IMPRIMERIE CHARLES SCHUCHARDT
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Origine du présent débat.
Deux écrivains genevois, feu M. Jacques-Augustin Galiffe (1776-1853) et son fils M. Jean-Barthélemv-Gaïfre Galiffe, ont consacré une partie de leur existence à s’efforcer de flétrir Calvin comme avait fait Bolsec et, de plus que Bolsec, à flétrir aussi l'œuvre du Réformateur et les hommes qui l'ont soutenu. Ils n’ont pas craint, dans leurs ouvrages !, copiés maintenant avec ardeur et cités tous les jours par les catholiques ultramontains, d'écrire et de développer ces thèses, par exemple : que les Français réfugiés à Genève, au temps de Calvin, pour cause de religion, étaient des espèces de brigands; qu'ils apportaient avec eux un libertinage effréné, une immoralité révoltante; que longtemps les vieilles familles genevoises répugnèrent à s’allier avec eux; que les Genevois n’avaient pour eux qu’un profond mépris ; et que ces réfugiés, Calvin à leur tête, méditaient de trahir la ville qui leur avait généreusement donné l'hospitalité, pour la livrer au roi de France. Ce n’est pas une fois, ou quelques fois, c'est à chaque page, à chaque ligne des ouvrages dont je parle, que sont répétés ces outrages el que sont ressassées ces grossièretés incroyables, pleines d’une incroyable ignorance. Aujourdhui, M. Galiffe le fils se trouve très étonné et très mdigné d’être appelé
È calomniateur, et de voir ses erreurs et celles de son père relevées en termes fort vifs, mais peut-être pas assez vifs si un Français en est juge, par le rédacteur de la France protestante, à Varticle Bolsec.
Vers le milieu du mois d’août dernier, trois mois après la publication du susdit article, M. Galiffe a fait paraître une réponse dont voici le titre :
Leitre d'un protestant genevois aux lecteurs de la France protestante à propos de l'article BOLSEC de M. Henri Bordier. — A joindre au tome II de la France protestante ; nouvelle édition. — Genève, imprimerie J. Carey ; 19 pages in-8, juillet 1880.
Cette lettre est un tissu d’injures que l’auteur a tâché de rendre atroces,
1 Les principaux de ces ouvrages sont intitulés : Motices généalogiques sur les familles genevoises, par J.-A. Galiffe. 8 vol. in-8°, 1829-1836; 4° vol. par J.-B.-G. Galiffe, 1857-66. — Quelques pages d'histoire exacte, soût les procès crimänels.……. contre Ami Perrin et L. Maigret, espion du roi de France. 1862, in-4°, 135 p. — Nouvelles pages d'histoire exacte, soit le procès de Pierre Ameaux. 1863, in-4°, 114p. Les deux derniers par J.-B.-Gaïfre Galiffe.
mais qui ont Le tort de tomber à côté de la question, surtout de la question historique, la seule que je veuille débattre ici. Si j’ai mal vu ou mal compris, si MM. Galifle père et fils n’ont voulu déshonorer personne, si mon accusation est fausse, injuste et téméraire, il faut le démontrer. Or, c’est en reconnaître la justesse, au contraire, que de répondre par une réponse qui ne répond pas, et de dire en commençant :
.… I ne s’agit nullement d’une polémique scientifique, mais d’une explication devenue inévitable, non plus avec M. Bordier, mais par-devant le public, dont il prétend faire son complice. Il me sera aisé de démontrer qu’il ne s’agit de la part de M. Bordier de rien moins que d’une tentative de diffamation préméditée ; — d’une tentative étayée d’assertions qu’il savait être absolument fausses ; — et que le tout n’est que l’assouvissement d’une misérable rancune personnelle, qu’il a voulu rendre plus sensible en y mêlant le nom et les travaux de mon père, mort depuis près de trente ans. Que le nom de Bolsec ne soit là qu’un prétexte, c’est évident...
