ACTE y, SCENE V
J’amenai le péril en pensant l’éloigner,
Et j’exposai vos jours , que je crus épargner,
Vosjours quisontles miens! ... Mais, tremblante, éperdue, La terreur m’égarait, et fut seule entendue.
Au moment de me vaincre et de tout déclarer ,
Je sentis mon aveu dans ma bouche expirer;
Et même ce matin, décidée à me taire ,
Sauvons , m’étais-je dit, sauvons par ce mystère Un chagriu a Danville, et faisons mon devoir,
En défendant au Duc de jamais me revoir.
Je n’ai rien déguisé , je ne veux rien défendre ;
Mais consultez ce cœur qui pour moi fut si tendre ; Qu’il me juge , il le peut , j’ai parlé sans détours.
DANVILLE
Est-il vrai?... celte lettre... oui, le Duc... scs discours, Pour vous justifier , s’offrent à ma mémoire...
HORTENSE, avec tendresse.
Ou vous ne m’aimez plus , ou vous devez me croire. DANVILLE.
Ah ! je vous aime encore, et ma crédulité Prouve à quel fol excès cet amour est porté.
Ce que le Duc m’a dit me semblait impossible,
Et prend d’un mot de vous une force invincible.
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Mon trop facile cœur s’élance malgré moi Au devant de l’appàl qu’on présente à sa foi ,
Et , fût-il abusé , se trahissant lui-même ,
11 ne se débat point contre une erreur qu’il aime.
.le ne puis démentir une si douce voix ,
Je me rends ; vous parlez , Hortense , et je vous crois.
HORTENSE
Que cette confiance et me touche et m’accable !
Je veux la mériter, je serais trop coupable Si dans votre bonheur vous n’en trouviez le prix.
Eh bien, soyez heureux , partons, quittons Paris.
Il le faut; d’aujourd’hui je conçois vos alarmes.
Dans ce monde enchanteur le piège a trop de charmes. Plus loin que je ne veux peut-être je suivrai Ce brillant tourbillon qui m’entraîne à son gré.
11 exalte ma tête, il m’étourdit, m’enivre;
Je ne vois, n’entends plus, je ne me sens pas vivre.
Je crois fuir les périls ; mais j’ai beau les prévoir,
Mes projets du matin ne sont plus ceux du soir.
Le plaisir règne alors, je ccde, il me maîtrise ,
Et ma raison revient quand la faute est commise. Danvillc , emmcnez-moi , mon ami , mon époux ,
Je ne crains rien , je n’aime et n'aimerai que vous ;