CHAPITRE FV
l'enseignement obligatoire et la liberté d'enseignement
Il y a une solidarité qu'on ne peut nier entre le droit d'enseigner attribué à l'État, l'obligation de fon 1er des écoles imposée aux communes et l'obligation de faire instruire ses enfants imposée aux pères de famille. On dira vainement que l'obligation d'ouvrir une école et celle d'y entrer sont deux choses différentes. Différentes, oui ; mais analogues, fondées sur le même principe, acceptables et nécessaires au même titre, et ccnciliables de la même façon et dans la même mesure avec la liberté d'enseignement.
Avant tout, il faut se faire de la question une idée bien précise. Premièrement, il n'est pas vrai qu'on oblige personne à s'instruire ; on oblige les pères
à faire instruire leurs enfants. Ce n'est donc pas une contrainte exercée contre des citoyens, c'est une protection accordée à des mineurs. La loi, qui veille sur tous les autres intérêts des mineurs, veille aussi sur celui-là : quoi de plus simpl;e? Elle a en outre ici un intérêt général à sauvegarder; car un enfrnt ignorant aujourd'hui, c'est dans l'avenir un homme utile de moins et un artisan de désordre de plus.
Secondement, on n'oblige pas les pères de famille à envoyer leurs enfants à l'école ; on les oblige seulement à les instruire, ce qui est fort différent. Le père de famille garde le choix des moyens; il peut enseigner lui-même, ou faire enseigner par qui bon lui semble, dans sa maison, dans une école privée. La liberté à cet égard est entière. On ne lui interdit qu'une chose, c'est de condamner son fils à l'ignorance. La tyrannie de la loi ne va pas plus loin.
^ Cela bien posé et bien établi, pour ôter toute occasion d'équivoque, voyons sur quels principes l'État s'appuie quand il donne lui-même l'enseignement et quand il oblige les communes à le donner
T&t les enfants à le recevoir. Ces principes sont au nombre de deux, qui sont aussi évidents l'un que l'autre, et que voici : Recevoir l'instruction élémentaire est le droit de chacun, et tous ont intérêt à ce que chacun la reçoive.
Ni l'un ni Fautre de ces deux principes ne pouvant être contesté, il n'y a que deux moyens d'em-
pêcher l'État d'intervenir; c'est de déclarer son intervention inutile, ou contraire à la liberté.
Qu'elle ne soit pas inutile, c'est ce que prouvent avec une égale force le raisonnement et l'expérience.
Nous ne sommes pas ici dans un pays comme l'Angleterre, où de grands cqpps font de grandes fondations et de grands établissements, où la loi donne toutes sortes de facilités aux associations et aux individus pour constituer des personnes civiles et assurer des services publics par des souscriptions particulières. Notre société est essentiellement simple; elle n'admet pas parmi les citoyens de classes légalement constituées ; elle n'admet pas d'intermédiaire entre l'État, représenté par les membres de l'administration, et les simples citoyens. 11 en résulte que nous ne connaissons d'autres établissements publics que ceux de l'État. Est-ce un bien? est-ce un mal? Que ce problème s'éloigne ; nous voulons ici constater seulement le fait, et le fait étant tel que nous venons de dire, il est impossible, dans une société ainsi organisée, que l'État renonce à donner l'enseignement et l'abandonne à l'industrie privée. On peut affirmer à priori que l'industrie privée ne trouverait pas de prix suffisant ment rémunérateur, que le nombre de maisons qu'elle élèverait demeurerait considérablement inférieur à celui des besoins, et qu'en l'absence de règle commune et d' enseignement-normal, les études
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s'en iraient à vau-1'eaa dans un abaissement et un avilissement irrémédiables. L'expérience confirme surabondamment ces données du raisonnement. L'Angleterre même, avec toutes ses ressources, était tombée bien bas pour l'instruction primaire. Ses hommes d'État en faisaient l'aveji. Pour rendre possible le bill des 25 millions, il a fallu que l'orgueil national fût sérieusement alarmé. Quant à nous, nous n'avons qu'à nous souvenir de l'état où le premier Empire a trouvé le haut enseignement et renseignement moyen; et nous avons vu de nos yeux, expérience plus voisine et plus cruelle, la profonde détresse de l'enseignement primaire abandonné à lui-môme. Aujourd'hui encore, ces 500,000 enfants élevés en jeunes sauvages, ces départements où Ton compte 70 illettrés sur 100 conjoints, cette moyenne de 33,42 conjoints illettrés pour toute la France, ne parlent-ils pas assez haut ?