Ge sont donc assertions fausses que M. Galiffe père se soit mis du parti des ultramontains de Genève en 1835? que cette attitude ait soulevé contre lui ses concitoyens et coreligionnaires ? qu’il ait déclaré n’être pas bien sûr que Calvin n'ait pas été marqué à l'épaule comme criminel? que les Français réfugiés à Genève pour fuir les persécutions religieuses étaient tous fanatiques où brigands ? que la Réformation loin d’avoir affranchi la religion n°a produit que des crimes ? Alors il fallait montrer en quoi sont faux les textes que j'ai cités et dans lesquels tout cela se trouve. Et c’est une assertion fausse aussi que M. Galiffe le fils ait été plus injurieux encore? Et c’est une assertion fausse que les écrivains catholiques se soient délectés et se délectent tous les jours de ce qu’ils appellent les « services inappréciables » de ces deux messieurs ! — Bolsec n’est qu'un prétexte ? Mais il y a un article Bolsec dans la première édition de la France protestante; je suis forcé de le mettre dans la deuxième édition et je suis forcé aussi d’y apporter toutes les améliorations en mon pouvoir, notamment les renseignements bibliographiques, y compris les réimpressions et remasticalions de cet auteur exécutées en 1868 par un comité de propagande catholique, en 4875 par un magistrat catholique de Lyon, etc. Pouvais-je, en mentionnant ces rhapsodies, cacher que les travaux publiés au grand jour par MM. Galiffe en ont fourni la matière? Et n’eüût-ce pas été leur donner une approbation tacite que de ne pas leur opposer d'énergiques protestations ?
Mais voyons la vieille rancune, la misérable rancune personnelle dont je poursuis l'assouvissement ! Qu'on m'excuse si je suis obligé, pour un instant, de faire le jeu d'un contradicteur qui, au lieu de discuter des points sérieux, se jette exprès dans de fastidieux et filandreux commérages, dépourvus de tout intérêt. Il continue sa Lettre en ces termes :
A l’une des séances annuelles de la Société d’histoire de la Suisse romande, dit-il
(p. 2}, c'était à Nyon, — j'avais lu un travail sur l’ancien comté Équestre, ainsi nommé de la ville (Colonia equestris) qui nous donnait l’hospitalité et sur le quartier genevois de Saint-Gervais, qui avait fait partie de cette antique circonscription féodale ; le sujet était donc de circonstance. Ce travail, duquel il résultait entre autres qu’au XVI®e siècle encore, les habitants du quartier genevois d’outre Rhône n'étaient pas sur le même pied que les citoyens de l’ancienne Cité de la rive gauche, est le même ! qui figure au chapitre II de ma Genève historique et archéologique, où chacun peut le consulter. Il est vrai qu’à l’ouïe des rapports un peu tendus qui avaient existé entre les habitants de ce quartier et l’autorité rigoriste de l’époque, une observation (pas de M. Bordier) s’était fait entendre; mais écartée aussitôt comme hors de saison, elle aurait passé inaperçue, jusque dans les comptes rendus aussi concis qu’impartiaux que nos journaux ont l’habitude de donner de nos réunions scientifiques. Quel ne fut donc pas l’ébahissement du public, et plus particulièrement des membres de notre Société romande, en lisant peu de jours après dans une de ces feuilles une violente diatribe dont l’auteur anonyme, sans même aborder le sujet traité à Nyon, faisait de MM. Galiffe père et fils, le point de mire des attaques les plus déplaisantes, tout à fait dans le goût de celles qui ornent l’article Bolsec! — Le résultat immédiat fut la très verte leçon qu’un certain nombre de journaux, tous protestants, se chargèrent d’administrer au publiciste anonyme, leçon qui (pour ne parler que de celle-là) dut être d’autant plus sensible à son amourpropre, que M. Bordier, que personne ne soupçonnait, fut obligé de se nommer et de s’excuser en « renvoyant à des temps meilleurs la passe d’armes » à laquelle il disait « avoir voulu me provoquer. » Les pièces relatives à cette affaire sont à la disposition des curieux. Quant au sujet plus archéologique qu’historique qui y avait donné lieu et auquel M. Bordier n’a jamais touché depuis, il ne pouvait être pour lui, comme Bolsec, qu’un prétexte de dispute. C’est ce qu’il appelait déjà de la « critique historique. » L’incident vidé, à mon évident avantage, je m’empressai de témoigner à M. Bordier que je n’en gardais aucun ressentiment. Lui-même m'écrivit « qu’il m’embrasserait de grand cœur. »
Ne voilà-t-il pas une affaire? une importante affaire? J'en avais, quant à moi, perdu tout souvenir, et j'ignore encore quelles leçons m'ont été administrées et par quels journaux de la Suisse M. Galiffe se les est fait écrire. Cependant les pièces secrètes de cette affaire ténébreuse, il les garde à ce qu’il paraît pour l’amusement des gens curieux de scandale. Eh bien, afin de l’y aider, voici d’abord le compte rendu que j'avais rédigé de cette mémorable séance tenue dans la ville nommée Colonia equestris.
