‹ L' école des vieillardsChapitre 23 sur 96 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

DANVILLE, Madame SINCLAIR.

DANVILLE

Non , vos façons d’agir ne me vont pas du tout ,

Et les courses à pied sont fort peu de mou goût.

Madame SINCLAIR.

Vous prendrez la voiture. Hé bien , votre visite ? DANVILLE.

Je ne la veux pas faire , et vous m’en tiendrez quitte.

Madame SINCLAIR.

Vous avez de l’humeur ?

DANVILLE

Beaucoup, et j’ai raison :

Je vais chez deux banquiers; mais l’un dîne à Meudon , L’autre est à Saint-Germain. Je cours chez mon notaire;

Monsieur , jusqu’à lundi , se délasse à Nanterre.

Quand on meurt le dimanche, on peut apparemment Remettre au lendemain pour faire un testament.

Madame SINCLAIR.

Le dimanche à Paris n’est pas un jour commode. DANVILLE.

Et puis vantez-moi donc vos jardins à la mode !

Curieux comme un sot, ou poussé par l’orgueil ,

J’y vais , pour voir ma femme et jouir du coup-d’œil ;

Je ne sais quel démon m’avait mis dans la tète De régaler mes yeux d’un plaisir aussi béte.

J’entre ; un pareil délire a de quoi m’étonner :

Dans un jardin immense on peut se promener,

On ne suit qu’une allée , une seule, et laquelle ?

J’en ai bien compté dix , dont la moindre est plus belle. Mais personne n’y va; non : Paris tout entier Vient s'entasser en long dans un petit sentier.

Quelle foule ! on s’étouffe , et là , je vois Hortense ,

À travers un rempart qui me lient à distance ,

Et sans artillerie on n’aurait pu percer Ce cortège autour d’elle ardent à s’amasser.

Je marchais, j’enrageais, j'avais beau faire un signe , Deux, trois, bon! d’un regard un mari n’est pas digne ,

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