‹ L' école des vieillardsChapitre 48 sur 96 · HORTENSE , LE DUC · texte numérisé non relu

HORTENSE , LE DUC

LE DUC

Le soin qui me ramène est bien intéressé,

Madame ; dans le doute où vous m’avez laissé ,

Je n’ai rien vu ce soir qu’avec indifférence.

Invité chez le fds d'un de nos pairs de France ,

J’y fus d’un long dîner le triste spectateur ;

Les heures se traînaient avec une lenteur !...

Plein d’une seule idée où l’esprit s’abandonne , Soi-même l’on s’oublie , on n’est plus à personne ;

11 a fallu céder, et bientôt du salon

Je me suis échappé comme on sort de prison.

Mais quels charmans apprêts! quel goût!... Cette parure Pour mon vœu le plus cher est d’un heureux augure.

HORTENSE

Hé non ! monsieur le Duc, ne comptez pas sur moi.

LE DUC

Comment? Se pourrait-il ! Vous restez?

HORTENSE

Je le (loi.

L’Ecole des Vieillards , s*, édit. 7

LE DUC

Mais ne devez- vous pas tenir votre promesse ?

Ne l’ai-je pas reçue , et quand ma voix vous presse De remplir un devoir, que je crus un plaisir, N’est-elle plus d’accord avec votre désir?

H O RT EN SE

Que ne m’esl-il permis de le prendre pour guide ?

Mais non, monsieur Danville autrement en décide.

LE DUC

Ah ! pouvez-vous m’apprendre avec cet air léger Un refus qui m’étonne et qui doit m’affliger?

Madame , pour fixer votre choix en balance ,

Je vois qu’on vous a fait bien peu de violence. Pourquoi m’avoir déçu par un espoir si doux?

La perte , j’en conviens , est légère pour vous :

Un triomphe nouveau , des honneurs, des hommages Sont à peine à vos yeux de faibles avantages ;

Pour vous , par l’habitude , ils ont perdu leur prix ; Mais quand il s’est flatté d’éblouir tout Paris ,

Un maître de maison , dans son jour de conquête , Perd beaucoup en perdant l’ornement de sa fête ,

Et pour moi , le plaisir que je laisse en partant Me rend presqu’insensible à celui qui m’attend.

Page 1