‹ L'école et la patrieChapitre 27 sur 31 · ENQUETES ADMINISTRATIVES · texte numérisé non relu

ENQUETES ADMINISTRATIVES

Au cours de l'interpellation du 3 juin 1904, le ministre de rinstruction publique avait avancé que M. Clément, directeur de l'Ecole publique de Morteau, n'avait pas recommandé le Manuel d'Histoire de M. Hervé à ses élèves. M. Ghaumié était, assurément de bonne foi. Il avait été trompé par le fonctionnaire chargé de le renseigner; — avec quelle effronterie, qu'on en juge.

Le 15 octobre 1903, l'instituteur faisait acheter par le libraire concessionnaire des fournitures scolaires un exemplaire du livre. Le 9 novembre, M. Clément, satisfait de l'ouvrage réclamait six nouveaux exemplaires. Cet achat fut contremandé, à la suite des polémiques, six semaines plus tard par la municipalité (1).

1. M. Wetzel, adjoint, avait donné son visa, sans défiance et sans avoir lu le livre. On remarquera que la commande porte également un abonnement à la Revue de l'Enseignement primaire.

La preuve de ces circonstances est dans deux notes libellées et signées par l'instituteur. La seconde est reproduite ci-contre en fac-similé.

Au mois d'octobre 1903, arrivait M. Boisbessot, comme instituteur-stagiaire, à la Ghaux-de-Gilley.

Cette commune a un maire libéral-progressiste. Elle donnait, lors des élections législatives de 1902, la majorité à un républicain qui combattit aux côtés de Jules Ferry pour l'idée laïque. Le nouveau venu en déduisit qu'il devait le prendre de haut avec une population aussi peu combiste. Dès les premiers jours son attitude avait indisposé contre lui les plus calmes. « Fils de jésuites! calotins! » furent les réprimandes ordinaires de M, Boisbessot à l'égard des enfants dont les parents lui déplaisaient plus particulièrement. Quelques-uns se plaignirent à l'autorité supérieure.

Une enquête fut confiée à M. Friry, inspecteur primaire. Celui-ci conclut à la parfaite correction de l'instituteur de La-Chaux-de-Gilley ; « Si vous avez porté plainte, avait-il dit à l'un des parents, c'est par fanatisme religieux ! »

En Franche-Comté et en Lorraine, longue est la patience mais jamais ne manque à qui la mérite la correction, reconnue légitime et devenue nécessaire. Un jour, Boisbessot était au café. Il y fut rejoint par un père de famille, M. Chabod, d'une honorabilité à laquelle ses adversaires eux-mêmes rendent hommage. Invité à répéter les propos qu'il continuait à

tenir à ses élèves ou à les rétracter, Tinslituteur se déroba et ne s'en alla que les oreilles tirées. Extrémité regrettable, mais dont Fadministration doit seule porter la responsabilité.

M. Chabod comparut devant le tribunal correctionnel. Les juges de la poursuite avaient à rechercher si Boisbessot avait été malmené à l'occasion de l'exercice de ses fonctions. Du jugement qu'ils rendirent, je détache ce passage :

« Attendu que les instituteurs sont protégés dans l'exercice de leurs fonctions par les dispositions de l'article 224 du Code pénal, mais que cette disposition ne s'exerce qu'en tant que le fonctionnaire à protéger reste dans les limites de ses fonctions ; — quil résulte des déclarations de Boisbessot et de V enquête à laquelle il a été procédé, à la suite du jugement du i^^ juillet 1904, qu'il a traité le fils Chabod de « Jésuite, cafard.,. * ».

L'enquête judiciaire démentait l'enquête administrative de l'Inspecteur primaire !

1. Par ces motifs, le tribunal déclara M. Chabod, « non suffisamment convaincu des délits d'outrages et violences à citoyen chargé d'un ministère ou service public qui lui sont imputés », et le relaxa de ces deux chefs d'accusation; mais, retenant le délit de voies de fait et violences légères, en effet constant, le condamna seulement à deux journées de travail.

L HERVEISME

Le 23 novembre 1904, j'ai trouvé dans mon courrier une lettre et un article dont quelques passages sont à conserver *.

Fédération internationale de la Libre-Pensée (Section française)

CONGRES INTERNATIONAL DE PARiS

des 4, 5 et 6 septembre 1904.

Secrétariat : 63, rue Claude-Bernard (Paris, 5«).

Paris, lo 22 novembre 1904.

a Vous me fîtes, en mai ou juin dernier, citoyen

1. Comme mon intention n'est que d'éclairer l'opinion, non point d obtenir une peine contre le signataire de ce document, je supprime ici son nom et tout ce qui le ferait reconnaître. On retiendra la date de cette lettre et de cet article, 22 novembre, cinq mois après le vote de la Chambre contre la propagande d'Hervé.

député, l'honneur incomparable de prononcer mon nom du haut de la tribune du Palais-Bourbon. J'étais delà « bande à Hervé »... Le malheur, c'est que je suis encore de cette bande-là, et que je continue à éduquer les enfants. Le malheur aussi, et surtout, — c'est que les trois quarts des instituteurs pensent comme moi, — le colonel Rousset vous l'affirmera. Dans le dernier quart même, les instituteurs — qui sont d'un autre âge et d'une autre école, et à qui nous devons beaucoup pardonner — sont loin d'avoir tous vos idées plutôt étroites. Tout va donc bien. J'en ai la preuve ce matin, en parcourant les lettres d'un volumineux courrier qui m'arrive au sujet d'un article récemment paru et que je me fais un plaisir de vous envoyer. »

L'article a pour titre L Apologie d'un crime : « Il m'arrive, plusieurs fois par an, de passer en tramway près de Coulmiers (Loiret). Cest laque, le 9 novembre 1 870^ les Français massacrèrent, d'un soleil à Vautre, les Bavarois de Von der Thann. Ce crime prémédité, celte longue tuerie fut Vune des plus horribles de toute la guerre. Des milliers d'hommes tombèrent de part et d'autre, et leurs flots de sang font une monstrueuse tache dans l'histoire de l'humanité.

« Pourtant on a construit, près du village, un énorme monument en forme de croix pour perpétuer le souvenir de cette atroce boucherie.

« Autrefois, on marquait le criminel, Fempoisonneur, l'homme-monstre à l'épaule avec un lys de fer chauffé à blanc. On a marqué de même cette grande plaine de Beaucé d'un stigmate déshonorant, pour rappeler à tous le crime qui l'a souillée.

« Culte du drapeau de soie, culte du saint en plâtre, du monument patriotique ou de la sainte croix, c'est de l'idolâtrie ridicule, et c'est un même et suranné fétichisme qui serait risible s'il n'était pas funeste. Le moment n'est pas encore venu d'en rire.

«Nos gouvernants, dans des moments d'affolement, comme il vient de è'en produire, peuvent encore nous ramener aux jours de guerre. Ils ne le feront pas, si, par l'effort des militants, ils arrivent à se persuader qu'en cas de guerre, les hommes vraiment

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