ACTE I, SCENE I
C’est d’abord mon système, et , quand la chose est faite , J’ai pour système aussi de la trouver parfaite.
Mais tiens , Paris abonde en amis obligeans ,
Qui se font un doux soin de marier les gens.
Ils m’avaient découvert une honnête personne,
Savante comme un livre, aimable, toute bonne;
Au cousin d’un ministre elle tenait de près ;
Ces chers amis pour moi l’avaient fait faire exprès ,
Eh bien ! j’ai refusé.
DANVILLE
Elle est jeune.
D’où vient ?
BONNARD
Elle est jolie,
DANVILLE
Tant mieux. Depuis quand, je te prie, La jeunesse à tes yeux paraît-elle un défaut?
Depuis que j'ai vieilli. Dans ma femme il me faut, Pour que le mariage entre nous soit sor table,
Une maturité tout-à-fait respectable.
Or, une vieille femme a pour moi peu d’appas; Une jeune, à son tour, peut ne m’en trouver pas.
Pour agir prudemment dans cette conjoncture,
J’ai fait du célibat ma seconde nature;
J’v tiens, j’y prends racine, et je suis convaincu Que je mourrai garçon , ainsi que j’ai vécu.
D A3V VILLE
L’hvmen a des douceurs que ta vieillesse ignore. BONNARD.
Il a tel déplaisir qu’elle craint plus encore.
Je ne suis pas «le ceux qui font leur volupté Des embarras charmans de la paternité ,
Pauvres dans l’opulence, et dont la vertu brille A se gêner quinze ans pour doter leur famille ;
De ceux qu’on voit pâlir, dès qu’un jeune éventé Lorgne en courant leur femme assise à leur côté,
Et, geôliers maladroits de quelque Agnès nouvelle, Sans fruit en soins jaloux se creuser la cervelle. Jamais le bon plaisir de madame Bonnard,
Pour danser jusqu’au jour, ne me fait coucher tar«l. Ne gonfle mon budjet par des frais de toilette ;
Et jamais ma dépense, excédant ma recette,
Ne me force à bâtir un espoir mal fondé Sur le terrain mouvant du tiers consolidé.
Aussi , sans trouble aucun , couché près de ma caisse ,