Nous ne rapportons pas les faits fort exactement lorsque nous disons qu'il n'y a en France que deux choses, l'État d'une part, et de l'autre les citoyens dans leur isolement. Il y en a une troisième, longtemps confondue avec l'État, aujourd'hui très-distincte, quoique non séparée, et qui, même dans le temps de sa plus étroite alliance avec le gouvernement, avait une influence et une action propres : c'est l'Église catholique. Elle-même, l'Église catholique, malgré son ardeur de prosélytisme, ses im-
menses ressources, son organisation admirable, n'arrivait pas à fonder des écoles en nombre suffisant; à l'heure qu'il est, elle ne lutte avec quelque avantage que dans l'instruction des filles. Nul doute que si l'État , par une cause quelconque , venait à faire défaut, et à retirer sa main de l'enseignement, il n'eût pour successeur unique et immédiat le clergé de l'Église catholique. C'est sur cela que comptent certains ennemis de l'intervention de l'État, qui se disent et se croient amis fervents de la liberté, et se trouveraient suffisamment libres, si l'Église héritait de ce grand domaine, dût-elle amener avec elle quelque vieux reste d'inquisition. Pour ceux qui ne sauraient voir la liberté dans un changement de domination, et qui, maître pour maître, préfèrent celui qui, par son origine et sa constitution, est obligé à la tolérance; pour ceux surtout qui ne voient dans l'instruction que l'instruction même, et rougiraient de honte s'ils pouvaient être soupçonnés de sacrifier de tels intérêts à ceux d'un parti, il ne reste plus à tenter d'aventure, par cette raison péremptoire que nous avons chose jugée et expérience faite. Le clergé, sous la Restauration, a eu devant lui dix-huit années où rien ne gênait sa propagande. Il a fait avec courage, persévérance et intelligence tout ce qu'il a pu : on sait où nous en étions quand la puissance publique s'est réveillée. Renoncer aujourd'hui à l'œuvre de 1833 et à ses conséquences directes et nécessaires, ce serait, pour
ainsi dire, renoncer à l'enseignement même. On demande si l'intervention de l'État en matière d'instruction est utile? Oui, si l'instruction est utile. On demande si cette intervention est nécessaire? Oui, si l'instruction est nécessaire.
Nous devions d'abord poser ces prémisses avant d'aborder en elle-même la question de la liberté. Car, enfin, quelque sacrée que soit la liberté, il faut encore, si on lui fait un sacrifice, savoir ce qu'on lui sacrifie. Et, à vrai dire, on ne peut pas tout lui sacrifier. Il faut vivre pour être libre; il faut être civilisé pour être capable d'être libre. Une société d'hommes inintelligents ne peut être libre, elle ne peut être que gouvernée. Il y a entre l'intelligence et la liberté une heureuse et étroite alliance dans la société comme dans l'individu. Le plus funeste présent qu'on puisse faire à un fou, c'est la liberté; la plus grande douleur qu'on puisse infliger à un esprit puissant, c'est la servitude; et plus il est puissant, plus la servitude lui pèse. Ces deux états, un incapable qui est libre, un homme de génie qui est esclave, sont également contre nature. De même, instruire un peuple sauvage, l'initier à la civilisation, c'est infailliblement le rendre libre ; lui verser à flots la liberté avant de lui avoir versé la lumière, c'est le condamner pour longtemps à l'esclavage. On peut dire de la liberté qu'elle vit de sacrifices, jusqu'à ce qu'elle ait assez grandi, avec les moeurs et )*f bon sens public, pour vivre de sa propre force.
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Elle n'a rien à craindre de personne quand elle n'a plus lieu de se craindre elle-même.
Qui pèsera attentivement ces vérités sur lesquelles aucun dissentiment ne parait possible comprendra le paradoxe de notre situation actuelle, où la liberté sans limites est réclamée par un parti qui n'a pas mis jusqu'ici sa gloire à combattre le principe de l'autorité, tandis que les libéraux les plus sincères implorent l'intervention de l'État dans l'enseignement et renseignement primaire obligatoire.
En vérité , quand on veut bien ne pas déplacer la question, on reconnaît qu'il ne s'agit pas de demander à la liberté des sacrifices. Ni l'intervention de l'État dans l'enseignement à tous ses degrés, ni l'enseignement obligatoire, ne sont des restrictions à la liberté; la première parce qu'elle accepte la liberté pour auxiliaire et pour rivale, la seconde parce qu'elle n'est au fond que la punition d'un double délit, délit contre l'enfant, délit contre la société entière.
