André Bellessort ; La Société Japonaise
péens qui ont fait avec les Japonais la campagne de Chine en 1900, les correspondants de guerre qui suivirent celle de Mandchourie nous Font appris? Les uns et les autres sont unanimes à louer ces soldats dont Faudace reste calme et froide pour les élans les plus héroïques*.
Le jeune paysan est enchanté de devenir soldat : c'est une gloire et un plaisir... Toute la famille en est heureuse... Quand les réservistes ont été appelés en masse, en novembre 1904, ces hommes de trente à trente-sept ans, presque tous chefs de famille, ont répondu comme un seul
1. Pendant la guerre contre la Chine, un officier du Mikado, épuisé par la dysenterie, menait sa compagnie à l'assaut de Port-Arthur; les forces lui manquèrent. Il tomba évanoui. On le transporta à l'hôpital, où il demeura quelques jours. Aussitôt que ses forces furent revenues, il s'échappa, la nuit, et alla s'ouvrir le ventre à la place où il était tombé. On trouva sur lui cette lettre : « C'est ici que la maladie m'a contraint à m' arrêter et à laisser mes hommes courir au feu sans moi. Cette honte, aucun acte de ma vie ne saurait l'effacer ; la mort seule peut me rendre l'honneur. Que ma lettre fasse comprendre ma résolution ! » On n'a pas oublié les équipages de ces deux transports et les troupes qui y étaient embarquées préférant couler plutôt que d'être prisonnières.
On sait qu'un corps qui a perdu le quart de son efîectif est tellement démoralisé qu'il ne peut être ramené à l'attaque et, d'autre part, que des forces quatre ou cinq fois supérieures doivent être employées pour chasser l'ennemi de positions bien fortifiées. Et cependant certaines unités japonaises ont été presque anéanties avant de renoncer au combat ; à Liao- Yang, les armées nippones ont battu une armée presque égaie, retranchée sur un terrain choisi à l'avance, longuement étudié et solidement défendu.
homme... Parmi ces familles un nombre très minime présenta des demandes de secours. Il fallut aux institutions spéciales des efforts réels pour rechercher ces indigents qui, femmes et enfants de soldats, préféraient lutter en silence plutôt que de se plaindre*.
Le rêve national qui hante le cerveau de ces Japonais, — formés par Técole et le bushido^, — c'est la domination de la Chine : ils y veulent jouer le rôle de la Prusse en Allemagne et du Piémont en Italie. Trois cents millions de cultivateurs et de petits commerçants chinois, sans initiative, et jusqu'ici enfoncés dans la plus crasseuse routine, seraient ainsi organisés économiquement et militairement par le Japon.