‹ L'école historique de Jérome BolsecChapitre 9 sur 9 · LETTRE D'UN PROTESTANT GENEVOIS · texte numérisé non relu

LETTRE D'UN PROTESTANT GENEVOIS

aux lecteurs de la „ FRANCE PROTESTANTE " à propos de l'article BOLSKC, de M. Henri Bordier.

l-^l seiiiiit fie/itidiis nmcnt/n certal (Claldien).

La omise qui m"(ililii;i', liicii m.il);rt'iii«ii..'i|i;ir.MtrTSiiusrptl(>r()rine iiisolifc, est la (liatcilicdillaiiiatoirc iiii'un anteiir aïKinxiiU' a jninteà l'arlicle /Julsrc dans le Si'idild \iilllllli' de la /■'rtinccjjrolvslitnlc. luiinrllr cdilidii. Au lOIl seul, j'aurais rccdiiiiu M. llcni'i iturdicr, sueeesseurde MM. llaai; dans la'directiou de eetle (eu\re, si lui int'iiie, an beau niilien d'une t'ète genevoise de l'an dernier, ne m'avait déiumcé, de hut en lilaiie. en nianière de honsoir, sa résiilutidii de " guerre ànutranoe; » ee lurent ses propi-es termes. Comme depuis \ingt ans je n'avais eu envers M. liortlier et les siens (jue les meilleurs proeédés, mou preiuier mouvement l'ut la stupeur, le suivant une déclaration motivée et catéf;ori(|ue de ee (|u'il aurait à attendre s'il s'éearlait des liornes d'une polémiiiue loyale. Or comme l'attaque a dépassé de beaueou]) tout ce que je pouvais redouter d'une plume notoirement iutempéréc. et qu'il s'est soustrait aux réparations, acceptables ])our tout galant lionuiie, dont je lui laissais le choix, je ne fais ici qu'user de moudi'oit tout en remplissant lui devoir. (Jue le lecteur ne s'y trompe donc pas; il ne s'agit nullement d'une i)ol(>niique scieiitilitpie, mais d'une explication dc\enue inévitable, non |ilus avec .M Bordier, mais {lur devant le public dont il iirctend faire son com|ilice.

U me sera aise de déuioutrer (|u'il ne s'agit de la part de M. Dordier de rien moins i|ue d'une tentative de dillamatioii préméditée: — d'une tentative ctavée d'assertions (|u'il savait être absolument fausses;— et que le tout n'est que l'assouvisseuienl d'une misérable rancune personnelle, (pi'il a voulu remlre [dus sensible en y uiélant le nom et les travaux de mon père, mort depuis près de trente ans.

(Jue le nom de Holsec ne soit là qu'un prétexte, c'est évident. Bolsec est un des personnages dont nous nous sommes le moins occupés ; nous ne l'avons envisagé que dans ses rapports avec Genève, son seul titre d'ailleurs à une mention de notre part. — Mais avant de passer outre, il convient d'e\i)liquer les motifs de rancune persoiuielle, qui ont inspiré le paléographe et liibliothécaire [larisien.

J'avais eu a\cc .\1. Ibnri Hordier, depuis ses villagiatures périodiques en Suisse, les relations de famille et de voisinage les plus agréables. De temjis à autre, il nous arrivait bien de heurter nos opinions respectives, de /Diiteslaiit rii-ti.r-tjenerdis ut de lliiguinut /ramais, incompatibles sur quel(|ues points, surtout ijuand le dernier i)réténd faire chez nou> la le(,ton à l'autre: mais nous étions enfin l'onvetuis de cesser ces discussions oiseuses. 11 es! nécessaire d'observer que celte trêve avait été conclue à propos des écrits incriminés dans l'article litilscr, où Bolsec n'était pas même nommé et que dès lors, c'est-à-dire depuis près de dix-sept ans, je n'ai rien publié qui pût justifier une reprise d'hostilités quelconque, pas

|)lus de lui (juc (les aufrcs (•ùllégiips avec <|ui je nu' suis tniiivé jadis en désaccord sur des questions aiialogucs. Ils le savent si hien que tous nous avons eu mainte lois l'oceasion de nous fVdieiter nndu.'lleinent d'avoir renoncé à ces joutes de plume, qui serveid l)ien moins à avancer les intérêts dune cause, qu'à égayer le pultlic indillérenl aux dépens des jouteurs et de cette cause elle-même. Les bonnes relations entre M. Bordier et moi continuaient donc comme ci-devant, lorsqu'elles faillirent être interronqiues par l'incident que voici, il y a douze ou treize ans.

A l'une des séances annuelles de la Société a liàtuire de la Suisse romande, qui se fait gloire de servir de lien fraternel entre les cantons français des deux confessions — c'était h. Nyon — j'avais lu un travail sur l'ancien Comté /ù/iicst>-e, ainsi nommé de la ville (Colouia eqiiestris) qui nous olfrail l'hospitalité, — et sur le quartier genevois de Saint-Gervais, qui avait fait partie de cette antique circonscription féodale ; le sujet était donc de circonstance. Ce travail duquel il résultait, entre autres, qu'au XVl° siècle encore, les habitants du quartier genevois d'ouIre-Hliône n'étaient pas sur le même pied que les citoyens de l'ancienne Cité de la rive gauclie, est le même qui figure au Chapitre II de ma (Icni-ve /listoritjuc et archéotoyique , OÙ chacun peut le consulter. Il est vrai qu'à l'ouïe des rapports un peu tendus ([ui avaient existé entre les habitants de ce quartier et l'autorité rigoriste de l'époque, une observation ipas de M. Bordier) s'était fait entendre; mais écartée aussitôt comme hors de saison, elle aurait passé inaperçue, jusque dans les comptes-rendus, aussi concis qu'ini[iartiaux, que nos journaux ont l'habitude de donner de nos réunions scientifiques.

Quel ne fut donc pas l'ébahissement du public et plus particulièrement des membres de notre Société romande, en lisant, peu de jours après, dans une de ces feuilles, une violente diatribe, dont l'auteur anonyme, sans même aborder le sujet traité à Nyon, faisait de MM. (ialille père et fils le point de mire des attaques les plus dé[ilaisantes, tout à fait dans le goût de celles ([ui ornent l'article Bolsec ! — Le résultat imuuHliat futla trèsverte leçon (piun certain nombre de journaux, tous iirotestants, se chargèrent d'administrer au iiiddiciste anonyme, leçon qui ipour ne parler que de celle-là) dut être d'autant plus sensible à son amour-prtqire, cpie M. Bordier, que personne ne soupçonnait, fut obligé de >e nomnier et dt; s'excuser, en " renvoyant à des temps meilleurs la passe d'armes ■> à hKiuelle il disait «avoir voulume provo([uer." Les pièces relatives à cette affaire sont à la disposition des curieux. Quant au sujet, plus archéologique qu'historique, qui y avait donné lieu et auquel M. Bordier n'a jamais touché depuis, il îie pouvait être pour lui, connue Bolsec, qu'un prétexte de dispute. C'est ce qu'il appelait déjà alors de la « critique historique. »

L'incident vidé, à mon évident avantage, je m'empressai de témoigner à M. Bordier ipie je n'en gardais aucun ressentiment. Lui-même m'écrivit « qu'il m'emiirasserait di' grand cœur. » Les échanges de bons procédés recommencèrent [lar un dîner de fimille chez moi. Qiieli|iie tem[>s a]n"ès, lors(jue son humeur batailleuse le [loussa à « rompre une lance » en l'honneur des traditions légendaires de la Suisse iirimiti\e. battues en brèche par les criti(iues de l'école moderne, j'eus le plaisir de venir « à sa rescousse » avec un argument tout nou\eau, emprunté -"i de récentes découvertes relatives aux temps préhishiriques des (".antons forestiers, qu'on supposait à tort n'avoirélé ni connus ni habités avant l'invasion alémanique. Je ne pus du reste (pie rt^gretter pour M. Bordier cette courte campagne contre les adeptes d'une école si dilférente de la sienne, etqui n'eut d'autre résultat que d'ajonler une hypothèse étymologique des plus nialencon-

tivii^os h oellcs i|iii sont iii ciiTiilaliim dciuiis !•■ \V' siècle, l'ii (léjeùiifr au rcstaiiraiit vint très h imipos cidre les déhats.

