‹ L'école historique de Jérome BolsecChapitre 5 sur 9 · II · texte numérisé non relu

II

Tlié«n'i»'>« ilivorst'!!* «I»>!s Mi'MMioui'M CiuIiflV.

M. .l.-B.-fi. Galitïo liioiiiiilio. comme on l'n vu (p. o), de ce que je n'ai • Jamais louché, » depuis sa fameuse lecture faite à Nyon, à la discussion de sa notice sur riustoire du faulioin'Lr Saint-Gervais, quoique je m'y fusse engagé dans n)a lettre au Journal de Genéce. 11 y a une bonne raison pour cela : c'est qu'il a d'abord mis deux ans à la faire paraître et qu'il en a supprimé, à rinijn-ession, presque tous les passages qui avaient choqué les auditeurs. Il s'est contenlé, pour les assertions blessantes et restées injustilialiles, de renvoyer à un aulre de ses ouvrages, Le procès de Pierre Ameaux, où les érmlits de Nyon pouvaient en elTet les retrouver, ihiuimi (|u'ils eussent lionne mémoire. Il m'indique aussi sa « Génère liistorK/ue; • mais il s'est gardé nolammenl d'> reproduire une anecdote à elTfl. pai' lui forgée contre le parti évangélique de Genève et contre Calvin, qu'il avait insérée dans son procès d'Ameaux, puis apportée à Nyon, et qui avait donné lieu précédemment à l'incident que je vais rappeler. C'est un bon exemple de ses procédés de travail.

De même que l'année 1833 avait fait naître une certaine agitation à Genève en ramenant le troisième anniversaire séculaire de l'adoption de la Uéforme, de même en l8tJ4 l'anniversaire de la mort de Calvin surexcita quelques espriLs. Un des successeurs du curé Vuarin', c'est-à-dire un ecclésiastique genevois ullramontain, pulilia pour la circonstance une brochure anonyme de 1120 pages, inlilulée Cahin il Génère, dans laquelle il commençait par se déclarer ■ un ami impartial de la vérité, aynti[ secoué nos vieilles archives; • mais, incapable de l'ien com|ii'endre au rôle de Calvin et aux plus simples obligations d'un écrivain véridique, il reproduisait, en les envenimant encore, les allégations cent fois réfutées des pamphlétaires les moins sérieux. Cet écrivain afllchail la prétention do parler en s'appuyant sur les documents contemporains. Citons-en un seul exemple entre plusieurs autres.

• Calvin, dil-il, avait soutenu dans un sermon qu'il fallait élever deux gibets

• POUR V PE.NDRE SEPT .V HUIT CENTS JEUNES GENEVOIS. • C'CSt l'aUleur qui

imprime en capitales. Cela en vaut la peine, en elTet. Seulement, â l'appui de celle imputation que .s(Ui absurdité suffit déjà à rendre incrovable, il faut une preuve, .\u.ssi bien en fournit-il une en affirmant avoir tiré ce passage des Registres du Conseil, 14 .septembre {"t'i'i. Ceci est une pure inventiim ;

' VoT. la France vroUai., II. col. 765.

lien (le semblable ne se trouve dans le document cité. Mais le tour est fait; on a pris les allures d'un grave historien, on a indiqué ses sources et ron s'abrite derrière sa propre impudence, qui semble invraisemlilaiile en raison môme de son excès.

Le paragraphe qu'on vient de lire est tiré à peu près textuellement d'une lettre adressée par « un Genevois » au Directeur du Journal de Genève, M. J. Atlerl, et insérée dans le numéro du 29 mai 18()4. Je i-egrette de prendre si peu d'un petit article plein de finesse et de force, mais je dois me renfermer dans mon sujet. qn\ est d'examiner, non pas l'ieuvre et la vie de Calvin, mais seulement l'œuvre de MM. Galitfe. Il parait que M. l'abbé se mit en colère, car il répondit (numéro du 3 juin), et non sans quelque raison, Il faul l'avouer:

Si vous aviez pris la peine. Monsieur, d'étudier l'histoire de Calvin ailleurs que dans ses panégyristes, vous auriez lu dans les Nouvelles pages d'histoire exacte publiées par GalifFe ', page 57, note 2, ce qui suit : « L'érection de cette potence qui, contrai- « rement aux règlements les plus positifs, fut payée avec le fonds réservé pour les « fortifications (Reg. du C, 6 avril 154(5) n'était sans doute qu'un commencement « d'exécution de la menace que Calvin avait proférée en chaire en 1545, disant : « Qu'il fallait élever deux gibets pour pendre sept à huit cents jeunes Genevois ; « sur quoi un citoyen genevois, ensuite puni pour ce propos, avait dit à son voisin « que Jeunesse devait avoir ses ébats et ne pouvait être ermite, et qu'il valait bien <t autant pendre les prédicauts et les Français qui s'étaient eufuis de leur pays > (Reg., 7 et 18 août, 14 sept. 1545). < — Lisez, Monsieur, ma page 82 : n'est-ce « pas la reproduction adoucie du professeur Galiffe? Pourquoi donc n'avez-vous pas « réfuté jusqu'ici les attestations de ce savant historien ! >

Le Genevois répliqua en niellant sous les yeux du ledeur les passages textuels des registres du Conseil, celui du 7 août ainsi conçu : « Pierre Buzenel, cousliirier, à cause (pi'il a dil ipie M. ('alvin a prêché ipi'il falloit jiendre la joiiuesse, environ sept à huit cents, et qu'il falloil i]u"on pendit les étrangers ; Ûi-ibmni' i|u'il soit coiislitué prisonnier...; » et celui du 14 septembre : • Pleri'e Galloix — leipiel esloit présent quand Bussinel disoit les paroles dilTamatoires contre M. Calvin et la justice, et s'est moqué aussi counne le dit Bussinet; pourquoi il est besoin de faire réparation et punilion. » — Et pour réduire l'écrivain catholique au silence, il n'eut ipi'à faii'e observer que des paroles prononcées par de mauvais garnements contre Calvin, n'élaient point des paroles prononcées par Calvin, mais une

' L'abbé aurait pu et dû ajouter : Et aussi dans son procès de Perrin. On y lit, p. 85 : « Trop souvent ces injures [proférées en chaire par les ministres] étaient accompagnées de me naces ; comme par exemple lorsque Calvin prêchant, en juillet 1515, à Saint-Gervais, prélendait « qu'il « fallait élever deux gibets pour y pendre sept à huit cents jeunes Genevois, « monaoo qui, le 30 mars 1546, lors de Vùidi<ination générale [\] causée par le procès du conseiller Ameaui, reçut un commencement d'exécution. » — Comment douterait-on d'une allégation tirée des documents, bien guillomettée, et d'une menace qui a reçu un commencement d'exécution 7

THÉORIES U1VEB8E8 DES MES6IEUH8 GALIKFE. 13

ilifTamation. laquelle fut punie comme telle par la justice. Après quoi, ce (îeiievois, qui maniait la plume mieux (pie je ne saurais le faire, concluait ainsi, en s'adressant moins à l'ahhé qu"à la cantonade :

• Et c'est celle calomnie d'il y a trois siècles que l'on ose présenter

• aujourd'hui^ au nom même du document authentique qui ne l'a consih'née

• que pour la (lélrir, comme un fait irrécusable et acquis à l'histoire! Que

• penser d'un écrivain (pii n'invo(]ue un témoignage que pour aflirmer

• précisément le contraire de ce que ce témoignage atteste ? On est saisi

• d'une légitime indignation en voyant ce que devient l'iiisloire entre les

• mains de ces hommes (pii, faisant grand hiuit des révélations des archives,

• invoquant l'autorité des registres, ne marchant qu'appuyés sur pièces et

• dossiers, meltent cette érudition au service de leurs rancunes rélrospec-

• tives et de leurs haines actuelles, pour calomnier, après trépas, ceux qui « ne sont plus là pour se défendre. Bussinel, du moins, avait le courage de

• sa diiïanialion, puisqu'il bravait le risque d'en subir la peine. Qu'ont à

• perdre les Bussinet d'aujourd'hui ? L'opinion publiciuo ne pont porter

• atteinte qu'à leur considération. • M. I.-B.-(i. Galiffe n'a pas répondu.

Le procédé si virilement et justement qualifié dans le passage qui précède est le procédé usuel de -M.M. GalilTe. C'est en puisant, surtout dans les dossiers judiciaires, parmi des allégations calomnieu.ses, jadis publiquement démas(iuées et flétries, qu'ils s'approvisionnent de leurs vérités. Entre bien d'autres exemples, en voici un tout pareil au précédent. Un notable réfugié français, ancien receveui' des finances du Roi à Paris, Laurent .Meigret surnommé le .Magnifique, était un ami particulier de Calvin; aussi est-il traité de la belle manière par M. J.-B.-G. Galiffe. Sa femme encore mieux, t .Madame la Magnifique fut à dicerses reprises poursuivie pour ailultère, et cela encore avec des étrangers • (Perrin, p. 19); — < La Brosse, ancien galant de Madame la Magnifique ([i. .38), • et (]iiand M. Galiffe veut offrir une liste de Français reconnus pour débauchés. M"' Meigret est sûre d"y trouver place (p. 31). Comment ne pas être persuadé par ces assertions formulées avec tant d'assurance, répétées avec tant d'insistance et garanties par des renvois aux registres du Conseil? Mais lorsque, par hasard, on recourt aux regi.slres ', on est stupéfait. On y voit qu'un jour un gentilhomme bourguigiton, M. de La Bros.se, vient se plaindre au Conseil de bruits répandus contre l'honneur de .M°' Meigret et contre lui; il dénonce comme leur auteur un serrurier, qui les lient d'un fourbisseur donl la femme est nourrice dans la maison Meigret. Enquête. La nourrice et son mari soutiennent leur dire, mais interrogés séparément ils varient tellement dans leurs réponses (lu'on les met en prison tous les deux; et le serrurier au.ssi. Bien-

' 14, 24, 29 septembre et 2 octobre 1545.

tôt il se découvre que la nourrice, ayant été surprise elle-même en adultère, avait jugé Ijon de s'excuser en accusant faussement sa maîtresse; elle est bannie à pei-pétuité, sous peine du fouet si elle revient. F^e serruiier, (|ui se liouvait dans le même cas avec une autre femme et qui avait usé du même moyen ipie la noui'rice pour se couvrii', fut condamné à faii'e amende lionoral)le en criant merci à Dieu et à la justice, avec tous les dépens. • Les quienlx ont conlrové que la femme du magniffique iMegret avoye paillarde avecque La Brosse, ce qui ne s'est trové... » dit le registre du Conseil (2 oct.). On voit que la calomnie simple contre cette dame n'a pas suffi à M. J.-B.-G. Galiiïe; il lui a fallu ajouter de son ci'U qu'elle avait été : poursuivie.. — à diverses reprises, — et à l'occasion de plusieurs.

Puisque le drame de Nyon, évoqué et raconté par M. J.-B.-G. Galiiïe. m'a fait conduire le lecteur devant ces 800 jeunes Genevois déclarés lions à pendre par Calvin,je poursuis l'examen du travail de l'auteur et tle son [lére sur les faits et gestes du Réformateur.

M. le pasteur Gaberel, qui sert à chaque instant de point de mire à M. J.-B.-G. Galiffe, en sa qualité d'auteur d'une volumineuse Histoire de l'Eglise de Genève (3 vol. in-8°, 18o3-18()2) où Calvin est loué avec chaleur, trop de chaleur je crois, M. Gaberel avait écrit:

J.-A. Galiffe a été un des plus laborieux investigateurs de nos archives nationales : durant seize ans il en a déchiffré les pièces anti(jues avec une rare persévérance. Malheureusement le sang-froid et l'esprit de justice ont abandonné M. Galiffe lorsqu'il s'est occupé du mouvement religieux du X'V^I"' siècle. La célébration du troisième jubilé de la Réforme genevoise avait allumé sa bile .. Certes nous avons exprimé sans réticence notre blâme touchant les fautes de Calvin et de ses amis, nous avons fait une large part aux inévitables imperfections humaines qui ternissent leur grande œuvre; aussi nous pensons avoir le droit de dire à M. Galiffe que ses articles sur Calvin sont des pamphlets inspirés par une aveugle hallucination, qui le rend complice des mensonges volontaires des auteurs ultramontains qui s'occupent de la Réforme.

Ce n'était cerlainement jias trop, car c'était loin (TçU'e assez, pour répondre à l'inventeur foi-cené d'un Calvin de mélodrame couver-l de crimes, et pour rétorquer des pages comme celle-ci :

Calvin renversa tout ce qu'il y avait de bon et d'honorable pour l'iuiinanité et établit le règne de l'intolérance la plus féroce, des superstitions les [ilus grossières et des dogmes les plus impies. 11 en vint à bout d'abord par astuce, ensuite par force, menaçant le Conseil lui-même d'une émeute et de la vengeance de tous les satellites dont il était entouré ', quand les magistrats voulurent essayer de faire prévaloir les lois contre son autorité usurpée. Qu'on l'admire comme un homme

' Ceci veut Jire que Calvin avait refusé, en 155-, malgré une injonction formelle du Conseil, de donner la cène à un Lomiue qu'il en jugeait indigne.

THKOR1K8 UIVEKfiES DES MESSIEURS (SALIKKE. 15

adroit et profond dans le genre de tous ces petits tyranneaux qui ont subjugué des répul)li(ju('s en tant de pays dift^rents, cela doit être permis aux âmes faibles qui adiirent le pouvoir partout où ils le voyent sans se permettre d'examiner par quels moyens il a été acquis : qu'on l'excuse d'avoir trompé les Genevois sur sa propre iiçrnorance et sur celle de son siècle ; qu'on rejette sur la même cause les crimes qu'il commit et qu'il fit commettre, tout cela est encore pardonnable. Mais qu'on veuille nous lier pour jamais à son cadavre, et nous faire croupir avec lui dans la mare infecte où il s'embourba et entraîna nos ancêtres avec lui, voilà ce qui est insensé, indigne d'un siècle de lumiér''S, et ce que l'ignorance la plus profonde peut seule faire concevoir {Notices généalog., 111, p. xxi).

Ce fougueux libelliste étaiil moil, ses concitoyens auraient oublié ses excès (le verve en compensation de son assiduité au labeur et l'on aurait pu se servir du copieux amas do notes qu'il avait laissées pour en vérifier soigiieusenienl la valeui', pour rectifier ses aiipi'écialions étranires, évidemment excessives et erronées, pour transformer enfin son nnivre d'investigateur ijui n'a jamais pris le temps de modérer sa première impression, en œuvre sincère sinon sans erreur, et débarrassée de ces allures furibondes ipii décèlent un cerveau dont toutes les circonvolutions ne sont pas bien barmonisées. Voilà le vrai service que M. GalitTe fils, béritier des dites notes, aurait pu rendre à la mémoire de son père. Mais ce nouvel liistorien, qui venait d'éditer un ouvrage in-4'' sur l'Art de diriger les ballons et de composer lui-même un volume in-S" sur la Chaîne symbolique et autres arcanes de la franc-maçonnerie, préféra imprimer du travail tout fait ; il oITrit au puiilic, dans ses deux procès d'Ameaux et de Perrin, le poi'ti-ait que nous allons examiner du Réformateur et de ses amis, dessiné de la main de son prédécesseur et aclievé, verni, encadré jiai" lui-même.

D'abord ces deux étonnants peintres de Calvin ignorent absolument l'œuvre même de Calvin. La mission qu'il avait prise, à la persuasion de Farel, de créer à Genève un État où l'on véci'it suivant la pureté de l'Évangile, la grandeur de cette conception et la valeur morale de ceux qui s'y associèi'ent, Genevois, Français ou autres, ils ne connaissent pas cela. Tout le bien qu'ont pu réaliser les adeptes de cette doctrine, (jui étaient l'immense majorité (car le pi'incipe d'obéissance à rivwilure ne fui combaltu par une niinorilé restée impuissante (jue de irj;j8 à l.").").'i) et ipii se sont montrés pour 11 plupart des cbrétiens excellents, ce bien n'est pas arrivé à leur cniiiiaissance, i|Ui)ii|u'il se résume en une Genève devenue, à la fin du .\ VI"" .siècle, tranquille, oidonnéc, pieuse, lettrée, savante, aisée, polie, quand avant Calvin ce n'était qu'une grande bourgade inculte. Mais comme cet efTort d'une tbéorie très peu conforme à la nature bumaine, il faut en convenir, suscita d'innombrables confiits et qu'elle aboutissait, pour les fidèles, à une surveillance minutieuse de leur conduite privée, il était resté dans les archives de Genève une quantité de procédures relatives à des alTaires de mœurs. C'e>t là que MM. Galiiïe ont trempé leurs pinceaux pour mettre en

16 TirÉOEIES DIVERSES DES MESSIEURS GALIFFE.

Iiiiui(^ie tons les faits blâmables ou qui leur' semblaient tels, laissant com- [ilétement au lecteur le soin de s'enquérir des autres. Ils prétendent atteindre ainsi Calvin par îles coups dirifrés contre les réfugiés français, soutiens de son œuvre. Quant à la personne même du Réformateur, ils ne trouvent pas assez de stylets dans leur manche pour le percer.

Tout le monde sait que Calvin vécut en anachorète, par tempérament comme par un pieux rigorisme, qu'il ne possédait rien que ce qui lui était octroyé par la Seigneurie et qu'il était d'un désintéressement rare, d'une générosité sans égale. Voici comment nos deux artistes représentent ce côté malérifl du sujet. Ils ne peuvent pas attaquer directement la moralité ni le désintéressement de leur ennemi; mais chaque fois qu'il reçoit quel- (jue allocation de la Seigneurie, c'est un cupide insatiable; chaque fois qu'il les refuse, c'est un rusé qui veut s'en faiie donner davantage, et chaque lois qu'il prie les magistrats de reporter leur faveur sur de pauvres collègues, c'est uu implacable orgueilleux qui veut les humilier et les asservir. Obligés de se taire sur ses mœurs, ils ne laissent échapper aucun moyen de le montrer entouré, submergé par les mauvaises mœurs de ses collègues, les ministres venus de France.