En effet, quels sacrifices demande-t-on à la liberté? Où sont-ils? Certes, si on regarde la France, la liberté d'enseignement n'y est pas entière, puis* que la grande propagation des idées par l'enseignement supérieur y est interdite. C'est un malheur pour la civilisation et pour la France. C'est une diminution, une abdication de son rôle séculaire. C'est un sacrifice de ses intérêts permanents et des grands intérêts de l'humanité à de mesquines in-
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quiétudes du moment, qui n'ont pas même l'excuse d'être plausibles. Mais pour renseignement secondaire, et surtout pour l'enseignement primaire,dont il s'agit ici spécialement, que leur manque- t-il? L'abolition des grades? Cette misère ne vaut pas la peine d'en parler. A le diplôme qui le veut. Il faut aussi un diplôme pour être avocat ou médecin, et pourtant ce sont là des professions libres. Ne nous livrons pas à de vaines exagérations. Au surplus, n'est-ce que cet examen qui nous sépare de la liberté ? Ne nous obstinons pas pour si peu. Renonçons de bonne grâce, non à le faire passer et à le subir, mais à l'exiger; il n'en deviendra que moins facile et plus significatif. De quoi se plaindra ensuite la liberté? De la surveillance? Hélas! tout le monde est surveillé dans un État policé. La surveillance est nécessaire à la répression, et ce n'est pas la répression qui fait obstacle à la liberté, c'est la prévention. Il suffit que la surveillance ne se rende pas gênante, qu'elle ne porte pas sur les méthodes» qu'elle se borne à constater que les lois générales ne sont pas violées, et qu'elle défère les délits, s'il y en a, à la justice ordinaire. Il n'y a plus d'autorisation préalable, plus d'interdiction contre les corporations ou les personnes; tout ce qui est toléré dans l'État est toléré dans l'enseignement : nous sommes donc libres. Mais l'État enseigne à côté de nous et nous écrase par sa concurrence? Non. Les lycées de Paris n'écrasent ni Sainte-Barbe, ni Roi-
lin, ni Stanislas, ni Juilly ; ils n'écraseront aucune école qui vaudra autant qu'eux ou plus qu'eux. Que rêve-t-on? De rivaliser avec l'Université comme corps? C'est un rêve qui ne peut venir en France qu'au clergé, et à lui seul. Le reste de la nation n'a aucun intérêt dans cette ambition, et se soucie médiocrement qu'elle réussisse. Mais si le clergé, même régulier, et les laïques, même philosophes, veulent entrer en rivalité contre un lycée ou une école du gouvernement, c'est une entreprise parfaitement réalisable. Il ne s'agit que de mieux faire. La lic£ est ouverte, et cette concurrence dont on a tort de se plaindre empêche ou retarde la décadence des lettres et honore la profession d'instituteur, en imposant à l'industrie privée un certain niveau de capacité et de moralité.
On dit que, dans les écoles primaires, la concurrence contre les écoles publiques est tellement difficile, qu'il n'y a, en tout, en comptant les écoles de garçons et les écoles de filles, que 13,983 écoles privées, contre 54,558 écoles publiques. Cette comparaison ne prouve rien ; ce qu'il faudrait établir, c'est le nombre des communes où l'instituteur privé trouverait le moyen de vivre, si Ton supprimait l'école publique. C'est une recherche facile à faire, ou pour mieux dire, c'est une recherche toute faite, car nous en avons tous les éléments, en nous appuyant, il est vrai, sur la statistique de 1871, celle de 1872 n'étant pas terminée au moment où nous
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écrivons. En 1871, la dépense des écoles primaires publiques s'est élevée à 60,109,059 francs. Sur ce chiffre, l'État, les départements et les communes ont donné 43,594,416 francs1; les familles, par la rétribution scolaire, ont contribué pour 16,514,643 francs. On sait quelle est la situation misérable des instituteurs et des institutrices avec le budget total de 60,109,059 francs. Supposons ce budget réduit à l'apport des familles, c'est-à-dire à 16,514,643 fr; combien restera-t-il d'écoles? Comment seront rémunérés les maîtres î II résulte évidemment de ces faits, que renseignement primaire est impossible sans les subventions de l'État, des départements et des communes. S'il y eut jamais une vérité incontestable, c'est celle-là. Dira-t-on qu'indépendamment de la rétribution scolaire, les écoles, livrées toutes à l'industrie privée, pourront recevoir des dons et legs? Il est vrai; et nous avouons même que, dans les 60 millions que nous coûte l'instruction primaire publique, nous avons compté le produit des dons et legs. Ils s'élèvent pour toute la France à la somme de 919,622 francs. Nous dirons donc, si l'on veut, qu'après que l'État, les départements et les communes auront retiré leur main, l'instruction primaire sera dotée de 17,434,265 francs. Elle ne per-
1 An moment où s'imprime cette édition, l'Assemblée nationale nomme une commission pour examiner diverses propositions tendant à augmenter le traitement *nintmmn des instituteurs et des institutrices. La loi présentée par mol en 1871, pour faciliter l'admission à la pension de retraits, et en améliorer lea conditions, a été renvoyée à cette commission! et la commission nommée en 1871 en a été dessaisie.
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dra que 42,674,794 francs1. Le traitement des instituteurs tombera à 180 francs en moyenne. A ce prix, combien aura-t-on d'instituteurs ? Combien en aurat-on de capables ? 11 n'est donc pas ici question de concurrence. L'État ne prend pas la place de l'industrie privée. Il prend une place que l'industrie privée laisserait vide.
