DISCOURS DU RÉV, MONSIEUR L. A. DEZIEL CURÉ DE BEAUPORT
Monseigneur,
Mesdames et Messi: 1rs,
Le curé et les paroissiens de Beauport ne peuvent pas ne pas redire aujourd'hui avec empressement et dans toute la sincérité de leur âme le « Quid retribuam Domino » du Prophète-Roi. Ils comprennent, en eflet,
que l'œuvre qui est l'occasion de cet immense concours de peuple, est bien l'œuvre du bon Dieu : « À Domino factum est istud.» Ils en sont convaincus et tous ceux qui connaissent les circonstances qui ont précédé ou accompagné la fondation de cette institution.
Déja—il y a près de 40 ans—(1873-76)--un homme puissant en parole et en œuvre,—colosse au point de vue intellectuel aussi bien qu'au point de vue physique, —curé de Beauport pendant 26 ans, le regretté M. Grégoire Tremblay,—avait songé sérieusement à doter sa paroisse d'une école comme celle-ci. Il s'était adressé à un homme puissamment riche, très habile, dit-on, à manier et à entasser les écus, mais qui n'était pas l'homme de la Providence pour l'accomplissement de cette œuvre. Son projet échoua.
Son digne successeur, M. A. Légaré, dont la très belle église paroissiale et le couvent proclament hautement le zèle et le dévouement pour la maison de Dieu et pour l'œuvre de l'éducation, se proposa, lui aussi, de confi2r à une communauté religieuse d'hommes, la direction des jeunes garçons, comme il avait confié précédemment la direction des jeunes filles à une communauté religieuse de femmes : l'Ecole des Frères devait être— dans sa pensée— le pendant du couvent de la Congrégation de Notre-Dame. Il caressait l'espoir de voir bientôt son œuvre accomplie, lorsque le désastreux incendie de l'église, en 1888, l'empécha de conduire à bonne fin cette belle et louable entreprise. Ce n'était pas encore l'heure de la Divine Providence.
Appelé par Mgr l'Archevèque de Québec à recueillir la lourde succession de mon prédécesseur, je compris bien vite qu'il était de mon devoir de m'occuper spécialement de l'éducation de la jeunesse. Les jeunes filles étaient déjà entre bonnes mains : elles étaient co'ifiées à la direction éclairée des bonnes Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, les dévouécs filles de la Vénérable Marguerite Bourgcoys. Je songeai à appeler c me mes coopérateurs dans l'œuvre si importante de la ‘ormation morale et intellectuelle des jeunes garcons, les Chers Frères des Ecoles Chrétiennes, les dignes disciples de St-Jean-Baptiste de la Salle, « ces vrais éducateurs qu'on retrouve sur toutes les plages du globe, partout dévoués à leur œuvre d'enseignement, remportant des succès que les ennemis de l'Eglise, eux-mêmes, ne peuvent s'empêcher de reconnaitre, » (Lettre de Mgr Bégin), et s'efforçant de se rendre toujours de plus en plus dignes des bénédictions que l'Eglise leur a prodiguées avec une élonnante profusion depuis près de trois siècles.
Je croyais, et je crois encore, que le jeune homme doit recevoir une éducation virile qui en fasse un homme de cœur, d'énergie, de caractère, —un homme: Vir. Or, ce qui développe l'énergie dans l'âme du jeune homme, ce qui trempe son caractère, c'est, il me semble, la lutte, l'épreuve, une discipline ferme, sévère même. Aussi suis-je persuadé que l'homme est plus apte que la femme à former l'intelligence et le cœur de l'homme, comme la femme est mieux qualifiée que l'homme pour former le cœur et l'esprit de la femme.
J'avais donc trouvé, dans mon rève, les maitres, les éducateurs, qui feraient de mes enfants de bons citoyens et d'excellents chrétiens. Ce n'était que la moitié de mon rêve. À ces instituteurs, à ces humbles maitres d'école, il fallait donner un abri, une maison qui püt recevoir les jeunes garçons de ma paroisse. Or, une maison d'école, comme celle-ci, ne se bâtit pas avec des mottes de neige ni même avec des prières: mon ami M. Bédard le sait bien. L'érection de cette maison d'école projetée rencontrait un obstacle très sérieux, presque insurmontable, dans la dette très onéreuse contractée par la paroisse pour la reconstruction de l'église paroissiale incendiée en 1888.
Je ne veux pas insinuer que j'ai douté un seul instant de la générosité de mes paroissiens. Leur réputation de charité et de générorité, tout le monde la connait. Au besoin, leur église et leur couvent la publieraient bien haut. Je sais qu'au premier appel i:: auraient répondu avec leur empressement et leur zèle accoutumés. Mais je ne voulais pas renouveler la politique maladroite et malheureuse de Roboam et rendre encore plus lourd l'énorme fardeau qui pèse déjà sur leurs épaules.
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Je confiai done le succès de cette œuvre à la Providence toute paternelle du bon Dieu et je me résignai à attendre des jours meilleurs.
En attendant ces heureux jours, nous nous sommes appliqués, MM. les commissaires et moi, à procurer à nos enfants des institutrices dévouées et zélées, possédant toutes les connaissances pédagogiques qui rendent l'enseignement fructueux. Les progrès de leurs élèves nous donnent l'assurance que nous avions fait un excellent choix. Je suis heureux de profiter de cette circonstance pour leur offrir publiquement notre sincère reconnaissance et les assurer que nos vœux de bonheur et de succès les accompagneront partout où elles enseigneront.