Quelques mots sur ces ministres '. Voyant dans les registres du Conseil les doléances qu'y viennent fréquemment apporter (notamment en 1542) les ministres, et Calvin en leur nom, pour « exposer la nécessité qui est en eux et qu'ils ne peuvent < vivre de leurs gages à cause de la cherté passée et présente, » MM. GalitTe groupent {Ameaux, p. 44) toutes les demandes de celte année, pour montrer qu'ils demandaient sans cesse ; • l'appétit leur vient en mangeant, » disent-ils (p. 45), absolument comme si l'ajipétit du pasteur de Chancy devait être rassasié par l'allocation faite au pasteur de Vandœuvres; ils ajoutent avec horreur qu'ils ont « compté dans les

' Du moins sur leur avidité. Quant au chapitre des mœurs, qu'on verra plus loin (p. 30), on peut s'en tenir au jugement d'un honnête homme qui avait lu et extrait avec soin les 120 volumes de la collection des registres du Consistoire : « A l'exception de Viret, d'Orbe, qui avait été le premier [et de Jaques Bernard] tous les prédicants de Genève étaient français. C'est Calvin ; c'est Farel, de Gap ; c'est Froment, autre Dauphinois : Abel Poupin, d'Angers, ex-cordelier ; Cop, qui avait été recteur de l'Université de Paris ; Nicolas des Gallars, seigneur de Saules près Paris; Saint-André, de Besançon; Bourgoin, seigneur d'Agnon et ancien chanoine de Nevers ; Raymond Cliauvet, du Languedoc ; Pinault, de l'.^njou ; Pierre Bordes de Sancerre ; Charles Maubrée, du Berry; Claude d'Anduze, de Veyran; Beymond Merlin, de Romans. Ensuite vinrent Théodore de Bèze, de Vézelay ; Chausse, de Normandie; Goulard et Legagneux, de Tours; Enoc,

d'issoudun; de la Paye, de Chateaudun, [et bien d'autres] Je ne tairai pas un sentiment

presque sans mélange que les registres du Consistoire m'ont inspiré, c'est l'estime et le respect l>our les ministres de l'Église de Genève, pour cette milice de Calvin créée dans un temps de lutte si violente... » (Préface des Notes extraites des reg. du, ConsiU., 18515, par M. l'ancien syndic Auguste Cramer). — L'impression générale en effet est relevée, non ternie, par le contraste qu'offre l'église sortie des mains de Calvin, avec les impuretés qu'on peut trouver dans la presse des premières fournées de prédicants accourus à Genève.

« regislies plus de vingt disliilmlions (vingt!) ou assistances du même • ijoiife faites ;nix miiiistr'es et à leuf demande, depuis le mois de novem- ■ itre lo'fi jusqu'à la lin de 154a', » et celui (jui tient la plume continue :

Les ministres étaient en outre de tous les banquets officiels que le Conseil calviniste se permettait aux ilOpeus ihi public et ou ne tuait pas un sanglier ou un daim [?] dans les bois de Jussy ou du Mandement de Peney satts qu'ils fussent invités[?] à en prendre leur part. Assurément nous sommes bien éloigné de vouloir reprocher aux ministres de l'époque d'avoir cherché à améliorer leur position ; rien de plus naturel *. Nous rappellerons seulement que le minimum du salaire fixe de ces ecclésiastiques/rnrnyii>, pour la plupart célibataires, était de 200 florins, environ 2400 fr. '■', c'est-à-dire beaucoup plus que celui des magistrats et des employés les plus occupés* et que tous ceux de la ville avaient 2-10 florins; on sait qu'en outre ils jouissaient tous d'une maison meublée assez vaste pour y tenir de nombreux pensionnaires, souvent aussi d'uu jardin productif, et que ceux de la campagne y joignaient des terrains souvent assez considérables, à quoi il faut ajouter pour tous, leurs provisions annuelles en nature telles que blé, vin, bois de chauffage, etc., leurs jetous de présence au Consistoire alors payés à raison de 2 francs par séance, souveut aussi '^ au Conseil (3 francs par séance), le produit de certaines amendes disciplinaires qu'il ne tenait qu'à eux de multiplier beaucoup, enfin des cadeaux d'argent continuels, comme nous venons d'en avoir la preuve, et l'exemption de toutes charges. En un mot ce n'est pas exagérer, que de dire que les honoraires de ces prédicants étrangers étaient, toutes proportions gardées, au moins le triple de ceux de nos excellents pasteurs actuels, à qui nous ne ferions pas V injure de les comparer à leurs prédécesseurs de cette époque. — [Et en note] : Le traitement fixe de Calvin était de 500 florins soit environ 6000 francs de notre monnaie, plus 2 bosscts soit 24 setiers de vin [5 à 6 pièces]. 12 coupes de froment et sa provision de bois'; il avait de plus la jouissance d'une des meilleures maisons de la ville, toute meublée' et d'uu jardin pro-

' 1542 fut une année de disette.

'' Un ministre améliore sa position en allant dîner dehors. Sentez cette bienveillance de l'autenr.

' C'est a. GaliSe père qui parait avoir établi dans ses notes la valenr du florin d'alors & 12 francs du XIX"* siècle; acceptons sa compétence commerciale. Il me paraît dans le vrai.

* Sans doute, car les magistrats et employés d'alors avaient en outre un commerce, et leur traitement n'était qu'une légère indemnité.

' Quelquefois, et pour présenter une observation ou une déclaration, ce qni n'était nullement assister à la séance.

' Il parait que M. Galiffe n'a pas vu dans les notes de son père que le Conseil lui-même trouvait que c'était beaucoup, et qu'il s'en était expliqué en ajoutant i sa décision (20 septembre 1541): • Attendu que maistre J. Calvin est homme de grand savoir et propice A la restauration des • églises chrestiennes, et supporte grande charge de» passant. > Ces derniers mots expliquent tout.

7 Le voici ce beau mobilier, inventorié par le trésorier de la Seigneurie, lorsqu'il fut tout frais livré, en 1548 ; • Deux bois de lit en noyer, dont un point menuisé et un en bois blanc, trois tables de noyer, quatre longues tables de sapin avec leurs tréteaux, deux bancs, une chaire à dos en nover menuisée, trois bufl'eta et bahuts, un vieux coffre de noyer, un buffet de bois blanc sj'.ns serrure, le bois d'un lavemain de noyer, un pupitre i livres, douze escabclles « tant bonnes que mauvaises. » Voy. T. Heyer dans les ilém. de la Soe. d'hist. de Genève, IX, 407. La fortune laissée par Calvin i sa mort, tant en livres qu'en meubles, vaisselle et tout le reste, fut trouvée valoir au plus 750 livres, une quinzaine de mille francs d'aujourd'hui.

ductif y attenant et la Seigneurie se chargea bientôt de l'entretien de son secrétaire, souvent, en cas de visite ou de maladie, de son ménage tout entier et de tous ses frais de voyage '. Le casuel du Ilélormateur se composait de cadeaux continuels, de ses jetons de présence au Consistoire qu'il ne manquait jamais, et au Conseil où il venait sourciit et enfin de ses consultations en matière civile et criminelle -, qui seules auraient suffi pour le faire vivre à l'aise.

Je réponds qu'il n'y a pas de supputaliun ni d'accumulation qui pui>sent persuader que des citoyens, ecclésiastiques ou non, venant s'iiumilier publiquement devant les Conseils en criant misère, étaient à leur aise. Ce fait seul suffit pour nous donner l'assurance que l'énuméralion complaisamnient agencée par MM. Galiiïe contienl de faux éléments.

« Nous voudrions bien savoir (est-il dit encore: Ameatix, p. 31 n.) sur quoi l'on se fonde quand on pi'élend que Calvin donnait la i)lus grande partie de son salaire aux indigents? » On se fonde sur ce que le Conseil savait fort bien, puisqu'il en fait la remarque que Calvin avait beaucoup à donner aux passants; sur ce qu'il est mort pauvre, malgré ses ç/ros appointements, et sur un deinier fait : c'est que dans les registres de la Bourse française de Genève, que MM. Galiffe n'ont jamais vus, mais que j^ii feuilletés en détail, Calvin est porté régulièrement chaque mois, en compagnie de quatre ou cinq gros bonnets de la ville, tels que le marquis Galéas Caracciolo, les de Budé, les de Normandie et quelques autres Français, pour 5 llorins, quelquefois pour 10 ou 20 florins. Cinq florins', cesl-à-dire 60 francs par mois, c'était juste le dixième de son traitement, y compris les prestations qu'il recevait en nature. Il donnait donc rigoureusement d'aiiord la dime ( om-

mandée par l'Évangile; il avait en sus à payer l'imprévu de ciiaque jour.

Je passe une foule d'imputations do loui genre, par exemple la gloutonnerie de Calvin. Bolsec lui avait reproché de ne se nourrir (lue de « pain biscotte; » M. J.-B.-G. Galiffe détaille son ménage et coiuple ipi'il coiisomniail ([ualre bouteilles de vin par jour; il décrit, en y joignant quelques menus, des festins penlagruéiiques offerts sans cesse par la Seigneurie * aux ambas-

' Parlons de ses frais de voyage en effet. Cet article est l'un des bons exemples de desintéressement qui puissent être encore proposC-s aux gens qui voyagent pour le compte de leur gouvernement : Registre du trésorier P. des Fosses, 8 juin 1545. « Receu de mous' Jelian Calvin pour « une reste d'argent qu'il a torué des 25 escus que on luy bailly pour aller eu Allemagne, t 28 florins. » Je me borne à ce seul exemple.

' « Consultations si bien payées, dit-il encore (Perrin, p. 89), qu'elles suffisaient largement à l'entretien et au delà des jurisconsultes français et de leurs familles. » — Des jurisconsultes de profession, peut.ôtre; mais pour quelques consultations données par b.isard?

' Soit qu'il servît alors d'intermédiaire à des générosités sinonymes, soit qu'il fit de cette manière quelqu'une de ces restitutions que la Swgneurie faisait difliculto d'accepter.

* Entre autres alK-gations de nos doux auteurs sur ce point, on lit (Ameaujc, p. 45, n. 2) : e Ce n est que sons le régime calviniste propremcyd dit que nous voyons se mulliplier à tout

THÉORIES DIN'EHSES DES JIESSIEURS GALIFFE. 19

sadeurs el aux capitaines étrangers, voire môme aux « Commissions oflî-

• cielles qui ne surent plus se réunir sans godailler aux dépens de la ville (Am. 40); • el quand il « se rappelle que le Réformateur était, liien effecli-

• vement, de tous ces repas donnés en son honneur ou en l'honneur de

• ses amis, • il complète cette supposition gratuite par des regrets plaintifs el railleurs sur une lixgiène aussi étrange poui' une santé délicate. Ma tâche n'est point de défendre Calvin, mais de montrer comment MM. Galiffe se jouent du lecteur à cliatiue pas, aussi hien dans les circonstances lamenlahles que dans les LioulTonnes. En voici de lamentahles.

Dans son procès d'Ameaux (p. G), M. J.-B.-G. Galiffe parle des luttes soutenues par les partisans de Farel et de Calvin conlie les opposants; il sollicite l'intérêt en faveur du capitaine général Ami Perrin, qui eut deux graves débats à soutenir, des fièies Beilheliei', dont l'un paya de sa tête le mélange qu'il avail fait de la politique avec la religion; il entend par là stigmatiser ce qu'il appelle : « Les rigueurs inséparables du système calviniste » et, en elTet, dans la note, il cite encore des adversaires de Calvin sur le terrain théologique : Castalion, Troillet, Bellot, Dubois, • ses principales victimes, i dit-il; puis il ajoute immédiatement, dans la même note:

Il va sans dire que nous faisons ici complète abstraction des victimes plus obscures, courantes pour ainsi dire, de lajttatice calviniste. Cependant pour en donner quelque idée nous dirons que, par exemple, du 17 février au 15 mai ISJÔ, il n'y eut i)as moins de 34 personnes brûlées, écartelées, pendues ou autrement exécutées, — la plupart de ces supplices concernant de prétendus semeurs de peste, furent précédés de tenalllement avec des pinces rougies au feu, de l'amputatiou des poignets, ou tout au moins du fouet public. IjO !) mars on dut recommander au bourreau de s'y prendre moins maladroitement quand il coupait les mains et de veiller à ce que les personnes qu'il brûlait fussent plus vite mortes. Le 10 mars il eut l'occasion d'exercer son savoir faire sur sa propre mère, condamnée à être bridée, a])rès avoir eu le poignet coupé, non pas en ville cette fois, mais près du bûcher à Plainpalais. Les femmes figurent au nombre de 16 parmi ces 3-t victimes, dont plusieurs protestèrent de leur innocence au milieu des tortures les plus atroces et jusqu'à leur dernier souffle. Voilà des faits que le premier venu peut vérifier dans les registres du Con-

prupus ces Jtslins du clergé et des magistrats, qui occupent une si large place dans les comptes du Trésorier et qui forment un si pénible contraste avec la pénurie et la disette presque permanentes d «((< tpoq\ic. Le plxis minet [?] fonctionnaire étranger passant par Genève devenait aussitôt, de la pan des Conseillers, le prétexte d'attentions pareilles, qui offraient en même temps un charjnant moyen de le sonder et de le surveiiler; car n'était que trop touvent^ selon les Registres, le vérilabU bul de ces honneurs. Le 29 oct, 1543, Jean Lullin, hôtelier à St-Gervais, vint réclamer ce qui lui était dû pour quatre vingt on» repas de cette espèce, etc.. • La note a 106 lignes. Le mot repaa, 91 repas, est un calembour. Si l'un avait ajouté que chacun de ces repjs éiaii cote 1 7 sols, le lecteur eût compris qu'il s'agissait de 91 létes de consommateurs et non de 91 festins; aussi a'a-t-ou produit ni les 7 sols, ni l'article du registre : • Jehan Lullin a supplier qui est vray que la Seigneurie az envoyer plusieurs seigneurs conseillier pour aller teuir ca:upaignye aux ambasi.kd.-urs que aultres, de quoy lui est deui nonante unz repas i sept solz par repas; touteflfoiz, etc... >

20 tiip:orie8 diverses des messieurs galiffe.

seil. On peut sp figurer ce que dut être le nombre total de ces victimes courantes depuis la rentrée do Calvin, 1541, jusqu'à sa mort, 15G4, ou plutôt jusqu'à la mort de son successeur Tliéod. de Bèze, 1605, qui bien que plus impartial, fut généralement plus sévère que son maître. Ou sait que le Conseil les consultait dans tous les procès criminels un peu graves, surtout le premier.

L"espiit (lu lecteur n'esl-il p;i.s tout doucement amené par ce i-appi-ocliement perfide, par cette énumération de faits dont l'exactilude semble garantie par les chiffres et les liorreurs jmôme qu'ils contiennent, n'est-il pa:^ amené, parleur placement à la suite de Castalion, à croire que la môme influence calviniste, (|ui a fait répi'imandei' ou bannir quelques penseurs hétérodoxes, a également commandé les honililes supplices dont il s'agit ensuite? C'est dit en projires termes : la justice calviniste, la renli'ée de Calvin, Tiiéodore de Bèze plus sévère encore. Peut-on se jouer plus subtilement de la véi'ité ?

« Voilà des faits que le premier venu peut vérifier dans les registres. » Cette invitation marque une telle a.ssurance chez l'auteur qu'aucun lecteur ne se donnera proiialilement la peine d'aller faire une vérification supertlue. Cependant, s'il est quelque incrédule à l'endroit de la véracité de MM. Galiffe, moi par exemple, et que j'aille vérifier au registre, j'y trouve quoi? Que dans celte sortie véhémente dirigée surtout contre Calvin, le On qui réclama le 9 mars pour (juc les supplices fussent abrégés (c'est ruui(pie exemple qui s'en trouve dans ces récils d'exécutions cruelles) riiomme caché derrière les mots « On dut recommander, » c'est Calvin lui-môme, dont M. Galiffe tait le nom.

Monsieur Calvin, ministre — Lequel a faict grande requcste pour les povres qui sont condampnés a mort, mesmes pour les empoysonneurs : C'est que Ion advise de non les fere languyr, etc. Ordonné quil soyt commandé a lexequute ir des raalfaicteurs quil siiyt plus diligeus quil ncst pas quant il leur cnppe les maens, et quand il viendra a les bruslés quil meste moyen quil soyent incoutiuant murs par uiig estrangle-chat ou aultrement (Rcg. du C. du 9 mars 15-15).

D'ailleurs, ce thème des supplices pai'ait ôti-e une agréable pâture. L'auteur recommence longuemeni, aux pages 9()-l07, et dit entre autres:

.Jusqu'ici les victimes politiques et dogmatiques du Rrfurmtiteur sont les seules que les historiens, hostiles ou favorables à Calvin, aient mentionnées, tout on réduisant leur nombre des deux tiers au moins. Il nous reste à montrer que les unes et les autres doivent encore être distinguées de certaines victimes plus modestes, plus obcures, mais bien autrement nombreuses, de Injustice calrinistc : en un mot de celles que nous avons qualifiées plus haut de i.'iV((HiCs courantes... Nous avons dit (p. 0) que trois mois de l'année 1545 nous fournissent îl eux seuls 34 exécutions capitales. Nous avons hâte d'ajouter que ce n'est pas sur ce chiffre qu'il faudrait baser une moyenne; car la peste exerçait alors ses ravages dans nos murs, et la

TIIKOniES DIVERSES DES MESSIEURS GALIKKE. 21

l)pur (le ce fléau romlait toujours plus méfiant et i)lus superstitieux, par conséquent ]ilus cruel. Pour rétablir le nombre exact des autres condamnations qui eurent lieu pendant ces quelques années, il nous faiidridt un travail spécial roinine celui que notre prédécesseur nous a laisse pour les trois mois en question, et il est donc évident quiliien des cas ont dû nous échapper dans la reviie rapide que nous avons faite dis Registres du Conseil pendant cette période de 4 à 5 ans. C'est donc en restant audessous du nombre réel, que nous déclarons avoir constaté dans la petite ville de Genève, pendant cette courte période, la ]>lus douce du régime calviniste, 58 exécntious capitales et 7G bannissements la plupart sous peine de la vie et précédés de l'amende honorable en chemise, torche au poing Les emprisonnements se monteraient au moins de 8 à 900 pendant cette même période. Les bannissements se répartissent en 6 cas de vol ; 13 pour rixes, ivrognerie ; 2 pour cause politique ; 7

pour blasphème; 21 pour délits de mœurs... et 27 pour soupçou de sorcellerie '

— Passons maintenant aux exécutions. Nous avons dit que nous en avions compté 58... sur lesquelles 20 pour crimes ordinaires;... quant aux 38 autres, elles s'appliquent toutes à des personnes accusées de sorcellerie A peine est-il besoin de dire?

qu'il n'y eut contre ces 38 infortunés, dont 28 femmes ou filles, y compris la propre m'erc du bourreau en fonction, d'autres preuves que les aveux arrachés h la torture... [Et en note .] 11 n'y a malheureusement pas à douter qu'elle ait été exécutée par son propre tils; car dans ce moment il n'y avait d'autre bourreau à Genève que Jean Graujat dit Blanc, qu'on avait fait chercher la veille à Monthoux pour procéder aux exécutions de la journée. Or, la sentence nomme en toutes lettres « Clauda, fille de feu Pierre Mossier dit Peytavin, veuve de François Granjat exécuteur des malfaiteurs, » lequel François était le propre père dudit Jean Granjat, pourquoi on accorda, tout à fait exceptionnellement, il cette femme d'avoir la main droite coupée, non pas sur la place du Molard comme tous les autres prétendus semeurs de peste, mais « à Plainpalais, » près du biicher qui doit brûler son corps. On craignait évidemment quelipie faiblesse chez ce bourreau qui bien qu'habitué à faire jusqu'.i trois exécutions par jour, n'était p:is encore parvenu et de fait ne parvint jamais, il faut le dire à sa louange, à dominer entièrement son émotion, puisqu'il fut puni et renvoyé en 1555 pour avoir manqué de fermeté à la décapitation des victimes politiques de cette année, comme il en avait déjà manqué en 1540, lors de la décapitation du capitaine général Philippe, dont la tête ne tomba qu'au troisième ou quatrième coup (Voy. procès Perrin, p. 3ij). Un fait bien caractéristique pour la justice calviniste, c'est que ce même bourreau, dont on activait le zèle contre les victimes des

' J'omets, d cause de leur longueur et aussi du dégoût qu'ils inspirent, des détails de supplices décrits ici et aux pages suivantes et je retiens seulement cette phrase : « Nous terminerons par un « dernier cas qui résulte directement des persécutions que Calvin en personne avait ordonnas « contre les prétendus sorciers et devins de la terre de Peney, de concert avec le pasteur du lieu,

• Jacques Bernard. » Voici le passage du Reg. du C. (19 nov. 1514) où l'on voit qu'au lieu d'ordonner des persécutiom, Calvin demande et obtient une information : < Les bériges de la « terre de Pigney. Sur ce que Jhean Calvin, ministre en Genève et maîstre Jacques Bernard,

• ministre en la terre de Pigney, hont exposé comment deyja Ion a faict diligence de jnsti<:e ■ d'aulchongs delinquans de la d. terre, mes que encoire il en il a beaucopt d'auUres, reque- « rent commander aux ofliciers de la d. terre de fere l>!gitime inquisition contre tel beriges nflin d de extirpé telle rassc de la d. terre ; Ordonné qui soyt commandé aut cbastelliiio de Pigney «lo « suyvre appres tel afferes et qui en prcgne bonnes informations. • — Sérige est la foniio romane et naturaliste, née vers le XI" siècle, da latin hareticut, tandis que hérétique en est Is forme demi-savante, du XV"' siècle.