N'oublions pas qu'avec le secours de ces 20 ou 22 millions fournis par l'État, les départements et les communes, l'instruction primaire est loin d'être florissante. Ce n'est pas 20 millions qu'il faudrait lui donner, si on la traitait comme elle devrait être, c'est plus de 40. Tenons-nous-en aux 20 millions : si le Trésor public les retire, qui les donnera à sa place? Est-ce une compagnie? est-ce une souscrip-
4 Les ressources appliquées à l'instruction primaire en 1871 se répartissent ainsi:
Dons et legs « 919,622
Revenus ordinaires communaux 11,148,160
Centimes ordinaires spéciaux des communes 8,688,074
Centimes extraordinaires Totés par les communes pour la gratuité
absolue 1,875,398
Eétribution scolaire 16,514,643
Centimes ordinaires spéciaux des départements 5,485,000
Subvention de l'Etat 8,629,701
Dépenses facultatives Allocations communales, revenus ordinaires, reste des centimes
spéciaux, centimes extraordinaires 1,296,451
Allocations départementales, reste des centimes spéciaux, centimes extraordinaires 5,552,000
Soit pour les dépenses obligatoires 63,260,604
Et pour les dépenses facultatives 6,848,455
En tout 60,109,059
tion? est-ce le clergé catholique lui-même? Si ce clergé, qui est riche, généreux et actif, pouvait donner 20 millions à l'instruction primaire, il les donnerait dès aujourd'hui, et il soutiendrait la concurrence à armes égales. Au lieu de cela, que faitil? Il a, dans toute la France, en 1872, 644 écoles libres de garçons. Donc, encore une fois, il faut opter entre ces deux alternatives : ou des écoles publiques, ou pas d'écoles. Quelle est donc au fond la liberté qu'on demande ? La liberté d'être ignorant, c'est-à-dire, dans un bref délai, la ruine de la liberté.
Parmi les instituteurs des 37,207 écoles publiques, nous trouvons 2,955 congréganistes ; c'est un autre côté de la question, qui va nous fournir une nouvelle réponse à ces partisans exclusifs de la liberté. Qu'est-ce que le corps des instituteurs? Est-ce une confrérie? Nullement : les instituteurs des Vosges sont parfaitement étrangers à ceux de la Bretagne. Ce n'est pas comme dans les autres administrations, où chaque fonctionnaire est dans la main du pouvoir central, qui peut à son gré le transporter à l'autre bout de la France. Les instituteurs, et ce n'est pas un mal, sont attachés au terroir. Ils font partie d'une inspection, d'un département, d'une académie si l'on veut; le monde finit pour eux, au point de vue administratif, avec ces limites. Ils ne passent pas hiérarchiquement d'une école à une autre, ils ne sont pas gouvernés par des chefs sorti?
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de leurs rangs; ils n'appartiennent pas même à l'Université, depuis qu'on les a mis sous la main des préfets. Ils se recrutent à la vérité dans les écoles normales; mais ces écoles sont départementales, sans autre lien entre elles qu'un règlement commun, et il s'en faut de beaucoup que le personnel des 37,000 écoles soit recruté tout entier dans les 76 écoles normales que nous possédons, et qui, avec les 7 cours normaux qui leur servent d'auxiliaires, ne renferment guère plus de 3,000 élèves. Il sort chaque année de ces écoles 1,052 jeunes maîtres ; il en faudrait, pour que le recrutement fût complet, 2,179. Les instituteurs ne forment donc pas, à proprement parler, un corps, puisqu'ils ne sortent pas d'un séminaire unique, et qu'ils ne sont ni choisis ni gouvernés par un pouvoir central ; surtout, ils ne forment pas un corps fermé aux ecclésiastiques. Deux écoles normales sur 76, deux cours normaux sur 7, sont dirigés par des congréganistes ; ces quatre établissements comptent ensemble 128 élèves, nombre assez peu considérable quand on le compare aux 3,176 élèves-maîtres formés par des professeurs laïques. Si peu important que soit ce nombre, il prouve au moins que les frères peuvent être appelés à diriger des écoles normales ; les vœux des conseils généraux à cet égard sont toujours consultés et suivis. Les frères sont parfois chargés de la direction d'écoles communales, puisqu'il y a 2,002 congréganistes parmi les instituteurs publics. Nous avouons
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que c'est une proportion presque insignifiante. On peut en donner plusieurs raisons : Tune, c'est que la congrégation des frères de Saint-Yon, qui fournit la plupart des instituteurs congréganistes, ne donne jamais â une commune que trois frères à la fois, ce qui entraîne de grands frais ; une autre raison encore, c'est que les frères ne se chargent pas des écoles mixtes, ce qui exclut d'emblée 12,490 écoles. Peut-être aussi y a-t-il une préférence des conseils municipaux en faveur des laïques. On peut même croire que cette préférence est un fait certain ; mais que prouve-t-elle ? De 1833 à 1852, ce n'est pas l'administration de l'instruction publique, ce n'est pas l'État qui nomme les instituteurs ; c'est le public lui-même, puisque ce sont, jusqu'en 1850, les comités d'arrondissement sur la présentation des conseils municipaux ', et depuis cette époque, jusqu'en 1852, les conseils municipaux eux-mêmes. Pendant ces deux périodes, s'il arrive que le clergé ait le dessous devant le pays, ce n'est pas à l'État intervenant qu'il doit s'en prendre, c'est à lui-même : il fait librement concurrence aux laïques, et il est battu. Voilà les faits dans leur réalité, qui ne laissent pas subsister grand'chose de l'objection. Il est vrai que ie conseil municipal choisit l'instituteur sur une double liste, dont l'une est dressée par le conseil académique ; mais d'abord le clergé a ses représen-
I Loi du 28 juin 1833, art. M, v
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tants dans le conseil ; il ne faut pas oublier, et surtout il ne doit pas oublier que c'est lui, lui-même, qui a fait la loi de 1850 et par conséquent la composition du conseil académique; ensuite, la seconde liste est purement et uniquement cléricale, dressée par les supérieurs des congrégations, et ne contenant que des congréganistes *. On concevrait donc à la rigueur qu'il pût s'élever des plaintes contre le mode de nomination des instituteurs usité jusqu'en 1852 ; il y en avait de justes ; la loi était bien loin d'être parfaite ; il n'est pas même démontré qu'elle fit libérale. Mais la plainte est permise à tout le monde, excepté aux congréganistes; car la loi est certainement partiale en leur faveur.