Journal de Genève, 8 septembre 1867. « La Société d'histoire de la Suisse « romande à tenu mardi dernier à Nyon sa séance ordinaire d'automne. « Plus de 60 membres y assistaient. [ls se sont réunis d’abord à 9 heures « du matin sous les platanes de la jolie terrasse, etc. Après quoi, lecture a « été donnée par M. Galiffe d’un travail sur l’histoire du quartier St-Ger- « vais, de Genève, et M. le professeur Ch. Le Fort a terminé la séance par « une très piquante communication, basée sur la lecture d’une charte « du XIVe siècle, d’après laquelle un évêque de Genève ayant acheté un
1 Voy. plus loin page 11.
« cheval est obligé, pour le payer, de déléguer son frère qui, en cas de non- « payement, s’oblige à aller tenir prison à Nyon. L'assemblée comptail « dans ses rangs plusieurs étrangers de distinction, notamment... et l’un « des membres les plus éminents du protestantisme français, M. de Félice. « Ce dernier, à la lecture du mémoire de M. Galiffe, n’a pu retenir les « marques de son étonnement profond en entendant représenter les habi- « tants de St-Gervais comme des étrangers, presque des ennemis campés « hors de Genève et surtout opprimés par Calvin, car telle est cette nou- « velle face du paradoxe éternel de MM. Galiffe, qu'on ne peut comprendre « si l’on n’est initié de longue date à leurs théories. En revanche, l’auteur « de ces aperçus, inconnus jusqu'ici, sur la tyrannisation subie par St-Ger- « vais à obtenu toute l'approbation d’un autre auditeur, M. Vuy, qui préci- « sément la veille avait publié un article destiné à prouver, sans aucune « espèce de preuve, que le mannequin promené dans les rues par les « enfantsle jour de sainte Madeleine est une trace vivante de la haine nour- « rie contre la Genève protestante, depuis trois siècles, par le quartier de la « Madeleine. Ces histoires fantaisistes n’ont pas eu d’autre suite et, grâce au « bon esprit de la presque totalité de nos érudits, elles ont plutôt activé « qu'affaibli la bonne humeur qui n’a cessé de régner pendant la durée du « banquet par lequel s’est terminée cette journée, dont Nyon gardera, nous « l’espérons, un bon souvenir. »
Tel est l’innocent article au sujet duquel M. J.-B.-G. Galifle, criant comme un écorché, écrivit le jour même au Journal de Genève, demandant à répondre « de par le droit qu’a toute personne injustement calomniée à se défendre dans l'organe même qui a accueilli les calomnies. » Ne jugeant pas qu'il valût la peine d'élever un conflit sur un motif aussi mince, je m'en référai à l'amitié de M. J. Adert pour faire insérer l’article suivant :
Monsieur le Rédacteur,
L’article anonyme que vous avez inséré samedi dernier sur la séance de la Société d'histoire de la Suisse romande, tenue à Nyou, à suscité les réclamations de M. le prof. Galiffe et a été attribué, me dit-on, à une personne qui n’en est pas l’auteur. Cette double considération m'impose le devoir de me nommer. M. Galiffe sait de longue date qu’aux sentiments d’estime et d'amitié que j’ai toujours eus pour lui, je joins malheureusement une certaine défiance de sa manière de comprendre et et décrire l’histoire. Je ne lui ai jamais caché mon opinion à cet égard. En parlant publiquement de son dernier mémoire, relatif à Saint-Gervais, j’ai eu le tort peutêtre de juger un épisode de détail avec mon impression générale sur le système de l'écrivain, sans y ajouter les développements nécessaires pour justifier mon assertion. Je comprends que la susceptibilité de M. Galiffe se soit éveillée et je le regrette; mais je vous demande la permission de prendre date pour discuter ce que j’appelle son système lorsque le mémoire sur Saint-Gervais aura paru. Ce sera, vous pouvez le croire, un débat à armes courtoises.