22 THÉORIES DIVERSES DES MESSIElTtS RALIFFE.

passions et de la superstition de l'époque fut, cette même année 1545, mis en prison et puni « pour avoir trop rudement fouetté » deux mauvais drôles de réfugiés français condamnés à cettejpeine.

Je m'inscris en faux contre celle almniinalile liistnii'e du bourreau torUinint sa mère. Pour infliLrer à sa patrie la lionte J'anecdotes pareilles, il faut d'abord être trois fois sûr de ne pas se tromper et, en second lieu, il faut, la moindre dignité le commande, fournir ses preuves. Les mots soutînmes ci-dessus : Claiida fille de feu Pierre, etc., se trouvent en effet sur le Registre du Conseil, à la date du 1(3 mars lo4(;, et ils sont également dans l'information poursuivie contre cette malheureuse, à la date du 27 février précédent ; il est vrai aussi que le bourreau en fonctions alors, Jean Granjat. était fils du bourreau précédent, Jean-François Granjat nu Grand Jean, et il est vrai encore, si je m'en rapporte aux c(miptes du trésorier, (|u'il n'y avait (|u'un bourreau à Genève. Mais je ne trouve pas que ce soit assez pour autoriser l'odieuse supposition avancée et détaillée à ti'ois reprises dans son seul mémoire sur Ameaux^ par l'auteur genevois. En effet : 1° La veuve de François pouvait n'être pas la mère de Jean; 2" Quoiqu'il n'y eût qu'un seul bourreau, il devait avoir des aides; 3" M. Galiffe dil qu'on l'envoya chercher la veille à Monlhoux '. Quoi? dans un moment où il y avait tant de triste besogne à faire, il n'était pas en ville, tlans sa maison de Beauregard? Rien dans les Registres sur ce point. Ne serait-ce pas qu'on fut à Monlhoux précisément pour chercher un aide qui le l'eniplaçàt? Poui'quoi M. Galilïe ne montfc-t-il pas les documents sur les(piels il a[ipuio son dii-e? Il peut s'être trompé, car il se trompe en donnant Jean comme ayant maladroitement exécuté le capitaine Philippe', et il n'esl que trop clair qu'il cache, quand il lui plaît, une partie des documents dont il se sert, puisqu'il ne nous dit pas que c'est lui qui détient l'acte officiel duquel il résulte que le bourreau fut puni pour avoir trop fustigé deux Français, acte que son père a inscrit dans un de ses catalogues sous ce titre :

* Ce n'est pas dans les reg. du C. que M. Galiffe a pris ce détail, car les deux jours précédents il nV eut pas de séance.

2 En voici la preuve. Philippe fut décapité le 10 juin 1510. Je lis dans les comptes du trésorier Tissot : 7 mars 1512. a Livré a laz veve de maistre François Grand Jehan, exécuteur de justice, por son dernier gage dudict quartemps daté le jours dessus, 6 fl. 3 sols. » Et le 5 juin 154Ï! : « Livré & Jehan Blant Grand Jan exécuteur des mal facteurs pour son gage du dit quartemps, par le mandement de messieurs, 6 â. 3 s. a — De ces deu.x mentions il résulte que, ou la complainte eu vers sur la mort de Philippe (pub. par M. GalilTe. Mém. de O., XIX) s'est trompée en nommant Jean au lieu de François comme le bourreau, ou bien Jean exécuta comme aide de son père, et alors M. GalilFe a insinué à tort que l'exécuteur n'avait point d'aides. Il s'est bien autrement tromj>é, si c'est se tromper, en racontant la funeste aventure de Jean Piiilippe (passim, et Mt^rn. de O., XIX, p. 270, pub en 1S77) de manière à faire croire que l'émeute qui lui coûta la vie avait été organinée par les magistrats. M. Roget lui montre doucement (Hist. du peuple de Ocnive, II, 250) que celte thèse ne saurait être i bien sérieusement soutenue. »

THÉORIES Un'ERSES DES MESSIECRS GALIFFE. 23

A'" 6i. Arn:<ttalion du bourreau puur tiroir trop rudiment fouetté deux Français (carartériftitiue).

Le fils (lu rt^dacteiir n'a donc pas inventé • le fait • caracléiùslique, mais il a inventé le • mauvais ilrolc, » ce qui était son droit, plus « la Justice calviniste, • expression iiléi-Miinie et fallai.ieu<e au moyen de laquelle il voudrait faire passer au compte de Calvin ot de la Réforme, non seulement les sévérités exercées par le parti de rÉvanj:i!e contre ceux qui, à leurs yeux, erraient en la foi, mais toutes les exécutions i|uelconques ordonnées par la justice de Genève de l.';4l à IGOo. Si ce paili des réfugiés français, contre lequel il accumule toutes les méciiantes imputations qu'il peut imaginer, eût envahi, dès l'arrivée de Calvin en lu;i6 ou lail, les Conseils de la Ré|iulili(pie, sa ]irélenlion s'appuierait sur quelque apparence; mais, jusqu'à la dernière année du XVI"' siècle, il n'y eut, pour ainsi dire, pas un seul Français d.ins les Conseils de la Réputilique. Lui-môme en fait l'aveu', el cette jalousie, fort iionoi'ahle, avec laijuelle les anciens Genevois niainti;naient leur droit exclusif à exercer l'autorité chez eux, se manifeste aussi dans la parcimonie des admissions à la iiourgeoisie, jusqu'en l'an l'ioo où les Conseils voulurent décidément une majorité française pour soutenir le système Évangéliqiie. En lo40 on reçut vingt-six nouveaux liourgeois, en loil vingt, en 1542 dix-huit, en lo43 vingt-sept, en Io'i4 huit, en l.'lio sept, en lo4(j neuf, cent-trenle-liuit en lo47, dix en 1")48. sept en 1549, dix en 1550, onze en 1551, neuf en 1552. etc^ Quelques lignes très modérées du savant qui, depuis des années, étudie l'histoire de son pays sur les registres officiels, oi-iginaux et non sur des copies, suEQsent à i-enverser cet échalau<lage d'un Calvin jugeant et condamnant, et d'un Tiiéodore de Bèze pUis sévère que son maiire. « Calvin, lisons-nous dans l'impartiale

• Histoire du peujile de Genève, par- M. Aniédée Roget (II, 30:5), n'avait

• point à intervenir directement dans le procès de Gruet, qui fut con-

• duit d'un houl à l'autre par l'autorité civile. Les registres du Consistoire

• ne contiennent aucune allusion à ce procès. On peut faire la même

• observation au sujet des procès de Rolsec et de Servet. C'est, en eiïet,

• une des particularité»; de la prétendue théocratie qui régnait à Genève,

• que les juges civils étaient appelés à juger seuls des procès de doctrine '. •

' Pr. d'Âmeaux, p. 87, noie 1 : « Nous ne trouvons avant le XVII"' siècle qae deux conseillers issus de réfugiés franvais, Jean Savyon en 15^1 et Jean de Budé en 1593; ce dernier fut, en 1603, le premier syndic de cette origine; puis vint en 1605 JcanSarasin, en 1607 Jacob Anjorrant, en 1603 Jean Savyon, en 1615 David Colladon, etc.; rarement plus d'an i la fois. »

* Voy. Roget II, 1.33 et 271. Les admissions A l'habitation, laquelle ne comportait aucune sorte de droit, ébùent naturellement plus nombreuses.

' La proposition ainsi formulée en quelques lignes a été développée par son auteur, avec les détiils et les preuves qu'elle comporte, dans un travail inséré d'abord au t. XXIV de la Bibliothlipte UnieenelU (1865), puis publié & part sous te titre : L'Églite et l'État à Oenive du vivant de C(di-in, 92 p. in-8». If 67.

L'Iioneiir des supplices sur lesquels M. J.-B.-G. Galifîe s'est longuenienl ai)pes;inti n'a rien d'exagéré; mais on dirait, à l'entendre, que Genève a joui d'un petit XV!"" siècle spécial, comme il n'y en eut pas ailleurs. Les Genevois ont eu le malheur de brûler Servet pour des opinions, Servet seul et Servet dont les contemporains, presque tous, ne pai'laieut (jii'avec horreur"; mais commeni, hors de Genève, soil en France soit ailleurs, ont été martyrisés les héréti(pics? On ne le sait que tr-op. Quant au nomlire, notre historien sursaute à l'aspect des 58 exécutions capitales qu'il a comptées en quatre ou cinq années; il n'a pas regardé par-dessus ses murs pour voir, par exemple, le paiiemenl de Bordeaux expédier 56Î) condanniations de huguenots à la mort en onze mois, el celui de Toulouse 1,800 arrôls de mort en sept mois*. Il en est de môme pour la sorcellerie et toutes les superstitions, choses inconnues, dil-il, <à Genève avant (pie la Réfoi-me y fût établie, mais que Calvin et » ses satellites, ses séides, » les ministres el les réfugiés français, y ont apportées avec eux. Il a bien aperçu quelques autodafés genevois en 1530, six ans avant la Réformation de Genève el.sept ans avant la venue de Calvin, et il aurait pu en apercevoir d'autres au XV"" siècle; mais cela le gêne, cela ne compte pas; c'élaient quelques malheureux sorciers insignifiants ; cela ne l'empéclie pas de s'écrier {Ameaux, p. 10b) :

» ..Ou peut assurer que leur nombre n'était pas à beaucoup près par année ce qu'il fut par mois, on pourrait dire par semaine, sous le règne de Calvin où l'on eut fréquemment plusieurs spectacles de ce genre dans la même journée. Quant à la superstition relative aux semeurs et engraisseurs de peste, superstition qui lit peutêlrc autant do victimes^ que le fiéau lui-même, elle était complètement inconnue dans l'ancienne Genève; et il est très certain que ce fut de la nouvelle Genève calviniste qu'elle jyassa dans les pays voisins. C'est ce qui ressort clairement des renseignements demandés au gouvernement genevois par la ville de Lyon, par le Valais, par les ciintons suisses, par plusieurs villaf;es de la Savoie et des bailliages bernois qui, après avoir api)ris tontes les horreurs qui se passaient à Genève, s'imaginèrent être visités à leur tour par b s prétendus semeurs de peste.

Cette fois, on pourrait croire ()ue nolie historien local a porté ses i-egards jusqu'à une cinquantaine de lieues hors de ses murs ; mais non, c'est dans les registres des Conseils de Genève qu'il a seulement puisé; el je priverais le lecteur d'un plaisir si, réfutant ces choses, je le détournais de voir lui-même

' Il faut voir (Fr. prot., cob 75S) comment Bolsec, dans son pamphlet contre Calvin, où il aurait dû lui reprocher amèrement la mort de Servet, parle au contraire de ce dernier.

' En 1562 et ISe'* ; voyez la France prolestante. — « Nous avons faict exécuter à mort en « leurs personnes environ 250 hommes et deoretù contre mille ou plus, desquels le procùs reste à « instruire, ii écrit avec orsueil à, Charles IX un président de tribunal dont la session avait duré quatre mois (La Sami-Sarthétemy et la cntique moderne; Genève, Georg ; in-l°, p. 1 10)

» Très peut-être, en effet; Spon et autres historiens de Genève estiment il deux mille les victimes du fluau.

TIIÉORIKS DIVERSES DES MESSIEUBS OALIFPE. 25

dans V Histoire du peuple de (ienèœ (II, li)i-\Qîi) la grâce parfaite avec laquelle jM. Ani. Rose! les réduit en poussière. D'ailleurs tout le monde ne sait-il pas, au moins par ouï dire, les iRS'atondies de sorciers, de semeurs, (11' liniiii'iirs et d'eiicliaiileiirs il(jiil la su|ici'slili<>n religieuse a désolé cl désiionoré tous les [lays cliriMieiis ; et uu^ine f'rce nous est bien d'avouer qu'il n'y avait alisolument rien de reli;4ieu.\, mais une simjile dose de liestialité humaine, dans les scènes modernes, que les vieillards d'aujoui-d'liui peuveid se rappeler et dans les(pielles nous avons vu de nos yeux lapider et déchirer des semeurs de clioléra-morhus. Si ce n'est tout le monde, beaucoup de gens savent que le pape Innocent VIII en réglant par sa huile Summis desiderantes, de l'an 148i, la procédui-e à suivre dans les poui-suites en sorcellerie, raviva le goût des persécutions et inaugura une ère teiiihie' où succomhèrenl jusqu'au XYIII"" siècle, dans cluKiue district judiciaire, après d'iiorrihles tourments, des légions de pauvres personnes du peuple auprès desquelles les trente-huit victimes de Calvin, comptées par M. GalitTe, n'atteignent nullement à l'etTel théâtral qu'il s'était promis. Et c'est bien de Calvin en personne, à l'en croire, que les pauvres femmes bi-ùlées sont victimes; je n'ai garde de forcer les paroles de mou auteur; c'est lui-même (p. lOi) qui dit :

« La peste ('tait alors à son apogée; néanmoins les supplices subirent tout à coup une interruj)tioii, dont la durée correspond à nne absence de Calcin, qui était allé s'employer en faveur des réfugiés de Provence' dans les cantons allemands et jusqu'à Strasliourg; mais ils reprirent bientôt après contrôles sorciers et devins, et cela à la demande expresse du grand Réformateur. »

Une fois, en elTet, Calvin appuya, je l'ai rapporté plus haut {p.21,n.)r la demande faite par un pasteur de campagne de débarrasser de sorciers son village, et le Conseil ordonna une enquête. Dès loi-s Calvin, d'après .M. J.-B. Caifre GalitTe, est le père de la Superstition, et c'est à sa demande expresse qu'on a fait souffrir tous les sorciers et devins^.

• C'est lin spectacle qui a été souvent retracé et l'a été, cette année même, dans lu Eeime de» Deux Monde» par un savant professeur en médecine, M. CI). Ricliet. Pour le point de vue plus spécialement judiciaire, on consultera avec fruit le travail de SI. Uod. Reuss : La Sorecllerie aux XVI^' et XYir" nèeles (on Alsace, en Lorraine et en Allemagne). Paris, Cherbuliez, 1877, in-8*.

' Réfugiés français qui intéressent peu, comme on voit, M. GalitTe à leur cause. C'étaient cependant les victimes du massacre de Mérindol et Cabriéres.