J'avoue que la nomination appartient aux reoteurs, depuis le décret-loi du 9 mars 1852, et aux préfets depuis la loi du 14 juin 1854. Les préfets de l'empire ont-ils été systématiquement hostiles aux congrégations? Nul n'oserait le prétendre. La loi d'ailleurs mettait quelque restriction à leur autorité. Elle les obligeait à prendre l'avis du conseil municipal, non pas sur le choix de la personne, mais sur l'option entre un maître laïque et un maître congréganiste. On dira qu'obligés de prendre cet
4 Art. 31 de la loi du 15 mare 1850. « Les instituteurs communaux sont nommés par le conseil municipal de chaque commune, et choisis; soit sur une liste d'admissibilité et d'avancement dressée par le conseil académique du département, soit sur la présentation qui est faite par les supérieurs pour les membres des associations religieuses rouées à renseignement et autorisées par la lot on ttconnues comme établissements d'utilité publique. »
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avis, ils n'étaient pas obligés à le suivre. Il est vrai. Cependant, quel est le préfet qui, devant un avis exprimé par le conseil municipal, refuserait de nommer un instituteur congréganiste, s'il n'a pas pour ce refus des raisons capables de couvrir sa responsabilité? L'empire ne faisait pas la guerre au catholicisme ; la république ne Ta pas faite davantage. Attentive à faire respecter la lettre et l'esprit de la loi, elle n'a jamais donné d'autre règle aux préfets, dans cette matière délicate, que de se conformer au vœu de la majorité des pères de famille. Il ne faut donc pas imputer à l'État le petit nombre des instituteurs congréganistes, ni prétendre que son intervention, dans la limite où elle s'exerce, puisse être contraire soit à la liberté de conscience, soit à la liberté d'enseignement.
Passons maintenant de l'intervention de l'État dans l'enseignement au principe même de l'instruction obligatoire. En quoi blesse-t-il la liberté? C'est, dit-on, qu'il importe à la liberté des citoyens de ne pas être gênés dans l'exercice de l'autorité paternelle. Mais le père se sent-il gêné dans l'exercice de son autorité parce que la loi, prévoyant un cas heureusement très-rare, l'oblige à nourrir son enfant ? Non certes ; car obliger un père à nourrir son enfant, c'est l'obliger à remplir un devoir plusjstrict que celui de respecter le bien d'autrui ; et la défense de voler n'est comptée par personne pour une regrettable restriction de la liberté. C'est tout au plus
4^ o* rs* ^w
fïïsrivsusiTrï
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une restriction de la liberté des voleurs, comme l'obligation de nourrir son enfant est une restriction de la liberté des pères dénaturés. Ce n'est pas sur un terrain pareil que peuvent se placer des libéraux dignes de ce nom pour réclamer avec dignité le maintien ou l'extension des libertés publiques. Si la loi peut, sans violer la liberté, imposer au père le devoir de nourrir son fils, comment violera-t-elle la liberté en lui imposant le devoir de l'instruire ? Le père qui, pouvant donner de l'éducation à son fils, ne lui en donne pas, est-il coupable, oui ou non? Mais, dit-on, c'est que la loi est subordonnée à la morale sans lui être identique; mal élever son enfant est une faute purement morale, que la conscience seule peut punir. Mauvaise objection, car il s'agit ici d'un tort fait à un tiers, ce qui rend l'intervention de la loi non-seulement légitime, mais indispensable. Ajoutons encore que ce tiers est un enfant, un mineur, incapable de se protéger lui-même, et surtout de se protéger contre son propre père. Tout commande l'action de la loi. Ce sont là les vrais principes, personne ne peut le nier; donc la loi est dans le droit en exigeant l'éducation ; et elle ne fait pas en cela autre chose que ce qu'elle fait ailleurs, quand elle impose le respect de la propriété, de l'ordre public, de la foi conjugale. Si une fois on admet que l'instruction obligatoire est une atteinte à la liberté, tout le Code pénal y passera. Il y a plus : la faute du père, et disons sur-le-champ la faute de tous
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ces pères qui, en 1863, laissent 600,000 enfants dé pourvus d'éducation et 500,000 en 1873, est à la fois une faute contre les victimes et une faute contre la société entière. La société est donc armée pour les punir, du droit qu'elle a de protéger les tiers, de oelui qu'elle a de protéger les mineurs et les impuissants, et enfin de celui qu'elle a de se protéger ellemême, Est-ce que, par hasard, le droit de commettre un délit contre son enfant et contre la société fait partie de la liberté ? Comment se fait-il que ce délit, qui est un des plus odieux et des plus pernicieux, trouve tant d'honnêtes défenseurs, et que les marâtres, les adultères, les voleurs, les faussaires, n'en trouvent point? La liberté, dites-vous? Mais chaque fois qu'on instruit un citoyen, on travaille pour la liberté ; chaque fois qu'on empêche l'instruction de se répandre, on travaille contre la liberté 1 Voilà le vrai. Hors de là, il n'y a que sophismes. Fermer plus de 30,000 écoles, autoriser l'ignorance de plus de 500,000 enfants, et appeler cela de la liberté, c'est pour le moins se tromper soi-même. Gomme il n'y a aucun moyen de séparer l'instruction et la liberté, il n'y a non plus aucun moyen de nuire à l'instruction sans nuire à la liberté.
