LE RÉVEIL DE LA PHILOSOPHIE SAINT-SIMONIENNE
De 18/J0 à i85i les saint-simoniens, occupés de questions politiques et surtout obligés de se faire jne place dans le monde, avaient laissé de côté la philosophie; après le 2 décembre l'école, affranchie des préoccupations matérielles, revint aux problèmes qu'elle avait discutés autrefois avec tant d'ardeur. La suppression du régime parlementaire eut pour effet de ramener à la philosophie beaucoup d'hommes intelligents qui retrouvaient ainsi la libellé disparue ailleurs. Lemonnier le disait en i854: « Depuis deux ans que les journaux se taisent, la pensée, repliée sur elle-même, devient plus grave, plus calme, plus profonde: les brochures ont. petil à petit, pris la place des pamphlets; voici que les livres prennent la place des brochures. »> La question de Dieu et de l'immortalité se trouva encore une fois posée dans toute son ampleur, et deux tendances apparurent
chez les anciens disciples de la rue Monsigny. La première fut celle de Lemonnier et de Brothier, ces deux frères de doctrine dont nous avons déjà indiqué le caractère indépendant ; ils voulaient reprendre jusque dans ses fondations le travail théologique, soumettre à la critique toutes les idées reçues, afin de constituer définitivement une religion nouvelle ayant pour base le progrès; leur désir de voir succomber le christianisme était d'autant plus vif que la réaction inaugurée en i85o arrivait alors à son apogée. Enfantin, au contraire, suivit la route où il s'était engagé depuis plusieurs années; il caressa l'illusion de faire adopter au catholicisme la réhabilitation de la chair, de le rajeunir en lui infusant une forte dose de panthéisme; quelques-uns des principaux saint-simoniens, entre autres d'Eichthal et Barrault, se proposèrent le même but. Parlons d'abord du premier groupe.
Lemonnier fonda en i$b\ une revue consacrée aux libres études théoriques; ce recueil, qui s'appela successivement Babel, la Bévue du xix" Siècle, la Bévue, enfin Bévue philosophique el religieuse, dura jusqu'en i858 (1). Le seul postulat exigé de
î Le premier titre n'est 411e sur quelques numéros isolés de i854; le second va d'avril i854 au commencement de i855; puis vient le troisième titre, sur deux tomes de i855; enfin avec le tome III. en décembre i855, parait le titre de Revue philosophique el religieuse, qui subsiste jusqu'au tome IX el dernier (décembre 1857-janvier i858);
tous les rédacteurs <'vlail la croyance au progrès; Lemonnier eut soin do déclarer que sa Revue n'était ni positiviste, ni fouiïériste, ni saint-simonicnne, bien que ces diverses écoles y fussent représentées. Le saint-simonisme y [tient pourtant la première place; plusieurs adeptes proclament leur foi inébranlable dans ses doctrines. « Les principes que j'ai puisés à l'école de Saint-Simon, dit Guéroult, depuis vingt-cinq ans m'ont servi de boussole sans qu'aucun événement me les ait fait trouver encore en défaut (1). » Et Jourdan à son tour : « Celui qui écrit ces lignes a été, est et mourra, s'il plaît à Dieu, dans la foi saint-simonienne (2). » Lambert, dans ses éludes sur la Trinité, s'appuie constamment sur des citations de V Organisateur ou du Globe (3). Lemonnier et Brothier mettaient plus de réserve à revendiquer l'héritage de i832: plusieurs des idées acceptées alors leur parurent avoir besoin de corrections. Mais cela n'empêche pas Lemonnier de réclamer pour lui-même le nom de saint-simonien, parce que cette école a produit la doctrine la plus générale qui ait encore existé; tous d'ailleurs, les fidèles comme Jourdan et les tièdes comme Lemonnier,
(1) Lu Revue, I I. p. 120.
:; T.III Fatalité-Providence-Libre Arbitré) et IV {Études sur la Trinité).
affirment que l'influence du saint-simonisme sur l'esprit public est à peine à ses débuts, et qu'il va devenir plus puissant que jamais.
