ACTE III, SCÈNE Y
Madame SINCLAIR.
C’est triste : à te parer j’avais pris tant de soin !
Chez soi de tant d’éclat n’avoir qu’un seul témoin !
On eût dit : quelle est donc cette belle personne Qui fixe tous les yeux, que la foule environne?
C’est ma fille, monsieur!... chacun de te vanter;
Le ministre à son tour vient me complimenter...
Mais ton mari prononce , alors je me récuse :
Une grand’mère est faible et son amour l’abuse.
Je reste, si tu veux.
LE DUC
Ah ! que deviendrons-nous ?
(A madame Sinclair. )
Que fera la princesse? Elle comptait sur vous.
Pour elle votre esprit doit se mettre en dépense :
J’ai dit, pardonnez-moi , j’ai dit ce que je pense,
C’est que vous conversez avec un abandon ,
Un choix de mots, un charme, oh! chez vous c’est un don! Elle vient pour vous voir, elle veut vous connaître ; Mais de la prévenir il serait tems peut-être?
Non pas, monsieur le Duc, oh! non, je vous en veux De m’avoir compromise avec de tels aveux.
Une princesse ! ê dieu ! ma fille, une princesse .'
HORTENSE
Oui , je sens bien —
Madame SINCLAIR.
Rester tient de l’impolitesse.
LE DUC , à madame Sinclair.
Et puis je vous préviens que le vieux chevalier Vous appelle au piquet en combat singulier.
Ah ! c’est un beau joueur, un joueur admirable : Sitôt qu’il est assis on fait cercle à sa table.
G’est l’homme du piquet, enfin , sous le soleil,
Pour les quatre-vingt-dix il n’a pas son pareil.
Madame SINCLAIR.
J’espère que monsieur me fait l’honneur de croire Qu’on pourra quelque tems disputer la victoire!
LE DUC
Il est bien fort.
Madame SINCLAIR, à Horten.sc.
Pourtant juge, examine, voi ,
C’est pour toi que j’y vais, je n’v vais que pour toi. Si ton mari s’obstine, en femme bien soumise... HORTENSE.
A vous suivre, il est vrai, Danvillc m’autorise,
Et tout-k-l’heure encore il vient de m'inviter