SON ORIGINE
La paroisse de Beauport.—Sa population.— Désirs de MM. les curés Tremblay et Légaré de fonder une école de Frères pour garçons.— Obstacles.—M. le curé Déziel a pu mettre à exécution ce projet.
À une lieue de Québec, sur les bords du fleuve St-Laurent, est située la belle et historique paroisse de Beauport. Son origine remonte aux premiers temps de la colonie. En effet, la première seigneurie concédée par la Compagnie des Cent-Associés ou de la Nouvelle- France fut celle de Beauport. C'est le 1* janvier 1634 que cette concession a été faite à Robe: ffard chirurgien de la Nouvelle France ‘. La seig.. irie, sur une lieue de longueur s'étendait depuis la rivière appelée Notre-Dame de Beauport, aujourd'hui petite rivière, jusqu'au Sault Montmorency. Elle avait une lieue et demie de profondeur. Le 31 mars 1653 M. de Lauzon gouverneur de la Nouvelle-France concéda au même Robert
@) Notes sur les archives de N.-D. de Beauport, 1ere livraison p.5.
Giffard deux lieues et demie de profondeur, ce qui faisait en tout quatre lieues de profondeur ‘’,
On peut se demander d'où vient ce nom de Beauport. Voici ce que répond à ce sujet M. P.-G. Roy dans son livre sur Les noms géographiques de la Province de Québec. « On croit généralement que Robert Giffard était sieur de Beauport et que c'est de lui que la seigneurie et la paroisse de Beauport tirent leur nom. M. Langevin, plus que tout autre, a contribué à répandre cette erreur. ? Dans son contrat de mariage passé devant Mtre Poitevin le jeune à Mortague, Perche, le 12 février 1628, Giffard est qualifié de sieur du Marcel. Avant même 1634, la rivière Beauport était connue sous le nom de « Notre-Dame de Beauport ». Nous voyons cela en toutes lettres dans l'acte de concession accordée à Giflard le 15 janvier 1634. Ce n'est doic pas Giffard qui a donné son nom à la seigneurie de Beauport mais bien cette dernière qui l'a qualifié.
« Mais alors d'où vient ce nom de Beauport ? Sur la côte de Bretagne, remarque M. Edmond Roy, il y a une baie de Beauport qui avec sa belle plage ovale couverte d'un sable qui couvre et découvre, ressemble étonnement à la nôtre. * Ne serait-ce pas là l’origine du “om Beauport ? »
Le manoir de Giffard était à l'endroit où se trouve aujourd'hui la maison de M. Geggie. D’après le journal des Jésuites, Robert Giffard était marguillier de Québec en 1646 et ce fut dans sa maison que ces religieux, commencèrent à célébrer la messe à Beauport *. 11
(1) P.-G. Roy. Les noms géographiques de la Province de Québec, p. 57. re @) Notes sur les archives de N.-D. de Beauport, 1ère livraison
LA (3) Bulletin des recherches historiques, vol. 1 p. 189. (4) L'Abeille, 19 avril 1849.
mourut le 14 avril 1668 à Beauport et fut enterré le 16 « au pied de la croix de l'église selon qu'il l'avait désiré » ‘! dans le cimetière de Beauport disent les régistres de Québec ?!.
La seigneurie passa à son fils Joseph mort à l'Hôtel- Dieu en 1796. Comme celui-ci n'avait pas de garcon, en mourant, il céda sa propriété à son neveu Ignace Juchereau Sieur du Chesnay qui fut l'ancêtre du héros de Châteauguay, le major de Salaberry, dont la statue est placée devant l'église de Beauport.
Au commencement, Beauport était desservi par des prêtres de Québec. Le 3 novembre 1684, par décret de M4" de Laval, il fut érigé canoniquement en paroisse, et le même jour, le révérend messire Etienne Boullard en était nommé le premier curé *!.
En 1683 la paroisse con ptait 46 familles et 320 âmes avec une église en pierre de 60 pieds de longneur et 28 de largeur dédiée à la Sainte-Vierge. Près de deux cents ans plus tard la population était de 3000 habitants répartis en 600 familles. Aujourd'hui il ya 900 familles avec une population de lus de 4000 âmes.
La population est composée en p£ 1e de cultivateurs, d'hommes de métiers: maçons et m:nuisiers, de marchands et de quelques hommes de profession. Il y règne une aisance et une prospérité relativement grandes.
Les premiers colons, venus à Beauport avec Robert Giffard, étaient de la Perche, voisins de la Normandie, Au dire de M. Langevin ils avaient le goût des Nor-
(1) Le journal des Jésuites.
(2) Notes sur les archiv s de N.-D. de P auport, 1° livraison,
) Notes sur les archives de N.-D. de /Seauport, 1re livraison, p. 117.
(4) Ibid, p. 6.
mands pour les procès et dans l'espace de huit ans, M. de Montmagny donna six décisions pour régler les différents survenus entre M. Gifard et ses censitaires, au sujet des droits seigneurieux et des limites de leurs terres. Les habitants d'aujourd'hui ont-ils hérité de cet esprit chicanier qui Caractérisait leurs ancêtres > Quelques-uns du moins sont bien encore normands sous ce rapport. Cependant, certains professionnels expérimentés soutiennent que, proportion gardée, Beauport est une des paroisses où les procès sont les moins fréquents. C'est une population intelligente, extrèmement laborieuse et charitable. Plusieurs mendiants, et surtout ceux ou celles qui s'occupent de bonnes œuvres, savent fort bien, que si les paroissiens de Beauport gagnent beaucoup ils ne donnent pas moins, et en consultant le rapport des quêtes faites chaque année dans le diocèse de Québec nous voyons que Beauport tient une des premières places.