Hii atteiularit, ims bniiiies relations continuaient, et liin sait combien il ne ilépend ijue de M. Uordier de les rendn; fjracieuses tant ([u'oii ne le contredit |ias. J'avoue cependant, qu'en dépit des meilleures apparences, je couimençais peu à peu à douter de leiirsinciTité. Certains sujets étaient dtnenus alisoliunenl inaliordaliles, et l'iu'banité française n'était pas toujours observéi'. Le véritable état de dinse me lut ré-vélé i\ propos tl'un incident où les torts ne lurent certainement pas de mon côté, mais que je tairai ici poiu' ne pas mêler des étrangers, encore moins des conversations l'I lies lettres particulii'rcs à un éei'it public. L'explosion, lon^'temps com|iriniée, nourrie encore des ell'orts laits pour la contenir jusqu'au moment oiiportun. vient de trouvi'r un issue sous le couvert de la France prolcslanlf. VA maintenant au lait.

Comme les ilerniers écrits genevois de mon père, décédé en \Hô:i, remontent à prés d'un demi-siècle, et que M. Hordier a eu seize ans pourdigérereii pai.\ ceux des miens qu'il signale tout-à-cou|i à l'indignation de ses lecteurs, il est évident ([ue ce ne sont pas ces publications, les premières épuisées, les autres enterrées dans des Mrmoires, toujours peu lus, de sociétés savantes on l'histoire n'a (|u'une place secondaire, qui ont pu lui inspirer pareil réquisitoire. Le [irétexte, cette fois, f;st siuiplenienl le lait que. dans le nombre des écrivams de toute couleur qui les ont utilisées, se trouvent (|iielques auteurs callioliques ou ultramontains. Peu ini|porle (|ue ces pauvres mémoires, ([ui, du reste, ne sont guère ((ue des transcriptions de textes, jinisqu'il s'agit de procès, aient servi avant tout aux jiart isatis de la liberté de conscience, de l'indépendance d'cqiinion, de la vérité bist(iri(|ue, en un mot aux ennemis de foute espèce d'obs- . curantisme : qu'à ce titn» ils aient été' cités [lar des liistoriograpbes protesl.ints de tous jiays, comuis pour l'impartialiti'" de leurs jugements; il suftit à M. Hordier nue, |)lus récenuneiit, deux ou trois polémistes de la confession (ju'il aiioinine, leur aient aussi fait quelques emprunts, jiour qu'il en tire la conséquence (|ue, d'i'Uiblée et toujours, nous avons été les alliés de ces Messieurs contre la Réforme, contre le Refuge, voire contre notre patrie, — que na-t-il ajouté contre nos convictions, pour le moins aussi connues que les siennes, et contre le bon sens le plus élémentaire.

Telle est la thèse de M. Bordier. Mieux que nulle autre part, on sait à (îeiiève ce (jue vaut cette arme banale; car il n'est chez nous, pour ainsi dire, pas de parti, de journal, d'iiomme d'état, ou de publiciste jirotestant, du plus orthodoxe au plus négatif, (jui n'ait ;\ son tour essayé ou subi la portée de ce vieux tromblon rouillé. Il n'y a que peu de jours, en face de la votation sur la séparation de l'Kglise et de l'Ktat idont j'ai toujours été l'un di'S p'us ardentsadversaires i, les partisans de l'union accusaient les si'paralistes, orlhodoxes, libres-penseurs et athées de conspirer avec les ultramontains, la perte de l'Kglise nationale et des intérêts protestants (|u'elle représente. l)ans une précédente occasion, en IS.'i't, c'était au contraire, les mêmes séparatistes qui reprochaient aux unionistes de faire les all'aires des curés et de leurs ouailles envolant comme eux. Inutile d'ajouter qu'au fond [lersonne ne croit sérieusement à pareilles niaiseries, .M. Uordier pas plus qu'un autre. Aussi n'aurais-je pas même songé à relever ses ridicules insinuations, s'il n'avait pas eu soin de les produire devant un jiublic étranger, en appelant à son aide tout ce que les haines politi(iues et confessionnelles, les préjugés de nationalités, de coterie et (le personnes ont [m lui suggérer. Le lecteur en jugera.

La prcniii're attaque coiilrc ninn [»'tc i|Miiir procéilor par mxliv rliroiiologiqiie) est à propos des Lettres imliliqucs adressées jiar lui. en 1835, <• à lin pasteur du canton (de (Jenève) >■ sni' le pmjet de célébrer par une fête générale à latiuelie il s'agissait de, convier les églises protestantes du monde entier, le troisième jubilé séculaire de la Rélormation genevoise. A ses arguments d;i liliéralisnie le plus éclairé, il ajoutait celui de l'inopportunité d'une manifestation qui ne pouvait man(]uer de froisser les populations catholiques des communes t'ran(;aises et savoisieimes que les éveneuienlsde 181-4-1813 avaient annexées à notre ancien territoire, et dont les intérêts religieux, civils, municipaux etpolitiques, avaient été placés sous la sauvegarde des traités et de nos constitutions cantonale et fédérale. Enfin il y voyait — trop justement, hélas ! — le signal de discordes futures, confessionnelles et autres. — Pour mieux mettre Galitte dans son tort, M. Bordier cite, non pas ces Lettres, dont le ton seul suffirait pour le démentir, mais la seule réponse non-anonyrne (|u"elles provoquèrent, et dont riionorahlo auteur nous a lui même plus tard exprimé tous ses regrets, en reconnaissant que l'adversaire qu'il avait [iris à partie avait en tous cas accom[)li un acte d'indépendance et de courage civique. 11 est vrai que M. Bordier, qui semble ne rien savoir des circonstances délicates dans lesquelles Genève se trouvait alors, pouvait ignorer tout aussi bien que les scrupules de Galill'e étaient au fond ceux de tous les gens calmes et sensés, surtout du Gouvernement genevois lui-mèaie, qui, très embarrassé de cette manifestation émanée du corps ecclésiastique, refusa de s'y associer, après l'avoir réduite à l'expression la moins oflicielle possible. Nous renvoyons donc aux registres, peu connus encore, du Conseil d'Etat d(; l'époque. Si M. Bordier a prévu le moment au(iuel la dernière li\ raison de la France ///■otestante verrait ici le jcuir, on pourrait lui reprocher le manque de tact qu'il y avait à récliaull'er, en pareilles circonstances, ces vieilleries d'une autre génération, oubliées depuis un quart de siècle au moins. C'est en tnut cas le motif (|ui m'a fait ('(^tarder la publication de cet exposé.

Mais il fallait à M. Bordier ce préambule pimr nouer le iireinicr lil de sa (iction, et surtout pour tomber sur le \olunic publié par Galill'e ;ui lendemain de ces discussions, et dans lequel il répontlait ça et là, par quelques extraits documentaires, aux dénégations très maladroites i|ue ses Lettres avaient provoquées. Mêmea|irès (|uarante-i|ualre ans. on peut dire encore nuii erat loeiis. Mais ce n'est jias au bibliophile à oublier (|ue ce livre était le cin(|uième d'une œuvre nationale, qui avait inaugure à Genève, bien avant l'existence de nos sociétés i'hisloire, les travaux de l'école critique moderne ; d'une œuvre qui tigurt; dans toute bibliulhèque vraiment genevoise, splendidement reliée dans celle de M. Bordier lui-même, et dont la réédition et la continuation sont généralement demandées. — Voilà donc les seuls écrits de Galill'e que M. Bordier ait trouvé à incriminer, se gardant bii'U de citer les deux \(plumcs anglais sur l'Italie, les Lettres ecr/ies de l'iiris à lord Brougham, aloi's Grand Chancelier d'.\ngleteri'e, les deux volumes de Mntériaii.r juntr l'Iiistoire <le Uenère, les Lettres sur le Miiji.-ii ih/e dédiées an professeur Schlosser, de Heitlelberg, — autant d'ou\ragrs publiés avant (ui a|irès le .lubilé, et (pii tons auraient fourni à M. Bordier, avec éclat et de main de maître, la thèse prérisément opposée à celle ([ue le [(arti pris lui a dictée.

