‹ L' école des vieillardsChapitre 90 sur 96 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

HORTENSE

Un billet.

DANVILLE

Vous me le montrerez.

HORTENSE

C’est un mot que j’envoie.

DANVILLE

À qui donc?

HORTENSE

Eh !... qu’importe !

DANVILLE, avec violence.

11 faut que je le voie.

HORTENSE

Pourquoi ? De quel soupçon semblez-vous agité ?

Je ne vous vis jamais tant de sévérité.

Indigné contre moi...

Je le suis , je dois l’être.

D’étouffer sa fureur mon cœur n’est plus le maître.

Il s’ouvre, il laisse enfin éclater ses transports,

Et leur trop juste excès les répand au dehors.

Je vous aimais, ingrate, et jusqu’à la faiblesse.

1 56 v L’ÉCOLE DES VIEILLARDS,

Que tous a refusé mon aveugle tendresse ?

Ai-je forcé vos vœux? ai-je contraint vos goûts?

Quel innocent plaisir ai-je éloigné de vous?

Suis-je un vieillard morose, un tyran qui vous gêne? Vous ai-je fait sentir le poids de votre chaîne ?

Et vous l’avez rompue , et vous m’avez trahi !

Ah ! je vous aimais trop pour n’ètre point haï;

Mais me rendre k jamais malheureux, ridicule,

Mais me déshonorer!

HORTENSE

Croyez...

DAN VILLE

Je fus crédule,

Et je ne le suis plus ; je sais tout, j’ai surpris Celui de qui l’affront me condamne au mépris.

J’en ai voulu raison, et j’ai fait peu de compte D’un vain reste de sang dont je lavais ma honte.

HORTENSE

Vous, Danville? Ah ! d’efTroi tout le mien s’est glacé ! DANVILLE.

Ne vous alarmez pas, le duc n’est pas blessé.

HORTENSE

Ah! monsieur!

Page 1