NOMS DES CONGRÉGATIONS SIEGE DE LA MAISON MÈRE
Sœurs aveugles de Saint-Paul, Paris.
Saint-Louis de Juilly, ’ Juilly.
Dames Françaises. *
Religieuses de Jésus-Christ, Paris, rue Neuve- Sain t-Etienne-
du-Mont.
Dames de Saint-Michel, Paris, rue Saint-Jacques.
Hospitalières de Saint-Thomas, Villeneuve.
Institution chrétienne.
Notre-Dame de Bon-Secours, Paris.
Sainte Marie de Lorctte.
Les Congrégations qui dirigent les salles d’asile sont :
A Paris, les sœurs de lTmmaculée-Conception, de Saint-Vincent-de- Paul, de la Providence, des Écoles chrétiennes de la Miséricorde, de Notre-Dame et de Saint-Paul de Chartres ;
A Saint-Denis (Seine), les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, de la Providence, de Saint- Joseph de Belley, de Saint-Louis de Juilly et les Sœurs de Marie ; j
A Sceaux', les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, de ^aint- André de la Croix, de la Providence et de Saint-Joseph.
Trois congrégations non autorisées ont des établissements dans le département de la Seine :
Les sœurs de Sainte-Marie de la Famille, maison mère à Bordeaux ; les sœnrs de Sainte-Marie de la Famille, maison mère à Rouen; les sœurs de lTmmaculée-Conception, maison mère à Saint-Pons.
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première est .supérieure des deux autres et dirige l’école de filles; la seconde est institutrice, et la troisième s’occupe du ménage et de la partie matérielle de l’établissement; on la charge en outre de visiter les pauvres malades à domicile, si les religieuses sont obligées, par l’acte de fondation ou par le traité fait avec la commune, d’assister les indigents.
Les habitudes des religieuses sont simples et modestes; on a peine à comprendre comment elles peuvent subvenir à tous les besoins de l’existence avec les modiques sommes dont elles se contentent. Leur traitement individuel varie de 200 à 500 fr. 5 elles en augmentent ou diminuent la valeur suivant le nombre des élèves et la population de la commune. Autrefois elles n’exigeaient guère plus de 200 fr. dans les petites communes rurales; elles en demandent ordinairement 300 depuis l’augmentation du prix de toutes les denrées alimentaires. Elles apportent leur trousseau. On peut donc fonder un établissement de trois religieuses institutrices au moyen d’une rente de 900 fr.
Il faut les loger ; elles ne sont pas exigeantes, mais elles sont trois. Leur ménage vit modestement avec 900 fr. ; mais ces 900 fr. sont une lourde charge pour beaucoup de communes. Nous n’avons pas moins de 7,150 communes dont là population est inférieure à 300 âmes. Quant aux budget? de ces petites communes, on sait assez dans
quelle déplorable situation ils se trouvent pour la plupart. On aurait une maîtresse laïque à meilleur marché; mais où la trouver? A qui la demander? Les élèves-maîtresses des écoles normales ou des cours normaux refuseraient. Supposons quelles acceptent; c’est en attendant mieux. On ne peut pas prendre une toute jeune fille, si elle n’est pas de la commune ; au-dessus de la question de capacité, il y a les mœurs. Une fille peut se marier, une femme doit suivre la fortune de son mari. Mille raisons obligent les communes à appeler des religieuses ou à se passer d’institutrices. Même dans les communes riches, où l’on peut compter sur beaucoup d’élèves et sur une rétribution mensuelle élevée, il faut l’assentiment du curé pour donner l’école à une maîtresse laïque, car, s’il juge à propos d’appeler des religieuses et de donner un mot d’ordre, l'école communale sera désertée. Et alors que deviendra le conseil municipal? S’il s’obstine à maintenir l’institutrice qu'il a nommée, il faut qu’il établisse la gratuité absolue pour les élèves, qu’il remplace le produit des rétributions mensuelles par un traitement fixe; et peut-être avec tout cela n’arrivera-t-il qu’à payer très-cher une maîtresse qui ne fera rien et qui verra faire sous ses yeux toute la besogne par ses rivales.