Quant à mes modestes publications, dont il faut bien parler puisque M. Bordier les accuse "d'avoir encori' haussé le diapason irdutrage. " il dit que le plus modéré (^lisons le moins atroce puisiiu'iU'exploitc dans ce sens) est lu Aolice sur mon père et .st!s travaux, inqiriniée en l8o(). Il est ^puteux que cet avis soit partagé par certains confrères très protestants

(|iicii(|ii(' |i('iis\in|ialliiqiii'sà M. Uuvdu-v ~ ri jinur muse , ; c'est sans rldMlt'.aMV le lail (inVlIc nrsl pas tlaiis le iummiTcc, Cf (|iii lui \atil cftlc prt'li'rrmc : car c'est de ma inaiii (|iie M. Unniiei- liiiil celle petite niiNre (je pieté liliale, dans lai|nelle smil Iraiti'es, el déliiiiliveineiit de l'avis de tous les locleiirs ;;enevois, les nièuies épismles qui! ramené ici iidur l'édilicaliim de ses lecteurs étrangers. J'ai déjà parii' d;'S deux aulreslirocluires (|naliliées |iarlni de <• lunps nicmoip'S" el «inil tetuiicnt également de moi, l'une (Telles en tout cas. Mais il sait aussi Itien (|ue personne (|ue ces trois écrits de circonstance, les seuls ([u'il cite, ne sont jtas la vingtième partie de mon liagage gem'Vois. T/esl don<- bien à flessein qu'il se lait sur les autres, qui lui donneraient tort d<> tous iioints. notanunent sur le plusconsidér.ilile de lous , (îctit-v /iislnriifiif el niT/iénliii/ii/iie . monographie de "."id pages, dont quel(|ues criti(iues de |iremier ordre ont liien \oulu dire M (|u'elie pourrait servir de type- à ce (|u'il i-oiniendrail de faire pour toute ville liistoric|ue, •• — et sur mes deux volumes intituii's /f'iin sier{<- « l'iiittri-, dont on a tout au moins loin'' la tendance patriotique et la scrupuleuse impartialité, — ce qui est bien quel([ue chose quand il s'agissait des temps les plus tlésastreux (|ue Cienève et la Société genevoise aient traversés. Chacun peut s'assurer là quels éloges j'ai donnés à notre Eglise nationale et à son clergé, et conihit-n, dans l'ouvrage précédent, j'ai tlétri les persécutions do nos eoreligionaires ilans les pays autour de Genève.

Chemin taisant, j'ai peine à revenir de ma surprise de me voir comme >ur la si'llette, appelé à détendre la réputation el les travaux de deux tienevois qui ont consacré leur vie et leur lortune à l'élucidation des antécédenls de leur pays et de leurs concitoyens, contre les jugements aussi frivoles (|u'injurieux d'un quasi-étranger, (pii ne s'est jamais occupé de notre histoire ([ue par petits houts d'un ordre d'idée très-restreint, et cncori' le plus souvent par procuration i"i. 11 fallait certaiiu'Uieiit peu de bonne foi [lour mr-connaître (|ue s'il est un thème ([ui. pendant deux générations, nous ait plus particulièrement préoccupés, d'un bout à l'autre de nos travaux, ic thème n'est pas iépo(|ue << épiscopale et savoyard?, » comme .M. Bordier voudrait le faire croire à ses lecteurs étrangers, mais, iiiiit (III iiiiiirniie. l'élément Vieux-lù'iieiois i\m y mil lin, la lutte de nos aïeux pour l'iudé|)endanee de leur pays, les faits et gestes des citoyens f-^i/'/i/ritois à qui (ienèvi' doit sa liberté, sa souveraineté républii-aine, son alliance avec les Cantons lielvéti(|ues. et le premier établissement de la Uéforme, — en un mot, la base el le point de départ indéniables de tout

(■ ) Lii in-iiK-ipale (pour ne pas dire la seulej coiitrib'ition de M. Henri Bordier à notre iiisloriographie genevoise (?}, est .son mémoire explicatif d'un t»l>leftu du XVI' siècle, conservé au musée .Vriaud de Lausanne, représenlaut, on autant de groupes, jaugeant prés de KiO pcrsonnaj,'os, avec les détails itièvitalile.s de san^' et de nullités, comme un résumé do toutes les horreurs de la St-Barthélemy a Paris. Ce mémoire est accompagné, l'n manière de pièces jusiilicalives, d'une copie lithographiiiue, « à un quart de réduc-tion environ, i du dit tableau, et d'une chromolillioy:raphie reproduisant, < da- > la grandeur exacte et le ton de la peinture originale, » l'épisode de la mutilation de l'.imiral de Goligny, — a'uvres • d'un habile dessinateur pa>-i«/cn •. Le tout forme te cahier o du tome I des Mémoires in-4" de notre SiK-iclé d'/iistoire et d'archéologie de Genève, et a naturellement été puldié aux frais d'icelle, — non toutefois sans «pie quelques lecteurs très protestants m- se soient demandé si la jilace d'une semblalde publication, très intéressante d'ailleurs, n'aurait pas été pluliVl dans la ville qui possède le tableau, ou dans celle i\n'\ a été témoin de l'événement, que tiaiis la société historiipie d'un Canton mixte, dont la plupart dos membres honoraires appartiennent à la loi catholique.

lomnie il reste toujours quoique chose, il a compté même sur cette réponst' pour attirer l'attoiition sur son libelle. Enfin, instruit chez nous par qui'iqui's expériences lâcheuses, M. Borilier s'est retranché cette fois au sein d'une publication étrangère et collective, que bien des gens croient avoir quelque int('Mvt pcrsunnid à ménager, dont les purtes monuon-ntalcs seront fermées à toute riposte, piusqu'il en garde les clefs, et dont la forme lui permettra de revenir sur le même thème à cliai|uo nouvelle combinaison alpliabc'-tiqne, toujours aux frais et sous la scdidarité, au moins a])parente.de ses nomlireux Cduunettants, tandis cpie je ne pourrais m'en défendre qu'en me ruinant en im|iressions inutile^. Tels snnt la tactique et les expkiits de ce héros de la]ihuiie, qui ne connaît d'autre lice que le format de son papier. Il ne me reste donc qu'à tirer le parti le moins désavantageux possiiile de l'infériorité de position qu'il m'a assignée; et pour cela, bien loin d'éviter ses insinuations, je vais les compléter et aider le lecteur à lire entre les lignes.

Continuateur et reéditeur de l'œuvre de MM. Haag frères, qui, à leur corps défendant, avaient pris tous leurs articles du Refuge franco-genevois dans les Notices Gémkwiyiques deGalilfe, M. Bordier s'est bien vu forcé de reconnaître « les immenses services que cet ouvrage a rendus à la France protestanle et aux familles Genevoises » {'), ce qui est bien un aveu que les familles Huguenotes vont été traitées avec autant de conscience et de sympathie que les autres. Mais pour ([u'on n'y voie pas un brevet de compétence au profit de l'auteur, M. Bordier réserve aussitôt ses prétendues « visions généalogiques», (|ui l'auraient poussé à nous donner une origine savoyarde (analow;ue d'ailleurs à celle de presque tons les anciens (ItMievois) au lieu de <( l'origine italienne » qui serait la vraie. — Bien cpie la nouvelle version de la France protestante n'en soit eneore qu'à l;i lettre B, d'autres familles ont eu déjà à se plaindre de la manie de r(''(liteur actuel à refaire à sa guise les traditions et les origines qui dépassent une certaine moyenne, dont il faut, sans doute, chercher la mesure d'ordonnance dans la (/untrième version qu'il vient de donner de sa propre lignée, blason en tète, cidegueulesàdeux épées croisées d'argent; » — version qui n'est du reste qu'une nouvelle amplification de la première, due aux recherches bénévoles de (îalille, (|ue cette fois il se garde bien de citer. Ah 1 de (]uellcs représailles je iioiirrais user, en ma (lualité de conlident