Et j'écrivis ce billet à M. Galiffe :
Mon cher monsieur, comme vous y allez avec la critique. Vous savez combien je vous aime et vous estime, mais vous ne savez pas moins, je vous l’ai dit souvent parlant à votre personne, que je tiens vos travaux sur l’histoire de Genève pour très erronés. M. Adert vient de me communiquer votre lettre et vous ne serez pas étonné que ce soit moi qui vous réponde, puisque je vous avais à peu près dit mon article à Nyon, immédiatement après votre lecture. Je vous assure que je n’en ai pas moins la plus grande envie de vous embrasser de tout cœur.
Trois jours après, je lui écrivis encore :
Il paraît que je me suis préparé une tâche épineuse en me proposant, par pur amour de la vérité, de vous critiquer un brin, car il est évident que vous ne supportez pas la critique. Vous venez de faire beaucoup de bruit pour les mots de paradoxe, de système et d'histoire fantaisiste ; ce ne sont cependant pas de gros mots et je ne leur avais pas donné une tournure très aiguë. Que sera-ce donc lorsque je chercherai à prouver ce que je n’avais qu’insinué d’une main légère ? Je vois que vous êtes un très fort discuteur et que je ne réussirai ni à vous faire avouer que vous vous êtes trompé, ni à vous arrêter sur la pente que vous avez suivie jusqu'ici, ni à obtenir que vous sacrifiiez cette haine amère contre la Genève protestante qui perce à chaque ligne de vos ouvrages. Aussi n’ai-je aucune de ces prétentions; j’ai seulement celle de mettre les faits en pleine lumière et de bien édifier le public, afin que la vérité ne reste pas embrouillée par de faux renseignements. Moi, j'aime Genève d’une affection respectueuse et reconnaissante; j’aime aussi m'incliner, je l’ai fait toute ma vie, devant < les sources pures de l’histoire. » Rien donc de plus naturel et de plus juste que cette campagne future à laquelle je me vois amené par vos bouillantes réclamations contre mon anodin anonyme; mais c’est en laissant un libre cours à ma sympathie pour l’homme que je m’efforcerai consciencieusement de ‘démolir de fond en comble l’historien qui s’applique depuis vingt ans ou davantage à écrire de parti pris pour contrister ses concitoyens les plus honorables.
Voilà mes sentiments de haine et le langage de ma vanité blessée. J'avais dit « vingt ans ou davantage, » exagérant exprès, afin de viser courtoisement son père. Je conservais encore à ce moment quelque espoir de le dissuader de ses paradoxes, tâche que j'avais commencée cinq ans avant cette babiole de Nvon, lorsqu’à ses Pages d'histoire inexacte, qu'il m’envova, J'avais répondu par plusieurs lettres irritées, au bout desquelles il m'avait reparti pour dernier mot : que si je savais à quelle espèce de contradicteurs il avait affaire, je comprendrais qu’il eût forcé quelquefois la vérité !, J’eus le temps depuis lors d'oublier et Nyon et St-Gervais, et mon attention ne fut rap-
1 Cet aveu est répété dans la Zettre d’un protestant, page 8 : « Nous ne nions pas que la « violence parfois très amère des contradicteurs ne nous ait entraînés çà et là trop avant dans la « même voie... » — Il oublie que les premières violences et les premières contradictions au bon sens public émanèrent de M. Galiffe père et de toute son attitude à Genève de 1817 à 1846.
pelée à l’œuvre des MM. Galiffe que par l'usage immodéré qu’en ont fait en ces dernières années les écrivains ultra-catholiques. M. J.-B.-G. Galiffe excuse le style de sa brochure en disant qu'il ne fait qu’user de son droit, parce que je me suis «soustrait aux réparations, acceptables pour tout galant homme, dont il me laissait le choix. » Cette assertion, répétée sous une nouvelle forme à la fin, est une manière de faire croire que je me suis soustrait à la nécessité d'accepter un duel à défaut d’une rétractation ; mais rassurez-vous, Ô lecteur ; le choix, comme il explique aussi (page 19), était seulement ou de retirer la partie accusatrice de mon article ou d'ouvrir à l’offensé les colonnes de la France protestante pour y répondre. Il a bien soin de ne pas dire qu’il m'a présenté cette requête en termes tels qu'il n'était pas possible d’y répondre, à moins que ce ne fût par des voies de fait ?; et d’ailleurs lui-même a jugé à propos de jeter, en beau style, quelque ridicule sur ce côté guerrier d’une question historique ?. C’est heureux, car un massacre en ce moment m'empécherait de dire plusieurs choses qui me restent à exposer pour démontrer que si l’article Bolsec était agressif, sa vivacité n’est que trop justifiée par les assertions blessantes et fausses dont l’auteur et son père ont rempli leurs ouvrages.