Il résulte de cet étatde choses que, sur 14,059 écoles publiques de filles, 8,061 sont dirigées par des religieuses et 5,998 par des laïques. Â la vérité,
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les écoles privées, qui sont au nombre de 13,208, se partagent en sens inverse; 5,571 pour les congréganistes, et 7,G37 pour les laïques. Mais cela ne fait pas compensation. Pour s’en assurer, il n’y a qu'à compter, au lieu du nombre des écoles, celui des élèves. La population des écoles publiques et libres de filles est de 1,728,493 élèves, dont 613,474 dans les écoles laïques et 1,115,019, près du double, dans les écoles congréganistes 1 . Ce qui dérange un peu cette proportion, c’est qu’il y a 345,619 filles dans les écoles mixtes, presque toutes tenues par des laïques 2 , Mais supposons qu’en fermant aux filles les écoles mixtes, on ouvre immédiatement les 17,683 écoles de filles nécessaires pour les remplacer : il est probable, les mêmes causes agissant, que les nombres seuls seront changés, et que la proportion restera la même.
Certainement plus de la moitié, peut-être les deux tiers des filles sont élevées par des religieuses (le Rapport du 6 mars 1865 dit 56 0/0); c’est un fait social en lui-même très-considérable. Voici ce qui en aggrave et en change peut-être la portée : c'est que les choses se passent tout autrement pour les garçons. Les congrégations n’en élèvent ni les deux tiers, ni la moitié, ni même le tiers ; elles n’en élèvent que le quart.
1 Statistique de l'instruction primaire, p. XIV ot XVII.
* Non pas toutes cependant ; on compte 1,072 sœurs parmi les 2,fi53 maîtresses communales appelées en vertu de l’art. 9 du règlement du Si décembre 1853. ' o
l’école
On se trompe assez généralement sur la proportion des écoles laïques et des écoles religieuses. Dans l’instruction secondaire, c’est à peine si les congréganistes réunissent le tiers des élèves; dans l’instruction primaire ils n’arrivent pas même au quart. Sur 41 ,404 écoles publiques et libres de garçons où mixtes, 37,920 sont dirigées par des laïques, et 3,574 par des congréganistes. Ce rï’est pas tout à fait un dixième. Les frères reprennent un peu l’avantage quand on compte le nombre des élèves au lieu de compter les écoles. Cela tient à ce que la plupart des frères, ne marchant. que trois à la fois, et jamais isolément, ne peuvent être appelés dans de petites comrpunes. En somme, les écoles de garçons, publiques ou libres, dans lesquelles sont ■comprises les écoles mixtes, renferment une population de 2.205,756 élèves. Sur ce nombre, 443,732 garçons reçoivent l’instruction dans les écoles congréganistes. Ce n’est pas tout à fait le cinquième *,
En y 'regardant de très-près , et en pesant bien toutes choses, il est clair qu’on arrive à ce résultat définitif : un quart des garçons, tout au plus , et les deux tiers des filles, sont élevés dans des écoles , congréganistes.
-Cela parait assez grave. Les garçons et les filles,
1 "Voyez le rapport en tète de la Statistique de l'instruction primaire p. 37. Le Rapport compte seulement 2,502 écoles de frères ; nous donnons le chiffre de 3,574 parce que nous y ajoutons 1,072 écoles publiques mixtes dirigées par des sœurs.
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que nous voudrions séparer dans leur enfance, sont destinés à être réunis plus tard, et il faut les élever les uns pour les autres. Il importe assurément beaucoup au clergé d’élever les femmes, ou, ce qui revient au même, de les faire élever par des religieuses et dans des sentiments de ferveur religieuse, car si elles arrivent rarement à convertir leurs maris, ce sont elles qui donnent la première éducation à leurs enfants. Dans les pays nominalement catholiques, où l’indifférence religieuse a envahi les hommes de toutes les classes, depuis le philosophe jusqu'à l’ouvrier, tous les enfants sont baptisés et font leur première communion, tous les mariages sont bénis à l’église, on réclamé les prières du clergé dans toutes les funérailles. Est-ce inconséquence des hommes? Non vraiment, c’est le triomphe de l’influence des femmes. Plus cette influence ainsi exercée semble précieuse aux chrétiens fidèles, plus elle doit déplaire à ceux qui, 'n’àyant pas la même foi, redoutent comme une cause de perturbation pour la famille la différence profonde des doctrines du mari et des croyances.de la femme.