Je vivais donc de désir et d'espérance. J'attendais patiemment l'heure de la divine Providence, lorsqu'un jour la charité de mon bon ange, ou peut-être celle des bons anges de mes enfants, me fit pressentir que l'autre moitié de mon rêve allait se réaliser bientôt.
En effet, un homme se rencontra, excellent chrétien, sincère ami de l'éducation, modèle du travail et de régularité, favorisé des biens de la fortune par le Maitre de tous les biens, ayant la parfaite intelligence de Ja doctrine évangélique sur l'emploi des richesses de ce monde. Puissamment secondé par une femme éminemment chrétienne, « riche en bonnes œuvres, » (Act. 9, 36), qui n'avait pas de plus grande joie que d'ouvrir bien larges au pauvre, à l'indigent, à l'affligé, sa main et son cœur, conseillière sage et discrète, M. Bédard se mit à l'œuvre, triomphant des obstacles et des difficultés que rencontrent nécessairement les œuvres du bon Dieu ; puis, comme par enchantement, ce temple de l'éducation sortit de son cœur et de sa bourse. 1] était content. Je n'ai pas besoin de vous dire que nous l'étions davantage. Quid retribuam Domino ?
La direction du collège fut offerte aux chers Frères des Ecoles chrétiennes. Ils l'acceptérent à notre grande satisfaction. La présence du T. R. Frère Visiteur me fournit l'heuseuse occasion de le remercier bien sincèrement et de lui donner l'assurance que ses chers Frères ont été accueillis iei comme des frères et qu'ils sont déjà des nôtres. Nous prions leur père S. Jean-Baptiste de la Salle de vouloir bien bénir et récompenser leur dévouement et leur zèle et, en mème temps, la bonne volonté de nos enfants.
Le collège était donc une réalité : personne ne pour vait plus en douter. Son fondateur avait bien mérité de la société domestique, de la société civile et de la société religieuse. L'Eglise le reconnut volontiers.
Aussi l'ange de Celui qui préside avec tant de distinction et de sagesse aux destinées de l'Eglise de Québec, traversa l'Océan et alla murmurer à l'oreille de NX. S. P. le Pape Pie X—le nom de cet excellent ami de l'éducation. Et N. S. P. le Pape Pie X, modèle et gloire des curés, voulant le récompenser, le consacra par son autorité suprème Chevalier de la charité en lui faisant parvenir les insignes de l'Ordre illustre de Saint Grégoire le Grand.
Je vous prie, M. le Chevalier, de bien vouloir agréer, à l'occasion de ce titre honorifique qui vous a été conféré, par la plus haute autorité de la terre, les félicitations les plus sinc'res du curé et des paroissiens de Beauport, et l'hommage de leur plus sincère et cordiale gratitude pour la fondation de cette Ecole des Frères, Providence de nos enfants.
Nous demandons instamment à tous les enfants, qui fréquenteront les classes de cette institution, de se rappeler dans leurs prières les noms de leurs insignes bienfaiteurs et de leur prouver par un travail assidu et
intelligent, par une Constante docilité et par une conduite exemplaire qu'ils n'ont pas obligé des ingrats.… « Laudate pueri Dominum, laudate nomen Domini.»
Je n'insiste Pas davantage sur l'importance et la beauté de l'œuvre que Vous avez accomplie au milieu de nous, M. le Chevalier. Je veux respecter votre volonté formelle qu'on ne vous garoche pas avec ces pierres, si aimables Poarlant, qu'on appelle des compliments et des louanges. Dieu sait ce que vous avez fait, et nous, nous savons que le bon Dieu récompense royalement même un verre d'eau froide donné en son nom ; cela nous suffit. Gratias agimus tibi.
à un autre brave citoyen de Beauport ; j'ai nommé M. Eümond Giroux, le digne président de la commission scolaire de cette paroisse,
Grâce à sa grande intelligence des affaires, à son
Je sais bien, je le dis avec plaisir en cette circonslance solennelle, je sais bien que le concours généreux,
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zélé et éclairé de MM. les membres de la commission scolaire a toujours été acquis à leur digne président. Tous ont compris de suite les avantages incontestables de la fondation d'une École des Frères pour leur paroisse. Aussi ils ne lui ont pas ménagé leurs sympathies et n'ont pas reculé devant le sacrifice de leur temps et de leurs loisirs pour en assurer le succès. Un merci du cœur à ces braves amis de l'éducation et à leur distingué président.
Je dois plus qu'une mention honorable à M. le maire et à MM. les conseillers, ainsi qu'a MM. les marguillers. L'Ecole des Frères a conquis, dès son origine, toutes les sympathies ; lesquelles sympathies ont été exprimées par de belles et de bonnes paroles et surtout par des actes. Je les en remercie bien cordialement. Tous les citoyens de cette paroisse— même ceux qui ont cédé, moyennant compensation, leurs terrains aux fideicommissaires du collège—ont aimé à participer à une œuvre patriotique et religieuse, qu'ils savaient hautement patronée par Votre Grandeur, Monseigneur.
Nous n'oublions pas, Monseigneur, le grand intérêt que vous avez porté à cette fondation. Nous savons que vous en avez suivi les développements avec une sollicitude toute pastorale. Les lettres si belles et si paternelles que V. G. nous a écrites soit pour approuver l'œuvre, soit pour nous encourager à la conduire à bonne fin, seront précieusement conservées dans les archives du collège: la génération actuelle et les générations futures les liront et reliront toujours avec intérêt et avec profit. Le fait d'avoir daigné venir vous-même, - Monseigneur, présider cette belle cérémonie, nous donne l'assurance que notre école peut compter sur votre puissante protection et sur votre paternelle bénédiction. Vous avouerez aisément, Monseigneur, que nous avons