible attentat. Elle perça la foule avec trop de précipitation. Un de ses pistolets tomba y et fut aperçu par les gardes de la reine > qui se saisirent d'elle. Elisabeth la fit approcher, et lui demanda qui elle était, Je suis femme , répondit-elle avec intrépidité, quoique je sois habillée en homme. J'ai été plusieurs années au service de la reine Marie Stuart , que vous avez fait mourir injustement* Mon mari en est mort de douleur. J'ai cru devoir venger ^ au péril de ma vie , leur mort par la vôtre. »

Son nom qu'elle dit, le son de sa voix et ses traits qu'on se rappela , la firent reconnaître à plusieurs personnes , qui se souvinrent de l'avoir vue chez Marie Stuart. « Vous avez donc cru , lui dit la reine , faire , votredevoir en m'assassinant , et moi, que pensez-vous^ que je doive feire î — Me demandez-vous cela , lui répondit Marie Lambrun , en qualité de reine ou de juge? )) Elisabclh hii dit que c'étailen qualité de reine. « Vous devez doue , reprit-elle , me faire crrace. — Quelle assurance me donneroz-vous , lui tiii I Jisabetb, que vous n'abuserez point de cette grâce» et que vous n'attenterez pas une seconde fois à ma vie?*— Madame, répondit l'Ecossaise , la grâce qu'on veut donner avec

tant de precaiitioTî , n'est plus une grâce : aînsî vottt pbnvez me juger. » Elisabeth se tournant vers les séîgneurs de sa cour, qui étaient près d'elle, leyr dît :

]>epû2S trente ans que îe rtgne . personne nè ra'a encore donné une à belle leçon. » 6û M coûs^àit Èè livrer celte femme à la sévérité des ]bh J lèaîs elle l ui accorda sa griice entière et sans condition. L'Ecossàïsè^ en la remerciant , lui ajouta : « Si vous voulez que la gi^ro que vous m'accoiilrz me soit utile , fâites-moï . conduire sûrement hors du royaume et jûsqùé sur 1^. côtes de France. » Ce qui fut exécuté.

Catherine de Médicis^ reine de France , Èe âtstfngu'a ahssi ^iàir cette grandeur d'âme dont ïiotii parlons. Elle ne voulut jamais souffrir qu'on recherchût Fauteur de rïnfàmc libelle intitulé : h Catherine, Des soldats disaient un jour mille indignités d'elle prés de son carrosse. Le cardinal de Lorraine dit qu'il allait lesTaire arrôter , afin qu'on les punît du dernier supplice, (f Non, dît cette princesse 9 je Veux apprehdîé àujourd'kuï h t* |>ostérité , qu*utte Temmè, une reine , él iihcs lîaTicMine, ont su dans ihk; même personue commandeir au désir de la venn;eance. »

1 n'est pas nécessaire d'être chrétien pour pardonner à ses ennemis ; il suffit d'avoir de l'élévation d^'ni l*3me et de la noblesse dans les sentimens. Avânï me la religion eût en quelque so'rté divinisé le pairdon des injures, par îe plus grand de tous les exemples , combien de beaux traits en ce genre l'histoire ancienne ne nous oiTre-t-elle pas! On > voit des philosophes, des sages , des rois mêmes , grands par leurs exploits , par leurs * Victoires et par leurs conquêtes , qui devaient , ce semblé , être plus sensibles à tout ce qui pouvait blesser leur réputation ou hùiré & leur gloire , souffrir avec ime patience admirable les injures et les outrages, sans les punir, comme ils le pouvaient facilement.

ries ambassadeurs d'Athènes , étant venus se plîîindro à Philippe, roi de Macédoine, de quelque acte d'hc^tiiilé, ce prince, à la lin de Taudience , leur demanda S'il pouvait leur rendre quelque service, a Le plus grand service que tu puisses nous rendre, lui répondit Kun d'eux , c'est d'aller te pendre. » A ces mots, sans ,

^'émouvoir , quoiqu'il vU iQitt le monde justement

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DÈS lÉcHSims. ' 167

Wîgné î <r Dites à vos maîtres, réplîqiia-t-il, que ceux qui oseot dire de pareilles insolences sont bien plus hautains et moins pacifiques que ceux qui savent les pardonner, b

^ César, qui serait plsot-étre le plus grand homme d& Tanti^uité sll avait eu ttioiâs d'ambition , ne téihoifrna àUouu Ér^sentimeiit des épigrammes sanglantes de Gatiiflè. Après la guerre civile , il pardonna à tous sts ennemis, et regretta que Caton , én se donnant la mort, lui eïit envié ïa gloire de lui pardonner.

Rien n'est plus glorietix , sans doute , que de pouvoir perdre ^n ènnemi , et de lui faire grâce. Plus on est élevé, plus on doit pardotiner facitement. Les grands doivent àvoîr de grands sentimens : ils s'avilissent , si leur façon de penser ne répond pas à leur rang. Adrien, étant parvenu à l'empire , dit à un de ses ennemis qu'il renronfra : a Maintenant que Je suis empereur, vous n'avez pins rien à craindre dé moi. »

Avant que de vous venger de votrè ennemi, examt^ mft isans paiSsiO;1k 6i Vous ne lui avez pàs donné sujet (io vous ftîre du mal , de vous liaïr , et , si cela ast , ayez la grandeur d'àmc et le courage dVn convenir, et do lui pardonner. Montécnnilli , général des armées de 1 empereur, avait donné ordre que personne ne pass&t par les blés. Un soldat, revenant d'un village, traversa un sentier qui était au milieu des blés et dans le cas de la loi. Montécnculli , l'ayant aperçu , envoya ordre au prévôt de Tarmée de faire son devoir. Cependant fe soldat protestai f mii général qu'il ne savait pasia défense Montécuculli répondit : ce Que ie prévôt fass-î son devoir. )) Alors le soldai outré, et qu'on n'avait pas encore désarmé, dit : « Je n'étais point coupable, je le SUIS maintenant , » et tira son fusil sur le général. Le coup manqua* Montécuculli reconnut qu'il avait luindéme eu tort , et l[>ardonna.