Il reste une objection tirée de l'immoralité des écoles publiques.
Pour instruire mon fils, je dois l'envoyer à l'école. Dans l'école que m'ouvre l'État, on enseigne une morale que je repousse. J'aime mieux pour
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mon fils l'ignorance avec ses suites, c'est-à-dire la pauvreté et la dépendance éternelle, véritable esclavage civil, que le contact d'une doctrine immorale.
Quoique, en matière de principes, la possibilité du fait suffise pour fonder une objection, on nous per mettra de discuter d'abord le fait lui-même.
Nous espérons bien que personne n'osera parler sérieusement de l'immoralité de nos écoles. En 1843 et 1844, on a dit, on a même prêché que l'Université était la sentine de tous les vices, et que ses chaires étaient des écoles de pestilence. On sera moins sévère aujourd'hui pour nos instituteurs, dont la liste, comme on sait, a été épurée en 1849 et en 1850 ; qui, depuis cette époque, ont vécu d'abord sous une loi faite par le clergé contre l'Université, et ensuite sous une autorité fort indépendante de l'Université, et gouvernée uniquement par l'intérêt politique. Quelle serait la doctrine enseignée par les instituteurs, et qui ferait peur à d'honnêtes gens? Est-ce une doctrine religieuse , ou une doctrine politique? On n'enseigne pas la métaphysique dans nos écoles primaires; on n'y discute pas la religion; on n'y parle pas de théologie. La loi de 1850 inscrit en tête du programme de l'instruction primaire € l'instruction morale et religieuse1. » Ce sont de grands mots et de grandes choses; mais il ne s'agit pas d'un grand enseignement. Tout se borne, pour la reli-
• Loi du 1* mars 1850, art. tt.
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gion, i la récitation du catéchisme, et pour la morale,àd'hon ne te s conseils, dont les petits événements de l'école font naître l'occasion, et qui se gardent bien de prendre jamais une tournure dogmatique. Pour empêcher les maîtres de dogmatiser, la loi a multiplié les précautions, précautions qui semblent fort inutiles à ceux qui connaissent notre personnel; mais on a cru avec raison qu'il fallait, en telle matière, se préoccuper de désordres absolument invraisemblables, et pousser la prudence jusqu'à l'excès. « Les autorités locales préposées à la surveillance et à la diretion morale de l'enseignement primaire sont, pour chaque école, le maire, le curé, le pas* teur ou le délégué du culte israélite... Les ministres des différents cultes sont spécialement chargés de surveiller l'enseignement religieux de l'école... L'entrée de l'école leur est toujours ouverte1... »Ces précautions ont paru suffisantes, en 1850, à M. de Falloux et à ses amis, et nous avouons qu'elles nous inspirent la même sécurité. S'agit-il donc de .-a politique ?
On le disait un jour, au congrès de Bruxelles» dans un discours plein de cœur et de talent : « L'instruction obligatoire est une arme redoutable, qu'on ne peut confier en conscience qu'à un gouvernement ami. > C'est supposer bien des choses. D'abord, c'est confondre l'instruction obligatoire avec l'école obli-
