Victor Duruy, Ilotes et souvenirs, pp. 278 et suiv
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de ce genre et déjà quelques fondements avaient été jetés en terre avec les cours spéciaux. Mais rien de solide et de durable n'avait été élevé. On s'en était tenu à des essais.
Duruy mesura la profondeur de la lacune et il la combla. Le premier il relia par un chemin solide l'enseignement primaire à l'enseignement secondaire. Ce fut une révolution.
Les programmes qui complétaient la loi organique du 21 avril I860 embrassaient pour les cinq années du nouveau cours d'études : l'instruction morale, la langue et la littérature française, l'histoire et la géographie, les mathématiques appliquées, la physique, la mécanique, la chimie, l'histoire naturelle et leurs applications à l'agriculture et à l'industrie, le dessin linéaire, la comptabilité et la tenue des livres, une ou plusieurs langues vivantes, des notions usuelles de législation, d'économie industrielle et rurale, d'hygiène, le dessin d'ornement, le dessin d'imitation, la musique vocale, la gymnastique. Victor Duruy créa pour cet enseignement deux lycées modèles : le lycée de Mont- de-Marsan et celui de Pontivy.
Il fonda l'École normale de Cluny où furent formés les maîtres appelés à donner l'enseignement spécial.
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L'Université, comme toutes les confréries, a ses préjugés et ses étroitesses : elle fit une guerre acharnée à l'enseignement spécial \ Les professeurs d'humanité virent d'un mauvais œil la création du nouvel enseignement qui fut considéré comme un intrus. Il n'eût pas été impossible peut-être de les intéresser à son développement. Ils ont dit qu'ils ne demandaient qu'à être persuadés et que V. Duruy ne s'y attacha pas suffisamment. On lui reprocha de n'avoir pas demandé aux professeurs de l'enseignement classique un acte raisonné d'adhésion à l'enseignement spécial, et d'avoir donné à cet enseignement des maîtres spéciaux, en créant pour ceux-ci une agrégation spéciale. Les nouveaux agrégés, formés loin de Paris et des Facultés, ne trouvèrent pas auprès de leurs collègues le crédit qui aurait contribué au succès de l'institution. Les familles s'en aperçurent, et l'enseignement spécial ne recruta bientôt que les plus médiocres parmi les élèves. Ce partipris et ces préjugés étaient injustifiés, ces reproches étaient immérités. On s'appliqua à dénaturer, à mal comprendre les intentions du ministre et on lui fit grief de ce dont il aurait fallu le louer.
li E. Lavisse, Un ministre, Victor Duruy, p. 79.
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Le plan d'études n'était pas irréprochable. On en vit dès l'abord les défauts. On avait exagéré une conception juste, celle des cycles concentriques. La méthode est excellente lorsque les cycles sont en nombre restreint, et comprennent chacun un nombre suffisant d'années. Elle est dangereuse si elle morcelle l'enseignement, car elle lui enlève l'unité et la solidité. Ici chacune des cinq années formait un cycle à elle seule, un tout complet. Aussi dès les premières années les désertions parmi les élèves étaient- elles nombreuses. Peu d'entre eux allaient jusqu'au bout des études, et l'enseignement spécial que Victor Duruy avait voulu distinguer nettement de l'enseignement primaire supérieur, n'en devenait que la doublure. Il aurait été facile de remédier à ces inconvénients et de tirer de l'institution nouvelle de très grands avantages. On n'en laissa pas le temps à Duruy. L'expérience à peine commencée fut condamnée. Ce fut une lourde faute.
L'Université doit beaucoup à Victor Duruy. Victor Duruy a repris l'œuvre de la Convention et donné forme et vie à ce qui n'avait été jusquelà qu'un grand rêve de philosophe : organisation de l'enseignement primaire, des cours d'adultes et des bibliothèques scolaires, création de l'ensei-
gnement spécial et des cours de jeunes filles, développement de l'éducation physique, fondation de l'École pratique des Hautes Études et de l'Observatoire météorologique de Montsouris, ouverture des Laboratoires de recherches et des Conservatoires d'enseignement, introduction des sciences économiques, dans les cours d'études, écoles normales secondaires; Victor Duruy a accompli cet immense labeur au milieu de difficultés sans nombre, avec des ressources insuffisantes, contre la résistance de beaucoup de ceux sur lesquels il était en droit de compter, malgré l'opposition violente de l'épiscopat et l'hostilité ouverte des membres du gouvernement dont il faisait partie *.
D'autre part, l'Église ne lui pardonna jamais d'avoir obligé les congréganistes qui sollicitaient la dispense militaire à accomplir leur engagement décennal dans une école publique, d'avoir organisé l'enseignement des jeunes filles en dehors des évêques et des archevêques, ni surtout d'avoir triomphé au Sénat lors de la discussion de la pétition Giraud sur la liberté de l'enseignement supérieur.