^ Il est vrai que l’éducation religieuse est donnée aussi dans les écoles laïques. La loi en fait même un devoir à tous les instituteurs, et particulièrement aux instituteurs publics; mais qu’est-ce que la loi? C’est l’expression de la volonté commune. La loi est stable j usquau moment où on la remplace ; la volonté commune est mobile comme l’onde ou
l’école
comme la nature humaine. S’ensuit-il un désaccord, au moins momentané, entre la légalité et les mœurs? Oui et non ; le désaccord existe ; il est plus apparent que réel, car il n’y a de loi obéie que celle qui est voulue. Ainsi, par exemple, la loi ordonne d’enseigner la religion. Soit, on l’enseigne, voilà la loi satisfaite ; mais comment ? C'est ici que les mœurs prennent leur revanche. Partie des maîtres ne croient pas; parmi ceux qui croient, beaucoup ne comprennent pas. Ils n’enseignent que des lèvres, peine perdue : la foi seule peut engendrer la foi; c’est un privilège éternellement refusé au scepticisme. Ce n’est rien encore. La loi, dans un pays de liberté religieuse, ne peut préférer aucune religion ; elle est obligée de s’en rapporter aux familles. Tout est permis, en effet, aux pères de famille, excepté l’athéisme. Ils ont le droit de choisir entre toutes les religions, à la seule condition d’en avoir une. Il peut donc arriver, et il arrive en effet, qu’on enseigne deux cultes différents dans la même école. Ce n’est pas certes le même maître, et ce n’est pas non plus le même auditoire ; cependant chaque enfant sait bien qu’à côté de lui on enseigne une doctrine différente, et une doctrine d’autorité, car, si ' . /
c’était une doctrine de démonstration, il n'y aurait que demi-mal, ou plutôt il n’y aurait pas de mal du tout, le propre de la liberté étant de discuter, comme le propre de l’autorité est d'imposer. Chacun aurait ses raisons qui lui paraîtraient démonstratives;
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niais non, il s’agit tout simplement de la parole de Dieu : c’est au nom de Dieu, de la société et de la ' famille qu’on enseigne à la fois deux religions qui s’excluent. Pour comprendre que cette contradiction dans les conséquences d’un même principe condamne le principe lui-même, est-il nécessaire d’avoir l’esprit très-formé? Point, cette logique est de tous les âges. Quelle différence de cette école éclectique avec le couvent- où tout est autorité, où, l’autorité conclut toujours de la même façon, où tout parle, jusqu’aux murailles, jusqu’à l’habit porté par le maître et aux vœux mêmes qu’il a faits, qui sont éternels, et qui semblent mêler un reflet d’éternité à tout ce qu’il fait et à tout ce qu’il dit ! Ou l'éducation n’est rien, ou les âmes ne sortent pas du couvent et de l’école mondaine avec la même empreinte. Cette femme qu’une religieuse a formée et cet homme nourri des doctrines de tolérance, peutêtre d’indifférence, mariés ensemble, sont un vivant anachronisme. La femme est du dix-septième siècle, et l’homme de la fin du dix-huitième. Admettons qu’ils vivent en bonne intelligence, elle le croyant damné, lui la jugeant fanatique. Qu’arrivera-t-il, quand à leur tour ils enseigneront?" Et ils enseigneront : être père, être mère, c’est enseigner. La mère répétera sa doctrine, puisée au couvent; le père, par prudence, se taira. Se taira-t-il? Si même il prend cela sur lui, son silence sera commenté par ses actes. Et que pensera l’enfant de cette
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contradiction, aussitôt qu'il pensera? Il condamnera > l’un ou l’autre, peut-être l’un et l’autre. Plus il aura l’esprit puissant, plus vite il perdra respect.
Une modification semble en ce moment se faite dans les mœurs. Au sortir de la Restauration, qui avait voulu forcer tout le monde à être catholique, on ne rêvait que tolérance. Si le clergé était tolérant, c’est-à-dire s’il donnait ses bénédictions à tous les mariés et à tous les morts sans acception de doctrines, on lui en faisait un titre d’éloges. De
même, quand un philosophe évitait les sujets de con- / /
troverse avec l’Eglise, Dieu sait au prix de quelles concessions; quand il distinguait avec subtilité les questions religieuses et les questions philosophiques. quand il prenait soin de ne pas empiéter sur le domaine théologique, non par peur assurément, mais par esprit de méthode, rigueur scientifique, amour éclairé de la paix, on applaudissait à cette prudence. Le grand point était de ne pas provoquer de scandale et de faire vivre la religion et la philosophie côte à côte, .sans se confondre, mais sans se quereller, en feignant de part et d’autre d’oublier leurs dissentiments. C’était l’ère du pouvoir temporel,. des concordats, des religions de la majorité qui
ne sont plus des religions d’Etat, des universités bien pensantes quoique laïques; en un mot, c’était l’ère de l’indifférence.