C) Galilïrt lui-même n'avait pas prévu tous les services que ses Notices Généaloginucs seraient appelées à rendre, quaud il ajoutait à l'utilité historique, celle • de inontriT à .'^es coucitoyi-iis les rapports de parenté (|ui les lirnt entre eux et de diminuer par là un peu de moryuo d'un côté,uu peu d'envie de l'autre, » et aussi • de lacililcr les reclierches de parente dans les cas de mort ahinlestat, et dans ceux où do riclies élrauj^ers seraient disposés à faire du bien à de ]);mvres parents (icuevois.» Nombreux soid, en eû'et, lesi-as quisniit veims jusîiiier ces bonnes iuleuliuns. De fait, il ne s'ouvre guère ici de sviccessiou un peu c.ompliquée sans (pie les Ato^/ec.v ne soient le premier document consulte^. J'ai moi-même été appelé plus d'une fois à les compléter ou à sii^ner des act s de notoriété. Mais bien pUis nombreux encore sont les cas où les Nolices oni facilité à nos concitoyens d'origine française l'accès à des ét^dilissemeuls, à des écoles spéciales, à des fonctions publiques, à des concours, qui leur aur.-dent été fermes s'ils n'avaieid pas établi leur descendance de réfugiés pour la Koligion. C'est avec un certificit de (Ialille, entre autres, (pie l'illustre Madame Neckiir de Saussure a pu obtenir le piix Monlbyon |Kiur son ouvrage l'Education progressive; lui seul était alors en état de l'aire ce eertilical, pour leipiel les ascendants directs de la re(|uérante ne sullisaiciit jias. ei (ju'il s'abaissait d'i>xpé lier en qneli[ues heures. Nous p(jssédiinsles jiiéces relatives;'! celte allaire.

nialy;ri'' moi di' tint de petites misères des temps passés, si, parexceplioii, je Vdiilais suivre M. Hiinlicr sur ee terrain glissant, si attrayant pour eeiix (ini ne tVmt des ixplipralinris gén(''alof,'ji|nes (|n'un ohjt t df vanité, rie sraiidali', de eiianta^e, d'adidalion on de luei'e 1 — l'nisi|n'il ir jinnd de si liant, (|iril me soit an moins pcniiis de lui rappeler i|iic la famille i|n'il vondrait déiiif;rer, est en tout eas plus aneienne et sm'tnnt pins aneiennement genevoiseet protestante que la sienne; '|u elle a fait iM'iidant des siècles partie intégrante, et an premier ran^;. de la vieille Uepul)li(|ne réformée; enfin, que si ces titres daiitérioriti' la [irivenl de l'iionneur de tigurer [larmi les réfugiés qui reçurent l'hospitalité genevoise, elle compte dans leurs rangs assez d'aseendanls de la meilleure trempe, pour pouvoir, aussi liieii que M. IJordier, voir " nos ancêtres » dans ce passé glorieux dont il voudrait nous faire les di'tracteurs. Toutefois, comme il ne s'agit, eneon; ici, que d'une piu-e invention de sa part, il suflit d'en indi((uer le liul pratique : Avant tout, il a voulu nous blesser dans un endroit i|u'il croyait jiarticulit'rement vuliu'ralile, ce qui prouve seidement à quel point il l'est chez lui. l'iiis. comme l'origine qu'il nous conteste, tout en sachant que nous en possi'doiis les titres, aurait cependant, mieux (jne la négation, servi ses reproches de sympathie pour la " (ienèveépiscopale et savoyarde, (') » il réel.une le même serv ici' des pr(''tendues « visions généalogiques ». Knfin, " l'origine it.dienne ... ipii di' tradition éloignée devient pour lui un fait réel, n'est (lu'nn jalon de méliance, planté là en vue du /{cpif/i' italien. qu'il sait que je me suis ( h.irgé de puhlier. Ce serait à n'y pas croire si l'on n'avait vu .M. Hordier recourir à des personnalités d'un goût heaucon|) plus douteux encore que celui-là.

Uans un liut de dénigrement plus général icar il n'en ouhlie aucun), il apimie sur la prétendue " ignorance » de (jaliU'e père. « parce (|u'il n'avait appris r|u'à (|uarante et un ans à lire les vieilles écritures » ; |iau\re chicane de pi'-daiit à faire à un homme auiu'ès de qui M. Uonlier n'est qu'un pygmée, tant comme instruction et valeur scientilique, ijue comme caractère. D'ailleurs, même à ce point de vue spécial, il snflirait de rappeler (|ue •. l'ignorant » a prohahlenient déehiifré et transcrit vingt fois plus de documents originaux de tout âge, de toute langue et de tiiut pays que le pré-cieux élève de l'école des chartes, et (|ue ses jinhlications et ses mannscrils en feraient iieut-être foi. Mais dans un moment on les recherches aux sources histuriques ont repris cln'Z nous (|iielqne faveur, je profiterai de l'occasion pnur rassurer les amateurs, jeunes ou vieux, à itro|Mis du fétichisme ipii s'incline si aisément ici devant certaiiii'S prétentions excessives. .\ Dieu ne plaise que j'ohjecte aux éludes spéciales, accessoires de l'histoire ; hien an contraire. Mais elles n'ont jamais suffi à donner le bon sens, la sincérité et la vraie critique. S'il fallait re-

(*) ,)"ui inoiilré )ilu.< lunil. page Vil. l'alisiii-dilé île cette incidpnlioii,:'i laquelle M. Bordier a altailn- le cimrme des . inotil.s secrets. » Elle est tHJlcinent l'oiiposé direi'l de la véiilé. (|ue nous avons été lilamcs, non seulement par les auleur.s catlioliques (ce qui allait sans dire), mais encore par les critiiiue.s pi°ole.staii(s, même ;;eiievois. d'avoir nulro|i;issé la mesure dans nos reproches aux Kvftquos et aux Ducs savoyarils dont Cieiiève avait eu à soulTrir. Dans le public qui s'intére.ssailà noire liisUiire, il était si )iien établi que nous avions sous ce rapiiort dépassé les assertions de tous nos prédécesseurs, que, sur ce simple oui dire, nos parents et amis de Savoie, «le Turin elde(!éiies, nous avaient priés. Jans leur jiropro intérêt, de ne pas lein- envoyer celles de. nus publications auxi[uelles ces reproches s'a. tressaient. Il est va'ai cpie depuis lors les choses ont bii-n chanjj[é. Aujourd'hui, ceux qui voudraient se rendre compte des méliances mesquines, des idées étroites et de l'intolérance sectaire d'une antre époque, seront servis à souhait à l'école Henri Bordier.

MI

tiMiicliiT (Ir la liste (1rs liisliiricns ci'iix (|iii ni' suiil jms iKil(''of;iMpli(»s di' lirotV'ssidii, les dix-ncul' viiif^tii'iiH's y iiusscraieiit, les [iliis illustres les tout premiers. Nos urehives piililiijiies no sont i)as (railleurs des mystères d'Eleusis, aeressiides aux seuls liyéroplianles Kumdljiides. Avec l'aide et. les bons eouseils fjui y sont donnés avee uneparlaitt: obligeance, quelques siMiiaines d'apidication mettront tout néopbyt.c en état de s'en tii'er pour l'époque qui l'intéresse plus pai'lieulièrenient.

Le dénif;remeut reprend un caractère plus personnel quand M. Bordier clierclieàinsinuerque(ialiire se serait vu refuser «les fonctions pnliliquef.» qu'il aurait sollicitées: — la vérité est que, rentré à (ïenève à quarante ans, après vingt années d'émigration, il n'y a jamais sollicité d'autre fonction que celle de sinqile. soldat dans le contingent levé à propos des événements de l8l'i-lSlo, et avee lequel il fit la camiiagne fédérale de l'époque ; après quoi il déposa, comme dans une occasion antérieure, la modeste épaulette (pie son zèle patrioti(|ne lui avait value, estimant sans doute que, pendant un quart de siècle de guerre acliarnée, ses deux frères avaient assez fait ]Knir l'bonneur niililaire de la famille et du nom genevois aux services de France, de Hullande, de Prusse et de la (Grande Bretagne (*).