* La conséquence qu'on en vent tirer ici est absurde ; mais il ne peut être nié que Calvin dut 6tre nécessairement imbu de quelque superstition — Je ne laisserai point passer cette occasion de réclamer la gloire qui appartient a Jeau Weyer (15I5*1588), obscur médecin du duc de Cléves, qui en 156 ( osa, le premier je crois, élever la voix pour arrêter les juges ses contemporains dans la voie criminelle où la bulle de 14S 1 avait encouragé les tribunaux. Il publia un traité De prcestigiis d^rmonnm, dans lequel sans attaquer directement la croyance générale, c'etit été trop dangereux, il cherche â prouver doucement qu'une partie des condamnés n'étaient pas du tout des adeptes da Diable, mais seulement des malades. Un toUe s'éleva contre lui, et il faut reconnaître

26 THÉORIES DWEESES DES MESSIEURS GALIFFE.

C'esl encore une déploriihle superstition que « l'édit aussi odieux que ridi-

• cnlc qui défendait de donner aux enfants d'autres noms que ceux tirés de

• la Bilile. Pour colorer d'une apparence de bon sens cet édit absurde, les

• auteurs calvinistes se sont évertués à prouver que l'attachement des Gene- « vois à certains noms usités de longue date dans leurs familles, tenait à un « reste de siiperstilion |iapislique ou de paganisme i-omain. » lui elTel, après avoir voulu défendre ipi'on donnât aux enfants aucun nom autre ipie ceux dp la Bible, le Conseil de Genève se borna à faire dresser par Calvin une liste de noms qui seraient interdits: Baptiste, Baltliazar, Esprit, Ange, Dimanche, Toussaint, Sépulchre, Cbresiien, Pasques, Pentecôte. Ce fut l'expression (l'un sentiment général éclos du respect et de l'amour qu'inspirait TRcriture sainte et qui surgit spontanément dans toutes les contrées protestantes'; mais notre auteur confiné dans son petit XVI"" siècle à lui n'a point connaissance de cette universalité pi'otestanle des prénoms bibliques, et il découvre dans l'édit absurde de graves et redoutables profondeurs :

A7n. p. 70 : En oliligeant les ministres de remplacer ces noms, devenus chers aux anciennes familles, par des noms exclusivement juifs, Calvin agissait ériâemment par les mêmes motifs qui lui avaient fait proscrire peu à peu tout ce qui pouvait rappeler l'ancienne Genève (les spectacles, les jeux nationaux, les fêtes de famille ou de corporation, etc.). Pour assimiler les nouveaux venus à ceux qui leur avaient donné asile, afin de pouvoir ensuite manier le tout à sa guise, il lui importait de détruire l'esprit de nationalité genevoise qui avait tout naturellement ses racines dans l'esprit de famille et dans les coutumes locales

Bien aulmncnl profonde et scélérate est une anlrc astuce de Calvin dévoilée par M. J.-B.-G. Galiffe. En régnant à Genève, Calvin se proposait, lui et les l'éfugiés ses soutiens, d'abdiquer ontr'o les mains du roi de France et de lui rendre la ville an cas où il pouirait stipuler de bonnes conditions pour le proteslaiilismo français.

que les s.ivants, d'une opinion opposée à la sienne, lui fermaient victorieusement la bouche. Un deux (J. Bodin, 15S0, grand publiciste en son temps) lui disait : o Je demanderai à Wier quelle maladie ce seroit aux sorcières de penser avoir tué les petits enfants qui se trouvent tuez en effet ; de les faire bouillir et consommer pour en avoir la graisse comme elles ont confessé et souvent y ont été surprises ? Wier dit qu'elles s'imaginent avoir fait tout cela, mais qu'elles s'abusent. Or, qui sera cru en cette méchanceté si exécrable, sinon les jeux, les sens, les témoins sans reproche, les confessions sans torture!... On voit semblables parricides avoir été commis par Médée la sorcière, tuant tiintot son frère, tantôt ses propres enfants. Nous voyons les sorcelleries de Canidia en Horace, do Erichlo en Lucain, et il n'}- a sorcellerie qui ne soit décrite par Orphée... Wier ne peut nier que Nabuchodonosor, empereur d'Assyrie, n'ait été changé en bœuf, paissant l'herba sept ans entiers. S'il dit que ce changement est véritable comme la Sainte Ecriture et non pas une illusion fabuleuse, il faut aussi qu'il confesse que ce même changement se peut faire de figure humaine en loups ou autres bestes. Et en asseurant que c'est une illusion, il fait conclusion que l'Histoire Sacrée est une fable... Il reste 4 voir s'il faut plutôt s'arrêter aux blasphèmes et faussetés de Wier qu'à la loi do Dieu répétée en tous les endroits do l'Écriture Sainte. » — Le sage médecin frisait lui-même le bûcher.

' Voyez quelques exemples : Itogel, II, 248.

TUÉORIES DmCRSES DES MESSIEURS GALIFFE, 27

Procès Perrin, p. OG, llfi note et passim : c Cette opinion devient d'autant plus probable quand on ri'flt'chit que la cause de Calvin n'était en aucune fai;on simplement la cause du protestantisme suisse ou genevois, mais, qu'elle était avant tout celle de la Réforme /rançaise tout entière, qui le reconnaissait pour son chef religieux et politique. Ceci une fois admis, personne ne s'étonnera que le Réformateur ait pu considérer le refuge de Genève non seulement comme un asile et comme une forteresse offensive et défensive du protestantisme français, tant que celui-ci était opprimé ou proscrit dans la mère patrie, mais encore au besoin comme un gage qu'il savait être assez ardemment convoité [?J pour que sa remise définitive eût pu améliorer ou cbanger considérablement la condition des réformés en France. Telle est notre opinion, et nous défions les panégyristes de Calvin de trouver aux faits qui ressortent des procès de Perrin et Maigret une explication ii la fois plus naturelle et moins compromettante pour la bonne réi)utation du grand Réformateur.

Des dossiers de procédiiio ou aulres (locumenls accommodés à la cuisine de MM. GalilTe et doiil ils liennenl les ori,!j;inaux sous clef, ils peuvent faire ressortir, en cITet, tout ce qu'on voudra; mais je nie alisolument la majeure de ce raisonnement et je déclare (jue le doulile procès d'Ami Perrin et de Laurent Maigret ont encore été plus frelatés que celui d'Ameaux (lar notre auleur. Voudrait-on que les Français réfugiés à Genève n'eussent pas de sympatiiie pour la France? mais ce sentiment patriotique ne suffit pas pour qu'on ose en inférer qu'ils complotaient de se remeltre, eux et leur a>ile à la merci (rnn fjouvorncment sans parole et sans foi qui n'asiiirait qu'à les détruire. La Répulilique de Genève était placée entre deux dangers pareils: l'avidité haineuse de la Cour de France, et l'avidilé trop amicale de Berne. Tout au contraire de .M. J.-B.-G. Galiffe qui ne laisse écliapper aucune occasion d'humilier les magistrats genevois an profit de ceux de Berne ', Calvin n'aimait pas beaucoup les Bernois. Genève leur devait et leur doit une grande reconnaissance pour les avoir délivrés des menaces de la Savoie en ï"ù\0. mais elle eut dans les trente années suivantes de continuels motifs de se défier d'eux et de les craimlre. Il aurait fallu êti'e aveugle pour ne pas voir l'envie liien naturelle qu'avait Berne d'ajouter Textrémilé de la vallée du Léman à ses conquêtes du pays de Vaud et du Chablais. Sans cesse il y avait à repou.sser des tentatives hei'noises d'amoindiir, d'éteindre s'il élail po.ssibie, la souveraineté genevoise, et ce fut un chef-d'œuvre de la politique des amis de Calvin d'avoir toujours déjoué ces velléités sans foui-nir à Berne l'occasion de lever le masque et d'user du droit du plus fori. Quant à l'esprit des puis de l'ancieinie Genève épiscopale, Calvin et les siens le battirent en brèche, il est vrai, mais c'est grâce à leurs efforts et au génie du chef (pi'une obscure villette savoyarde s'est changée en une glorieuse cité européenne.

Achevons celle revue rapide et trop abrégée, des piincipales imputations

' S'oy. par exemple ^r. Perrin, p. :)0-60.

28 THÉORIES DIVERSES DES MESSIEURS GALIl'FE.

dont une haine féroce et qu'on ne s'explique L'-uère, servie p,ir une acuité italienne subtilement aftilée, s'est plu à noircir la mémoire d'un ,i?i-and homme. liolsec n'avait pas songé à lancer Calvin de ses excès de langage; cela se comprend, car ils parlaient tous deux le môme, comme le font tous les contemporains en chaque siècle, sauf de légères nuances de tempérament. M. J.-B.-G. Galilîe, homme du XIX°" siècle, a droit d'être plus sévère, et il s'indigne en maint passage au sujet de la langue vicieuse, grossière, souvent obscène, surionl obscène, que les ministres français, Calvin comme les autres, avaient apiiortée avec eux dans rAthèn(;s savoyarde, étonnée et scandalisée; il oublie seulement de du'e ipi'en parlant ainsi les ministres n'avaient (pie le loi't tle se mettre à l'unisson avec leurs paroissiens et que si le ministie Chauvet, par exemple, avait qnalitié de ' chien » le citoyen François Favre, beau-père d'Ami Perrin, de sou coté M"" Favre lançait très bien au ministre les noms de « groin de porc • et de « gros pouacre. » Des aménités de ce genre, excitées par la résistance furieuse de la minorité qui ne voulait pas de la discipline bibliiiue, résonnaient quelquefois jusque dans la chaire chrétienne; c'est vrai, c'était le XYI™» siècle et non point le nôtre; je n'ai pas d'autre défense à présentei- sur ce point. J'ai même un mot à relevei' ici chez M. Roget (pii, racontant (H, 219) l'histoire d'un pâtissier nommé Alliol, mis en prison parce qu'il avait interrompu Calvin au milieu d'un sei-mon en criant : « Ce n'est pas vrai, » ajoute en note :

UalifFe affirme que Calvin avait traité du haut do la chaire les habitants du quartier de Saint- Gervais de pendarls, batteurs de pave, pins que hètcs, loups insatiables. Nous avons iic'ine à croire, jusqu'à ce qu'on nous cite un document probant, que Calvin se soit oublié jusqu'à employer UQ choix aussi riche d'expressions.

On |ieut s'étonner de ce que M. GalilTe n'a pas montré le document probant, car d figure dans sa collection de procès originaux et il est décrit par M. Çalilfe père en ces teinies:

N° 54. Procès d' Ami Alliot, citoyen de Genève, pour avoir donné un démenti à Calvin dans la chaire sur ce que celui-ci dit : que les habitants de S. Gervais qui ne venaient pas au sermon étaient plus que bêtes, loujis iiisatiat)les et chiens, le dimanche 28 mars 15-lG. — Notez que Calvin prétendait qu'on devait l'écouter non comme un homme, mais comme un jiropliite inspiré de Dieu, et qu'il arait déjà insulté les gens de S. Gervais dans trois sermons. Saint-Gervais est la partie de Genève sur la rive droite du Rhône et ses habitants ont été toujours plus animés que les autres pour le maintien de leur indépendance. — Il fut libéré arec bonnes remontrances le 3 avril.

Encore fiudrail-il, si le document était produit . vérifier cnnniH'nt M.M. Cialiire l'ont lidélenient lu et interprété, t^'esl bien le nudiis que puisse accorder à ses contradicteurs celui (pii écrit tièremenl : « Comme nous

THÉORIES DI\T-RSE8 DES MESSIEITIS GALIFFE. 29

• avons déjà eu l'occasion de nous assurer (jue M. Gaberel ' ne se j!;éne nullo-

• menl de ciler les registres entièrement à faux, même lorsqu'il indique

• des daies précises, il nous est bien permis de croire qu'il en est de même ■ dans cette occasion où // nous prive des moyens de le contrôler. •

On parle aussi de lliéàlre. Sur la (in ilu XV'" siècle, la comédie s'introduisit à Genève. Des artistes ambulants y représentèrent, en 1482, l'histoire de Rdliert le Diable, la vie de saint Cliristoplie, la vie de sainte Marine, et en 148."), plusieurs iiourgeois et bourgeoises se distinguèrent sur la place (le la Fusierie dans la moralité du Miroir de justice qu'ils jouèrent devant le duc et la duchesse de Savoie. Dans les fôles genevoises, nombreutes d'ailleurs, (|ui s'étaient données jusque-là aux entrées d'évôques, ou de princes de Savoie, ou de notabilités diverses *, figuraient seulement des • histoires, • c'est-à-dire des tableaux vivants, de pompeuses allégories, des scènes machinées ' où d'ordinaire quelqu'un des personnages était chargé de réciter un compliinfiit ou une pièce de vers. Le goût de ce genre de plaisw s'échaulTasi bien pendant la première moitié du siècle suivant que les Réformaleins, malgré la sévéïité qu'ils mettaient à proscriie tous les jeux, n'osèrent pas d'abord s'y opposer ou crurent pouvoir autoriser les pièces, bien châtiées, dont les sujets étaient purement bibliques. Au mois de juin 1346, les Conseils et môme le pasteui' Pierre Viret ne se firent point scrupule d'assister à un drame intitulé : les Actes des apôtres, dont le Conseil avait permis la représentation, quoiqu'elle eut été vivement blâmée à l'avance par quelques ministres. Mais les leprésentations terminées, ordre fut donné de suspendre ces jeux dispendieux jusqu'au retour de temps plus propices. C'est une douleur poin- M. J.-I3.-G. Galilfe (Am., p. 73), persuadé que

« MM. Gaberel et Bangener, sans avoir fait nne étude très approfondie du sujet, n'ont pu retenir les protestations du bon sens écœaré par les excentricités de MM. Galifie. A leur véritable gloire, les deux honorables pasteurs l'ont payé par un bon coup d'assommoir dont M. GalifTe bis leur fait hommage à chaque occasion qu'il trouve. En voici un triple exemple dans une seule note (Am., p. 11) ; M. Gaberel, après avoir donné le nom d'un personnage dans une première édition, juge devoir l'effacer dans la deuxième. C'est « une petite supercherie de M. Gaberel ; • — pour un fait insignili,<int, c il a jeté au hasard la date du 17 mars; » or, M. Galiffe lui prouve que c'était In veille, c'était le 16 ! — M. Gaberel donne on certain Tixier comme ayant soupe un jour chez Ameanx. Or, pas du tout; il n'assistait pas A ce souper! — M. Galiffe clôt triomphalement sa note en s'écriant ; Et voilà comment on écrit l'histoire f

- La plus ancienne dont on ait gardé souvenir fut donnée par Pierre, comte de Genève, lors de l'entrée a Genève d'Ame Vil de Savoie, dit le comte rouge, entre 1383 et 1391.

' Le comte rouge et sa brillante escorte entrèrent dans la ville richement ten^lue de tapisseries et il n'y eut aucune petite place, oii passant le prince pour aller d S. Pierre, il ne se fît histoires par personnages, plaisantes et moult dileetables d regarder (Perrinet du Pin). — Y avoit une galère belle et grosse toute chargée de gentilles femmes et scmbloit qu'elle fût sur eau 4 cause des grands et secrets engins qui la œenoient et furent faites plusieurs belles histoires ; 1 182. — On ùt fabriquer un éléphant destiné 1 porter quatre jeunes ûlles vêtues de taffetas et & marcher devant la duchesse, au milieu de Plainpalais, 1183.

le lliéâlre était acclimaté ilo'puis eles siècles dans la ville : « Il s'agissait du « tlivertissemeiit le plus p<iiiiilaii-e de l'ancienne Genève, de celui dans le-

• ipiel nos ancétces avaient depuis dea siècles la répiilalinn d'exceller lonl « [larliculièrenient. En ellel. le-; clii-oniqueiirs des pays voisins comme ceux

• du nolce, depuis Perrinct du l'iii jiis(|u'à Bonivaiil', ne tarissent pas dans <• leufs éloges donnés aux moralités- et aux histoires (jue les Genevois

« savaient composer et réciter en plein vent à chaijue occasion » Mais

voilà qu'en lij()8, (juali'eans après la mort de Calvin, les Conseils respirant plus à l'aise se relâchent de leur rigueur et permettent déjouer une comédie : « Le monde malade et mal pensé, » pour fêler les ambassadeurs de Reine. M. Galiffe va être content de voir rerais en honneur ce qui était populaii'e dans les siècles passés, cet art où nos ancêtres excellaient"? Voici le contentement qu'il exprime [Aiii. p. 7.")): « Celte pièce se ressentit peu « de l'ausléiilé puritaine que les édils calvinistes faisaient gronder sur Genève « depuis 27 ans; car SentiLiier l'a qualillée [en 1780] de satire dégoûtante « des sciences et de la médecine de ce temps-là : nouvelle preuve que l'in- « croyable licence de langage qui avait envahi Genève à l'éiioque calvi- « nisle et dont les ministres donnaient l'exemple les tout premiers, était « bel et bien un des résultats les plus patents du Refuge français. » — Notez 1° qu'il n'y a pas d'ordure littéraire qu'on ne ti-ouve dans les anciens recueils de Sotties, Farces ou Moialités, (pii sont tous du commencement du XYI"" siècle ou de la fin du X\'"\ et (lue précisémeni à Genève on a pul)liè trois pièces jouées en 1523 à l'entrée solennelle de l'évéque Pierre de La Baume, mais d'où les éditeurs^ ont dû l'etrancher, disent-ils, les ti-aits que « la délicatesse de noti'e siècle ne permet pas de rei)roduire. • Kl notez 2° ijue Senebier avait éviileninienl l'oii mal lu la comédie du Monde malade, car c'est une jolie pièce morah! dont on peut voir une fort ngréaiile analyse dans l'ouvrage d'un littérateur qui s'y connaît : Genève et ses poètes, p-àr Mai-c-Monnier (in-8", 1874, p. lol-lo8).

.\utre exemple de la môme justesse d'esprit. J'ai un iieii nH)ntré les sentiments (pie l'auteur professe pour les Français à ijui la Genève du XVI""-' siècle avait accordé l'hospitalité, sentiments (pi'il a bien résumés dans cette phrase : « On ne comprend (pie ir(qi le mépris des Gene-

• vois de toute classe jiour la majorité des réfugiés '; • j'ai assez montré aus.si rindignalion qu'il éprouve à la jiensée de re<. foules menaçantes d'étrangers (pr(ni aihucliail sans cesse dans la ville. Mais si les Conseils jug((ril parfois (lu'il faut, en ell'et, mettre une barrière à des immigrations trop répétées, aussit(Jt il se retourne {Am. p. 100) et pleure sur « ces mal-

' Lisez ; les (100.1 uniques chroniqucui-s, T. du Pin, en Savoie et Bouivard, obez nous.

^ On vient do voir p. n. que Pen-inet no cite point de moralités.

3 I,es docteurs Coindet et Cliaponniôro, dans les .l/e»i. de U Soc. d'Eist. de Oenive ; I, p. 146.

* Am., p. S'J, n., Ferr.; p. 115, u., otc.

• lieureux léfuLriés des deux sexes et de loul âge, dénués de toute ressource

• et souvi'iil iii;d;iili's, (|iil' le i^oiiveinrinciil cdlrininte expuls;iil |i;ir liou-

• pes. Ses panégyristes se sont liien ^'al■dés île nous pat'ief de ces expul-

• sions en niasse de pauvres coieligimmaires, eux (pii ne trouvent pas de

• jiaroles assez aniôres [f] pour reprocher aux vieux Genevois du parti n.i-

• lional d'avoir plus lai'd ' demandé le désarmement des l'éfugiés français,

• et enfin un temps d'arrêt dans les i-éceptions en niasse, non à l'iialiitatiou

• mais à la liourgeoisie genevoise '.... •

On croit généralement que les gens qui ont tout quitté, patrie, parents, amis, fortune, pour gartier intactes leurs idées religieuses et pour prier Dieu comme ils l'entendent, doivent être des gens religieux et d'une certaine moralité. S'ils sont par exemple Italiens, oui; s'ils sont Français, certainement non. M.M.CialilTe déidarent que prestjue tous les Français réfugiés à Genève pour cause de religion étaient d'une iiiinioralilé répugnaiile. J'ai dit cela en commençant ; il importe d'autant plus de le faire voir.