D'autre part, il est surprenant de voir, que pour une paroisse située si près de Québec, Je degré d'instruction, surtout chez les jeunes gens, et les hommes soit peu élevé. Le nombre, en effet, de ceux qui ont fait ou font des cours d'études ou commerciaux ou classiques est comparativement très restreint, Ce n'est pourtant pas le manque de bonnes écoles qui a contribué à cet état de choses. Les nécessités de la vie, la manie des parents de garder leurs enfants à la maison aussitôt après la première communion, et celte apathie d’un trop grand nombre de familles pour l'éducation des enfants, ce sont là, nous semble-t-il, autant de causes qui expliquent cette inlériorité en fait d'instruction.
De tout temps MM. les curés de celte paroisse ont travaillé à combler cette lacune. Une de leurs grandes préoccupations fut de fournir aux jeunes garçons et aux
jeunes gens une école confiée à une communauté religieuse dont le but est la formation de la jeunesse, C'était, sans conteste, le seul moyen à employer pour réussir.
A son arrivée à Beauport, 1° oct. 1858, M. Tremblay, de sainte mémoire, n'eut rien de plus à cœur que de travailler au bien moral et intellectuel de la jeunesse, Doué d'une intelligence supérieure, d'une énergie de fer servie par une grande piété, le dévoué curé n'épargnait aucun sacrifice pour sauver le troupeau à lui confié par l'archevêque de Québec. Durant son long séjour à Beauport, (26 ans), il caressa souvent l'espoir de fonder une école qui serait exclusivement chargée de la formation des garcons. Pendant un certain temps il crut pouvoir réussir, mais la Providence ménageait à un autre le bonheur de réaliser le plan qu'il lui était si cher. En 1885 M. Tremblay mourait à Beauport laissant à tous les paroissiens l'exemple d'une vie sans reproches uniquement consacrée à leur bien spirituel et même temporel.
Son surcesseur, M. Légaré ?, poursuivit le même but. Curé de Beauport de 1884 à 1893, il avait inscrit en tête de son programme la fondation d’un couvent pour les jeunes filles et d'un collège pour les garcons. Il put
(1) Grégoire Tremblay naquit le 12 mars 1820 à St-Roch des Aulnets. Il fut ordonné prêtre à Québec le 9 août 1846. Professeur et Directeur au Collège Sainte-Anne de la Pocatière jusqu'en 1854. Pensionnaire de la société ecclésiastique de St-Michel de 1854 à 1857. Vicaire à N.-D. de Lévis de 1857 à 1458. Curé de Beauport de 1858 à 1881. Décédé dans cette paroisse au Sault Montmorency dans une maison que son ami M. Hall avait mis généreusement à sa disposition le 4 août 1885,
(2) Né à Québec le 6 avril 1830. Ordonné prêtre le 17 mai 1856. Prêtre du Séminaire de Québec jusqu'en 1879. Curé de St Denis de 1879 à 1880. Curé de Ste Croix jusqu'en 1884. Curé de Beauport . à 1893. Décédé à l'Hotel Dieu du Précieux Sang le 18 juin
mettre à exécution la prem'ère partie de son plan, et en 1886, secondé par M" Cyr. Legaré, V. G. et par tous les paroissiens, il construisit un superbe couvent confié à la sage direction des Dames de la Congrégation. Durant ces vingt-deux ans d'existence, cette maison, sous l'intelligente direction des Révérendes Mères Ste-Marie-Anne de Jésus 1°" supérieure (1886-1903) et St Jean de Matha 2° supérieure (août 1903), a donné une solide éducation chrétienne aux jeunes filles de Beauport dont un grand nombre aujourd'hui, mères de famille, enseignent à leurs enfants ces traditions d'honneur et de vertu qu'elles ont puisées à leur Alma Mater
Les dépenses exigées pour la construction de cet édifice ne permirent pas à M. Legaré de travailler efficacement à la fondation d'un collège tel que projeté. Il quitta Beauport en 1893, regretté de tous ses paroissiens qui, plus d'une fois, avaient pu apprécier son zèle et sa grande charité.
L'argent nécessaire à la fondation d'une école de frères manquait donc à MM. Tremblay et Legaré. Dieu, dans sa sagesse, donne toujours aux hommes les moyens de réussir, aussi, faut-il penser que l'heure de la Providence n'était pas encore sonnée.
Monsieur le curé Déziel devait récolter la moisson. Plus heureux que ses prédécesseurs il a pu réaliser l'espoir qu'il caressait, lui aussi, depuis longtemps, et mener à bonne fin cette grande et noble entreprise qui sera un de ses meilleurs titres à la reconnaissance des paroissiens de Beauport qu'il aime tant et pour lesquels il se dévoue avec une si grande générosité depuis bientôt quinze ans.