En revanclie, il accepta, comme seul compétent dans la matière, la tâche énorme (le remettre eu ordre nos arcbives puliliques, alfreusement bouleversées par six ans de régime révolutionnaire et seize années de domination étrangère ; il remplit cette tàclie gratuitement, (lendant près de quinze ans, aux dépens de sa vue et de sa santé, sans songer un instant à s'imposer ou à se substituer aux employés titulaires, qu'il prit au contraire plaisir à initier au in(îtier, ainsi que tous ceux ([ui eurent recours à son infatigable obligeance. Ses cinq volumes genevois qui vont, pour riiistoire (lu pays, du X""' &iècle jusqu'au milieu du XYI"'% jiour (xdle des familles, dès les ])remiers temps jus(|u'à nos jours, suffiraient seuls à jironver le zèl(! et la compétence (|n'il apporta à ce travail d'intérêt public.

iMilin, (piand sur ses vieux jours, il se décida à se r(Mirer en Italie,

(') S'il y avait ■ li'3/ M. Bordier la nioiiiilre smcérilé li ms ce reproche de niaiivai- Ion, c'est (ju'il a du pronilr(3 pour la « recherche il'iino fonction • l'inscripliou de(ialift'e en (Chancellerie pour le preniii^r Grand Conseil élu à la 1-lestauratioii. Mid.s cola prouverait seidi'iiieiil à cpicl point il connaît pou les circonstances t,'enevois(!.s do r('poi|U(\ el œoin.s encore le caracti're do l'homme qu'il prétend juger. Il va sans dire que la candidature aux tonctious, pur<'mont gratuites jus(|u'en 187'i, de Grand Conseiller, ne pouvait être, en pareilles circonstances, c|u'un acte de civisme, auquel tous le.s gens bii'U pensants et tant soit pou lettrés s ' croyaient ap])elôs, à plus l'orle raison le lils du doyen des « Nobles et trés-honorés 8eit,'neurs Conseillers d'Ktat » du siècle précodent. Aussi n'est ce qu'à ce seul point de vue (|u'il pouvait ressentir cet échec, jiarlago d'ailleurs avec nn si grand nondjro de candidats (]ui n'avaieid jamais ipùtté Cienève et ses environs inuiiédials. Non seulonient ce lut sa seule camlidature aux alTaires publiques du pays, urais il refusa plus lard à plusieurs reprises les iiislanccs qui bd furent faites do se laisser porter à ce même (irand Conseil, louant aux « fonclious » proprement dites de notre pays, y conqiris celles de la haute niatiistrature, le salaire le plus élevé ré]iondait à iioine au sixième de ce ipie Galilïe avait quitté pour rentrer à Genè.c; mais le plus grand ohslae'e, surtout à iiareille cjioquo, aurait toujours clé l'indèpendanco do caractère el d'opinion d'un homme qu'aucune considération ipielcompu'. \y.t^ niéine ses intérims les plus dii'octs, n'aurait lait renoncer au frauc-parler ipu était sa seconde nature, M. jiordior, cpii no l'a coiuui ni de prés ni do loin, n'aïu'ait pu se tromper ilavautaKo ipi'i'u h.' conroudtinl avec ces besoignoux i]ui, sous tous les régimes, recherchent, acceptent et cumulent des faveurs qui ne sont souvent que des charités d6g'ui<ées,

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peu d'années avant la révolution qu'il avait prévue et dont il refusa les ollres de eninpensatiun pour les ennuis que sa f'raneliise lui avait vains, la ciinsidéraliou ipii le délcrniina l'ut, avant tnute autre, la santé d'une (ille nniqui', ([ui ne survi'vut (pic pru de tcinpsà eette expatriatinn forcée. Klle repose entre |)ère et mère au einielière de la colonie protestante de Kloi'cnce, (pii coin|itait la lauiilli' (ialill'e parmi ses représentants les jiMis dislin;,'U('s.

l'ai' ces exemples, les lecteurs qui n'ont pas vu le pamphlet de M. Henri Hordii'r, pourmid se l'aire une idée du );enrt! des |personnalites (jui lui servent d'arj;uments. sans parler des faci'lies de coll(''^ien dont il lui a |ilu de les assaisonner. On se demande ce ipu' loiil cela avait allaire avec Bohec et les intérêts de la France protestait te

Je serai plus bref sur les con[ts de dents (pii nie sont personnellement destinés: — sur mou " coui't professorat» dans une chaire d'essai, dont le maintien dépendait chaque ann(''e des discussions publiques du budget, et ipii fut tout au moins pmlitalile ;ui\ fonds collectés ]i(inr r(''rection de notre monument national de la Restauration, ainsi ipi'aux ]irix de concours des étutliants. Ia> titulaire ([iii m'a succédé s;iit nueux ipie personne que je n'ai jam.'us été son concurrent. — Ouant à mes écrits genevois (pour ne |iarler que de ceux-là), .M. Hordier |ireteii(l (]ue je n'ai eu (ju'à puiser dans les matériaux tout pr(4)arés de ■• l'héritage iiaternel. ■■ et (pie " je n'ai jiaru aux archives (pie pour éclaireir ou comiiléter ra])i(lementce qu'exigeait le travail du niomenl. •> — Ne dirait-on pas, à certains passages (le son libelle, (|ue ht bibiiotli(''caire parisiiMi, (pii ne passi^ en Suisse ipie quehpies mois d été. tient depuis Paris registre des faits et gestes de ses colli'gues genevois '.' — Dans ce cas, il a été bien mal renseigné. Ce n'est pas dans les matériaux de mou prédécesseur, qui ne s'occupait pas d'archéologie, (pie j'ai jm puiser ^V/k'tc /lislcu'ù/iw et arc/n'oldgirjue ; moins encore l(>s chapitres de /fini siècle à l'autre relatifs au régime révolutionnaire, à la domination fram;aise et à la Heslauralion, — autant de sujets ipi'il n'a jamais voulu traiter, parce (pi(> de son temps le dernier était dans les souvenirs de tout le monde,, et les |U'écédenls troj) rapprochés encore pour (prune histoirt; de ces années néfastes, de la main d'un représentant tics tamilles qui en avaient h^ plus soiill'ert, n'eût pas semidi'' un ré(piisiloire contre une minorité concili('n' ou réduite au silence. U'ailleurs les recueils aussi variés (pie volumineux (pie j'ai dû. à ce pnqios, consulter aux archives, n'y existaient pas encore de son vivant, tandis (pie d'aiilres ne lienvent être abordés, encore maintenant, ipi'à la Cha:icelli rie canlonal(\ C'est là (pie j'ai im. pend.int deux ans et par autorisation s|iéciale. étudier el extraire les ."id ou fiO mille premières jiages des registres ofliciels de notre si(''cle. C'est également de la Chancellerie (|iie dépend le registre de r(''lat civil du Uefuge italien el des antres colonies pins modestes qui s';r rallaclifiit par leur Kglise commune ; je l'ai copié en entier et complété par six mois d'un travail assidu et journalier dans ces mêmes archives lient .M. fJordier affecte de tenir le livre des présences.

Cela dit, pour réiiondre à une impertinence et rassurer mes lecteurs, il est évident (pie je suis mieux qiialilié ipie persoiim> pour abonder dans tout ce ipii s'est dit de l'importance et de l'énornie étendue des recueils manuscrits de (ialiffe : de ces copies et extraits de chartes, embrassant les six premiers sii'-cles de notre passé dociimenl('' ; de ces copies textuelles de nos registres d'état, s'éteiidant parfois sur cinipi.inle années consécutives ; de ces copies de lettres, de procès crimiinds. de docnnients de foute espèce et de tous les temps ; de ces extraits des minutes de tous nos notaires, etc., etc. ; tout cela comploté par des travaux analogues dans les

archives des villt^s (|iii init étr eu rel:itioii avec la i/ùlre. Ali I certes, on ne trouverait jias aisément pareilles preuves de l'application, de Taptilude et de la facilité de travail d'un seul liomuie, qui cependant u"a pu y consacrer qu'une portion relativement restreinte de sa vie, « depuis quarante et un ans, » au dire de M. Bordier Ini-mème. C'est avec raison qu'on a dit que les divers sujets historiques sur lesquels (îalill'e a entassé tant de matériiuix. auraient suffi au travail assidu d'autant de Sociétés nomhreuses et spéciales.