Si nous avons donné lieu à la haine qu'on nous porte, hâtons-nous de pardonner , pour réparer notre faute; si nous n'avons aucun tort „ pardonnons encore plus volonUers. N'est-il pas bien plus doux d'avoir à pardonner que d'avoir besoip de pardon? L'empereur Ihéodose-le-Grand écrivit è Rofin , préfet d u prétoire : « 'Si ^uélqu'wn parle paal de notre pcibouue et de notre

168 L^JgCOLÈ

gouvernemimt , nous tie voulons pas le punir. S*it a parlé par légèreté y il &ut le mépriser ; si c'est par folies il faut le plaindre ; si c'est une injure , il faut lui par-«

donner, ib

La G^loîro de« homraes , en effet , serait-elle de S0 déchirer uiutucllemeiit coa\me les bêles les plus féroces? Leurg;randeur consisterail~eIle à faire des malheureux? Doivent41s beaucoup s'applaudir de leur puissance » quand , par le honteux motif dc^se venger , ils ont vei^ le sang ae leurs frères ; quand ils ont défiguré en eux l'ouvrage de la nature ; quand ils ont procuré leur ruine , leur déshonneur ; quand ils les ont réduits à pleurer éternellement les pertes que leur a causées une vengeance portée à l'excès ? Ne serait-il pas bien plus glorieux d'épargner des coupables ^ qui ne peuvent ou ne veulent plus nuire ; de songer qu'on a pu les perdre et qu'on les a sauvés ; de les forcer à reconnaître qu'ils doivent la conservatiuH de leur fortune, de leur vie , de leur honneur, à ceux qu'ils avaient le plus sensiblement offensés? On conseillait un jour à Philippele-Bel y roi de France , de punir Tovêque de Pamiers ^ qui avait été en partie auteur de ses démêlés avec le pape : cr Je sais que je le puis, répondit-il ; mais il est beau de le pouvoir et de ne le pas faire. »

Conlinuons à instruire par des exemples. La plus excellenfe îeron pour former les mœurs, est de mettre de grands modèles devant les yeux. Ils sont, dans le sujet que nous traitons , peut-être encore plus utiles et plus nécessaires que dans tout autre , parce que la plupart des hommes regardent le pardon des injures , ou comme déshonorant , ou comme impossible. Mais en Aovant Laiii de grands hommes , tantde princes même, se faire une gloire de pardonner à leurs ennemis, ces faux préjugés tomhent.

On reprochait â l'empereur Théodose-le-Jeune d'être trop doux et trop bon envers ses ennemis. <x £n vérité» répond] t^il, bien loin de faire mourir les vi vans, je voudrais pouvoir ressusciter les morts. »

Louis II , duc de Bourbon , ayant été quelque temps prisonnier en Angleterre, signala son retour par une des actions les plus magnanimes dont l'histoire ait conservé le souvenir. Pendant sa détention , la plupart

des barons et des gentikhoromeg de M étate avaient

profilé (le son absence pour piller ses domaines. Ils étaient tous assemblés auprès de lui , lorsque le procureur-général de ce prince lui apporta un mémoire détaillé des torts qu'ils lui avaient Mis. Us pâlirent et furent consternés. Mais le généreux prince dit an magistrat : a Avez-voas aussi tenu registre des services qu'ils m'ont rendus? — Non, mon prince, répondit-il. — Il faut donc brûler ces papiers, reprit le duc, je n'en puis faire usage. » En même temps il les prit , et les jeta dans le feu, sans les avoir lus. Il serait diliicile d'exprimer combien la compagnie fut pénétrée d'un si grand trait de générosité et de clémence.

Ifenri IV mérita le nom de Grand , encore plus parla bonté de son cœur que par ses victoires. Jamais personne Ti'aima pins à pardoDiier que ce prince, parce que peutêtre aussi jamais personne n'eut l'âme plus grande. La bonté et la clémence semblaient composer son caractère. Il dit un jour au duc de Mayenne : a Le plus grand plaisir que j'ai en faisant la pai^x , c'est de pardonner aux rebelles. 9 On sait aussi ce qu'il dit à ce même duc, qui lui avait fait la guerre et lui avait long-lemps disputé la couronne. Le duc de Mayenne était fort gros, et mauvais piéton. Henri IV , se promenant un jour avec lui, prit plaisir à le lasser , en le faisant marcher beaucoup. Le duc lui demanda quartier. « Mon cousin , lui dit le roi , voilà la seule vengeance que je prendrai jamais de vous. »

On reprochait un jour à ce même pi ince, qu'il traitait avec trop de bonté les ligueurs , sts ennemis irréconciliables. Il répondit : a Dieu me pardonne , je dois ardonner : il oublie mes fautes» je dois oublier celles e mon peuple. Que ceux qui ont péché se repentent , et ou'on ne m'en parle plus. »