1 Cette lettre, de six pages d’injures, se terminait ainsi : « Comme votre article a dépassé tout ce que je pouvais attendre, je viens vous déclarer que s’il n’est pas immédiatement retiré, ou si vous ne me fournissez pas les moyens d'y répondre comme je l’entendrai dans le recueil même où il a été publié, je le tiendrai et le déclarerai publiquement pour l’œuvre d’un Zdche, d’un fowrbe et d'un menteur. Je pense que c'est assez explicite. GALIFFE. »
2 « Qui dirait, à ses procédés, qu'il s’agit ici d'un conflit sérieux entre grands-pères sexagénaires? Ne croirait-on pas plutôt assister à l'une de ces querelles d'enfants vicieux qui, dès Les premiers mots, en viennent à s’engueuler sur leur défroque, sur leurs difformités, etc. » (Lettre, d'un protest. genev., p. 18.)
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Nécessité de prouver les faits.
M. J.-B.-G. Galiffe commence ordinairement ses écrits par l’énumération des articles de journaux, des lettres flatteuses et des bons témoignages de tous genres dont ses travaux précédents ont été accueillis et honorés. Il se repait ainsi d’une douce chimère qu’on ne voudrait pas briser; mais ceux qui ont un peu vécu dans le monde littéraire savent que ces éloges de la politesse et de l’amitié sont une monnaie banale et d’un faible prix. Ce qui compte au contraire, quand on possède un peu de philosophie et assez de lucidité pour savoir réduire les choses à leur valeur, ce sont les critiques nettes et franches, comme celle que voici. Je trouve dans le dernier cahier de la Revue historique, publiée à Paris par M. Gabriel Monod, le savant professeur de l'École des hautes études, et par M. G. Fagniez, revue de première importance dans le domaine de l’érudition, un compte rendu de la dernière livraison de la France protestante, en une vingtaine de lignes : « On ne saurait avoir trop de reconnaissance pour le zèle, » etc. [ Je passe par dessus ce qui me concerne]: « Pourquoi faut-il qu’on y trouve trop « souvent des apologies intempestives et inutiles des protestants, des dis- « cussions trop longues dont le ton sort tout à fait du style d’un diction- « naire? MM. Galiffe père et fils ne méritaient pas l'honneur d'être réfutés en « qualre pages à propos de Bolsec et avec une si éloquente indignation.
Pour un plus digne objet réservez ce courroux! »
Tel n’est pas mon avis, et je répondrai : Pourquoi faut-il que la savante Revue, qui rend compte de tout ce qui paraît dans l'Europe et ailleurs, en matière d'histoire, n’ait pas eu le temps de se mieux renseigner sur les questions qu’elle tranche ainsi d'un coup magistral. Elle connaît, je le vois bien, les œuvres de MM. Galiffe; mais elle paraît ignorer complètement l’influence que ces œuvres ont exercée et pourraient peut-être exercer encore. Cet article Bolsec ne démontre-t-il pas, et surabondamment à ce qu’il paraît, que les officines catholiques s’approvisionnent de mensonge à pleines mains dans les œuvres des MM. Galiffe ? Et c’est trop de quatre pages pour contredire et démentir un travail d’une dizaine de volumes, qui en a déjà enfanté beaucoup d’autres et qui, depuis un demi-siècle tout entier, insinue souterrainement et sans bruit l'erreur et le poison dans une bonne partie des livres français et allemands?
Et n’y a-t-il à considérer que les livres? Peu de temps après que M. Galiffe le fils eut publié ses Pages d'histoire inexacte, un vénérable et docte vieillard, le pasteur Th. Passavant de Bâle, écrivait à l’un de ses amis de Genève :