1 Même loi, art. 44.
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gatoire, confusion que font perpétuellement nos adversaires, et que nous ne devons pas nous lasser de combattre. Ensuite, c'est imaginer, un peu gratuitement, si j'ose le dire, qu'on fera de la politique dans les écoles primaires. Quelle politique? Est-ce par hasard l'histoire contemporaine ? Il y a eu bien des réclamations quand on a voulu l'introduire dans les classes de philosophie ; mais qui donc pensera à la glisser entre l'alphabet et la grammaire de Lhomond ? Enfin, si les maîtres s'avisaient de faire l'éloge du gouvernement, car c'est de cela qu'on a peur (il faut être bien facile à effrayer), les enfants sauraient-ils bien de quoi il est question? Ceux qui trouveraient d'autres opinions dans leur famille changeraient-ils, on n'ose pas dire d'avis, au gré de leur maître d'écriture? L'éducation qu'on reçoit à l'école est très-puissante et laisse de longues traces ; mais ce n'est pas en matière politique. L'enseignement, pour cela, se fait dans la maison, et non à l'école. Il faut connaître les partis, ou ne pas s'en mêler. Qui ne se souvient de ce catéchisme du premier Empire, où les devoirs envers € notre empereur Napoléon 1* » tenaient une si belle place* ? Ce
1 Catéchisme à l'usage de toutes les Églises de ? Empire français, Paris, 1806. Seconde partie, leçon 7 (p. 68) : « D. Quels sont les devoirs des chrétiens à V égard des princes qui les gouvernent, et quels sont en particulier nos devoirs envers Napoléon /•*, notre empereur ? — R. Les chrétiens doivent aux princes qui les gouvernent, et nous devons en particulier à Napoléon I", notre empereur, l'amour, le respect, l'obéissance, la fidélité, le service militaire, les tributs ordonnés pour la conservation
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n'est pas là ce qui lui gagnait des adhérents. Il n'y a, du reste, qu'à vérifier l'état de nos écoles ; on s'y occupe surtout de la règle des participes. Nos insti-
et la défense de l'Empire et de son trône; lions lui devons encore des prières ferventes pour son saint et pour la prospérité spirituelle et temporelle de l'État. — D. Pourquoi sommet -nous tenus de tous ces deooirs envers notre empereur ? — R. C'est premièrement parce que Dieu, qui crée les empires et les distribue selon sa volonté, en comblant notre empereur de dons, soit dans la paix, soit dans la guerre, Ta établi notre souverain , l'a rendu le ministre de sa puissance et son image sur la terre. Honorer et servir notre empereur est donc honorer et servir Dieu même. Secondement, parce que N.-S. J.-C., tant par sa doctrine que par ses exemples, nous a enseigné lui-même ce que nous devons à notre souverain : il est né en obéissant à l'édit de César Auguste; il a payé l'impôt prescrit; et de même qu'il a ordonné de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, il a aussi ordonné de rendre à César ce qui appartient à César. — D. N'y a-t-il pas des motifs particuliers qui doivent plus fortement nous attacher à Napoléon /*, notre empereur? — R. Oui, car il est celui que Dieu a suscité dans les circonstances difficiles pour rétablir le culte public de la religion sainte de nos pères, et pour en être le protecteur. Il a ramené et conservé l'ordre public par sa sagesse profonde et active ; il défend l'État par son bras puissant ; il est devenu l'Oint du Seigneur par la consécration qu'il a reçue du souverain pontife, chef de l'Église universelle. — D. Que doit-on penser de ceux qui manqueraient à leur devoir envers notre empereur? — R. Selon l'apôtre saint Paul, ils résisteraient à l'ordre établi de Dieu même et se rendraient dignes de la damnation éternelle. — D. Les devoirs dont nous sommes tenus envers notre empereur nous lieront» ils également envers ses successeurs légitimes dans l'ordre établi par les constitutions de l'Empire ? — R. Oui, sans doute ; car nous lisons dans la sainte Écriture que Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, par une disposition de sa volonté suprême et par sa providence, donne les empires, non-seulement à une personne en particulier, mais aussi à sa famille. — D. Quelles sont nos obligations envers nos magistrats ? — R. Nous devons les honorer, les respecter et leur obéir, parce qu'ili sont les dépositaires de l'autorité de notre empereur. — D. Que nous est-il défendu par le quatrième commandement ?— R. D nous est défendu d'être désobéissants envers nos supérieurs, de leur nuire et d'en dire damai. »
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tuteurs sont des gens sages, et les opposants les plus déterminés doivent être aussi rassurés sur leur politique, à l'intérieur de l'école, que les catholiques sur leur philosophie.* Peut-être, dans quelques cantons reculés, a-t-on conservé l'habitude de souhaiter la fête de M. le maire. La politique des écoles primaires ne hasarde rien au delà.
Il ne faut pas dédaigner les scrupules dont nous parlons : d'abord parce que tous les scrupules de conscience sont respectables, et ensuite, parce qu'à la rigueur il pourrait se produire des abus. Il ne faut pas non plus les exagérer, et surtout il faut s'habituer soi-même, en matière d'éducation, à ne pas sacrifier un principe à un accident. Que la pré* occupation politique s'introduise dans l'éducation, et il n'y aura bientôt plus d'école. Chaque parti voudra profiter de sa vogue pour toucher à l'éducation de la jeunesse. On fera des réformes improvisées, qu'il faudra défaire le lendemain. La première leçon que l'âge mûr donnera à l'enfance sera celle de l'instabilité. Épargnons ce malheur aux générations qui s'élèvent, et à nous ce remords. Estimons assez nos adversaires, et même nos ennemis, pour croire que quand ils assument à un degré quelconque la direction morale de l'enfance, ils le font en serviteurs de l'humanité et de la civilisation, et non pas en hommes de parti, !
