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L'ANGLETERRE

L'enseignement, en Grande-Bretagne, est, à tous les degrés, profondément national. Ceux-là seuls en seront étonnés qui ignorent le Moi anglais si exclusif, solidement appuyé sur la coutume et la tradition, dirigé, poussé par les énergies de la volonté séculaire, persistante et croissante, vers un but unique : la primauté britannique.

Sur cette question de l'hégémonie mondiale de l'Angleterre, l'opinion ne connaît pas de dissidents. Pour tous l'expansion impériale est la conséquence des lois biologiques. Hobson, Giddings en exposent les causes lointaines et cachées, instinctives et inconscientes. Cette loi du développement historique des peuples est la résultante des composantes héréditaires ; elle est dynamique; elle est inéluctable et nécessaire :

« L'expansion de TAngleterre, proclame Seeley, voilà la formule qui lie son passé à son avenir et nous laisse l'esprit éclairé et plus profondément intéressé que jamais, parce que nous comprenons en partie ce qui va suivre.., »

Plus explicite encore et plus catégorique M. Lav^son Walton : « Le sentiment du devoir, dit-il, est un des caractères de notre race. Nous sommes Impérialistes pour céder aux influences irrésistibles de notre destinée. Nous sommes les héritiers des âges écoulés ., avec toutes les grandes prérogatives et les solennelles obligations qui découlent de ce noble privilège. Nous sommes des Impérialistes parce que nous ne pouvons réviter. »

Les lois de l'hérédité combinées avec celles de la sélection naturelle ne suffisent pas à justifier ce déterminisme national. On l'étaie encore de l'idée de la race : « Il n'est qu'une manière, selon M. Spencer Wilkinson, dont on connaît l'autorité et Tinfluence, pour produire un haut degré de civilisation : c'est la lutte des races contre les races, la survivance de la race la plus apte physiquement et intellectuellement. »

Ces théorèmes une fois admis, s'affirme bientôt la mission providentielle de la Grande- Bretagne. Le peuple anglais se connaît comme

supérieur et « se préfère » à tous les autres ; il est <( élu de Dieu », M. Rudyard Kipling et M. Chamberlain n'en doutent pas plus que M. Gladstone hier, ou M. John Morley, aujourd'hui. Lord Roberts entrant dans Pretoria ordonne des actions de grâce au « Dieu de la race Impériale ».

Whigs et Tories en sont d'accord. Avec autant de force que M. Chamberlain, lord Rosebery le croit et l'affirme : « C'est sur la race britannique, soit en Grande-Bretagne, soit aux États-Unis, soit aux Colonies, où qu'elle soit, que reposent les plus hautes espérances de ceux qui essaient de pénétrer les obscurités de l'avenir ou qui cherchent à élever et améliorer les masses souffrantes de l'Humanité. Chaque année le pouvoir et les privilèges de cette race me paraissent augmenter ; chaque année elle semble remplirune partie de plus en plus grande du monde. Je crois que l'unité de l'empire britannique subsistera, par la simple raison qu'il est désirable pour la civilisation qu'il en soit ainsi. Je pense, je l'avoue, que chaque jour que nous vivons, nous devrions de moins en moins désirer devoir ce vieil Empire, — notre Empire, — bâti avec tant de peine, colonisé avec tant d'énergie, s'évanouir, comme un camp silencieusement

levé dans la nuit, ou se diviser en des communautés isolées et stériles, envieuses les unes des autres, déchirées par des disputes de quartier, des rivalités de paroisse, réduites peut-être comme les États italiens du moyen âge à l'insignifiance politique, ou bien tombant dans un néant oisif et cultivé. »

« Sois remercié, dit la prière du matin. Seigneur qui nous as exaltés au-dessus des autres nations. »

Pour se maintenir à ce haut rang TAngleterre s'accoutume à Fidée de la guerre : « Aucun peuple, écrit M. Sydney, ne s'est élevé à la grandeur sans la discipline de la guerre ; peu ont été capables d& développer les plus hautes capacités, en art, science, savoir ou industrie, excepté sous son impulsion. Les grandes époques littéraires sont d'ordinaire celles qui ont succédé à une guerre heureuse... L'âge de Périclès n'était pas une époque çù les hommes n'eussent point tâté de la bataille ; et de même pour l'âge de Dante ou celui de la Reine Elisabeth... Les terribles, mais rares et courtes guerres des temps modernes fourniront ce tonique occasionnel, dont le corps social a besoin. En attendant, la préparation, soigneuse et systématique, au conflit possible, est une

inappréciable discipline, qui semble nécessaire à une époque où Taisance {comfort) grandit et où la religion perd le pouvoir nécessaire pour élever les esprits des hommes au-dessus d'un matérialisme grossier *. »

M. Wilkinson confirme ce langage : « Dans ce monde, selon lui, il n'y a pas d'autre moyen, excepté la guerre, de trancher une sérieuse querelle internationale. Les nations acceptent l'arbitrage pour des disputes futiles ; mais elles n'acceptent jamais l'arbitrage pour des questions, qui sont ou qu'elles croient être d'une importance vitale. Une nation qui se fie à ses droits, au lieu de se fier à sa marine et à ses soldats, se trompe elle-même et prépare sa propre chute. )>

La guerre est sainte : le clergé l'atteste. « La Bible, écrit le chanoine Carmicaël de l'Eglise protestante irlandaise, paraît à peine découvrir un mal dans la guerre. Le Seigneur Jésus n'a jamais dit un mot contre la guerre. Saint Jean- Baptiste donne des conseils aux soldats, mais ne condamne jamais leur métier. Saint Paul se complaît dans des phrases mijitaires. L'histoire du monde est pleine de guerres. Partout la

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