Que ce sentiment est beau, et qu'il est digne de la religion qui l'inspirait 1 C'est-là , en effet, un des plus puissans motifs qu'elle nous présente contre le ressentiment. II sufiirait seul , bien médité , pour arrêter l'homme le plus animé à courir à la vengeance. Mous offensons Dieu tous les jours , et il nous supporte. La justice divine , depuis long-temps , demande notre perte; mais la miséricuide calme ^ colère , éteint entrç

kés ranins la fdnùi o ((n'il ètail pr/^f à latiror^t et dans la foreur qui nous transporte , nous voudrions écrase^ nos frères. Noos demandons à Dieu d'oublier nos offensés , et nous ne voulons pas oublier celles ^V>b tfom a faites. i Li' célèbre patriarche d'Alexandrie , saint JeanrAuniùnior, crut que cette considération , si capable de toucher un cœur qui conserve encore qnelquesrseuT timens de religion , pourrai t engager un des plus grands seigneurs de la Ville à se réconciher avec une pertonne t6n\r9^ laquelle il avait une inimitié déclarée. Il l'avait ïîxhoi'fé plusieurs fois , mais inutilement , à le faire. I.e Yojant toujours inflexible, il le pria de venir le trouver, sous prétexte de quelques affaires publiques, et îrife conduisit dans sa chapelle. 1! y célébra devant lui la messe , à laquelle il n'v avait nulle autre personne <fi]e celui qui là servait. Après la consécration ^ quand il )!ut commencé l'oraison dominicale , qu'ils prononçaient tous trois ensemble, selon la coutume de ce tertips-lâ , le saint patriarche fit si«:iic au servant de se taire à r(s mois : Pantf nnez-nous /îtk offenses ^ comme nous pardonnons a ceux qui nous ont offensés ; pt il se tut lui-même 9 de sorte que ce seigneur fut le seul qui les

Srononea* Le 8«iint se tournant alors de son c6té| lui it avec beaucoup de douccfur : <i Pensez » je vous prie ^ à ce que vous venez de demander et de dire à Dieu , lorsque, pour rengap:er à vous pardonner vos offenses, , vous avez protesté que vous pardonniez h ceux qui vous ont offensé. » Ce seigneur, frappé de ces paroles, se jeta. aux pieds de son patriarche, et il lui répondit : «r Je suis prêt à faire tout ce que vous voudrez. x> II alla aussitôt se réconcilier sincéremeut avec son en» nemi.

<r Celui, dit le Sage, qui voudra se venirer, sentira la veniroance du Seienonr, et Dieu n'on!)!iera jamais ses péchés. L'homme garde sa colère contre un homme , et il ose demander à Dieu qu'il le guérisse 1 11 n'a pas Compassion d'un homme semblable à lui , et il demandé à Dieu miséricorde* I Vous priez qu'on vou$ pardonne

• Qui vhidirari l uff , à Domino invemet vindictam p et pêC"

cata iHiu9 êervwu êêrvabii , f (c. £ccli. 28.

DBS ¥W01IS» ITi

. comme vous pardonnez. Alaiiie*jreux 1 ^ue faites-vô«ô?^ £q dmiiUidaDC f^èofif tous demander votre perle : ▼otfe juttét sort de yotne benicbe et vous .vous eeiida»» «ee yoiM-'inètMw Ea e}oota»t le crime de la veogeeiife

à tant d'autres dont vous êtes déjà coupable , vous grossissez le« flots de la veDgeance divine» qui «ont près de tomber sur vovs.

Mmi Toulez-vous, a« contraire» désarmer le bras du Seigneur tevé «nrwtreiètet «désavnes le vMre. Y«nde^ ebleiiir viiMBtière ebsohiiion^e tout ce qoe vo«9 devez à la jiistîce dmne? remettez de bon ecBur'etfiaBS délai tout ce cju'on vous doit. Ne craii^ru z [>oiiit de feire les premiers pas vers la réconrilialioa. Celtiîqiii Tevieot le premier, est, aux yeux de i>ieu, le vaio- ^ueur k ptoi graod et le pii«i digne de le eoimime immortelle destinée a» pardon dei «offenses. ^ Qu'eslHse qae donc ^tû vous retint? Il m'eat inifos* sible, dites-vous , de pardonner celte injure , de me réconcilier avec celennenii qui m'a ôKV'Fîsnf r>jeJlernont, Mais vous vous réconciliez néaumoiiis, quand un grand de la terre témoigne qu'il le soubaite, quand TOtre intérêt le demande. Et vous ne pouiriez filtre pour Dieu, pour vos intérêts étero^s» ce que tous •pouvez &ire par déférence pour un homme , ou dans la vue d'un intérêt temporel 1 Vou« savez ce que répondît un coni tisan qui était devenu fort riche. Ou lui demandait coanneiit il .s'était enrichi : « En dévorant les injures , dit-il , et en listisant des xemerclmens à ceux qui moi-^ fen^ient j>

Si je pardoiine , ajoutez^vous , le monde me blâmera» zne lEBépiisera. Eb quoi t la patieiiee » la douoeur , la modération , ne sont-elles donc plus des vertus à ses yeux ? Pourquoi Forateur romain croyait-il donner une louange si p^lorieuse h César, quand il disait qu'il n'oubliait que les injures ? Mais j'en appelle i vou»« même. De tous les traits admirables dont la vie du vertueux Joseph est remplie , en est^l un dont vous aej^zplus touché malgré vous, que du paidoa géné- T6UX qu'il accorde à ses frères ? Dites-moi , je vous

})rie, qu.ind David vous paraî(-:I phis crrand ? E<?t-c0 orsqu'il va pour se venger de 1 outî'age qu'il a reçu du ))rutal épou)^ d'Aiû§9Sl » ou lorsque, ieui; im ineitre