Am., p. 86 : A en croire nos liistoriens ecclésiastiques, les diverses fractions du parti natioual, auticulviniste, comprises ilans leur ensemble sous le nom conveu-

tiounel de irtcWi/i* ^, auraient protégé ouvertement la licence et l'immoralité

Mais liélas! les neuf dixièmes au moius des cas de libertinage proprement dit sont

du côté [des partisans du Réformateur]. C'est Vai(slcre Bonivard qui commence

[Et en note :] Jean Goule, tous les DelaMaisoimeuve, J.-.V. Curtet, P.-J. Jessé, H. Dolens, .V. Chieand, Amblard Corne, Dom. Dentand, Raoul Monet, etc., autant de fort tristes sujets que Cahin faùsait sans cesse renommer aux premières magistratures et aux fonctions les plus lucratives. Nous avons parlé aussi des honteux désordres des ménages Lambert, Genod, Cbautenips, Blondel, [Antoine] Calvin, Maigret, Estienne et autres de la même époque. Le 28 septembre lû45, le premier Syndic de l'année précédente, l'ultracalviniste .\ntoine Gerbel et sa famille [Le texte continue dix lignes plus bas ;] Qu'en faut-il conclure sinon que l'immoralité avait fait des progrès inouïs sous ce régime destiné à l'anéantir? Mais ces messieurs seraient bien fâchés d'avouer franchement que cette augmentation de l'immoralité se trouve eu rapport direct avec cille du pouvoir de Calvin et de l'immigration française et que jamais cette même immoralité nUi été chez nous plus profonde et plus étendue qu'à l'époque qui suivit la proscription du parti natioual, alors qu'il n'y avait plus un seul des prétendus Libertins à Genève ; à cette époque, où le pasteur Simon Goulard aroimii au célèbre Joseph Scaligcr * que les mœurs étaient encore plus mauv.iises à Genève qu'en France; à cette époque enlin où Tliiod. de li'eze déployait des

' Il sent ici sa coiuradiciion ; mais c plus tant • est (le trop parce que tous les faits qu'il expose dans ses deux procès sont compris entre 15 tl et 15 IS.

^ On a vu plus haut, p. 23 et note, ces masses de neuf, dix, onze nouveaux bourgeois par an; ainsi de suite jusqu'aux approches de 1555.

^ Mot du temps qui est 1 prendre dans le sens de Libéraux.

* • Scaligerana, art. Genève. • On y lit eu effet : « Ceux de Genève sont Barbares et font quelquefois la l>este. M. Goulart m'a escrit que la licence de paillarder est plus gi«nde à Genève qu'en France. • Quel aveu bien motivé, quelle autorité qu'un mot en l'air dans une lettre? Le cëli!bre Scaliger n'est pas responsable de ce recueil, bribes de sa conversation recueillies par d'autres.

32 TUKORIES DIVERSES DES MESSIEURS GALIFFE.

rigueurs bien plus fortes et bien pins étendues que celles que son prédécesseur avait inaugurées dans notre pays. [Et en note :] On remarquera qu'avec un caractère plus doux et un esprit plus cultivé que Calvin, T. de Bèze fut cependant infiniment plus sévère, prodiguant les noyades, les pendaisons et les décapitations là où son prédéccsseu ■ avait employé l'exil, l'exposition et les amendes pécuniaires. Il est mémo juste d'ajouter que T. de Bèze fut dans ses rigueurs beaucoup plus impartial que son modèle, ce qui permet d'autant mieux de voir sur qui elles tombaient. Mais s'il réussit à diminuer le nombre des scandales publics, ce fut au profit de V immoralité sccr'cte, dont les preuves ne furent jamais plus fortes et plus nombreuses que précisément à l'époque oii l'on aurait dû arriver enfin aux résultats Quoi qu'il en

soit, en se transportant à cette époque, on ne comprend que trop bien le ?«c/.ns des Genevois de toute classe pour la majorité des réfugiés et l'invincible répugnance des familles indigènes, où le respect du foyer s'était conservé intact, à s'allier à ces nouveaux venus... qui ne justifiaient que trop les reproches amers de leurs hôtes de leur avoir apporté tous les genres de désordres et de libertinage en échange de l'asile si généreusement oifert

.le ."îuis obligé de f;iife des sacrifices el je ne elle que dix lijjnes de cette dernière note qui en compte 34, nuiLs je prends l'essentiel; c'est une des tactiques de rauteui- d'empêchei' toute discussion par la masse des injures et la masse des inutilités. Il a répété à plusienrs reprises le thème ci-dessus, notamment dans le procès Perrin (p. 97, H4) où d dit que la France du XYI""' siècle était le dernier pays qui pût servir d'exemple aux autres » sous le rapport la de moralité, » et il revient sur « l'extrôme répugnance que les ancêtres 0 genevois et italiens, môme ceux du parti calviniste, mirent pendant plu- « sieurs générations à s'allier aux Français en général. » Je ne m'ai'rête pas à celle gracieuse supposition d'un des auteurs de quatre volumes de Notices généalogiipies ideines, dès le XV!""" siècle, de ces alliances répugnantes, ni à la réilexion (|ue si ces alliances furent peu nombieuses au commencement, c'est qu'une sympatiiie bien naturelle poitait plutôt des exilés à s'allier entre eux, ni aux autres méchants petits mensonges de ce passage, je retiens seulement l'atlenlion du lecteur sur ce point, à savoir la dextérité avec laquelle, après avoir cité une kirielle do dix-huit noms réprimés par la Justice: Goule, Maisonneuve, Bonivard, etc., parmi lesquels trois seulement sont français ', el le reste jiarfaitement indigènes, la période s'achève sur le dos des Français. Soutenir la pureté îles nupurs genevoises avant la Héformation j^ar opposition à l;i corruption apporlèe ]iai-le iinUeslanlisme est une thèse aussi impuissante par son inqu'ohaliilité (pic par son

• Ceux (lo JI"" Ant. Calvin, do M""" Meigret et d'Estieniie. Or, M"° Antoine Calvin était île la Flandre alors espagnole (de Lille), M"° Meigret est indignement calomniée par ledit GalilTe (voy. p. 14), et Henri Esliennc n'eut de démêlés avec la Seigneurie que sur des questions étrangôres aux mœurs; mais en qualité d'illustre nom français, ce nom d'Etienne a obtenu dans les Nol. génùal. de MM. GalilTe (III, 198) un article des plus méprisants. — Voilù les trois seuls noms français qui ligurent dans cotte liste.

insolence; aussi M. J.-B.-G. Galiiïe la fait-il sonner à chaque occasion. Il profite (le ce qu'il a beau jeu, le Consistoire ayant aussi honnêtement enregistré tous les cas qui se présentaient à sa barre qu'il faisait iionnêtement la censure des moindres peccadilles; le nombre môme des inculpés montre la rigueur impartiale avec laquelle il réprimait toute faute quel que fut celui (|ui l'avait commise, fût-ce un magistrat. fût-ce un ministre; aussi est-ce un arsenal inépuisable à exploiter,el on l'exploite à outrance, tandis qu'avant la Réformation, il n'y avait rien de semblable; l'auteur s'étend sur ce velours avec complaisance. 11 faut croire que son père n'avait pas encore dressé celte batterie avantageuse lorsqu'il écrivait dans ses Matériaux (I, 126) : • Liste des amendes prononcées par le vidomnat de 1414 à 14it); le viol « y est compté pour 9 florins, l'adultère pour G sous, et il y en a un nom- « BRE PRODiGiEL'x. » Ce qui n'empêche pas M. GalilTe d'ajouter dans son Ameaux, p. 96 : « L'immense majorité des procès de mœurs (ivrognerie, paillardise, concubinage, adultère, bigamie, inceste, etc.) concerne les réfugiés français, et Dieu sait ce qu'il y en a eu ! Aussi, voyons-nous ces procès, si rares dans les premiers temps de la Réforme et presque inconnus chez les anciens Genevois, augmenter rapidement, » etc., etc.

Donnons quelques moments à un joli sujet, à l'une des thèses les plus amoureusement caressées (après les supplices et le libertinage) par nos deux savants. Plus elle est irritante et absurde pour toute personne un peu lettrée ou seulement un peu sensée, plus ils se complaisent à l'exposer, répéter, ressasser et à la poser avec arrogance sous les yeux de leurs concitoyens. On dirait qu'ils tiennent à se venger de quelque chose. Cette thèse, c'est que la Genève du XV"" siècle fut un petit foyer de lumière, comme nous venons de la voir un sanctuaire de moralité, tandis qu'au milieu du XVI"' siècle tout, langage, parole, littérature, instruction puhliijue, éloquence, tout tombe dans la dégradation, la grossièreté, l'obscénité. Us émettent ce brillant paradoxe en mainte occasion, mais M. J.-B.-G. GalilTe l'a surtout développé au milieu même des Mémoires de la Société d'histoire de Genève (t. XI, 1839, p. 197 à 524), dans une étude sur Besançon Hugues, un des libérateurs de la République, et dans le 4°' volume de ses Notici-s généalogiques.

.\vaiit l'époque où combattirent les généreux citoyens qui arrachèrent Genève à la domination épiscopale et savoyarde pour la remettre aux mains de la liberté et de la Réforme, cet évêché, ce pays, cette ville n'avait absolument rien produit dans le domaine des lettres, ni d'aucune instruction quelconque. MM. GalilTe font grand bruit d'une école fondée en 1429 par un citoyen nommé François de Versonay, qui fit présent à la ville d'un bâtiment de 3! mètres de long sur 1 1 de large, pour que les maîtres pussent y instruire la jeunesse dans un local commode et bien surveillé, au lieu de donner leurs leçons en chambre; c'est fort bien et ce Versonay fut un

34 THÉOBIES DH-EESES DES MESSIEUES GALITFE.

Ikhiiiiii' éclairé lorsqu'il ddta sa patrie relartialaire de ce que l'on avait partout (ieiiuis le XIH"" siècle dans les villes de Fi-ance et d'ailleurs '. Mais qu'al-elle produit cette école? Où sont les travaux de ses élèves? de ses maîtres? On ne sait pas môme le nom d'aucun d'eux. Genève n'a pas, durant tout l(f teiujis du moyen âge et jusqu'à Bonivard, un seul auteur, un seul pauvre chroniqueur, un simple liagiograplie, pas même quelque petit rimailleui', à peine un copiste qui se soit recommandé en nous laissant des manuscrits. En 1478 sont arrivés des imprimeurs, des étrangers bien entendu; nous avons une quarantaine d'ouvrages qu'ils ont édités sous l'épiscopat. Y a-t-il dans le nombre quelque ouvrage du cru? Pas .seulement une préface, .le ne compte pas cet âne de docteur utriusqtiejuris, Jean Bagnjon, qui publia une espèce de ti'aité de di'oit politique en 1487, puisipril était de Lausanne. Le seul être qu'on puisse miuitionner comme représentant toute cette période littéraire vantée par MM. Galiffe est un chanoine de la calhédi'ale, nommé Andié de Malvenda, qu'on trouve cité avec remercîment comme un Mécène, à la Un de ce même traité de Bagnyon. Le lecteur a dû remanjuer, aux passages des registres du Conseil ou du Trésor que je cite textuellement, quelle incroyable barbarie y règne dans le style et dans les mots. Il n'y a pas de documents au fond des campagnes de la Flandre, de la Bretagne ou des Pyiénées, où la langue française ait été aussi odieusement écorchée qu'elle l'est sous la plume de ces magistrats, purement genevois et point français, (|ui éci'ivaienl les actes olTiciels de la Rèpubli(iue vers lo40 et qui sortaient nécessairement des écoles episcopales.

Un des esprits les plus éclairés de noli'e Genève actuelle, M. Rilliet-de Candolle, rencontrant cette thèse au cours du Mémoire sur Besançon Hugues, qu'il eut l'indulgence de critiquer dans la Bibliothèque uni ver selle, \w manqua pas d'en sourire. Aussitôt notre auteur, pour terroriser la critique, suivant son habitude, rétorqua les cinq ou six pages courtoises dont M. Rilliet l'avait honoré par soixante pages de raisonnements bilieux. Mais, mis au pied du mur comme ill'iMait, sur ce point précis de la gloire lilléraire de Genève avant la Hél'oi'nu', voici pai-quel saut prodigieux il fit semblant iTéchapper:

• 11 sei ait jim- troi) absurde (dit-il, p. l'J'ij d'attribuer à (Calvin l'iKUineur « des illustrations que Genève produisit malgré lui et en opposition for-

' Elle subsista telle quelle jusqu'à la réorganisation des études, opérée en 1550 par les soins éclairés do Calvin. On l'appelait « la Grande Éeole » par opposition aux écoles privées, et voici un échantillon de la force de ses élèves : En 1532 o mon père me mist en la grande esooUe de s Genève avec rev. et spectable maistre Jeban Cbrestien, croate de la terre de S. Claude, bomuie « lictéré et deyja ancien, lequel lisoit de grammaire en JDispaule et en poeticque Virgile ad « Jî/neidoa, Ovide... etc.» Il est vrai que cet élève, B. Jlessiez (voy. Mém. de Genève, IX, 2.3), avait commencé d'y étudier â l'ftge d'environ 14 ans et avait lini à 16. Son père était notaire et « conseiller; » lui-même fut scribe il la secrétairie des Conseils, puis notaire.

THÉORIES DIVERSES DES MESSIECRS CALIFFE. 35

« iiielli' avec ses principes; on n'aui-ait tout d'un temps qu'à le prôner • comme le créateur de J.-J. Rousseau.... • Et partant de là, il aligne bravement (p. 19(5 et suiv.) comme représentants de la gloire littéraire de (ienève avant la Réforme, en opposition à Calvin et par conséquent à ce qu'il lui sendde, avant Calvin, qui? Sébastien Casialion, de la Bresse; Jérôme liolsec, de Paris (avec une très aimable biograpbie); Servet, espagnol; Gentiiis. napolitain; .\lcial, piémontais; lîlandrate, de Saluces; Gribaldo, de l'adoue, el vingt autres protestants plus ou moins liélérodoxes. Lorsqu'aux olijeclions d'un savant éuiim-nt el respecté on oppose de pareilles iialivernes, n'avoue-t-on pas qu'on est acculé à (|uelquo nécessité fatale qui vous force de répondre n'importe quoif

J'allais oubllei- que JIM. GalifTe faisaient valoir aussi le style el l'esprit cpi'on lemarque dans la correspondance des Hugues, des Vandel, des Ami Porral, des Ami Girard et autres Genevois du commencement du XVI""" siècle avec les autorités de la République et qui sont aussi bien tournées, selon eux, que les meilleures épitres écrites en ce temps-là dans les meilleurs li.'ux de Fi-ance. M. J.-B.-G. GalitTe cite aussi {Not. gén. IV, 211) • les lettres édites en latin par des enfants de l'époque, » et « aux lettres des jeunes garçons à leurs parents, k il aurait pu ajouter, dit-il, celles écrites à leurs maîtres « par des domestiques, non [las en latin, mais dans un français doiil les domestiques et même bien des maîtres de nos jours n'auraient pas à rougir. > On voudrait bien voir les originaux de toutes ces pièces, qui seraient très intéressants à contrôler, car pour ma part, je n'ai qu'une faibbconfiance dans l'exactitude de leur transcription. Seulement, oii sont-elles "> C'est la question. Il n'en existe qu'une très petite quantité là où elles devraient éli-e, c'est-à-dire aux arrlii\ es de l'État. Ainsi, il n'y en a pour ainsi dire pas une seule de lirsançon Hugues', tandis que dans sa notice sur ce gi'and citoyen, M. Galilïe le tils [lublie en appendice, sans comptei' tout ce (pi'il indique au couranl de son travail, quarante-trois lettres «toutes adressées aux Syndics et Conseils de Genève, » sans aucune indication de l'endroit où elles se trouvent. J'ai le droit de m'étonner de ce singulier procédé d'éditeur, car je ne crois pas que dans les milliers el milliers de volumes publiés en quelque contrée que ce soit de l'Europe, depuis un siècle ou deux, par des sociétés savantes ou des particuliers, on put citer un

' Voici tout ce que possèdent sur Besançon Hugues Us Archives de Genève : Inféodation concédée par l'evèque d B. Hugues de la pêcherie de IWrve, 1527. — Instructions du Conseil A Besanvon Hugues, J. Philippe et J. Luilin envoyés i Berne, 1529. — Lettre de la Seigneurie i B. Hugues et autres ambassadeurs, 1530. — B. Hugues, Vandel, etc., i la Seigneurie au sujet des différents avec le duc de Savoye, 1330. — Obligation contractée par B. Hugues poar les affaires de la ville, 1531. — Lettre collective de B. Hugues et autres ambassadeurs & Berne, Fribourg et Bile, 1531. — Lettre de la Seigneurie i B. Hugues et autres, 1582. — Lettre cjllective de B. Hugues et autres sur les dispositions de Berne el Fribourg, 1532,

deuxième exemple d'une semhlahle discrétion. Au contraire, chacun s'honore et se l'éjouit d'appeler l'attention de ses confrères sur les documents que son travail signale et fait valoir. M. J.-B.-G. Galiffe. dès l'année 1863, date de son Mémoire sur Ameaux, n'était pas sans avoir' entendu cette légitime observation bounlonner à ses oreilles, car il court au-devani, armé en guerre comme toujours, avec ses formes provoquantes, en disant {Am., p. 9):

Encore un mot sur les sources qui ont servi à ce travail. Nous devons cette justice aux écrivains que nous regrettons d'avoir à considérer comme adversaires, que soit système, soit paresse, soit ignorance, ils ont jusqu'ici préféré s'en rapporter à notre exactitude, ouvertement ou tacitement, plutôt que de prendre la peine de la contrôler. Les meilleurs et les plus capables se sont contentés de nous emprunter, avec un soin qui n'exclut pas un certain air d'indépendance, tout ce qui a paru pouvoir servir leur cause, mais sans dire un mot du reste. D'autres, sans attaquer ouvertement notre véracité, ont laissé entendre que les sources dont nous disposions étaient iiiabordahles pour eux, et qu'il nous était donc facile de donner à nos travaux une couleur dont on ne pouvait vérifier la justesse. D'autres encore, et spécialement ceux dont tout le mérite consiste à donner une forme plus littéraire aux versions antérieures, ont préféré avoir l'air d'ignorer, même de nom, nos travaux et ceux de notre prédécesseur. Nous nous dispenserons de qualifier ici ces diverses tactiques comme elles mériteraient de l'être. Parmi ceux de nos collègues qui s'occupent d'histoire genevoise, il n'en est pas un qui, ne sache que nos matériaux sont à la disposition de quiconque veut les consulter, et il en est peu qui n'en ait pas profité ; mais à quoi cela sert-il à ceux qui tout en s'assurant auprès de nous ou par nos indications de l'authenticité ou de la fausseté de tel ou tel fait, sont décidés d'avance à n'en tenir aucun compte?