Mais si j'ai nmins profité, et à mon seiil a\an1aj;e, de resimmenses ressources que j'aurais pu le faire, précisémi'nt iiarce ipie je les sentais sous la main, la complaisance d(''sintéressée avec laquelle j'en ai laissé jouir quicomiue en témoignait le désir est de notoriété publique : ami ou ennemi, s)mpatlii(iue ou opposé à nos tendances, indigène ou étranger, connu ou inconnu, homme du métier ou simple amateur, il n'est pas de catégorie de curieux qui n'ait eu le loisir et toutes les facilités possibles de travailler chez moi en toute liberté, ce travail dût-il se prolonger pendant des mois et impliquer la nécessité dune hospitalité à demeure. En passant la revue des nomlireux explorateurs qui ont profité de mon obligeance, signalée d'ailleurs dans plusieurs ouvrages de premier ordre, je ne trouve qu'une exception, —fâcheuse il est vrai pour M. Bordier, puisqu'elle concerne précisément, bien que sans exclusion systématique, la catégorie des écrivains calholiiiues, sauf un, mon détunt ami Kamiischulte, professeur d'histoire h l'université de Bonn, catholique libéral allemand, qui aurait pu servir de modèle aux meilleurs protestants, et aux écrits duquel M. Bordier en appelle d'ailleurs contre nous, on verra avec quel à-propos. En revanche, si ces recueils ont servi à quelqu'un, directement ou par correspondance, c'est surtout aux adeptes de l'école et des poursuites de M. Henri Bordier. Lui-mètne et ses amis y ont puisé tout à leur ;iise ou en ont reçu de ma main tous les extraits qu'il leur a plu de demander. 11 a bien voulu reconnaître l'importance des services que les .\olires (jêiipaloi/ii/iirs im|irimées ont rendu à la première édition de la Fiance pi'dti'sianh' , et (jni, pour quiconque coniiait les deux ouvrages, est si évidente qu'on serait tenté de croire que c'^'st là (|ue ses auteurs ont pris l'idée de traiter leur sujet sous la même forme. Il est bon de ra|ipeler cet aveu au moment où l'éditeur actuel a déjà commencé à éliminer notre nom de toute citation, même des articles qui ne sont pas de lui. Mais ces emiirunts sont peu de chose comparés à ce que quantité de collaborateurs à cette O'uvre ont encore tiré de nos recueils, sur place ou par échange de lettres avec moi ; trop souvent il est vrai, sans songer à eu renvoyer le niérite à qui de droit. — A coup sûr, je ne rendrai pas tous les obligés qui ont profité de ces facilités, solidaires de l'ingratitude d'un seul, ni même de deux rm trois. Mais si \\m me trouvait désm-iuais plus circonspect, et si je renonçais à doter de ces recueils l'un ou l'autre de mis établissements publics on de nos sociétés savantes, connue il en a jilus d'une fois été (piestidn. on saurait à qui s'en prendre, au moins tant ([u'on pourra supposer une iniluence Henri Bordier quelciHKiue dans nos all'aires genevuises y').

(•) M. Bordier m'avait na^;uère, lui-niénio, cnf,Mgé î^ lui cuvoyer des urticles pour la France pro/fstaiitc.vX je l'auiTiis l'ait avec plaisir si, dans lu icltn' .\. dont il s'0(xupail alors, j'avais Irouvé (picl(iU(' l;oiiille niarquaiiti' <pii ne ligurùl pas déjà dans la proniiero l'ilition. 1 )'ailleurs. couiiac |ioui' (iiMiève soulo, les noms de tous les rél'uniés l'niiirais se monteraient à pins do .piiii/e mille, je supposais qu'il y aurait à faire un' IriatiP. dont M. Bordier m'aurait indiqué les conditions. Car si j'avais pu prévoir l'étendue qu'il donnerait à sou cadre, j'aurais d'emblée

.fc (ermiiKM'.ii ic t(? éiinmt'ratiun déjà longue ihs |iers(iiin;ililt''S «le M. ItiinlitT |i;ir lo seul (■iiiii|)liiii('iit (]ii'il ;iit ilnigiié iii'iutniycr, qii;uul il liivliMid, j'i^Muu'f sur i|rifl tciiKpiifiia^'c. ■• que j'écris i'allein.iiid eomine le irançais. ■■ (.l'est (|u'il lui t'alhiit ei'la pinir liuiiiier à eiiteiidn' que j'ai dû être le eouipiiee d'un .M. de lîiU},'niiu dan? la \ersiuu alleuianile d'une fiS|i(''ee lie roman ou de iiauipliiet liistorique qui lut signale ;'i (îenéxe en IHt>8, par eonséquent aussi dans l'éeril français t\u\ l'aNait précédé, ainsi (|ue dans ceux de M. Cliaslel, de Lyon, — tout cela ] arce que ces Messieurs se sont appuyés de mou nom pour certaines allégations. Partant dès lors de son inseutiou coninie d'un fait ac(|uis, il choisit dans leurs pages, pour me l'attrihuer, sans l'onilire de connexité, tout ce qu'il a pu trouver de plus prujire à ameuter contre nous l'indignation de ses lecteurs. — Or voici les faits exacts: Je n'ai jamais vu ni connu aucun de ces deux Messieurs. Le nom de M. de Ueiignon me fut révélé, pour la [iremière et dernière fois jusqu'à ce jour, à propos de sa hroeliure allemande. Quant à fru .M. Gli.istel, ancien magistrat, je n'ai eu d'autres rap|iorts avec lui que l'édijinge à distance, il y a de cela une ([uinzaine d'aimées, de quelques cqiusculi's liérakliiiues et politi(iiies, sans même savoir alors s'il était catlioli(iueou iirotestaiit. (l'est M. liordiiniui m'apiireud i|ue j'avais affaire à un futur ludemiste ultraniontaiu, dont les ouvrages de cette couleur me sont en tout cas restés parfaitement inconiuis jusqu'à ce jour, (le dernier exem[de, au fond le seul qui s'élève à la prétention de justilier sa thèse, suffirait à lui seul, je pense, nour édifier les [iliis incrédules au sujet de la biiiine foi et des (irocédés liliellistes de .\I. Hordier.

,1e n'ai jamais élevé le moindre doute sur le savoir et les aptitudes de M. Henri Uordier comme paléographe et bibliothéciire. Avec d'autres, j'ai cru à sou haliiletéà ■■ dechilfrer les vieilles écritures» et à llairer les livres rares. Mais (|uant à ses mérites d'historien, c'est autre chose; il est même très rare ([ue ce» diverses qualités se rencontrent chez le même individu. Kii Suisse, le |uiys (|ui jinssède le plus de Sociétés d'histoire vraiment actives, on est revenu depuis longtemps de cette méthode commode d'.iiirès laiimdle iisullit de citer en note ([uelques vieux houqiiinset qiielijues minutes de notaire, |iour improviser ensuiti' à plaisir. Ce (|iii est certain, c'est qu'ici même les collègues de M. Hordier l'ont surpris plus d'une fois à traneiier, avec son aplomb habituel, sur des questions dont il

pu lui fournir quelques centaines d'articles qui auraient certainement autant de droits que beaucoup d'autres à figurer dans la nouvelle France protestante. Ces articles auraient ijroljablement été plus exempts que les .siens do ces nombreuses erreurs (|u'on si(,'n;dait déul dans rieuvre de Messieurs Ilaay, et qui continuent à pulluler dans celle de leur successeur, — sans parler encore de ces remaniements d'origine et d'une foule d'observations aussi malhonnêtes qu'inutiles, que M. Uordier, si optimiste pour lui-même et pour ses ainis, semble avoir réservées aux inforluiiés qui n'ont pas souscrit à son entreprise littéraire. Aussi leurs réclamations, trés-mutivées, n'ont-elles rencontré jusqu'ici que les lins de nonreeevoir les plus dédait^neuses. C'est le cas de plusieurs l'amilles honorables. i[ue M. Henri Hurdier a presi|ue traitées de laussaires. Le résultat inévitable est (pie bon nombre de celles i[iii n'ont pas encore passé sous les l'ourclies caudines de cet a|)prenli Kénéaloyiste, désirent ardemment (pi'il veuille J)ien les priver entièrement de l'honneur de ligurer dans son livre, où malheureusement leur absence ne serait guère compensée jiar tant de nouveaux clients, dont pliisieura n'avaient aucun droit à se trouver dans une œuvre qui est censée ne s'occuper «pie de protestants d'origine /Va/K/awc proprement dite. — Au reste, soit dit sans vouloir peiner personne, il n'y a pas si longtemps (|ue l'apolugiste pro domo sua aurait pu être taxé d'enfant terrible par tel ou telngnat, dans ses attaques contre une famille ijui n'a Jamais fait perdre un centime à ipii que ce soit.