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des jours d*nn prince jaîoiix et arïinrné à sn porte , deux jEbis il se fait une ioî de l'^^rgner , Saûl en pleure de reconnaissance et d'admiration, a C'est donc tous , s'écrie-t-il , mon cher David I c'est tous qui me conserla vie , tandis que je viens pour tous TAter. Ah 1 je reconnais mon crime et vos vertus. Oui , vous êtes plus juste, et pius digne de régner que moi. » Avec quelle modération n'entend-il pas les reproches sanglans de Séméî I II retient le courroux de Fimpétueux Abisaf , qui veut le venger par la mort de cet insolent; et lorsqu'il est rétabli sur le trône , il reçoit sa soumiswon , lui accorde Je pardon de son crime , et lui jure «cpi'il ne lui t,era fait aucun mal. Des lions et des orirs ^toiiffés, un superbe géant terrassé , des armées défaites, des nations domptées et contraintes à recevoir sa loi , élèvent ce grand homme au-dessus du reste des hommes; mais des outrages pardonnés, des injures oubliées , des ennemis épargnés, Télèvent au-dessus de lui-même, cr L'homme patient , dit Salomon , est préférable l'homme brave et courageux ; et f'<'lui qui, maître de soi , sait rommande' â son propre cœur , vaut mieux que celui qui sait prendre des villes.*. »

Vous ne vous rendez pas encore» et vous croyez qu'il ^est absolument de votre honneur de vous venger. Mais, dites-moi , Die-i sait-il en quoi consiste - le véritable honneur? connaît-il la vraie gloire? Vous n'ignorez pas combien il est jaloux do, U sienn^. Cependant il fait luire son soleil pour les mécbans cour pour les bons ; il verse des pluies fécondes sur les terres des impies , ^'omme sur celles des justes. Les nommes les plus di-* ^nes de sa colôre éprouvent ses bontés. A la vue des méchans qui prospèrent , qui vivent dans l'abondance , i impie demande si Dieu est instruit de ce qui se passe îjur la terre ; le juste même est quelquefois tenté de douter de sa providence et de sa justice. Il nous paraît '^'il serait de son honneur et de sa gloire de prendre ^ main sa cause et de déployer sa vengeance. U n'a ^'à le vouloir , et d'un seul de ses regards il peut <réduire tous ses ennemis en poudre. Cependant il souffre , il tolère, il ne veut pas la mort du pécheur, mais

< Melior 9*t paHcnê viro for H, etc. Prov. 16*

des; mokors. '

qu'il SG coîuertisse oi qu'il vive : c'est par-L^ que Pieu' fait éclatei sa giaudeur. li est bon , parce qu'il f^st grand : c'est parce qu'il est le maître de tous , qu'il le^ épargne tous. Et vous vous croiriez flétri » perda d'honneur y en suivant son exemple 1 Depuis quand donc est-on déshonoré , en ressemblant au roi dn ciet et de la terre? Etes-vous plus digne de respect que lui? Y a-t-il plus de crime à vous offenser, à manquer à ce qu'on vous doit ?

C'est d'après un si beau modèle , qu'on a vu tant de chrétiens pardonner à leurs plus cruels ennemis y tant de princes et de guerriers renoncer à tous leurs ressentimens , et , en honorant par un si di^ne sacrifiée la religion qui en était le motif, se couviii eujk-mêmes de gloire?

Le brave Grillon , dont le nom vivra à jamais dans les fastes militaires de la Jb'rance , fit un jour un beau trait t qui mérite d'être connu. Un soldat huguenot » croyant abattre en lai un des jrfus forts appuis dei catholiques , résolut de le tuer pour venger la mort de tant de calvinistes , à qui le bras de ce célèbre guerrieic avait été si funeste à ia bataille de Montcontour. Le soldat ce cache dans un endroit d'où il peut exécuter son dessein ; il lui tire un coup d'arquebuse , qui heu* reusement ne lui fait qu'une légère blessure. Gnllon furieux court à Tassassm. Dans le temps qu'il est prè^ de le percer , le soldat tombe à ses pieds et lui demande la vie* or Rends grâces à ma religion, lui dit Grillon , et rougis de n'en être pas. Va , je te donne la vie. Si la parole d'un sujet, rebelle à son roi et infidèle à sa n>ligion, pouvait être reçue, je te demanderais de me promettre de ne jamais <imbattre que pour le senrioe de ton légitime souverain. » Le soldat , confondu et pénétré , jura une fidélité inviolable à son roi et à la i*elΣ!:ion catiiuUque , dont il lit profession à l'instant méine.

Louis XU, un des n: ailleurs rois qu'ait eus la France, fit au commencement de son r^ne une liste des graînds dont il avait eu i se plaindre sous Charles VUI , soa prédécesseur , tandis qu'il n'éfait encore que duc d'Orléans. Il marqua d'une croix le noia de chacun d'eux. Presque tous, croyant qu'ils allaient devenir les victimes <

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du juijLo resseatiment de ce prince , voulurent s'éloigfler de la oour. Mais il les rassura, par ces paroles vraiment dignes d'un roi très*chrétien : cr La croix que j'ai|ointa krosBom»^ ne devait pas wu» annonce» de vengeance : elle maroue , ainsi que^ ùMm, d» Notre- Siigneiir « le pardmi dee injute»* »

Tout le monde sait le beau moi deee grand prince , qui, étant monté sur le tiùnc , dit a que Je roi ne vengeait pas les iajïires du duc d'Orléans, p Ou admire avec raison cette noble réponse : mais eUe pandtra encore plus héroïque , quand ml saura à quelle oooaaiim fl la fiu Eteint due d'Offléanft, il donna dau me gnie^n démentÊ & madame4eiBBM|eia , eœur daChanles YUI. René , duc de Lercaine , lui donna sur-le«> champ un soufflet. Après la mort de Charles VIU^ les * ennemis du duc René sollicitèrent Louis XII à se venger. €e fut alors qu'il iQtc-ette belle réponse. 11 poussa même la nagnaninulé jusqu'à permettre <faina k oécé* monie de son sacie au due René , de secw de paif pour le duc de Normandie. Quelh leçon powœux qu croient qu'il est de leur honneui? de tirer veageauce d'une injure ou d'un outrage l