Ainsi la Société d'histoire et d'archéologie de Genève publie, sans fournilun seul mot d'information sur la source où on les puise, 43 lettres d'un homme célèbre, adressées aux magistrats de la Républi(|ue, et au lieu d'aller en faire l'étude et le contrôle à leur place, dans les arcliives de la République, je serais obligé de faire un petit voyage à la campagne et de présentera quelqu'un la prière de me laisser regarder dans ses armoires? C'est une forte plaisanterie et c'en est une plus forte encore de goiirniander les gens qui, « par système ou par pare.'ise », ont préféré ne point prendre celle peine. Je vais prouver de suite combien j'ai raison de suspecter l'usage fait par les MM. GalilTe des « sources dont ils disposent, • suivant liïur expression ambiguë, en dévoilant ce que c'est que ces nombreuses liiltres écrites en latin par de nombreux enfants à leurs nombreux parents. Ce qu'ils désignent ainsi, c'est la pièce suivante et unique décrite par M. GalilTe le père, dans l'inventaire d'une partie des sources dont il disposait, en CCS termes et de sa main :

XXXI, n" a. Épttre latine adressée par un jeune garçon de onze ans à son pire, en 1528 ; remarquable par la beauté et la fermeté de la main et par la correction du

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style; — pour prouver qu'on faisait de bonnes études à Genève avant que Calvin y eût paru.

Un tdtit in'lil (loriiier trait de raiiteiic des Pages d'Iiistoire inexaelo. 11 ne parle jamais de la helle-sœur de Calvin, iM"° De Fert, et de son père, Nicolas De Fert, sans appeler celui-ci : Nicolas De Fert le banqueroutier, le ban- (|ueroulier frauduleux, l'infâme néirocianl d'Anvers qui s'était sauvé à Genève à la suite d'une Itamiueroule frauduleuse. Je me suis demandé où il avait pris ce ix'nseignement. C'est dans Bolsec, dans les pages d'histoire exacte du véridique Jiolsec ! El encore le mot frauduleuse n'y est pas. Jacques-Augustin GalilTe a dit (|uelque part en jugeant avec une certaine justesse le roi Louis XI: « Il est bien clair qu'il comptait s'emparer de la Savoie, puisqu'il jure sur son àme (jue ce n'est pas son intention • {Mat. I, 278). Je ne sais par suite de quel mauvais esprit je ne puis m'empéclier de suspecter de môme l'intention des historiens qui évo(iuent la déesse de l'exactitude et de la vérité pour parer leurs œuvres de celte enseigne. C'est Bolsec qui versilic un • Miroir de Vérité, » qui se donne pour un « Messager de la Vérité » et qui raconte ses conversations avec la déesse ellemême; c'est le cuié ultraiimnlaiii île Genève {supra laudalus, p. H) qui s'annonce comme un ■ Ami impartial de la Vérité. • Esl-ce que d'ordinaire on voit un hisioiirn, un critique, un écrivain quelconque se sentant au-de.ssus d'un injurieux soupçon, proclamer qu'il va dire la vérité'? Pourquoi donc M. J.-I3.-G. Galilfe le dil-il sans cesse à ses lecteurs et leur crie-t-il à l'oreille, aux plus iieaux endioils de ses travaux, en vedette, ces belles sentences : •

Ingenui viri est vera dicere ! — War wilii eiior is Ihe sworn i hivalry of knowledge ! — Guerre à l'ei-reur! — Veritas visu et moia valescit ! — 'D.E'jOàpo') Yàf, àvopoç t'à/.ï/jTj XsYî'.v. — Venit verilas in lucem interdum nonquicsita! — "Mij/zxv. l'àXrfM /•• '■ À. — Pages i!'lii.<loiiL' exacte! Nouvelles pages d'histoire exacte!

La méthode des ]Ue<$sieui's Galifle.

Je crois avoir passé en revue dans le paragraphe précédent, non pas tontes les prétentions et toutes les erreurs de MM. J.-A. et J.-B.-G. GalitTe, mais quelques-unes des principales, sans m'astreindre à aucun ordre. Ce sont des Heurs cueillies çà et là. Je vais lâcher dans celui-ci de suivre de plus près une de leurs grandes compositions, par exemple le mémoire sur le procès de Pierre Ameaux. ipii compte 110 immenses pages in-4<'. Je saurai me liorner au nécessaire.

La Communauté Genevoise ayant donné son adhésion à la Réforme, avait solennellement promis en Conseil général (c'est-à-dire tout le peuple l'éiini), « promis et juré à Dieu, en levant les mains au ciel, que Ions unani- « mement, avec l'aide de Dieu, vouloient vivre en cette sainte loi Evangé- « lique et Parole de Dieu, ainsi qu'elle leurétoit annoncée » (21 mai l.'îSe). Tout pouvoir politique, judiciaire et de police, aussi bien ecclésiastique que civil, résidait dans le vote des Conseils; et deux jours après la déclaration solennelle qu'on vient dl lire, 23 mai, on décrète l'assistance forcée de tous les citoyens au service divin avec menaces contre ceux dont la loi résiste ou seulement chancelle. Des mesures sont prises, par exemiile, contre un ancien Syndic (pii s'est permis d'aller à la messe, contre d'anciens Conseillei's ijui ne vont pas au serTUon, cimtre ik^ nouvelles mariées qui prétendent marcher à l'autel lôte nue et les cheveux épars, suivant la mode. " Décidé de ne point les épouser si ce n'est en la manière que le porte la « sainte Ecriture. » Et ainsi de suite.

Au mois de juin, deux adultèi-es sont punis par le bannissement et la prison; au mois d'août, le lieutenant de police lui-môme est enfermé trois jours au pain et à l'eau et privé de son ofllce, parce qu'il vivait dans le désordre. Le jeu et la ilanse sont sévèrement interdits; les lilasphèmes durement réprimés. Tout cela n'a rien de particulier à Genève; il en est de mi"'uir ilaiis toutes les villes pi-olestanles i!(> la Suisse, et ces sévérités ne son! niT'iiie pas des inventions de la Ui'l'orme, car en lennmtaiit dans l'histoire de la Genève épiscopale, ou les retrouve formulées dans des résolulions des Conseils de la communauté datées d'avril l.-il7, décemlire l.'ilO, novembre 1490, etc. Or, Calvin ne mit pour la première fois les pieds à

Tionèvi' (iii'aii mois tle jiiillfl l.":i(). Il n'est donc pas rauteur du système de coiitraintt' reliirii'use cl iriiildiéiancp ddiit on s'est [iki à le charger, à if noinir. C'est ce que savent aujoiird'liiii tons les gens éclairés, et ce i|ui' formule très liii-n l'auteur d'un ouvia.Lje récent des plus renianpiables par sa véracité et son imiiarlialilé', en disant : • La discipline ecclésiastique,

• avec l'inlervenlion dans les mœurs privées qui la caractérise essenliel-

• lement, fut mise en activité à Genève avant l'arrivée de Calvin, et c'est

• à tort qu'on attrihue à ce réformateur la conception et l'initiative du

• régime disciplinaire qui a prévalu dans notre cité. »

Calvin nr lii que continuer ce régime, l'affermir et l'étendre, avec l'inllexihililé iVnw homme convaincu qui veut, pour les autres comini> pour lui, que les mœurs soient d'accord avec les principes et que la vie quotidienne soit la pratii)ue exacte des prescriptions de l'Évangile. Calvin fut impitoyalilement pieux et iionnéte, et il voulait que tout le monde fût impitoyable comme lui. à commencer par les magisti'ats. De tels obstacles se di-essèrent contre ses vues qu'il fut banni tout d'abord, en vertu d'un vole des Conseils (lo:38) et ne fut rappelé que trois ans après. Il rentra ainsi, parce ipie ceux qui voulaient son programme étaient deveims la majorité; et deux mois a|)iès son retour, les Conseils adoptèi-ent en elfet les fameu.ses ordonnances ecclésiastiques en 92 articles, dont il él;iit le principal préparaleur, el (pii après avoir régné deux siècles à Genève, sont devenues l'objet de critiques amères de la part de gens qui avaient complèlenuMit oublié l'esprit de religiosité aveugle dont le XVI"'siècle était encore tout imprégné au sorlii' du moyen âge. Les organes de l'État de Genève disaient dans le préambule de cet édit célèbre (20 nov. 1541): « Il nous a semblé advis

■ i|ue le gouvernement spirituel, tel que Notre Seigneur l'a démontré et

• institué en sa Parole, fut réiluil en lionne forme pour avoir lieu et être « observé entre nous. El ainsy avons ordonné et établi de suivre en notre

• ville et territoire la police ecclésiastique qui s'ensuit comme voyons

■ i|u'elle est prise de l'Évangile de Jésus-Clirist. •

Là se triirivaicnt codifiés tous les besoins d'une cité par'failement sainte : non seulemt'Ut la lépi-ession des actes criminels, mais le catéchisme str-icterirrnt appris à tous les enfanis. l'instruction obligatoire, la présence forcée à la prédication dans les temples et aux cérémonies de la .sainte Cène, l'insiiiulioii du Consisloir-e avec humble obéissance à ses remontrances, l'interdiction des jeux et des superduilés de toilette, le tout sanctionné par des peines Ir'ès effectives; enfin l'inspeclion incessante exercée sur les mœur-s el sur les plus petits détails île la conduite de tous les membr-es de la commirnaulé, le tout d'un r-igorisme dorrt la seule idée nous révolte aujour-d'hui-. Orr jM-nse bien que ce réginii' ne plaisait pas à tout le monde el

' M. AmêJec Roget, Hùl. du peuple de Genève, t. I, p. 6.

' Mais empreint aussi d'une bonne intention quelquefois louchante, comme par exemple dans

(ju'au muuieiit iiiôme où les Conseils, composés cependant d'anciens Genevois uniquement, votaient cette pieuse organisation, bouillonnait dans bien des cœurs une opposition latente que l'applicalion consciencieuse de la loi devait bientôt exaspérer.

Pierre Anieaux élu, en li5;Jo, membre du petit Conseil, était un fabricant de joujoux et de cartes à jouei' '. L'ordonnance supprimait donc une partie de son commerce, et ses collègues le lui signifièrent (20 fév. iri4;i), mais ils lui en tini'ent compte avec bienveillance en le nommant, quelques jours après, à un petit emploi de gardien des munitions de guerre, sous les ordres d'un autre conseiller qui portail le titre de Capitaine de l'artillerie. Cependant Ameaux n'en dut pas moins être d'une fort mauvaise humeur, que sa femme augmenta sensiblement en se faisant l'héroïne d'un procès ridicule, qui amena souvent les deux conjoints devant le Consistoire-. Rien d'étonnant donc à ce que cet homme se soit mis à déclamer contre les malencontreuses innovations renouvelées par Calvin, d'autant qu'il se nourrissait d'idées religieuses un peu particulières (Voy. Roget, II, 208, 222, noies"). Il fut dénoncé (janv. Io46) comme ayant laissé échapper des paroles injurieuses contre Calvin et la doctrine qu'il prêchait. Le Conseil le fil immédiatement arrêter. Dans cette petite communauté Genevoise, c'était pain quotidien: pour la moindre contravention, pour une parole malsonnante, l'assemblée, décidant à mains levées, faisait conduire immédiatement à la prison par son sautier (le chef des huissiers) les plus gros bonnets de la République ou leurs parents et parentes, tout aussi bien que les derniers prolétaires. On y restait généralement troisjours, souvent au pain et à l'eau, et comme l'accident arrivait à tciul le monde, tout le monde l'avait bientôt oublié. Mais le cas d' Ameaux parut plus grave, parce qu'il avait attaqué non seulement les ministres, mais aussi les magistrats et l'Eglise nationale. Il fit présenter une demande en grâce (Reg. du Cons., l'J fév.) dans laquelle il reconnaissait

cotte résolution (.30 août 1542) : <t Les dizeniers sont chargés de savoir ceux de leurs dizaines qui sont malveillants les uns contre les autres, afin de les faire réconcilier avant qu'ils reçoivent la Cône de notre Seigneur. >

^ Que le lecteur étranger a Genève ne s'étonne pas. Les personnages historiques de la petite République, les Besançon Hugues, les Berthelier, les de la Rive, les Ami Perrin, les Syndics, les ambassadeurs envoyés aux cours étrangères, tons ou presque tous, étaient marchands tenant boutique ou simples artisans ; mais marchands portant l'épée, ne s'en servant que trop, et sentant bien la valeur de leur petite part de souveraineté et de leur pleine possession des droits de haute et basse justice. Notre idée moderne de classification en gens de l'aristocratie et gens du peuple était ignorée des Genevois du XVI"' siècle. Voyez, à ce sujet, les judicieuses notes de M. A. Roget, t. I, p. 307, n. 2; t. II, p. 7.

" Cette folle prétendait justifier par l'Écriture les déportomenls les plus éhontés et se vantait en plein Consistoire d'agir par ordre de Dieu, puisqu'il commande aux fidèles, l'amour et la charité les uns pour les autres. Le mari réclamait instamment son divorce, tandis que les ministres insistaient pour qu'il tâchât de la garder et de la corriger. Enfin le divorce fut prononcé, 2 juin 1515, après 18 mois de controverse.

• avoir médit et lilns|)lR^nié du sieur C-;dvin et des autres prêcheurs et aussi de Messieurs. > On lui inlligea pour punition (ce «[ui était aussi une punition des plus usuelles) de venir au Conseil des Deux-Cents « et illec à genoulx « crier merci à Dieu et à la justice et aussi à M. Calvin, confessant avoir

• mal et inécliamnient parlé, et par tel moyen lui soil faite grâce • (i mars). Mais Calvin el tout le Consistoire, laïques et ecclésiastiques, trouvant que l'accusation [lortée conti'e l'Église de Genève d'enseigner une fausse doctrine était d'une gravité capitale, obtinrent la révocation de cette sentence et la sulistitution d'un ari'ét plus sévère, en vertu duquel le coupaMe, déclin de sa place de Conseiller, dut faire le tour de la ville, en chemise, tête nue et une torche à la main, avant de venir crier merci au Iriliunal (8 avril loili).

Telle fut cette bien iielite alTaire, sur hwjuelle on a la version t\n'<:n donnait Calvin lui-même au nionu'iil un elle se passait, en écrivant dans les épanchemenLs intimes, à son collègue de Lausanne, le réformateur Pierre Viret :

13 février : Il y a déjà plus de quinze jours que le fabricant de cartes est en prison pour avoir déclamé contre moi, cliez lui, dans un souper, d'une telle façon qu'il faut croire qu'il n'était pas dans son l)on sens. J'ai souffert cela sans rien dire, si ce n'est iiue j'ai témoigné aux juges qu'il ne me serait nullement agréalile qu'ils usassent contre lui de toute la rigueur du droit '. J'ai voulu le voir, mais une décision du Conseil a interdit l'entrée. Et il y a de bonnes gens qui m'accusent de cruauté à cause de ce que je suis si tenace à venger mes injures ! Ses amis m'ont prié d'intercéder pour lui. Je m'y suis refusé tant qu'on ne ferait pas deux cboses : qu'il ne restât aucune suspicion sur moi et que l'honneur du Christ fut sauf. Maintenant je me suis exécuté. J'attends que le Conseil prononce. — 20 février ; On sera plus dur pour le cartier parce qu'il a mêlé avec moi [dans ses injures] une partie du Conseil. Après m'être largement acquitté du devoir de la clémence, j'ai résolu de m'arréter dans cette voie. Les malveillants y trouveront à redire ; mais s'il y a lieu de répondre, j'ai de quoi leur fermer la bouche. Personne certes ne pourra dire qu'il me soit échappé un seul mot trop sévère (vocem minus œquam), car auprès de tous, bons et mauvais, j'ai tâché d'atténuer sa faute.

L'affaire est donc très simple. Il s'agit d'un mécontent qui a trop parlé par imprudence, que les magistrats ses collègues retiennent en pri.son pendant près de deux mois et demi, qui demande grâce et qui est puni par l'amende honorable et la perle de sa charge. II s'agit pour M. (ialiffe de profiter de ce que Calvin avait été le principal insulté jiar ce bavard et de ce qu'il avait insisté pour i|u'on lui fit faire l'amende honorable dans

* Ego dissimulanter (nli nisi qnod testatus sum judicibas mihi nequi(]uam jratum fore si cnm eo summo jure agerent. — M. Roget, II, 212, s'est ici trompù. Il traduit comme s'il j avait justement muUum ou magnopcri gratum au lieu de ncquaquam. Il s'étonne aussi (p. 221) quand le chroniqueur Roset dit : « Calvin ne fit nulle poursuite. > Sans doute ; nulle poursuite personnelle. Il réclama réparation de l'honnear de son église, mais il se tut sur l'injure de • méchant homme > et antres.

42 LA jrÉTHODE DES MESSIEURS GALIFFE.

1,\ nie pliilnt (|ue dans la cliamliri' du Conseil, pour démontrer que Calvin poin'siiivil en ceci une vengeance personnelle et la poursuivit imiùtoyahlement.

D'abord on grossit tant qu'on peut le personnage et son afTaire. On écrit pompeusement en titre : Procès de Pierre Ameaiix, Conseiller d'PJnt, Capitaine de l'artillerie et Gouverneur des munitions de guerre de la Répnblique de Génère. Capitaine de Tartillei-ie, Ameaux ne l'avait jamais été et ne le fut jamais"; il était seulement l'un des deux conseillers employés sous les ordres du Capitaine avec le litre de « gouverneur de l'artillerie et des munitions d'icelle. » On croirait que ses collègues s'étaient un peu moqués en nommant à ce poste un marchand de canons de bois et de soldats de plomb. Le 8 févriei', Ameaux, quoique prisonnier, nous dit M. Galifïe en soulignant (p. 24) et sous le coup d'une procédure criminelle, fut uiainlcnii dans sa charge de conseiller d'État. C'est tout le contraire; au lieu d'être maintenu, il fut suspendu et ne reprit jamais son siège". Au regisire du Conseil (8 fév. ISifî) il est inscrit comme le douzième des seize conseillers restants de l'année précédente, mais au bas de la liste on lit : » Aussy a « esté parlé du sieur P. Ameaulx qu'est aprésent detenuz en prison; ce « nonolislant, pour ce (pie le jugement n'est encore faict, il est demoré en « surcéance. » Il était bien aisé de voir aussi (pi'il n'élail point capitaine, cai' on lit, au Ti avril :

Pour ce que l'on a entendu que led. Ameaulx a dans sa maison du salpestre et poudre de canon de la ville, Ordonné que le capitaine de l'artltiUlcrie, noble Amyed Gervex, et le conlreroleur Mallognyo doyligent allé trové led. Ameaulx en la prison pour scavoyer le nombre des d. ctioses et ce faict, que cella soyt retiré en l'aslc fia halle] de la bas, laz out Ion tien larthillierie. Les susd. commis hont vottVrez bavnyi'r retiré 395 û de salpestre et 21 S de pouldre de canon en pouldrc.

