ACTE y, SCENE Y
DANVILLE
11 l’emporte, et ma honte me reste; Mais que le sort bientôt me soit ou non funeste ,
Je ne vous dois plus rien , plus d’amour , de respect ; Tout me devient permis, lorsque tout m’est suspect ;
Le passé contre vous tient mon âme en défense.
Je veux voir ce billet; quel qu’il soit, il m’ofTense.
Vous le rendez coupable en le cachant ainsi ;
Je veux , je veux le voir; je le veux.
HORTENSE
Le voici.
J» ANVILLE
Il ne saurait m’apprendre un malheur que j’ignore,
Et je tremble... Ah! je sens que je doutais encore,
(Lisant l’adresse.)
Ciel! au Duc!
HORTENSE
A lui-méme.
DANVILLE
Au Duc! j’avais raison.
Mon cœur m’avertissait de cette trahison.
Lisez.
HORTENSE
DANVILLE
Il le faut bien; mais non, mon œil se trouble ,
Ne lit rien , ne voit plus, et ma fureur redouble.
Ah ! perfide !
HORTENSE
Donnez.
(Elle lil la leltre.)
« Monsieur le Due ,
« C’est une femme que vous avez offensée qui vous adresse « ses justes plaintes contre vous-même. J’ai pu vous paraître « légère , mais je ne pensais pas avoir mérité l’outrage d’un « aveu que j’ai rougi d’entendre et que j’ai lionte de rappe- «ler. J’aime mon mari, je l’aime # de toute mon âme, et « croyez-moi , monsieur le Duc , je pourrais vous revoir sans , « danger; mais je dois à mon honneur blessé autant qu’à la
« tranquillité de monsieur Danville , de vous interdire désor- « mais sa maison. En cessant de m’accorder votre attention « dans le monde , vous me prouverez que vous me croyez « digne de votre estime et que vous méritez encore la mienne.»
DANVILLE, reprenant la lettre.
Est-il vrai? Qu’ai-je lu ?
HOUTENSE.
De grâce , écoulez-moi , Danville , j’ai voulu ,
Craignant de vos transports la juste violence,
D’un rival à vos yeux dérober la présence.