Youâï avez des sentirnens , dites-vous^ et vous n'êtes pas assez Uuche pour souffrîc un affront. Dites que vans li'aTiis:pai»4^8niitimens assez neUes pe«r le mépriser , oue» TOUS u'atoi. pas Tàme assez tibvée pour Atie heas aatteinle mx insultes» Le plua indigne el le phia faibh des hommes sera maître, cjuaud il le voudra, de montrer qu'il est aurdessus de vous, qu'il peut à sou gré troubler votre tranquillité , empoisonner vos plaisirs , X9mfiije votre vie d'amertume ^ vous rendre misérable au sein de la destinée ta plus heureuse. Une main ea^» chée dmelie à yous percer dea traits de la calonuiie ; eif au lieu de rendre ses efforta impuissans ^ en voue

élevant a u- dessus , vous vous blessez vous-même en vous tourmentant , et vous aigrissez la plaie en voulant la guérir. Un esprit satirique et malin répand sur vous la seL piquant du ridiqule , fui montre toute la noiroeui de son caractère ; et vous en êtes au désespoir. Un insolent^ un brutal ^ tous fait une insulte qui le dêsiF Iionore encore plus que vous ; et vous entrea en fure«r,i \oui ae respirez <jue U VQUgeance*. Maïii m vajtiirvoui

DigitizGd by Cu^ - . i»^

I)as, qu'en vous livrant contre lui fliix transports vio- 005 de la colère^ tous puoissez sur vous împerii- Bences » et vous tous faites plus dd mal que Tenncmî le pius'inécivint ne pourrait touscd ûiire? t Si je m- afQigeais , disait la reine Anne d^Autriehe » mère d<a Louis XIV, je me rangerais du parti de ceux qtsi me veulent du raal , j'applaudiraii à leur dessein de me rendre malheureuse, et j'emploierais rue* propres mains à enfoncer plus avant le poignard ^'ils mt veulent mettre dans le sein, b

Le due de i^Infantado , grand d'Espagne de la première classe, irrité d*un refus'qne lui avait feit le car-* dinal Ximénés , qui , de fils d'ua pr<>curi^ur de village, était devenu ministre d'état , envoja son aumônier pour lui dire des injures, et lui reprocher la bassesse de sa naissance* L'aumônier se rendit cheg, le cardinal, se mit à ses genonx , et le prévint de la commission dont il était chargé. Le ministre le fit relever, et lui dit : cf Retournez vers votre maître ; vous le trouverez bien honteux de vous avoir donné cette commission. » Le duc de rinfantado fut en effet si confus , quand il revit son aumônier, qu'il le querella ainsi que ses amis qui ne l'avaient pas empêché de faire cette sottise.

Ce n'est pas seulemen t par grandeur d'&me que nous devons pardonner ; notre pi opre bonheur nous y invite. Si le plaisir de la veng<»ance semble doux , il coûte quelquefois hieu cher; et Ton gas^nerait plus à surmonter son res.^eu liment par un pardon LTcuérenx , qu'à Tentrelenir par des désirs do vengeance. Aristippe, qui était brouillé avec Eschine le philosophe, te rencon-* trant un jour : « Jusqu'à quand , lui dit-il , seronsrnoi^s si sots que de nous bnfr Tun l'autre ! » Que de peines ne s'éi>ar2:ue-l-on ])as en piHuounantl Quelle foule de mouvemciis furieux dans 1 àme de celui qui clierche h se venger! 11 en est agité nuit et jour, il ne goûte pas un moment de repos , si son ennemi est À Tabii de ses coups et se rit de ses vains efforts ; quel cruel désespoiri Si les traits qu'il lance sont repoussés par d'autres , quelle affreuse guerre !

Mais je veux (|iril triomphe de son adversaire : goûfera-t-il Innf^^-tomps le plaisir de la vengeance? Non :

la passion calmée » il reconui^tça qu'U a tro^.

176 jl'^cole

son ressentinifint, qu'il s'est porté à des excès, qu'il s'est

trop venge ; at ses propres remords le puniront. La satisfaction qu'on tire de la vengeance, satisfarlion qui dure si peu , qui est si eaipoisouink*, iîiéritf»-l-i Il<i donc d'étro achetée si cher ? Si le pardon des injures coùle d'abord (car il faut Tavouer, lien n'ost peut-être plus difficile au cœur de l'homme ) , on en est bien dédommage par la paix, la tranquillité , le contentement , qui suivent ce e^énércux sacrifice. C'c^t ce que n pondit Henri IV, dont nous avons loué la clémence et le noble oubli des injures. Comme on le soliicitait à traiter avec rigueur quelques villes du partide laligue^ qu'il avait soumises , il dit cette belle maxime : « La satisfaction qu'on tire de la vengeance ne dure que peu de momens ; mais celle que la clémence produit ne finit jamais. » Ou p»»ut dire de la modération ce qu (ui a dit de la s( ience : la racine en est amére, mais les fruits eu sont doux.

La loi qui nous interdit la vengeance , qui nous ordonne de réprimer nos haines et nos emportemens » est donc une loi aussi aimable et aussi admirable qu'elle est juste et nécessaire. Que deviendrait la société, s'il était permis à chacun de ses membres de satisfaire ses ressentimens? Les villes et les campagnes ne seraientelles pas bientôt un vaste théâtre de troubles ^ d'horreur et de sang? Tout ne serail-il pas en proie aux meurtres , aux incendies , au carnage ? Et l'univers ne deviéndrait*il pas comme un champ de bataille , où ^es ennemis acharnés se précipiteraient les uns sur les autres pour s'entr'égorger.