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ne possédait pas les premiers ('•léiiuMits. Cette Ibis, la suffisance passerait toutes les bornes si elle était sincère : se tromper aussi grossièrement sur des faits personnels contemporains, dont la V(''rilication est à la portée de tout Ir niondr, ([ue chacun ici lui indiquerait, n'est certes pas une garantie dimiiartialité et de lionne toi pour les travaux exécutés senl, « sans sur\('illance, » à des sources (jue persomie ne songe à contrôler. Mais l'erreur est absolument sans excuse (piaiid elle est volontaire, comme c'est induliitablcment le cas chez M. Bordier, qui est converui si souvent lui-même des erreurs de faits et de procédés de notre ancientie école légendaire, ainsi que de l'injustice du mauvais vouloir que Galille s'était attiré pour avoir entrepris de démontrer qu'elle s'était trompée, ce qui d'ailleurs est depuis longtemps admis par tout le monde. Il n'y a que peu d'années, M. Bordier inscrivait en tète de l'exemplaire d'une nouvelle monographie de sa famille, destiné par exception à ma bibliotlièiiue : « A la iiK'iniiire de feu J.-A . Galiffe et A son fils M. J .-li.-G. Gali/fe, auteurs fies Notices f/éu/'filofj/'ipies sw les fauiilles t/erievoises, etc. Hoimnaf/e reconnaissant d'une famille genevoise (signé) Henri Bordier. » Combien n'a-t-elle pas dû peser au Parisien, cette reconnaissance genevoise !

M. Bordier n'ayant pas pu ou pas osé citer une seule autorité vivante à l'appui de ses venimeuses élncubrations, il lui importait d'autant plus de ne pas jiaraître seul de son opinion et de nous isoler le plus possible dans celles (ju'il nous prête. .\ cet elfet, il en appelle vaguement dans une note finale au témoignage collectif d'un certain nombre de confrères, qui ont traité les mêmes sujets. Je n'ai pas besoin de m'entendre préalablement avec ceux qui sont encore de ce monde pour le défier d'en décider un seul à ne pas désapprouver ce qu'il vient de faire, mes contradicteurs d'autrefois les tout premiers. Cela dit, il ne sera pas hors de saison d'examiner de plus près l'à-proitos de ces « références de choix, " comme on dit en style de réclame. Et d'abord, il faut évidemment retrancher de cette liste les noms de ceux (\u\ n'ont jamais abordé d'un seul mot les questions en litige, ou qui n'en ont parlé (jue sur la foi des anciennes histoires conventionnelles avant que personne n'eût encore osé mettre en doute leur crédibilité. Eu revanche, j'en vois d'autres et des meilleurs, qui ont discuté jnibliquement, non ])lus contre moi et conune moi dans des Mémoires de Société, mais eutre eux et dans les journaux politiques les plus a(dialandés, ces mêmes sujets sur les(iuels les divergences d'opinion sont interdites, selon M. Bordier. J'en vois em^ore, qui, sans quitter leur point de vue, nous ont remerciés cordi.^lemeiit et pidiliquement d'avoir, pour notre bonne ))art, contribué à opérer tlans rhistoriograpbie genevoise une réaction utile et d'ailleurs inévitable, en transportant enfin ces questions, du domaine légendaire dans celui des réalités documentées. Il en est aussi qui, h ce même titre, n'ont éprouvé aucun scrupule d'accepter, vérification faite, la très grande majorité de nos assertions, parfois à les dépass(!r. Si je ne nomme personne, c'est qu'il serait difficile de ne pas rappeler en même t(>mps le diMlain superbe avec lequel M. Bordier s'est mainte fois exprimé sur le conqitc de certains collègues, avaid d(^ recourir à leurs suM'rages. Je préfère donc le mettre au liénélice de la seule excuse (]n'il iiourrait iindquer ici : c'est ipiil n'a [las même lu la jilupart des publications que s;i note est ceusi''e indiiiuer. S'il avait lu seulement la premièr(^ partie du deriuer grand omragi' de Merle-dVuljigné. il y aurait vu quel parti brillant et pa(ri()li(|ue rel(i([uent histiUMcn delà H(M'ormation a su tii'cr de nos travaux sur raiicienne (leuève. Et s'il avait réellement lu ou compris le livre, malhein'cusenicnl iMachcvé.de mon ami Kampschulte, enlevé trop tut à la sciciu'e, M. Bordier aurait vu cpi'à tous les points de vue, il ne pouvait taire clmixiilus malheureux pour lui, plus tlatlein- pour

XVIf

rions, i|iic ce liMvail inodt'lf. le pins ((iiisririicicux fl li' mieux iiirtirnii'- (|iii cxisti- jus(ju";i ce juur sur la incniiiTC f|iip(iue de la Ut-lbniic genevoise. Je pourrais citer d'autres exemples, (|ui réduiraienl sa liste à deux noms au plus, Kn revanche, nu peut s'etuimer qu'il m.' l'ait pas rendue |ilus cfinijdéte. Plusieurs ci)llif;ues. aussi zélés que lui, v brillent par leur ahsence, pour ne parler que de celui (|ui, uiienx informé par nou;-, a eu la bonne loi et le couraî,'e désintéresse de retirer et de refaire en entier le premier tome d'un ouvrage considérable sur notre histoire ecclésiastique. — Et si, à mou ton.r, je voulais faire la liste des auteurs et publicistes protestants qui ont utilisé nos juiblications, sans s'embarrasser si leurs tendances convenaient ou non à telle ou telle école! Il faut que M. Bordier nous considère comme terriblement dangereux pour la sienne, s'il ose compter à ce point sur l'ignorance et la crédulité de ses lecteurs.

.\près cela, je ne comprends que trop bien que M. Hordier, (jui ne juge l'élément genevois (|ue par ce ([u'il lui en reste, ait cru pouvoir raviver contre nous queUiue vieux ferment de haine de temps passés. Peut-être même a-t-il réussi auprès de quelques intransigeants de sa valeur, qui, sans s'embarrasser plus que lui du fond des questions en litige, iront bien jusqu'à dire: «Tant pis! » ou "Tant mieux! Pourquoi M.M. Galifl'e se sont-ils jadis permis de dire ceci ou cela, de heurter ropinion. de contredire tel ou tel récit qui nous convenait, etc., etc.? >' Rien de plus naturel. Mais même dans celte catégorie d'intransigeards, .M. Uordier n'en trouvera pas un dont l'aveuglement aille jusqu'à l'apjirouver ouvertement, et nous en savons qui se sont déjà prononcés très vertement sur l'incongruité de sou libelle. Delà bouche même de ceux dont l'assentiment lui importait le plus, il apprendra qu'il a commis nou seulement une vilaine action, mais une grosse balourdise. Sans doute, il est peu de coins de terre où les discussions tournent plus \iti' qu'ici à l'aigreur passionnée ; c'est une conséquence inévitable de la liberté dont nous jouissons et de la multitude d'idées et d'intérêts qui se croisent sur un si petit espace. Mais il existe chez nous, Dieu merci ! dans toutes les classes, un fond de bon sens et des sentiments d'équité, qui ne verront jamais que lâcheté, inconvenance et sottise dans les personnalités injurieuses, fussent-elles même fondées et nn'ses au service de la meilleure des causes. L'insertion d'une diatribe dans le goût du pamphlet Burdicr-Holsec, serait refusée avec indignation par le journal genevois ou suisse le moins scru[iuleux.

Quelque officieux bien intentioinié plaidera peut-être l'excès de zèle pour les intérêts que M.Bordier est censé représenter: — Cela seraitadmissible si, au lieu d'histoire ou de réclame littéraire, il s'agissait ici de Religion, d'une iirofession de foi si exclusive que tout support envers ceux qui ne l'accepteraient pas sans réserve, serait comme un acte de félonie ; car il n'est que trop vrai que l'intolérance grandit en raison de l'intensité des convictions, jusqu'à ne plus même pouvoir admettre la sincérité de ceux ijui pensent autrement. C'est dans ce sens iju'on jieut respecter les grandes ligures du XVl" siècle jusque dans leurs emportements, aussi sincères que la foi dont ils émanaient. N'en déplaise à .M. Uordier, je n'ai, moi-même cessé de dire que la connaissance exacte de imit ce qui concerne ces hommes d'une époque exceptionnelle, ne pourrait que leur être favorable, parce qu'ils gagneraient en grandeur lumuiine le peu qu'ils perdraient en valeur de convention. .Mais même chez les lidèles qui conservent encore la foi brûlante îles maîtres, cela n'impliiiue plus aujourd'hui la nécessité de se dépouiller de tout sentiment de justice et de |)ilié pour les victimes de sévérités — c'est le terme de .M. Bordier jiour les supplices empruntés à l'ennemi — ni même de justilier ces » sévérités »,

coimne lui, ijar l;i révolulicm du sii-ck' dcriiior, sous le liéiiénce de « noble» extravagances qui honorent riiumanité: » singulier raisonnement quand, du même souffle, il avoue naïvement que ce sont iirccisément ces « sévérités » qui ont perdu la cause, au moins pour la France!

