ACTE y, SCENE IV
Cette idée , à ton âge , est d’un cerveau malade :
Mon dieu! qu'un vieux garçon connaît mal son bonheur! Fuis d’un nœud inégal le charme suborneur.
C’est unir par contrat la raison au délire ,
Et l’amour qu’on éprouve au dégoût qu’on inspire. Prendre une jeune femme à soixante ans passés ,
Pour mourir de chagrin , vois-tu, c’en est assez.
Il faut rester garçon , il faut que tu me croies ,
Ou l’abîme t’attend , tu te perds , tu te noies ,
Tu n’en reviendras pas.
BONNARD
Ton effroi me confond :
Et que fais-je , après tout ? Ce que bien d’autres font , Ce que tu fis toi-même.
DAN VILLE
Ob ! moi , c’est autre chose ; Mais loi , songe à quel sort un fol hymen t’expose !
Va , le grand mot lâché , ton bonheur t’aura fui ,
Tes rêves orgueilleux s’en iront avec lui.
Que devient de tes goûts le flegme sédentaire ,
Si ta femme, à vingt ans, n’a pas ton caractère ?
Elle ne l’aura pas. Tu seras tourmenté,
Tu seras le jouet de sa frivolité.
x5a L’ÉCOLE DES VIEILLARDS,
Tu chéris au Marais ton pacifique asile,
Et tu suivras ta femme au centre de la ville;
Un vieil ami te reste , et ta femme en rira ;
Tu veux dormir, ta femme au bal te conduira ;
Ta femme a ton argent , et sa dépense est folle ;
Ta femme a ton secret , et ton secret s’envole.
Alors l’humeur, les cris, les pleurs à tous propos,
Et les nuits sans sommeil , et les jours sans repos.
Voilà , voilà ta femme !
BONNARD
Ah ! ça , mais c’est étrange !
Pourquoi voudrais-tu donc , quand la tienne est un ange, Que la mienne , mon cher, fût un démon ? Pourquoi ?
BANVILLE
Oh! moi, c’est autre chose, encore un coup; mais toi!... Heureux si la traîtresse, à ton amour ravie,
D’un chagrin plus amer n’empoisonne ta vie !
Tu verras malgré toi , du jour au lendemain ,
Ce volage trésor s’échapper de ta main.
Tu deviendras jaloux, Bonnard, et quel supplice Si tu surprends chez elle un amant, un complice! Enflammé d’un beau feu pour l’honneur de ton nom ,
Tu te battras.... -