Arbitre soin eiaiii de la destinée de ses créatures , Dieu est seul leur juste juge. C'est à lui qu'appartient la vengeance. Il s'est réservé le droit de punir ceux qui nous font du mal, de nous dédommager des torls qu'on nous cause y et de nous venger des outrages de 2J0S ennemis. Tôt ou tard il jugera entre l'innocent et le coupable. S'il diffère de monter sur son tribunal , c'est qu'il trouve dans sa s:!p;( sso et dans sa bonté des raisons de différer : c'est à nous de révérer ces raisons profondes , sans vouloir les pénétrer y et il ne nous appartient pas de juger notre juge. Sommes-nous plus intéressés que lui & la yengeance » et n'est-il pas te

premier offensé ? Il supporte , il attend » il ne se hâte pas de perdre , parce qu'il veut sauyer. DeTons^nous

être méchans , tandis qu'il est bou , et n'cst-il pas de notre intérêt que ses oiîséricordes soient infinies ? Lui repi ooherez-vous sa bonté , sa patience à l'égard des mécliaus, des injustes y des oppresseurs? fteprochez^ lui donc aussi celle avec laquelle il tous sonnire. Que deyiendriez-Yous , s'il tous écrasait au moment qne yous aurez rendu à votre ennemi le mal pour le mal ?

Vous craiguez , dites-vous , qu'on abuse de votre bonté y qu'on n'en prenne droit de vous olïenser encore. Mais, n'est-ce pas ce que tous les jours vous faites vous-même à l'égard de Dieu 7 £n est-il pour cela moins disposé à vous souffrir , à vous pardonner? Celui dont yous avez à vous plaindine est un ingrat , unindigne , un misérable , un homme bien au-dessous de vous; mais n'est-ce pas tout ce que vous êtes aux yeux de Dieu? En a-t-il eu moins de bonté pour vous jusqu'à présent? a-t^il cessé de vous combler de ses bienfaits ? ne les verse-t-il pas encore sur vous tous les jours ? SI en ce moment on ouvrait à vos yeux ce livre étemel oài est écrit tout ce que Bien a fait pour vous , tout ce qu» vous avez fait contre loi , quel serait votre étonnement l Plein de reconnaissance et de confusion , pourriez- vou* lui refuser la grâce de votre ennemi qu'il vous dema^^ derait? Ué bien ! il vous la demande : il vous offre , pour prix du pardon , d'ajouter encore de nouvellti grftces ft celles dont il vous a fovorisé. Plus il vous en coâte pour faire ce sacrijfice ^ plus il est digne de voui et de lui. Quel plaisir pour une âme noble , de pouvoir* faire à son Dieu le piui.i;raad de tous les sacrifices?

Le divin Rémunérateur , qui ne se laisse jamaisf vaincre en générosité , ne manquera pas de vous eu récompenser. Outre la joie et la satisfaction intérieure qu'il répandra dans votre âme , et qui est bien audessus du plaisir de la vengeance , yous serez quelque.* fois encore , par d'autres avantages , dédommagé a» centuple de ce qu'il vous eu aura coûte pour sui iuonltjr les sentimens que la haine inspire. U dédai(]^neraiL vos; plus riches offrandes, qui lui seraient présentées par|..r; un cœur aigri , et il vous ordonnerait (raller aupara^ vaut vous réconcilier avec votre frcre. Mais vous pçuvo»

UNit atteadro »a bonté» si ¥OUi en avei rms^^nAt»»* jftm vobra. tnnemi. Craignez que celui^i^ vous prévenant» m mérii^ d'avoir plus départ à ses faveurs» et hâtez-vous d'obtenir la palme destinée â celui qui fera les pjremieib paâ et les plus grajQcU eiloiU pour 1^ cueillir.

L'histoire eccIésiafiU4||k«B0US en a conservé un exeii^ pie bien frappant« Uapritre nommé SaprieeetwlfluifiiQ appelé Kicipboiej d'amia qu'ils étaient auparavant , étaient de venus ennemis décburés. L'emperenr Yalérieu ajant excité une sanglante persécution , Saprice fut pris. II confessa J.-C. avec beaucoup de courage , et fut condamné à avoir la tête tranchée. Nicépliore, qui» touché de repentir , avait dcjà £ait quelques tentatives inutiles pour se réconcilier avec Iui| ocut roccaùw favorable» U se jeta plusieurs fois à ses pieds , en le suivant jusqu'au lieu du supplice j sans pouvoir vaiucre sa haine oh^tinén. Loi»cjuc Siipricc fut surTéchafaud , et (iiip le bourreau allait lui trancher la léte , il fut saisi de crainte à la vue de la uiort et dit qu'il était prêt à sacrifier aux dieux. liicéphore , plus sensible k

dédara qu'il était chrétien , et qu'il ne sacrifierait

jamais aux idoles. IT fut condamné à périr du même supplice , et reçut la couronne du martyre, donl îoa eui^mi irréconciliable s'était rendu indigne.

Aimez à vous venger par beaucoup de bienlaitsu

KST , sans contredit, la plua beHe, k plus noble» di^

ton les les vengeances. Une grande âme ne croit pas que ce soit assez do souffrir en paix lesmaiivais Iraitemcns de ses ennemis, de fatiguer leur mali^nilé par sa patience, de désarmer leur colère en ne la combattant point : elle veut triompher pas ses bien faits. £iie saisit

toutes les oeçaÂons de les .sf rnr en public et en parti*-

DES MOc^uBs; ' 179

çulier; elle va jusqu'il les rechercher , jusqu'à les pré- Tenir par ses Dons offices ; dans le b^in » eem qui

Vont le plus offensée, sont quelquefois préférés à ses amis mômes. Une telle ma'^nanimité vous étonne; à peine en rroyez-vons rhoiiiuie capable, tant elle vous parait au-dessus de lui. Mais cet aveu même est une preuve qu'il n'y a que de la noblesse dans ce caractère, que toute la bassesse est pour celui qui ofTensey et toute la grandeur pour celui qui sait ainsi se venger.

Jeune homme pour (jui j'écri> ces réflexions , je veux élever vos senlimens , ennoblir votre cœur, et l'enflammer par de grands exemples encore plus que par mes leçons. Lisez donc et imitez.

