La Petite Hépubligue de novembre
n'est pas antipatriote. Il a le sentiment des situations ; il énonce seulement, devant les élèves de l'Ecole normale supérieure, qu' « un homme a deux patries : la sienne et l'Allemagne. » Autour de lui se groupe le chœur des pacifistes universitaires. On y distingue M. Michel Bréal, qui sait à quel point « la jeunesse ne se soucie pas de passer ses plus helles années dans les casernes » ; et M. Louis Havet, hostile « au patriotisme franco-russe qui baisse heureusement ; » et M. Duclaux qu'on vit sur les estrades presser dans ses bras M. Sébastien Faure ; et M. Henri Berr qui juge « peut-être plus sûr et plus beau pour une nation d'être le roseau pensant » que d'être puissante en force et en richesse ; et M. Challaye, qui déserta l'enseignement de la philosophie à Louis-le-Grand pour s'en aller deux mois en Tndo-Chine et en rapporter un plat mémoire où sont injuriés en même temps que les colons, « les vils et bêtes )> officiers de l'infanterie coloniale ; et ces professeurs de l'Académie de Caen, habiles à insinuer l'anarchie sans trop se compromettre* ; et ceux^ plus nombreux encore, qui, en haine de l'armée, se firent délateurs ; et M. Charles Richet, enfin, qui
1. Consulter le volume des conférences de la Société des Amis de l'Université de Caen pour l'année 1900-1901.
s'échauffe contre le service militaire dont le tort est, à ses yeux, « de faire passer tous les individus à la caserne ou sous les drapeaux, » aussi bien les fils des professeurs à simarre que ceux des paysans * !
Avec quel accent ils maudissent la carrière des armes ! Et quels élans merveilleux pour célébrer la panacée de l'arbitrage et la paix universelle. Les beaux transports lyriques ; l'émouvante idylle ! Jamais pleurnicha-t-on plus abondamiment? Quand, depuis les années qui séparent Sadowa de Sedan, écrivit-on niaiseries plus sentimentales sur la fraternité humaine si ce n'est pendant qu'on se battait au Transvaal. et en Mandchourie? A ces élégiaques les alliances n'agréent point qui ne correspondent pas à leurs illusions européennes. Bon au Roi Très Chrétien de s'allier au Grand Turc ; permis au Cardinal de Richelieu de soutenir les Protestants d'Allemagne contre l'Autriche cathoHque ! C'est une politique d'ancien régime qui visait à constituer des États. Nos beaux génies n'ont souci que de THumanité : si la France s'arme et met en Europe le feu aux poudres, que ce soit pour la
1. lien est d'autres dont je pourrais, pièces en main, rappeler l'imprudence. D'anciennes all'ections et la certitude que j'ai de leurs regrets sincères sont des motifs valables de m'abstenir
cause des Arméniens. Silence à ceux qui s'inquiètent de l'Alsace et de la Lorraine ; la situation de ces provinces sera, quelque jour, réglée, sans faute, au tribunal de la Haye, sur les instances de M. Frédéric Passy (de l'Institut) et de M. d'Estournelles de Constant, sénateur, qui Font promis expressément.
Ne confondez pas cependant M. Michel Bréal ou M. Charles Richet ou M. Louis Havet avec les sans-patrie. Point : ils tiennent seulement le patriotisme pour une infirmité dont, au reste, on peut guérir, non sans rechute, ainsi qu'en témoigne le cas, singulier, de M. Ferdinand Buisson. Leur talent n'est pas outrancier ; il se plaît aux analyses et aux distinctions. Ils sont les subtils patriotes-internationalistes qui « répandent l'esprit de désarmement*, » sans plus. Le goût ni la volonté ne sont en eux d'exhorter violemment les conscrits et les réservistes à l'insubordination et à la désertion.
Leur ministère n'est que de les énerver et désespérer.
Le Congrès de la Paix, tenu à Nîmes le 10 avril 1904, et illustré par la présence et le concours d'instituteurs et de professeurs en grand