Puisque le dogme fondamental de la Revue est celui du progrès, on devine que la philosophie de l'histoire y tient une grande place. Cette prétendue science venait d'être attaquée par Edgard Ouinet, un de ses anciens croyants; Guéroult en prend la défense et cherche à prouver que l'histoire tout entière démontre la marche de l'humanité vers l'association universelle. — Mais, dit-on, si une loi unique régit les peuples, si la liberté disparaît, l'histoire garde-t-elle un caractère moral? — Oui, répond Lemonnier; le moi et le non-moi sont inséparables; toute action de l'un des deux entraîne des conséquences et des responsabilités pour l'autre; la vraie liberté n'existe que si l'homme a ordonné l'Univers par rapport à lui, c'est-à-dire si lui-même s'est harmonisé avec l'Univers. On va crier au panthéisme, peut-être avec raison; cette doctrine n'enlève point à l'histoire sa valeur morale . — L'explication de Lemonnier manque de clarté, comme toutes celles qu'on a données pour concilier le panthéisme et la liberté (1).
La théorie du progrès permet de deviner ou tout
1 Guéroult, I. pp. n5 et suiv. — Lemonnier, II. pp. 334
et suiv.
au moins de pressentir l'avenir: dans cel avenir il n'y a pas de place pour le christianisme : une religion qui nie la philosophie de l'histoire et <|ui repousse toute réforme est condamnée à disparaître. La Bévue, dans son hostilité contre l'Eglise, fait bon accueil au réveil du voltairianisme : elle ouvre ses colonnes à Erdan, le spirituel cl peu révérencieux auteur de la France mystique, et à Littré qui salue avec joie l'apparition d'un nouveau xvmc siècle; quand Déranger meurt, elle célèbre son apothéose. Fauvety, un des principaux rédacteurs, engage avec le pasteur Bersier une vive polémique sur les mérites cl le développement de la morale chrétienne. Au dogme monothéiste/a Revue substitue le panthéisme; l'Etre s'exprime par la Trinité sous tous ses aspects, trinité du sentiment, de l'esprit et delà matière dans l'homme, trinité de la vie individuelle, multiple et universelle dans le monde et en Dieu.
Sur la nature de la Trinité il y a <!(>< divergences. Lambert, défenseur du saint-simonisme orthodoxe, voit dans la Trinité deux termes oppos avec un troisième terme supérieur qui les concilie. Ainsi la Providence concilie la fatalité et la liberté ; le sentiment sert de lien entre l'esprit et la matière. Les novateurs, Lemonnier et Brothier, pensent au contraire que1 la grande faute <lu saint-simonisme est d'avoir cherché partout l'inégalité,
RÉVEIL PHILOSOPHIQUE y5o,
d'avoir considéré toujours un terme comme supérieur aux deux autres; de là découlent des conséquences fâcheuses dans les applications politiques, par exemple eelte royauté du prêtre sur le savant et l'industriel, qui mena la secte à une théocratie effrayante. Si l'on admet l'égalité entre les trois termes, le dogme se trouvera débarrassé de ce qui l'a rendu odieux et inacceptable (1).
Le retour à la théologie dogmatique rencontrait dans la Bévue elle-même de rudes adversaires. Le plus redoutable fut M. Renouvier, qui avait jadis passé par l'école saint-simonienne avant de devenir le fondateur du néo-criticisme. Essayait-on de transformer la philosophie de l'histoire en science, il répondait à Lemonnier que les lois historiques sont impuissantes à expliquer de nombreuses perturbations dues au hasard et à la liberté. S'agissait-il de la Trinité, sur laquelle Lambert, Lemonnier, Brothier, Pecqucur, d'autres encore discutaient à qui mieux mieux, il leur adressait une « objurgation criticiste » pour montrer le néant du nouveau dogme et de la controverse autour de lui. D'autre part un matérialiste convaincu, Chouippe, se moquait de cette Trinité dont on fait « 2 -f- 1 : 2 pour se battre et 1 pour les séparer (2) ».
(1) Brothier, V, pp. 260 cl suiv.
(2) Renouvier, II, p. 3S5 ; VII, passim. — Chouippe, VI, p. i5o.