Quelques ennemis secrets du gouvemementâ^Suéde» fâchés de ne pouvoir plus faire aussi bien leurs affiiires particulières, en faisant mal celles de Tétat , que du temps de l'anarchie, entreprirent de mettre dans leur parti un jeune poète, à qui le talent d'écrire en vers tenait lieu de fortune. A leur instigation, il composa plusieurs satires très-mordantes contre Gustave III. Ce prince en fut instruit , voulut les lire, et fit venir Tauteur. Le poète ne parut devant lui qu'avec le juste effroi d'un coupable qui prévoit son châtiment. « Mon ami, lui dit le monan|uc, vous écrivez avec esprit , mais il vous manijiK^ une chose essentielle , c'est du pain; je vous fais mou bibliothécaire, pour vous mettre à portée de cultiver vos talens ; je vous pardauae ce que vous avez écrit, b Quelques jours après , le roi ayant fait lire au même poète eonuis et reconnaissant , quelques vers de sa composition , et trouvant qu'il avait oncore le talent de bien lire , il ajouta à sa qualité de bibliolhécaire celle de son Icrii ur.

Quoique cette noble manière de se venger convienne surtout à ceux qui, par la grandeur de leur uaissance, de leur condition et de leur fortune, ont moina à craindre qu'on n'en abuse , elle peut néanmoins souvent avoir lieu dans les élats moins élevés , et y produire les plii^ sincères réconciliations. l]unr>;iult, poète français , auteur de plusieurs comédies remplies d'une trèsbonne morale et de beaucoup de traits d'esprits, avait eu le malheur de déplaire à Despréaux , qui avait lancé contre lui qnelques*uns de ses traits ^ satiriques.;

180 l'bcolb

De)ipi:éaux> étant ailé aux eaux de Bourbon pour une extinction de voix, fut obligé d'y rester beaucoup plus de temps qu'il ueTaYait cru. Boursault, qui était receveur des tailles à Montluçon en Bourbonnais , apprit par un de leurs amis coramuns , que son censeur était dans le voisinage et qu'il y manquait d'argent. 11 - n'hésita pas un moment à l'aller trouver, et lui porta une boujcse de deux cents louis. Despréaux fut si surpris , et en même temps si touché d'une telle générosité, qu'il se jeta & son cou , se réconcilia sincèrement avec loi , et ils lièrent ensemble une étroite et tendre amitié.

(( Si votre ennemi a faim , dit Salomon , donnez-lui à manger; s'il a soif, donnez-lui à boire : car vous amasserez ainsi sur sa lete des cliarbons de feu , et le •Seigneur vous le rendra *• d Cette maxime si pleine d'humanité et de religion , a été heureusement rendue par ces beaux vers :

S*il a foim , que nos mets largement !e nourrissent ; S'il a soif, que nos eaux soadaÎQ ]» rafratchissent. Nos soins et nos bienfaits » DOS dons stir lui versés ,

Sont des charbons de feu sur sa téte amassés.

O nioileîs î c'est ainsi que la vcrlu se venge.

Les cœurs sont à Dieu seul, c'est lui seul qui les chaoge.

Des bons et des méchans lui seul peut ordonner ;

C'est à Dieu de punir ^ à nous de pardonner.

Ne dites donc point : « Je traiterai cet lionime-là comme il m'a traité : je rendrai à chacun selon qu'il aura fait *\ d £n rendant le mal pour le mal , vous imitez ce que vous condamnez » et vous vous déshonorez doublement. En vous vengeant par des bienfaits , en faisant du bien, et ( n le faisant à un ennemi, vous vous couvrez , au i onlraire , d'une dr^nblo gloire.

François de Lorraine , duc de iiuise , après avoir vaincu les calvinistes à la bataille de Dreux ^ assiégeait Rouen y dont ils avaient fait la place d'armes de leur parti. On lui amena un d'eux qui avait les yeux é^arés^ et paraissait avoir en téte quelque mauvais dessein. Le duc de Guise l'interrogea. Ce malheureux lui a\oua

* Si csnrierit inimieus tuus , ciha illum , elc, Prov. 25. *• Nè dicas : QuQmodo fecit mihi . *îc fqçiam l reddam tmr uiiquç secundùm opn$ $vum, Prov. 24.

DBS UCBUaS. 181

qu'il avait formé le projet de Tassassiuor. (( Oriel mal t'ai-je fait^ lui dit le duc avec bontés pour attenter à ma vie? — Vous ne m'en avez fait aucun, lui répondit lé protestant ; mais c'est parce que tous êtes le plus grand ennemi de ma religion. — Si ta religion , reprit le duc, te porte à m'assassiner , la mienne veut que je te pardonne : juge après cela laquelle des deux est la meilleure. j> Il lui fit donner un cheval et cent écus , et il le renvoya. On sait de quelle manière Tauteur d'AIzire a rendu le sentiment sublime de ce hérus chrétien:

Des dieux qae nous servons connais la différence : Les tiens l*ont commandé le meurtre et la vengeance ; JBt ie mien , quand ton bras vient pour m'assassiner» Bi*ordonne de le plaindre et de le pardonner.

(l'est surtout àja religion chrétienne qu'il est donné d'inspirer une telle magnanimité de sentimens* Si la

morale des philosophes païens avait mis le pardon des offenses au nouibre des vertus, c'était plutôt un précepte de vanité, qu'une règle de mœurs. C'est que la vengeance leur semblait traîner après elle je ne sais quoi de bas et d'emporté , qui eût défiguré le portrait brillant et Toigueilleuse tranquillité deleurs sages; c'est qu'il leur paraissait honteux de ne pouvoir se mettre au-Lkssus d'une offense. Le pardon qu'ils accordaieuL à leurs ennemis, n'était fondé qua sur le mépris qu'ils avaieut pour eui^* Ils se vengeaient en dédaignant la vengeance.

