ACTE II, SCENE VII
Mais c’est une démarche , et voyez le grand mal De passer pour affaire une heure ou deux, au bal.
Il faut faire sa cour : voilà comme on prospère ;
Mais vous, de vous placer vraiment je désespère. DANVILLE.
Eh ! ne me placez pas , madame , laissez-moi Heureux avec la foule y vieillir sans emploi.
J’y suis libre; il vaut mieux, receveur des plus minces, Toucher ses revenus que ceux de dix provinces;
Et je ne veux pas, moi , pour me hausser d’un cran , Vendre ma liberté cent mille écus par an.
HORTENSE
Eh bien, comme au spectacle allez à cette fête ;
Pour moi, là, voulez-vous? Venez, j’en perds la tète: Que d’objets , que de gens inconnus jusqu’alors !
Tous les ambassadeurs, des maréchaux , des lords,
Des artistes , la fleur de la littérature ;
Des femmes! Quel éclat, quel goût dans leur parure ! Dieu ! les beaux diamans!... Et c’est ce soir , j’irai ,
Oui, j’irai, nous irons, monsieur... ou j’en mourrai. DANVILLE.
Non, vous n’en mourrez pas , et vous verrez, ma chère , Qu’on peut avec Bonnard , bien qu'il ne danse guère , L'Ecole des Vieillards , a c edit. 6
Passer le soir gaîment, sans façon , sans apprêts ,
Souper même au besoin , et vivre encore après.
HORTENSE
Voulez-vous sans pitié chagriner votre Hortense?
Me tiendrez-vous rigueur?... Eh! quelle est mon offense ? Moi , qui n’ai fait qu’un vœu , celui de vous revoir , Faut-il en arrivant me mettre au désespoir?
Avec monsieur Bonnard ai-je été trop méchante ? Jamais je ne veux l’être; il me plaît, il m’enchante.
Je l’aime, il m’aimera, je lui ferai ma cour;
Mais pas ce soir, oh non ! plus tard, un autre jour, Demain... c’est arrangé, vous acceptez l’échange: Danville, mon ami, mon cher époux, mon ange,
Soyez bon , grâce, allons, cédez...
DANVILLE, ayee effort.
Non , je ne puis.
HORTENSE, en pleurant.
Que je suis malheureuse! ô ciel! que je le suis!
DANVILLE, attendri.
Elle pleure , ah ! mon Dieu !
HORTENSE, hors d’cllc-mc'me.
C’est un acte arbitraire; C’est une tyrannie, et je dois m’y soustraire.