‹ L'école individualiste: Le socialisme d'étatChapitre 2 sur 9 · ÉDITEUR · texte numérisé non relu

ÉDITEUR

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AVANT-PROPOS

Dans des pays très divisés d'idées, de mœurs, d'institutions, on voit, à certaines époques, se former d'ingénieux groupements de maîtres et de disciples, unis par le triple lien d'une méthode, d'une doctrine et d'une action commune : ce sont là les écoles. Les chefs disparaissent, parfois de longs siècles s'écoulent, mais l'enseignement du maître survit dans les leçons du disciple fidèle, et aujourd'hui, au moment où j'écris, il y a, partout dispersés dans le monde, des hommes qui se disent fièrement les héritiers des plus illustres penseurs.

Les économistes ont, eux aussi, cette même destinée ; ils forment des écoles. Celles-ci étudient la vie économique, elles en décrivent les phénomènes et elles remontent aux lois qui les régissent. Mais y a-t-il des lois économiques et,si elles existent,commentles découvrir? Sontce des lois naturelles, universellement observées ou simplement des phénomènes variables et changeants d'où dépend le bien-être des sociétés. L'objet de la science économique est-il simplement la richesse dont on décrit la production, la circulation et la répartition, ou bien faut-il comprendre dans le domaine de l'économie politique les groupements humains et les rapports que font naître entre les hommes les différentes évolutions de la richesse ? Mais alors la science économique ne va-telle pas se confondre avec une science plus vaste que

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quelques-uns appellent aujourd'hui « science sociale » ou w sociologie » ? Enfin, l'objet de la science économique étant défini, par quelle méthode faudra-t-il l'étudier ? Voilà les préoccupations des économistes.

Si une école se caractérise par sa méthode, par sa doctrine et par l'action qu'elle exerce, certains groupements, sans avoir tous ces caractères, ont une telle place dans le monde scientifique que le nom d' « école » leur est généralement donné. Les uns se distinguent par l'importance et l'originalité des investigations et nous offrent la méthode « historique », la méthode « mathématique » ou la méthode « psychologique ». Les autres se classent plus particulièrement par leurs « doctrines » et c'est dans ce sens que l'on cite telle école économique « catholique », « protestante », ou « socialiste ». Enfin il en est d'autres qui poursuivent avant tout une « action » et qui convient leurs adeptes à la réalisation immédiate d'institutions pratiques ; ainsi apparaissent l'école « coopérative », l'école « syndicale » ou « corporative ». Nous ramenons tous ces groupements à trois écoles économiques fondamentales, illustrées par de nombreux travaux : l'école individualiste — d'origine anglaise ; le socialisme d'Etat — si puissant en Allemagne ; l'école libérale — très française et très éclectique. Nous avons décrit cette dernière école (1) et nous donnons en appendice quelques appréciations de maîtres étrangers (2).

C'est une question souvent débattue de savoir si ce sont les « idées » ou les « faits » qui gouvernent le monde.

(1) Les Ecoles économiques au XX^ siècle ; l^ Ecole économique fran^ çaise. Paris, Arthur Rousseau, 1902.

(2) Appendice I.

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Karl Marx, dans sa « conception matérialiste » de Thistoire soutient que les phénomènes économiques agissent souverainement sur la vie sociale. Mais Thistoire des religions et des révolutions politiques donne à Marx et à ses disciples le plus éclatant démenti. Quel peuple, à certain jour, n'a pas tressailli sous Tinfluence des apôtres ou des agitateurs ! Que de fois l'idée rénovatrice a secoué les masses ! Ici, des hommes se sont soulevés pour conquérir Imdépendance, là, pour garder quelque liberté menacée. Ce qui est vrai, c'est que les faits économiques agissent sur les idées, tandis que les idées réagissent profondément sur la vie matérielle de la nation. L'Irlande en fournit un exemple probant : chez elle la question religieuse a fait naître une question agraire. C'est cette double influence de l'idée et du fait que le lecteur remarquera dans cet ouvrage, consacré aux questions suivantes :

Livre I. — L'évolution de V économie politique. Livre II. — L' école individualiste.

Paris, mai 1907.

I. Les éludes économiques contemporaines. — II. Véeonomie poUlique en France et à V Etranger, — III. Rapports de Véeonomie politique avec la sociologie envisagée comme science et avec l'économie sociale étudiée comme art, — IV. La méthode de Le Play. — V. Principes de science sociale. — VI. Lart social, — VII. Influence du socialisme scientifique sur Véeonomie politique. Karl Marx et ses continuateurs, — VIII. I^s théories socialistes. — IX. La propagande socialiste, — X. Réaction des idées et des faits sur Venseignement des économistes.

Si diverses que soient les méthodes et si complexes que soient les systèmes, l'objet de la science est uniformément le même, c'est toujours la richesse des nations et les rapports que font naître entre les hommes la création et la répartition de la richesse On peut comparer aux ouvrages des économistes français les travaux des économistes anglais Ashley, Marshall, Cairnes, Nicholson, Bastable, Sidgwick, Cannan, les œuvres des professeurs allemands Ad. Wagner, SchmoUer, Brentano, Conrad, Dietzel, Stieda, Bilcher, Menger, Philippovich, Neurath, les livres du professeur italien Cossa, de l'américain Seligman ou de l'académicien espagnol Sanz y Escartin (1), tous ont, avec des plans différents, le même pro-

(1) Citons, parmi les œuvres récentes les plus intéressantes ; J. Shield Nicholson, Eléments of PoUlical Economy, London, 1000; Sidgwick, The Prlnciples of PoUlical Economyj London, 1001 ; E.Cannan, Elernentary of PoUlical Economy, London^ 1003 ; Neurath,

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