‹ L' école des vieillardsChapitre 7 sur 96 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Je m’éveille à la hausse ou m’endors à la baisse.

A deux heures je dîne: on en digère mieux.

Je fais quatre repas comme nos bons aïeux,

Et n’attends pas à jeun , quand la faim me talonne , Que ma fille soit prête, ou que ma femme ordonne. Dans mon gouvernement despotisme complet:

Je rentre quand je veux, je sors quand il mè plaît; Je dispose de moi, je m’appartiens, je m’aime,

Et sans rivalité je jouis de moi-même.

Célibat! célibat! le lien conjugal A ton indépendance offre-t-il rien d’égal ?

Je me tiens trop heureux , et j’estime qu’en somme Il n’est pas de bourgeois , récemment gentilhomme. De général vainqueur, de poète applaudi ,

De gros capitaliste à la Bourse arrondi,

Plus libre, plus content, plus heureux sur laverie, Pas même d’empereur , s’il n’est célibataire.

BANVILLE

Et je te soutiens, moi, que le sort le plus doux , L’état le plus divin , c’est celui d’un époux Qui , long-tems enterré dans un triste veuvage , Rentre au lien chéri dont tu fuis l’esclavage.

Il aime , il ressuscite , il sort de son tombeau :

ao L’ÉCOLE DES VIEILLARDS,

Ma femme a de mes jours rallumé le flambeau.

Non , je ne vivais plus : le cœur froid , l’humeur triste, Je végétais , mon cher , et maintenant j’existe.

Que de soins ! quels égards ! quels charmans entretiens î Des défauts, elle en a; mais n’as-tu pas les tiens?

Tu crains pour mes amis les travers de son âge?

J’ai deux fois plus d’amis qu’avant mon mariage.

Ma caisse dans ses mains fait jaser les railleurs ! ,

Je brave leurs discours; je suis riche, et d’ailleurs Une bonne action que j’apprends en cachette Compense bien pour moi les rubans qu’elle achète. Hortense a l’humeur vive; et moi ne l’ai-je pas?

Nous nous fâchons parfois; mais qu’elle fasse un pas, Contre tout mon courroux sa grâce est la plus forte.

Je n’ai pas de chagrin que sa gaîté n’emporte.

Suis-je sev|l^elle accourt; suis-je un peu las ? sa main , M’offrant un doux appui , m’abrège le chemin.

J’ai quelqu’un qui me plaint quand je maudis ma goutte; Quand je veux raconter, j’ai quelqu’un qui m’écoute.

Je suis tout glorieux de scs jeunes attraits ;

Ses regards sont si vifs ! son visage est si frais !...

Quand cet astre à mes yeux luit dans la matinée,

Il rend mon front serein pour toute la journée;

Je ne me souviens plus des outrages du tems :

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