Après avoir dit cela, il n'est que juste de reconnaître que les principes ne s'accommodent pas d'une
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réponse de fait. Nos écoles sont inoffensives, c'est un fait. Qu'en résulte-t-il ? Qu'elles sont inoffensives, rien de plus. Elles peuvent, à la grande rigueur, cesser de l'être. Il suffit de la possibilité. Quoique l'intérêt de l'éducation soit au-dessus de tout, si jamais la conscience était engagée, il faudrait condamner ses enfants à l'ignorance plutôt que de livrer le«r âme. A l'époque des persécutions romaines, quand les empereurs fermaient les écoles chrétiennes et ordonnaient de convertir tous les enfants au paganisme *, il était du devoir d'un père de repousser cette instruction achetée par une apostasie. Sous Louis XIV f, et sous Louis XV \ ce fut un acte odieux de tyrannie que de rendre les écoles catholiques obligatoires pour les enfants protestants. Presque de nos jours, un empereur de Russie a renouvelé ces sinistres souvenirs en faisant élever par force les jeunes catholiques ruthéniens dans les séminaires orthodoxes \ Ce sont là les grandes et détestables persécutions. 11 y a aussi les petites, qui peuvent être inaperçues.que quelques-uns excusent,
*i Voyez les Lettres de ^Empereur Julien, Lettre XLH. Of. Joies Simon, la Liberté de conscience, 5* édition, p. 47.
l Voyez Tédit d'octobre 1685, portant révocation de redit de Nantes. Voyez aussi l'édlt de janvier 1686, portant c que les enfants des rellgionnalres seront mis, à compter de 5 ans, entre les mains de leurs parents catholiques, et» s'ils n'en ont pas,' en celles des catholiques qui seront nommés par les juges, pour être élevés dans la B. 0. A. et B. » Anciennes Uns françaises, t, XIX, p. 880 sqq. et 543 sq.
s Déclaration du 14 mai 1724, art. 4, 0, 6, 7. Anciennes lois françaises, t. XXI, p. 263 sq. Cf. La Liberté de conscience, p. 122.
4 Vovez l'oukase du 21 mars 1840. Cf. Vicissitudes de F Église satholique des deux rites, par le [P. Theiner, traduit en français, areo une préface de H. de Hontalembcrt, t. H, p. 823 sqq.
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et qui n*en sont que plus cruelles pour les conscien* ces délicates. D'ailleurs, le droit de la liberté est d'être garantie, et de ne pas dépendre des circonstances, de la modération d'un adversaire, de la douceur générale des mœurs. La liberté est-elle privée de ses garanties légitimes par la loi qui rend l'initruction obligatoire? Ce serait grave, même en l'absence de tout péril. Mais il n'en est rien; personne ne songe à imposer une école; on exige seulement que l'enfant sache lire, ou que le père fournisse la preuve que les moyens ont manqué pour le lui apprendre. Cette école vous alarme ? Elle n'est pas seule. Choisissez celle qui vous rassure. Il n'y en a pas d'autre à proximité? Soyez vous-même le maître : la loi ne demande impérativement que la lecture et l'écriture; c'est un enseignement qui n'exige pas une grande dépense de temps. Vous êtes complètement illettré ? Vous trouverez bien autour de vous un ami, un protecteur de l'enfance, le curé ou quelque autre, qui donnera des leçons à votre enfant. Au besoin, voue pourrez placer votre fils, comme pensionnaire ou comme apprenti, suivant votre condition ou vos ressources, dans une commune voisine. L'instruction mérite bien qu'on se gêne et qu'on se déplace pour l'acquérir. Tous les jours les enfants de familles mal aisées vont chercher au loin l'instruction secondaire, dans de petits collèges où ils sont élevés durement et pauvrement. 11 faudrait être bien maltraité par le sort pour n'a-
voir aucun moyen de trouver les premières connaissances auprès de soi, ou de les aller chercher ailleurs. Un enfant se déplace plus aisément qu'un homme fait, qui peut avoir une industrie locale et qui traîne une famille à sa suite. On trouve, dans ces sortes de difficultés, des coreligionnaires qui vous aident. Quand la loi forcera tout le monde à chercher des moyens d'instruction, les pères de famille provoqueront la création d'écoles nouvelles; les écoles privées seront plus fréquentées et se multiplieront; il n'y aura plus de prétexte aux scrupules. Ces délicatesses de conscience n'ont arrêté personne en Prusse, quoiqu'on n'y dédaigne pas plus qu'ici les questions de religion et de morale. Nous nous faisons un monstre de l'obligation, comme, dans un autre genre, de la liberté du commerce, parce que tout ce qui est nu veau est terrible. Ce qui devrait peser sur les consciences, ce sont les 500,000 ignorants. Voilà une cause légitime de remords, quand il suffirait d'un article de loi pour donner la nourriture intellectuelle à tous ces abandonnés. Sur les 1 00 ,000 enfants qui ne vont pas à l'école, et les 100,000 qui ne font que la traverser, on peut jurer hardiment qu'il n'y en a pas un seul qui soit condamné à cet ostracisme par les scrupules de la conscience paternelle. N'abrilons pas une vilaine action et une honteuse conduite sous des noms et des scruDules respectables.