La doctrine de l'Evangile , bien plus parfaite et bien plus pure , ne commande pas le mépris » mais l'amour: elle ordonne à ses sectateurs d'aimer leurs ennemis ,

de rendre le bien pour le mal : et en cela , elle cherche encore plus noire bonheur que notre gloire. Nous enrichissons pour nous la couronne réservée aux vainqueurs d'eux-mêmes ; nous rendons nos ennemis plus inexcusables et plus à plaindre , en laissant au ciel le soin de venger nos bienfaits mêmes , qui ont fait des ingrats, ou , ce qui est infiniment plus désirable à une belle àmc , nous gagnons les cœurs, et nous nous les atlacliojis.

Deux marchands d'une ville, voisins cti^ilouxTun

189 l'école

del'autre , vivaient dans une inimitié assez scandaleuse. L'un d'euY, rentrant en, lui-même, écoula la voix de la reli^on condamnait ses rcs^eniiiuens* 11 consulta une persopne de piété qui avait sa confiance, ét il lui deoianda comment il fiiUait qu'il s'y prit pour se réconeilicr. <r Le meilleur moyen , répondit-ello , est celui qne je vais vous indiquer. Lorsque des personnes viendront à votre boutique pour acheter, et que vous n'aurez pas ço qui leur convient , conseillez-leur d'aller chez votre voisin. )xll le fit. L'autre marchand, instruit d'où lui venaient ces achetenrs. Ait sensible aux bons offices d'un homme qu'il regardait comme son ennemi. Il alla cheï. lui pour l'en remercier , lui demanda les larmes aux yeux pardon de la haine qu'il lui avait portée , et le conjura de le recevoii; au nombre de ses meilleurs amis.

Lonqup nous faisons du mal k notre ennemi , nous allumons encore plus sa haine , bous excitons sa fbreur, et nous en devenons quelquefois les victimes. Le plus petit ennemi peut nuire beaucoup : aigri et ulcéré , il cherche les moyens de se venger h son tour, et il ne les trouve que trop souvent. Mais lui fnisons-nons du hien»9 nous jetons le repentir dans son àme , uovts rè« pandons la confusion sur son visage ^ et nous changeons souvent sa haine en estime el en amour. On dit un jour A Philippe , roi de Maoidoine , qu'un homme avait mal parlé de lui , et on voulait l'ensaLTor à le punir. « Prenons garde auparavant , répondit-il , si nous ne lui en avons pas donné le sujet. » Ayant appris que cet homme vivait mal à sop aise , sans recevoir aucune gratification de la cour ^ il hii fit du bien. Ce qui changea ses malédictions en louanges ^ et fit dire à ce prince un antre bon mot : (r Qu'il est au pouvoir des rois de 0e faire aimer ou haïr. »

On rnconto un trait encore pïns beau de Henri IV', On l'informa que, quoiquil eût pardonné et fait pinsieurs grâces à un brave officier, qui avait été un des capitaines de la Kgue, il ne lui était pas attaché. » Je veux lui faire tant de bien , répondit ce grand prince , que je le forcerai de m'aimer. » C'est ainsi qu'il gat^nait les plus obstinés. L'empereur Sigismond iiisait de

même, Laurent ^ prince palatin ,, lui témoignait

étonnement , de ce qu'an lieu de Mre mourir ses en*

uemis vaincus , il les comblait de grâces. <r Ne fais-je pas mourir mes enuemis^ disait*!!, en les readantmes amis ? »

Quelque approbation que le moude pervers donne & la vengeaDce , il oe peut s'empèclier d'admettre luimême cette sable raamère de se venger , et de blâmer

quelquefois ceux qui n'ont pas le courage de la meiU*e en prntique. A la mort de Furetière, qui avait eu pendant sa vie de grands démêles avec les autres aeadémîciens ses confrères ^ et qui avait même publié des écrits contre eux^ on délibéra & Tacadémie française si qi\ lui ferait uu sfirvice , suivant Tusage de cette compagnie. Bespréaux y alla exprés le jour que la chose devait être, décidée. Voyant que le graud nombre des opinions allaient à la négalive , il osa seul se déclarer pour le parti contraire; et lorsque son tour fut venu de dire son avis , il parla ainsi : ce Messieurs , il y a trois choses ici à considérer : Dieu , le public et Tacadémie. A l'égard de Dieu, il tous saura saus doute très bon gré de lui sacrifier votre ressentimeot , et de hii offrir des prières pour un mort , quand il ne serait coupable que de ranimosité qu'il a montrée coi^lie vous ; devant le public, il vous sera trés-îrlorienx de ik^ p;is poursuivie uu ennemi au-delà du tombeau ; et pour ce qui regarde Tacadémie, sa modération sera trés-estimable, quand elle répopdra i des îniures par des prières , et qu'elle n'enviera pas à uii cnrètien les ressources qu'offre l'Eglise pour apaiser la colère de Dieu, d'autant plus qu'outre Fobligation indispensable de prier Dieu pour vos ennemis , vous vous êtes fait une loi particulière ^ de prier pour vos confrères. » Son avis prévalut.

Si TOUS no pouvez faire du bien à vos ennemis , parce que l'occasion ou les moyens vous manquent, vengez* vous d'eux en les forçant a tous estimer, et confondes les par votre bonne conduite, suivant ce proverbe ita< lien : a Si tu veux le vençerde, ton ennemi, gouverne, toi bien. » C*é(ait la maxime de Platon, dont on a mis ainsi en yers le beau mot à ses amis:

18i l'égolb '

LES JUilS.

TersUe à vos dépens ose se divertir ;

Ne punîrez«vous point ce raitteur léPiéraire ?

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