I^oin (le dduiiçr la sidislance vraie de ce passage, M. J.-B. rialillV juge bon (Ir dire (p. 60) qu'au lieu de .s'occuper du jugement au jnur ipii avait été lixé et qui étail le ij avril, « on se contenta d'anticiper sur la sen- •■ lence en faisant retirer tle chez Ameaux :!'.)') livres de salfiélre et ^1 d(> » poudre à canon, doiil il élail iléposilaii'e en su ijuulilt' de Capitaine de " l'urtHlerie el gouverneur des unniilions île guei-re de la ville. »

M. CialillV dit encoi'c (p. 7): « On chcnbi'rail vainement dans les docu- " Mirnl-i (lu Iruips 1.1 uniiiiiire liidse i|iil piil rnlai'liçr de la manière la plus •■ légère la rèpulalion de Ihui (ienevois li de protestant sincère ilout il " devait jouii' auprès tie st;s concitoyens el du gouvernement calviniste. »

' El màme cotisoiller J'iîtivt au lion de Conseiller, membre du petit Conseil, est-il strictement cmct su XVI"" siiScle?

* < Giiliire nflirme A tort qu'il fut réélu en même temps que ses collègues " (Roget, II, 211).

— Je le i-iois liieii : c'est un i-aisonnemenl i|ui .-issiire île lions ceriiMcats ,i la plupart îles mortels; les (ioiiiineiits iront eu ^^anle, en elTet, de s'occuiier (lu brave homme ni en bien ni en mai ', iiu(iii|iii' M. (jalilTe le raelle en parallèle avec les gouvernenienls : « Il n'avait pas été réélu en iri:)8; il fut c môme en froid avec le gouvernement de Ui-iQ, mais ce (|ui prouve... que

• le.s calvinistes le considéraient comme attaché à leur cause, c'est qu'ils le

• firent rentrer aux Deux-Cents l'année môme du retour de Calvin (l.Tti). « Enfin^ aux élections de l.'i't.'i, il fut réintégré au Conseil d'i'^tat. • Celle dernière circonstance est gênante, car le but de notre auteui' en tout ceci est de faire croire (|ue son lioniine fut une victime et d'étaler aux yeux les cruelles persécutions exercées par le tyran Calvin. Alors voici la séi'ie de faits jilus ou moins altérés (pi'il imagine:

Page 11 : « Les rectierches sur les premières relations de Calvin et d'Ameaux nous font remonter jusqu'en septembre 1.541, à cette époque tendue où le peuple genevois attendait d'un jour à l'autre le grand Réformateur rappelé de Strasbourg.

Dès le pi'emiers mois il faut ipie le Intrur prenne garde à lui! Ce qui suit n'implique aucunement des relations entie Calvin et Ameaux:

Le Conseil composé de ses plus chauds partisans tenait cette fois à faire les choses pour le mieux; et certes le temps ne lui avait pas manqué, puisque Calvin faisait attendre son retour depuis di.x mois. Croirait-on que ce ne fut cependant que le jour même. 9 septembre, où une lettre de Neufchâtcl annonçait qu'il pouvait arriver i'i Genève dans la soirée, que le Conseil fut entîn d'accord sur la maison qu'il habiterait ?

Ses plus chauds partisans est une ex|tression à faux jiuir. Dans tout le cours de leurs spéculations sur la personne et le caractère de Calvin, ce sont les réfugiés français que M.M. (lililïe donnent coiiime ses spéciaux ii chauds partisans; or, en l'année lo4i les quatre .svndics, les vingt-cinq conseillers, le trésorier et le secrétaire sont tous d'anciens Genevois. Secondement, puisque Calvin était vainement attendu de jour en jour, depuis dix mois, il avait donc été nécessaire de ne se pa-; nieltre en frais jusqu'à ce qu'on fut sûr de son arrivée.

Deux conseillers furent chargés de lui préparer à la hâte celle do M. de Fresneville, rue des Chaniùnos... qu'il avait aclietée du gouvernement en avril l.')39... Calvin y tît son entrée le 13 septembre... Très mécontent do ces procédés arbitraires et du lias prix de location fixé par le Conseil (1 1 11.), M. de Fresneville, alors absent de Genève, s'en plaignit, d'abord par lettres (Reg. du C, 28 fév 42), puis par l'intermédiaire de « son dur frire et ho» ami » Pierre Ameaux, qui avait dû

' € Le fait est qu'Ameatix n'avait marqué en aucune façon jusqu'au moment où le procès dans lequel il est impliqué lui eût procuré une notoriété dont il se serait bien pnssé » (Rog. H, 207),

livrer les clefs confiées à sa garde. Le Conseil se sentant dans son tort et ne tenant pas à se brcmilier avec un homme ck l'importance de M. de Fresneville, offrit vainement de monter la location à 30 florins (R. du C, 7 avr.). Quelques jours après, nouvelle plainte du propriétaire et de son représentant au sujet d'une « ouverture k qu'on avait pratiquée dans sa maison sans l'en prévenir davantage. « Puisque la t Seigneurie (disait M. de Fresneville) en usait ainsi d'une maison qu'Elle lui avait « vendue Elle-même, Elle n'avait qu'à la reprendre au prix qu'il lui en avait payé. » Mais le Conseil peu disposé à revenir sur un excellent marché, répondit « que puisque le propriétaire ne voulait décidément pas louer sa maison, on la lui « rendrait dès qu'on en aurait trouvé une autre pour Monsieur Calvin. » En attendant P. Ameaux devait continuer à intercéder auprès de son ami (R. du C, 21 et 25 avr.). Mais celui-ci se montrant décidé à faire prévaloir son bon droit, le Conseil dut enfin prier le Réformateur « de vuider le plus tôt possible et spécialement dans « huit jours, >■ cette maison où il venait à peine de s'établir avec sa famille (R. du C, 19 mai). — Il n'est pas même besoin de se rappeler à iiuel point Calvin redoutait toute espèce de ridicule pour comprendre combien il dut cire vexé de ces débuts dans une ville où il venait de rentrer comme en triomphe. Aussi fallut-il revenir plusieurs fois à la charge pour le décider à déménager, quand même il ne s'agissait pour lui que de passer dans la maison voisine, qui ne le cédait en rien à la première, et d'où l'on fit sortir à cet effet pour l'envoyer à Satigny, le ministre genevois Jacques Bernard, qui l'occupait (R. du C, 19, 20, 21 mai). — A peine installé, Calvin se plaignit qu'un « regard » ou un « fenestrage » de sa première habitation lui « portait préjudice, » tant dans sa nouvelle demeure que dans le jardin qui en dépendait ; il prétendait que ses voisins avaient fait « quelques insolences » par cette ouverture. Le Conseil, toujours à ses ordres, s'empressa aussitôt « de faire canceller le dit pas- « sage de la meilleure sorte possible » (R. du C, 3 et 4 juill.). Ce nouvel acte arbitraire ne convenait ni à M. de Fresneville, ni à ses autres locataires, et d'autant moins qu'il y a tout lieu de croire que le « passage » en question n'était autre chose que cette « ouverture » que Calvin avait fait pratiquer lui-même à cette maison pendant qu'il y demeurait encore. Mais cette fois, le bon droit ne fut pas écouté; en sorte qu'ajjjrà j)lusicurs représentations inutiles, M. de Fresneville se décida, de guerre lasse, à revendre sa maison à la Seigneurie pour près d'un quart de moins de ce qu'il lui en avait payé dans un moment où les immeubles (et surtout les 'mmeubics confisqués) étaient des plus bas (KiO écus au lieu de 200). Ce marché parut même si avantageux que le Gouvernement, qui en avait spécialement chargé l'ancien syndic Curtet, voulut aussi récompenser, à sa manière, les agents subalternes qui y avaient contribué (R. du C, 2 mars, 2 avril 43). — Toute cette contestation, dont il est aisé de vérifier l'authenticité aux sources et dates indiquées, avait duré plus d'un an et demi. Il est même probable que ce fut ce qui engagea M. de Fresneville à renoncer <à tout projet d'établissement à Genève, qu'il quitta définitivement (lour le pays de Vaud. 1' aurait-il invraisemblance à supposer qu^en son absence la mauvaise luaneur et le ressentiment des magistrats et de Calvin luimême se fussent portés sur son représentant Pierre Ameaux, chargé défaire valoir ses droits...?

Nous voili ijonc arrivés ;iii Iml. L'.iiilciii' (ii'iii.iiKJt.' incMUslrinrni s"il y .■iiir;iii iiivr;iisriiilil;incL' ;i siiiiimsi'i- ([ue..., ce (|ui ne renipéchi' p;is {i';iv()ir ;ifrn-iiié en coinnieiiçniit (p. (1,8) « les pei'séculinns iliri,t!i'es conlre .Vnieaiix depuis que Calvin fui revenu de Slrasjjourg, » el de continuer jusiiu'à la lin à

I,A MÉTHODE DES MESSIEfRS «AI.IKKE. 45

in;iinleiiir son hypothèse comme une vérité démonlrée. Or, (|uelle misénil)le hypothèse? Un insignifiant personnage aurait soulevé la haine île (Calvin pour luie alTaire de logement, de clef gardée, de réparations localivesf M. Ro'.'el, dans sa placidité mallirno, trouve inadmissihle « un mobile aussi mesquin • (II, 201)); il ne serait pas didiciie d'être beaucoup plus net.

L'auteur annonce encore (p. 4) qu'il va ■ rétablir enfin la vérité! • qu'il ne s'adresse qu'aux sources, et il nous donne (p. 10) ce renseignement très utile :

Quicomiue est désireux de connaître à fond l'affaire Ameaux n'a d'autre moyeu que d'ouvrir les registres du Consistoire et ceux du Conseil. C'est là et nulle autre FAUT que nous puiserons nos renseignements.

Voyons cela. Ces lettres de M. de Fresncville qu'on a citées tout à l'heure, à en croire la manière dont on les cite, elles sont donc dans les registres du Conseil ? Pas le moins du monde. Le registre les relate très sommairement en ces termes :

Ultieme février 1542 : Missive du sieur de Freyneville — Lequelt az rescript pour scavoycr la cause de ce que M. Calvin tient sa moyson par luy justement acquise; Sur quoy résolu, etc. — 7 avril : Lettre de M. de F. — Sur ce quil se lamente de sa moyson, etc.

Comment se fait-il alors que M. GalifTe glisse comme s'y trouvant ces mots très importants : . son ami, • — « son cher frère et bon ami, » tandis qu'ils ne sont nulle part ?

Et plus loin (p. 21), lorsqu'il commence à raconter le cas de son client :

Le 26 janvier 1546, Pierre Ameaux sortant d'une longue maladie, avait réuni à souper chez lui quatre amis ou qu'il croyait tels; c'était le conseiller Pierre Vernaz, le pecMier Aimé des Arts, Amblard du l'an pharmacien, et Jean Malbuisson. Tout naturellement la conversation vint à rouler sur le Réformateur; et Ameaux, échauffé par le vin, put d'autant mieux donner cours à ses sentiments que ses convives, loin de l'avertir de se tenir sur ses gardes, le laissèrent s'épancher tout à son aise. Dès le lendemain 27, l'un d'eux, Pierre Verna arrivant, lui treizième, au Conseil de ce jour, y rapporta les paroles de son amphitryon de la veille.

Ce commencement est brillant de couleur, comme un roman ; mais il n'y a aucune couleur, ni maladie, ni souper, ni quatre amis, ni fumées de bon vin, dans l'article du registre qui porte suivant sa sécheresse habituelle :

27 janvier : « Monsieur Calvin ; le sieur Pierre Ameaulx — L'on a revellé que lad. Ameaulx a diest que mons. Calvin estoyt meschant homme et n'estoyt que ung picard, ot preschoyt faulce doctrine et que ainsin le voUoyt maentenir comment plus amplement est contenuz eu les informations sur ce prinses. Ordonné qui soyt constitué prisonnier et que en après Ion le forme son pressés '.

' Aa sujet de cette dénonciation on tronve encore les détails soivants (R. da C. 2 mars) :

40 LA UrÉTIIODE DES MESSIEURS GALU'FE.

.M. (îiililTe lie se cuiilciite pas de cela, et il refait une plainte d'Anieaux contre Calvin plus complète « en tenant compte (c'est lui qui le dit^ p. 21) <• des dites plus amples informations, — de toutes les dépositions de ses

• accusateurs — de l'humble supplique et confession de foi signée par lui

• et par laquelle on lui avait fait espérer qu'il obtiendrait sa grâce. — de la « deuxième confession qui accompagna la sentence définitive, — enfin df ' l'acte d'accusation — et do la condamnation qui le frappa. »

C'est un plaisir d'avoir un dossit>r si conqilel ; et avec tout cela, les procè.s-verb;iu\, joui' ]iar jour, des séances du Irilninal c'est-à-dire des Conseils. Nous allons certainement tenir la vérité au lioul du doi,i;t. Ce sera d'autant plus intéressant que les registres du Conseil qui enregistrent les faits avec leur gro.s.se naïveté quotidienne ne sont pas du tout de l'avis de M. Galiffe el, outre qu'ils n'attribuent point à celte affaire l'importance qu'il y voit, ils ne donnent nullement à Calvin un rôle diabolique. Aussi, le Secrétaire, Pierre Ruffi, est-il rudement ti'aité par M. Galille : c'est un secrétaire infidèle, qui laisse des blancs frauduleux dans le registre, qui leur fait subir après coup des additions el correclions, qui trouve moyen d'acceuluer les charges pesant sur l'accusé, qui même se permet des interprétations el des mensonges \ C'est dans les notes que la Seigneurie el son secrétaire sont ainsi ti'aités, je dis la Seigneurie, cai' je ne pense pas que le secrétaii-e rédigeai el lût ses procès-verbaux pour lui seul; el dans le texte, il faut voir comment M. J.-B.-G. Galitfe commente certains passages de ces procèsverbaux : il interrompt le seigneui' Ruffi par des parenthèses : « addition. — autre addition — faux — nouvelle addition encore plus fausse et plus absurde (jue les précédentes — toujours le même mensonge-! » A qui se fier

K Pierre Vernaz, Jehan Malbuet, Aymé des Ars — Les queulx Ijont révellé tes paroles villsennes diestes par Pierre Ameaulx, et pour ce qui lient faict leur debvoyer, liont esté oultragés par aulchongs, requerent leur fere justice; Ordonne qui viennent en Conseyl ordinaire, et Ion liiur ft^ra justice. » — Reg. des particuliers ; b Pierre Vernaz, Aymé des Ars — Les quieulx ont proposé que mardy dernier passé en sortant du Conseil des deux Cens fust diest par Jehan Mignet que il avoyt des iesmoinps de Suzanne, et que cela ce adressoy a eulx a cause qui avoieut revelle les deshonnestes parolles proférées par P. Ameaulx ; toutetîoys qui sont d'accord et qui ne demandent nul interest, requérant luy pardonner. Ordonné puisque les parties le conoentent qui vieugne crié meroy a Dieu, à la justice des dictes parties, en mectant les genonix à terre, les tenant pour gens de bien. A quoy a opteinperé et par tel nioien soyt libéré. » — [..es n témoins de Suzanne. » pour les faux témoins, on remarquera cette expression d'un milieu tout biblique.

' Voy. jîrocis d'Ameatix, p. 10, 11, 23, 26, 29, 33, 49, 00, U8 et passim. Dans tous ces ]iassages le secrétaire Rufli est qualifié d'imposteur; le secrétaire Claude Roset est traité de même; il inscrit aux registres des « mensonges intentionnels » (Perr. 111 note); ailleurs c'est le tour du secrétaire Béguin, autre menteur. Comme on a vu par l'exemple de la page précédente que c'est dans les registres officiels et o nulle part ailleurs » qu'il convient de chercher le vrai, le bon public peut s'apercevoir on y rélléchissant que l'auteur des pages inexactes vise uniquement à le mystifier.

'' Voy. p. d'Am., p. 2S, 32, GO. — Ruffi avait été élu le jour mcMiie de l'expulsion de Calvin, en 153b ; il était donc noté, du moins alors, pour son hostilité et non pour son dévouement au parti de Calvin; voy. Roget I, 105.

LA MKTHODE DES MESSIEfKS CALU-KE. 47

;tl()is •? Un est fort élonné de voir un liisloiien genevois faire ce mépris (les sources les plus vénérables de l'hisUiire de son pays, les prorès-verliaux oflicifls du (îouveriiement; mais ce (jui est curieux, c'est qu'en indii|uanl avec scrupule ces procès-verliaux toutes les fois(|u'il s'en serl,iln'indiciue pas une seule fois la source des documents avec lesquels il les comlial', ces informations, dépositions de témoins, sup]>lique de l'accusé, deuxième suppli(pie, acte d'accusation, sentence, qu'il énuniérait tout à riieni-e. Or, aucune de ces pièces n'existe aujouiil'liui dans les Archives de Genève, et M. Uogel, après les avoir dierciiées aussi vainement que moi sans doute, nous dit [il, p. iOS) que le savant Gautier' « avait eu sous les

• yeux les pièces du procès qu'on ne retrouve plus dans nos archives. • Encore un exemple : « Il fut adverli comme le Conseil avait délibéré de

cliastier son beau-père et sa femme. Pour (|uoy il vint au Conseil en grosse colère et audace telle qu'il avait accoustumé, tire son bonnet par le sommet à la façon des gentilshommes se courrouceants, reploie la guiche de dessoubs' de son manlel, avance l'une jaml)e devant l'autre a la penlilles(]ue et dit : Très iionorés Seigneurs, j'a\ entendu que délibérez de emprisonner mon beau père et ma femme; mon dit beau père est ancien, ma femme est malade; les emprisonnant vous leur abiegerez les jours à mon gros regret, ce que je n'ai pas envei's vous desseivi et seroit a moy faire pauvre récompen.se des services que hay faicls. Pour quoy vous pi ie de non les emprisonner point. Je vous les amèneray icy pour faire telle émeude s'ils ont melTaicl que aurez cause de vous contenter, vous priant de ce m'octroiez; car si les mettez en prison Dieu m'aidera à m'en venger. » Ce joli portrait, de la main de Bonivard', est celui d'.\mi Perrin, patriote

* Voy. par exemple ia sentence déânitire dont il rapporte une phrai>e pour l'opposer au procès Terbal du 8 avril; p. 60, note 1.

' Auteur d'une Bùtoire de Oentve, en 12 vol. in-fol., composée au XVIII"* siècle et restée manuscrite.