La chose en soi n’est pas bonne. Si ce n’est de l’hypocrisie, elle lui ressemble de bien près. Le ré-
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sultat le plus clair, c'est d’opérer la paix par la suppression des croyances; uM soïitudinem fecerunt ... Aujourd’hui l’opinion n’est plüs aux compromis. Elle veut qu’on se prononce entre la foi èt l’incrédulité, entre une foi et une autre. Au lieu de crier contre le clergé qui repousfee le mort, elle crie fcontre le mort qui veut finir son rôle terrestre par un mensonge.- Elle ne tourne pas au fanatisme, car elle ne demande ni oppression ni exclusion ; mais si elle accorde à tout le monde le droit de penser librement-, elle impos'e à chacun le devoir de profes- , ser hautement sa doctrine. Bref, elle veut mettre la tolérance par respect à la place de la tolérance par indifférence. Ce changement, de plus en plus marqué, est de bon augure et semble annoncer une renaissance morale. La révolution est déjà faite dans tous les esprits qui pensent; elle ne l’est pas dans les habitudes, parce qu’il y a désaccord entre l'opinion des hommes et celle des femmes. C’est là peutêtre une question de quelque intérêt. On passe à côté d'elle sans y regarder, un peu parce qu’il y a du péril à s’en occuper, un peu aussi parce que nous avons vraiment de plus grandes affaires que d’obéir à la logique et de sauver de toute atteinte le principe sacré de l’autorité paternelle.
Indiquerons-nous du doigt le remède', comme nous avons indiqué le mal? Le remède! c’est un grand mot avec lequel on refoule toutes les plaintes. Si vous signalez une misère, au lieu" d’y compatir
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sérieusement et de chercher à la diminuer ou à la guérir, on vous crie de toutes parts : Le remède ! le remède ! Et-si vous avouez que vous n’en avez pas, ou même que vous n’avez pas une foi entière, absolue, dans l’efficacité de celui que vous proposez, on • vous reproche d’avoir parlé. Il fallait vous taire, il fallait nous laisser dans notre ignorance, dans notre sécurité. Voilà, il faut l’avouer, un sentiment peu philosophique. Ce n’est pas ainsi que pensait Socrate quand il disait que le commencement de la
science était de savoir qu’on ne savait rien. Pour nous, nous soutenons d’abord qu’indiquer le mal, c’est commencer à le guérir. Il vaut mieux avouer et même étaler ses ruines que de les plâtrer et de dire : « Admirez ma solidité. » Et quant aux remèdes, il y en a aussi qu’on pajit signaler dès à présent, pourvu qu’on se rappelle que les sciences sociales diffèrent de la géométrie, et que les conclusions philosophiques ne se démontrent pas avec la même rigueur que les conclusions mathématiques. C’est la gloire de la philosophie, car c’est la preuve qu’elle a pour matière la liberté humaine, qu’il est impossible de soumettre aux règles du calcul. Voici donc les remèdes, car il y en a deux. Il faut demander l'un à la loi et l’autre à la science. Demandons à la loi, en matière philosophique et religieuse, de ne pas intervenir, de ne créer d’entraves pour rien, ni de privilèges pour personne. Demandons à la science d’opposer la foi à la foi, c'est-à-dire une
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force à une force, et non pas l’indifférence à la foi, c’est-à-dire une faiblesse à une force. Il semble à des esprits sans portée que l’indifférence et la foi vivront bien ensemble, parce que l’une exige et que l’autre cède ; mais céder à une croyance sans l’accepter, c’est ne pas être. La paix entre deux âmes est possible quand elle est fondée sur l’identité de foi; elle est encore possible quand elle est fondée sur le respect réciproque d’une foi diverse et sincère ; mais appeler paix cette absence de lutte qui naît de l’indifférence } c’est confondre la paix avec la défaite, et la vie avec le néant.