Fort heureusement pour le vrai protestantisme, les Réformés qui, parla sincérité de leurs opinions ortliddoxes, seraient seuls ([ualiltés pour accepter, sans hypocrisie, la solidarité des erreurs, comme des mérites de leurs austères devanciers, sont aussi ceux qui, par leurs sentiments et leur conduite, prouvent le mieux que le vrai Christianisme sait oH'rir d'autres garanties que la haine des hommes qui, dans le passé ou dans le présent, ont différé sur l'interiirétation de quelques dogmes obscurs ou de leurs droits politiques; et si c'est par les doctrines calvinistes qu'ils ont été conduits à ce résultat, c'est le plus bel éloge qu'on puisse faire de celles-ci. Mais ce serait se moquer que de prétendre appliquer un zèle religieux quelconque aux personnalités haineuses d'un réformé aussi lalitudinaire que M. Henri Bordier, républicain très-avancé dit-on, au fond bien moins disciple de Calvin que de Rousseau. Il est vrai, qu'il faut lui tenir compte des nuances que ces qualités générales, que je suis loin de lui reprocher, peuvent revêtir selon sa résidence, son entourage, et l'une ou l'autre des nationalités qu'il prétend cumuler ; car il est certain qu'ici même, bien des gens l'ont toujours tenu pour plus doctrinaire que démocrate, pour plus clérical que libre penseur, je ne dis pas pour plus prussnpliik' (pie français. .-Vu reste, qu'il soit ce qu'on voudra : avant de se faire le champion breveté d'une cause chrétienne quelconque, l'essentiel serait de prouver qu'on possède au moins les rudiments de la morale chrétienne la plus élémentaire. Notre cas serait désespéré, en effet, si les personnes (jui nous connaissent l'un et l'autre, pouvaient croire M. liordier (lualilié ]iour nous donner ici des leeons de Réforme, de respectabilité, de franchise et de civisme.

Je pense avoii' montré suflisamment dans ces pages que les allégations de M. Henri liordier qui nous concernent sont autant d'inventions, et que toute sa prétendue " critiipie historique » n'est en réalité (ju'une série de méchantes personnalités, sans aucun rapport avec ce iiu'il s'agissait de prouver. D'autre part, il est trop homme d'esiirit pour n'avoir pas prévu d'emblée, h i)lus forte raison dans un libelle préparé de longue main, (juc de semblables arguments ne pouvaient que déshonorer toute cause. A quoi donc les attribuer, si ce n'est au besoin de nuire, de diffamer, pour satisfaire les rancunes de sa vanité blessée, rancunes accrues des raisons mêmes que je lui ai présentées, à la fin avec plus de franchise que de ménagement, pour prévenir un éclat aussi scandaleux? .l'en vois si bien la preuve diuis les termes de son ]iamphlet, que je pourrais dire à la(|uelle de nos conversations ou de nos lettres se rapporte tel ou tel passage, de|juis la première jus(iu'à celle iiui l'a décidé a changer son siège en assaut. Mais qui dirait, à ses i)rocédes. (]u'il s'agit ici d'un conflit sérieux entre grands-]ières sexagénaires? Ne croirait-on pas plutôt assister à l'une de ces querelles d'enfants vicieux (jui, dès les |ireniiers mots, en viennent â s'ctiijiu'iilerauv leiu' défro(|ue, sur leurs difformités physi(jues. \oire même sur les inlirmités de leurs parents, jusipi'à ce (]ue l'im s'avise d'aller <• tout rapporter à sa maman ■>, ou mieux encore, qu'une bonne correction vienne arrêter ses criailleries?-— Malheureusement, il y a en jeu au fond do toute cette affaire, des questions bien autrement graves (jue mes griefs personnels et les petits mtérêts de M. Bordier, que ses reclames ne font que mieux mettre en lumière: Hya que, si en Suisse (!t tout spécialement à (,!enève, où nous avons la discrétion de ne pas nous ingérer dans les affaires d'autrui, nous nous laissions happer à la reiiioi'([ur de l'école Henri Bni'dier, c'en sei'ail lait de toute

gurantit- cliiKlepciulanoe et dhoiiiuteté dans nos Soiiéif's (lliisloire ou autrt'^. tl bii'iilAt au-delà. J'ignore cumment en pareil eas les choses se passent dans celles de Paris. Mais pour la Suisse et dautres pays, je sais des exemples d'actes moins graves que celui de M. Bordier, qui ont été suivis de l'expulsion immédiate du sociétaire, ou de la démission de tous ses collègues.

Il est temps de conclure. Que les lecteurs qui seraient disposés à taxer cette Lettre d'exagérée veuillent bien lire ou relire le pamplilet Boidier- Bolsec: il n'est pas besoin d'autre justilication. Ils y verront que, <• bien loin de s'excuser de» ce qu'il appelle «quelque àpreté de langage.» il demande, au contraire, <■ que ses coreligionnaires l'excusent de n'en pas avoir dit dit plus et plus crûment. ■■ En un mot, il s'excuse de n'en pas avoir dit tout à lait assez pour être traduit en correctionnel, ou pour se croire obligé à une réparation que tuut insulteur doit cependant savoir accepter d'avance. — A Dieu ne plaise (jue je fasse aux " coreligionnaires " et collaborateurs de M. Bordier l'injure de les supposer solidaires d'une conduite aussi peu jirotestante et aussi peu française. J'ai d'ailleurs reçu à ce sujet des uns et des autres, des les premiers jours, les assurances les plus fermes et les jilus cordiales, de plusieurs même avant que j'eusse seulement pu prendre connaissance du libelle. Personne, pas même les ecclésiastiques, n'ont supposé un instant que le silence du dédain put tenir lieu de réponse : le conseil unanime a été que je fichasse de faire ensorte (|ue la colère ne l'emportât pas sur le mépris, en répondant à des méchancetés qui ne seraient qu'ignobles si elles n'étaient pas en même temps d'une bêtise presque enfantine.

Cela dit, puisque c'est avant tout aux collaborateurs et au public de la France proiestaiiie que je m'adresse, il est impossible en terminant de ne pas toucher à une (|uestion qui concerne tous ceux qui s'intéressent à cette œuvre : — Voici une publication de longue haleine, monumentale, qui, dans le présent comme dans le i)assé. est censée représenter un jiarti puissant, une grande cause, aussi religieuse que politique et sociale : — une publication (|ui compte des collaborateurs et des lecteurs non seulement en France, mais dans tous les pays où des réfugiés français pour la Religion ont trouvé un asile, et toute profiortion gardée, à Genève plus que partout ailleurs : — une œuvre dont le but, la forme et le caractère collectifs devraient être autant de garanties de modération, de conscience et de véracité, et (lui, à ces divers titres, reçoit des subsides, qui en a reçu encore tout dernièrement de trè? considérables de notre ville ou du moins des fonds t\u\ sont à la disposition de nos concitoyens. — Et c'est dans une publication semblable qu'on permet l'insertion d'un pamphlet tel que celui dont on vient de lire l'exposé très-mitigé : — c'est son directeur lui-mêuie qui abuse à ce point des intérêts qui lui sont conliés et de lu responsabilité collective de ses collègues : — et qui, après la faute, prétend encore refuser toute réparation, même celle de retirer la partie injurieuse et d'ailleurs entièrement inutile de son libelle, ou de fournir à l'ollensé la place strictement nécessaire pour y répondre!

Mais celui-ci n'aurait lait qu'attirer l'attention sur une situation aussi contraire à ce qui est d'usage en tout jiays, qu'il aurait encore rendu un service signalé à la Frnncf pniieslnnte elle-même. — En attendant, il se permet de demander à tout acquéreur du second volume de cette punlication. ce que plusieurs lui ont déjà promis, non connue un grâce mais comme un acte d'équité, de bien vouloir obvier au déni de justice de M. Bordier. en annexant cette Lettre à l'article qui v a donné lieu.

Teicy, juillet t8«0.

GALU FE.

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