3 Petite bande large de deux doigts attachée â chaque côté du manteau pour le fermer à volonté.

* Le savant J.-J. Cbnponuiére, esprit doux et juste, qui partage avec Ed. Mallet l'honneur d'avoir publié les meilleurs travaux qu'on ait écrit en ce siècle sur l'histoire .ancienne de Genève, dit en tète de son excellente biographie de Bonivard (Mim. de la Soc. d'hist. IV, 137-304, ann. 1815) : « C'est un de ces hommes qui ont eu le privilège d'occuper la renommée soit... soit en I faisant déborder le fiel de détracteurs acharnés. On comprend que c'est & M. J.-A. Galiffe que

• nous faisons allusion ici. En vingt endroits de ses écrits perce la haine qu'il a vouée d Boni- « vard. On aurait souvent lieu de croire qu'il ne l'a pas lu. Par exemple il confond les chroni-

• qnes avec le Tr.ail« de la police: s'agit-il de J. de Brogny qui gardait les cochons dans son < enfance, c'est une invention de Bonivard ou de quelque autre faiseur de fables, tandis que Boni- ■ vard ne dit pas un mot de cette tradition ; de l'entrée de F. de Savoie, d main armée dans « Genève comme évéque, « Bonivard a induit en erreur par ses mensonges ; » or Bonivard dit que

• F. de Savoie prit pacifique pos.session de son évèché et que son entrée fut honorable et magni-

• fique. Est-il question du oractère des princes de Savoie, « Bonivard les haiss;ùt cordialement « et se croyait tout permis pour les faire haïi ; > or Bonivard fait l'éloge de plusieurs et s'exprime

48 LA METHODE DES MESSSIEUES GALIFFE.

.i^enevois, chaud partisan de la Réforme, marchand drapier de sa profession et fort riche, plusieurs fois Syndic, capitaine général de la milice, souvent ;iinhass:i(leur soit vers les cantons suisses, soit vers le Roi de France, homme atFahle, ouvert, généreux, populaire, un peu hâbleur et très ambi. lieux, qui, au cours d'une de ses missions en France au commencement (le 1547, se laissa entraîner au delà de ses instructions et rêva de faire installer à dent^ve, du consentement des Genevois et aussi des Bernois, une j;arnison française dont le roi Henri II lui aurait donné le commandement moyennant, ce qui était le plus grave de l'affaire, qu'il lui eût prêté serment de fidélité. Ce n'étaient encore que des pourparlers, mais les magistrats genevois les ignoraient et ils leur furent dénoncés par un de leurs nouveaux concitoyens, le français Laurent Meigret, jadis opulent financier qui avait i|iiitté ses biens et son pays pour la religion et qui avait apporté à Genève les restes de sa fortune et de son grand crédit, une pension qui était probablement l'intérêt des sommes qu'il avait avancées, et le sobriquet de Meigret le Magnifique, qui lui était donné en France avec une telle unanimité qu'on peut supposer qu'il lui venait du roi lui-même. Perrin mis en cause par l'exhiliition qui fut faite aux Conseils d'une lettre dans laquelle un fonctionnaire français, le président du Sénat de Chambéry, demandait à Meigret des renseignements sur le personnage, se défendit en objectant que de cette lettre même il résultait que Meigret^ de son côté, avait des intelligences à la cour de France. C'était juste, sauf que Meigret ne correspondait qu'au su et avec l'agrément de plusieurs magistrats'', qu'il ne soulevait pas la question d'une garnison étrangère et qu'il n'avait pas de serment à prêter qui eût trahi son serment de bourgeois. Ils allèrent cependant tous deux, suivant l'usage, en prison et au bout de quelques semaines, considérant qu'il y avait parité dans les deux situations, celle de Perrin n'étant entachée que de légèreté, on les libéra tous deux avec réintégration pleine et entière.

« sur ceiix qu'il blftme Aiins un langage dont M. Galiffe a île benucoup dépassé la violence... par « exemple lor.squ'aprôs avoir révoqué en doute ce que dit Bonivard sur la naissance de l'évêque. e Jean de Savoie, après avoir avancé que c'est un de ses mille et un mensonges, il appelle lui. « même ce prélat i un champignon venimeux né des ordures d'un pritre. • Ce serait une rude • et ingrate tftche que de suivre pas A pas M. Galiffe. • — Les MM. Galiffe n'ont point réfuté cette note. François Bonivard, prieur de S. Victor près Genève, rallié à la Réforme, est le plus gai, le plus vif, le plus français, le plus en verve de tous les raconteurs du XVI"* siècle; Brantôme qui écrivait 50 ans plus tard est phi.s lourd, surtout plus obscur, et tire sa supériorité de la grandeur du théAtre sur le'iuel il observait. Une édition de Bonivard complète et digne de lui, forait l'bonneur <i'un savant; le glossaire seul de son langage plein d'idiotismes, de saillies, de proverbes, de bons mots, serait précieux pour l'bistoire do notre langue. C'est chose remarquable que cette période calviniste de Genève, rongée en vain par « le liel de détracteurs acharnés » s'ouvre et se clôt par deux littérateurs dont l'équivalent manque i la France elle-même : Bonivard et J.-J. Rousseau.

' Et même des Conseils et de Genève et de Berne ; voy. Rogct, III, p. 11, note.

LA MÉTHODE DES MESSIEITIS GALUTE. 49

Malheureusement pour Meigret, il était grand ami de Calvin ; dès lors MM. Galiffe ne pouvaient pas le relâcher aussi facilement que ses juges, el, circonstance plus grave. Perrin devant, huit ans [tins lard, entrer en lutte ouverte avec le parti des institutions politiques fondées sur l'Kcriture sainte, le procès qu'il soutient en iri47 devient aussitôt, sous la plume de ces messieurs, une pure machination de Calvin. Le magnifique .Mei^'ret n'est plus (lu'nn niiséralile. Quelqu'un montre par hasard à M. J.-B.-G. Galiffe une (juittance où le financier reçoit, à litre de valet de chamhre du roi, cent écus d'or pour les services qu'il lui a rendus à Rome, « où le dit Seigneur Va envoyé pour aucuns ses affaires secrets » (/>;'. Perrin, p. 14, n. 2) : donc, s'écrie notre auteur, c'était un espion du roi de France! et juscpi'à la fin de son déplorablement long mémoire, il n'est plus question que du magnifique espion, de l'infâme, de l'ahoniinalile espion Meigret. Sans doute, Perrin et sCvS amis pouvaient, par exagération, l'appeler • Espie, » mais la pauvre petite quittance ci-dessus n'a nullement cette valeur : MM. Galilîe ne peuvent pas savoir que les comptes de la maison de France (je puis leur citer entre autres ceux de Claude Garrault) sont remplis de pièces où de fort bons gentilshommes, en nombre infini, des capitaines de cent lances, des chevaliers de l'ordre du roi, etc., sont payés comme ayant été en mission • pour certains affaires secrets dont S. Majesté ne veut être faite autre mention. • Les espions, ni les bravi et autres exécuteurs de méchantes besognes ne figuraient pas en nom sur les comptes; ils étaient payés de la main à la main par (pielque inti'rmédiaire familier autorisé à loucher avec la clause: dont S. M. ne veut autre mention être faite.

Combien d'autres affirmations ressassées de môme par M. J.-B.-G. Galiffe et par lui mises dix et vingt fois en scène, reposent sur d'aussi petits et futiles échafaudages. Mais c'est assez d'une fois; ne recommençons pas, à propos du seigneur Peri-in, la trop consciencieii.se et minutieuse étude cidessus faite sur Ameaux. Je veux seulement faire observer qu'avec le môme esprit nous trouvons ici les mêmes procédés. La très importante lettre du président dr^ Chamhéry, Reyniond Pellisson, adressée à Meigret et base de toute l'affaire, M. Galiffe a la bonté de nous en donner (p. 21) la Iranscriptir)n intégrale, exacte ou inexacte, je n'en sais rien, mais sans dire le moins du monde où il en a pris le texte', et, aux pages 37 et suiv., il résume en six points le contenu de toutes les preuves écrites contenues au procès (c'est la répétition de ce que l'on a vu plus haut, p. 47, pour l'affaire

1 Aussi M. Am. Roget en citant la p»r(ie principale de cette pièce (III, 1 1), comme dans d'antres circonstances semblables, par exemple, lorsqu'il rapporte en entier une insolente et cnriense lettre <iu conseiller J.-B. Sept, ou bien la requête de la mère d'un condamné i mort (IV, 297 et SOS), M. Roget a été réduit i prendre ces textes importants dans les publications de MM. Galifle, mais il reste absoinment muet sur le lien od ils se trouvent, ce qui donne A ces eniroits de son livre un air bizarre et incomplet.

d'Ameaux), telles que : « des dépositions de témoins, des interrogatoires de « l'accusé, des disputes de ses juges, des conclusions des jurisconsultes* et • des observations que les Bei'nois présentèrent à ce sujet au Conseil d'État. » Oi', (in'v a-l-d dans les Archives de la Seigneurie de Genève des pièces du procès d'Ami Perrin et Laurent Meigrelf II y a dans la série des Porteffuillos liisloriques sous le n'M407:Cinq pièces de procédure, soil huit pages écrites, insiguiluiutes, datées du 29 octobre au 21 novembre 1547, et qui sont de simples copies du temps, sans forme, ni signature, tandis (|ue l'on trouve dans l'inventaire de la colieclion de M. Galiffe père :

LXVII : Lettre de Raiinond Pellissun, président du Séniit de Chumbèry pour le rni François /«■", à Laurent Meigret dit le Magnifique, ami de Calvin qui le compara à Jésus, en chaire. — On y voit très claii-ement que Meigret intriguait à Genève, i/uoique exilé de France, pour y rentrer au mo\je» de quelque service signale : tel que de livrer la ville au Roi.

XXIX 4" : Délation par le ministre Nicolas Colhidon contre un réfugié accusé d'avoir été chez Amy Pen-in proscrit par Calvin et d'avoir été à la messe en France pour sortir de prison.

24. Procès d'Amy Perrin, 1547. — C'était, en 1536 et surtout en 1540, le principal appui de Calvin et le principal auteur de .ton rappel A Genève ; mais comme il ne voulut pus lai sacrifier sa femme et .5rt famille, Calvin devint son plus ardent ennemi. Il voulait le perdre en cette année, mais le coup manqua : ce ne fut qu'en 1555 qu'il parvint à le forcer de fuir et à le faire condamner jmr contumace.

LXIX. Plainte des quatre .lyndics de 1547 contre le procureur général Jean Lambert q\d refusa de produire une pièce qu'ils hii avaient remise pour le procès alors pendant contre Laurent Meigret l'accu-'^ant de manoeuvres illicites. Jean Lambert étitil le sectateur de Calvin le plus aveuglément dévoué à son parti et par conséquent favorable à Meigret son complice.

89. Procès de Laurent Meigret dit le Magnifique, ami intime de Calvin. Il avait été banni de la cour de France pour quelques intrigues et était venu à Genève sous le prétexte de religion. Comme il y rivait avec beaucoup de .tplendeur, donnant de grands dîners, oii il invitait presque tout le monde .mns exclu.iion de parti, on lui donna le titre de Magnifique (on ne sait comment), etc.

On sait maintenant où se trouvent les dos,siers du procès d'Auii Perrin et de Laurent Meigret.

Je cesse ici de di.-;cutcr avec un tel auteur, je veux dire M. .I.-B.-G. GalitTe, car la discussion dans des conditions pareilles est une dupciàe trop évidente. On aime à combattre pour la vérité, mais c'est trop d'avoir à lutter à la fois contre des pièces intoxiquées à l'italienne et contre des batteries à la prussienne, invisibles. Toujours plaisant, Galiffe dit quelque part, à propos d'un autre procès (^4///. p. 92) : « Contrôler de près toutes nos assertions serait le plus grand service ipi"<iii poniiMit nous rendre. » Seulement lois(pi'on

' Il donne, p. 41, un fragment de leurs consultations et les noms de deux d'entre eux : maîtres Joly et Franc. Chevalier.

LA XIÉTHODE DES MJCS8IEUH8 GALIFFE. 51

inviiil l;i |ii'inc il'iillor au contrôle, les pièces manquent. Donc, je clos ici ma (l'iliiiue : CMiddile jam rivos pueri. J'en ai dit liien assez poui- faire apprécier la valeur des travaux historiques publiés par le second des messieurs Galiffe.

Quant au premier, M. Jacques-Augustin Galiffe, je crois qu'il sérail superflu de soumettre ses travaux d'érudition à un examen aussi détaillé. Son fils assure en propres termes [Nol. sur la vie, p. 00) qu'il eût été de force à remanier les fameux glossaires de Ducange, mais il aura proféré cette affirmation dans un moment où il avait oublié, par exemple, les curieux passages où son prédécesseur démontre que le nom dWnjorrant vient d'une bannière sur laquelle était peint un Ange orant, que la famille Pelissaii descend de Uélisaire, que la famille Galiffe elle-même descend de Waifre, duc d'Aquitaine, vaincu par Pépin-le-Bref, et démontre ses connaissances historiques en nous donnant cette appréciation de Charleniag^ne : « Ne nous arrêtons pas

• sur le spectacle dégoûtant d'un vieux roué de 70 ans » et un peu plus

loin : — «Je suis sûr qu'on me pardonnera l'irritation que j'éprouve quand

■ j'entends prôner ses vertus et son génie. Ses talents même, je le repèle,

■ sont fort équivoques; car l'histoire parle beaucoup de ses triomphes,

• inlinimenl peu de ses combats. Widocbind, Hunald, Tassilon furent pris « en trahison dans les plus infâmes guet-apens, et sans coup férir. Didier « fut trahi et livré sans avoir pu combattre... » Enfin, lorsque t ce vil

• flatteur [.\lcuin] lui recommamlait de se conduire en lâche, il était bien

• certain de ne pas l'offenser. • Ce portrait de l'empereur des Franks est tiré (Lelt. XVI, p. 4 el G) du recueil de vingt lettres sur l'histoire du niosen âge adressées par M. J.-.\. GalitTe au professeur Schlosser, de Heidelberg, ouvrage qui, au dire de M. Schlosser el de M. Galiffe fils, aurait excité « l'admiration de l'Allemagne savante, par la profondeur de son érudition et la solidité de sa critique » {Nol. sur la vie, p. oO-aS).

JLa Collcc-tioii GalifTc.

Au cours des précédents cliapitres,J"ai montré que M. GalilTe Tils, possesseur d'une collection ti'ès importante de documents originaux relatifs à l'histoire de Genève, a usé de ces documents, comme il est parfaitement juste et naturel, pour ses travaux, tantôt sans indication précise de leur source, tantôt au contraire avec l'indication cpie la pièce est sa propriété. Ainsi, dans l'avant-dernier volume des Mémoires de la Société d'histoire publié en 1877, est inséré un petit poème composé en Io40, qu'il annnni'e comme tiré d'un » manuscrit de la collection GalilTe » {Mém. XIX, 259). Il n'en fait donc point mystère. Loin de là, il a longuement expliqué (dans sa Notice sur la vie et les travaux de J.-A. Galiffe, p. SI et 71-80) comment son prédécesseur et lui se sont ti'ouvés propriétaires légitimes d'une masse considérable de lettres de personnages célèbres des XV°" et XVI""" siècles adressées aux syndics et conseillers de Genève, et de dossiers entiers de procédures criminelles les plus graves qui aient agité la République à la môme époipie. Je n'ai pas la moindre observation à faire sur ci^ iwiinl. .le n'approuve ni ne désapprouve ce récit, n'ayant pas à m'en occuiier. Confiné sur mon terrain purement bistori(jue et littéraire, j'ai seulement appelé l'allention du lecteur, pour les besoins de ma cause, c'est-à-dire pour la iléfensedes réformateurs et des réfugiés français injustement outragés, sur certains arguments qui m'étaient foui'uis parce (pie j'ai appelé : Le Catalogue de la collection GalilTe, rédigé par M. GalilTe lui-mémo et de sa main. Il m'importe de ne laisser aucun nuage et d'éclaircir ce que c'est que ce Catalogue.

Je laisse la parole à M. J.-13.-G. GalilTe (Notice sur la vie...) : A la veille (le s'expatrier de Genève, son père, dit-il, « n'ayant rassemblé tant de ma-

• lériaux ipi'i'ii vue de ses publications et nullement ]ioui' le plaisir de « colleclioiiiKM', cbercba à se défaire en masse de ce (pii ne devail plus lui « servir... En conséquence, il mit tout simplement sa collection entière en " vente, mais sans succès.... Aucun acquéreur sérieux ne s'étanl présenté à

• (Jenève, force fut à GalilTe d'emballer sa collection pour Paris.... d"(iii il ■ devait rejoindre sa famille en Italie sans repasser par Genève (p. 7()). —

• La collection avait été mise en vente à Genève peu do mois auparavant,

LA COLLECTION GALIFFK. 53

■ el on l'avait ilédaignée (p. 77). — Nous avons prouvé plus liaul que rien

• n'cûl étt- si f,iiilc i|ue de s'assurer, à Genève même, du coiitciiu de la

■ colledion de (JalilTc cl d'en aapiérir la propritMé. Nous ajoulrroiis que

• c'eut été encore plus aisé après son départ, quand chacun n'avait qu'à

■ citnsuller les corrospondiinci's publiques et les calaloi^^ues très détaillés

■ destinés à faire connaili'e celte collection, poui' savoii' qu'elle était en

• vente et de ipidi elle se composait (p. 79).

Il a donc couru tle divei"s côtés des catalogues de cette collection, el des catalojrues très détaillés, que chacun a pu voir tout à son aise, et à Genève et tout aussi hien à Paris. Il n'y a pas une seule date dans tout le cours du récit dont je viens d'extraire (|uelques phrases, mais je puis en donner une et dire que ces négociations infructueuses datent de 1841 ou 1846. Personne donc ne peut s'étonner que j'aie eu ce catalogue entre les mains lorsque la Collection fut ofTerte, au prix de vingt mille francs, au départenieni des manuscrits de la Hililiollièque nationale (royale alors) où j'étais en ce temps déjà un ti'availleui' assidu. De cette pièce extrêmement inléressante je suis, moi aussi, en possession légitime, et je le prouverai quand on voudra. Je vais faire présent de ce texte à la république des lettres. Les savants qui. depuis un demi-siècle, ont dépensé tant de travail, de science et de médilalions de conscience, à étudier la Réforme et ses adeptes, y veri-ont qu'ils peuvent recommencer une partie de leur lâche, ayant étudié sur des dossiers incomplets. S'ils doivent renoncer aux pièces elles-mêmes, du moins en auront-ils désormais les intitulés. Je ne répéterai pas les divers articles que j'ai précédemment cités; je commencerai par réunir en un seul paragraphe tous ceux que forment des signatures coupées* el je grouperai à la fin les articles qui concerneni spécialement Calvin. Tout le reste est dans l'ordre institué par M. GalilTe, sans que je me permette ni d'y lien changer ni d'y joindre aucun commentaire.

' M. Uerminjard cite un de ces exemples aux .\rchives de Genève, dans sa Correspond, de» Rejormateure, t. IV, p. 42, note 9. C'est une lettre de Viret au Conseil de Génère, dont la dernière ligne et la signature sont coupées.

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