La Revue s'abstient avec intention de toul ce qui n'esl pas théorie pure ; die ne s'aventure guère dans le domaine pratique. L'industrie lui esl à peu près indifférente; si Guéroult la glorifie, Lemonnier craint que relie reine nouvelle n'aspire bientôt à la tyrannie. La morale aussi est laissée <le côté; seule la question des femmes intéresse la Revue, qui demande l'égalité des sexes 1 1. C'est une femme, Mme Jenny d'Héricourt, qui se charge de cette cause; elle la défend avec ardeur contre Auguste Comte et Proudhon. En esthétique la Revue conserve les idées saint-simoniennes sur le rôle éducateur et social de l'art; c'est ce qui lui fait louer les Chants modernes de Maxime Du Camp, les poésies philosophiques de Louis Ménard; l'auteur des Contemplations lui paraît donner l'exemple de ces œuvres nouvelles. Ce qui es! singulier, c'est que Lemonnier méconnaisse complètement le théâtre d'Alexandre Dumas el considère le succès du Demi-Monde comme une preuve éclatante de l'immoralité publique.
La Revue ne demeure étrangère à aucune doctrine; elle laisse une place à l'exposé des utopies nouvelles, comme la doctrine « fusionienne
(1) Sous la République de 1848 une saint-simonienne convaincue, Mme [Niboyet, s'était fait connaître par de nombreuses conférences où elle défendait les idées de réforme.
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Tourreil; elle suit les débuts de Renan et de Taine, sans partager leurs opinions (1). C'est une libre tribune que les saint-simoniens mettent à la disposition des penseurs, tout en demeurant fidèles aux croyances générales de l'école.
Lemonnier ne fut point découragé par la disparition de sa Revue. On venait de lui communiquer les manuscrits de Saint-Simon ; il publia une édition des œuvres choisies du maître, accompagnée d'un essai où il le jugeait très librement. « Saint-Simon, disait-il, n'est à nos yeux ni un révélateur ni un inspiré ; il est simplement l'homme qui a produit la conception la plus générale à laquelle l'humanité soit encore parvenue. » Incomplet sur bien des points, Saint-Simon a vainement essayé de conserver une partie du christianisme, il n'a rien dit sur les femmes et presque rien sur la morale. Sa grande découverte est celle d'une méthode nouvelle, qui exige l'emploi simultané de l'analyse et de la synthèse ; ajoutons-y un troisième procédé, l'intuition, et ce sera la méthode parfaite. L'étude et le commentaire de Saint- Simon sont plus nécessaires que jamais, car le progrès moral n'est pas allé de pair avec le progrès
(1) Cf. Lemonnier, M. Ernesl Renan et la question religieuse, 1862. Lemonnier repousse le surnaturel, mais croit au surhumain, à l'existence possible, dans d'autres mondes, d'êtres supérieurs à l'homme.
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industrie] : « Le travail qui devrail être l'honneur el
le pivot de la société demeure un frein, et il sein Me que tout l'efforl du socialisme moderne doive aboutir à inscrire au bréviaire politique une maxime de plus : nourrissez le peuple sans l'éclairer (1). » Brothier publia peu après, dans une collection fondée par l'école buchézienne, une Histoire populaire de la philosophie : il y célébrait le développement du socialisme : « Avec son admirable instinet, le peuple ne voit pas dans le socialisme un parti ; il y voit une religion. C'est que, en effet, la religion et la société étant une seule el même chose, il est impossible qu'une grande révolution sociale ne soit pas, en même temps, une grande rénovation religieuse (2). » — Enfin Brothier, avec le concours de Lemonnier, de Massol, de Fauvety, rédigea un glossaire philosophique. Ils y esquissèrent la religion nouvelle qui, fondée
(1) Essai sur les œuvres cl la doctrine île Saint-Simon, en têle des Œuvres choisies de Saint-Simon, 3 vol., 1859. — Peu auparavant, on isr>7, avaient pain tes études de Hubbard el de Bourgeois (l'auteur «lu Christianisme temporel) sur Saint-Simon, H en isr>s la Science de l'homme, publiée par Enfantin. Ajoutons une brochure de Brothier sur Saint-Simon, parueà Bruxelles <mi 1859.
(2) P. 189. — Ce livre l'ail partie de la Bibliothèque utile et parut en 1861. Bûchez, Bastide, Ott, <mi l'ail plusieurs livres dans la même collection. Brothier y avait déjà publié une Histoire de lu Terre (1860 . où. fidèle au panthéisme saint-simonien, il représentait la planète comme un être vivant.
sur l'association, doit concilier le spiritualisme, le matérialisme et le panthéisme. Le progrès est à la fois le développement de "ce qui a existé autrefois, et la destruction de ce qui ne peut plus durer ; le saint-simonisme, n'ayant considéré que le développement, s'est brouillé avec la Révolution, qui n'a connu que la destruction ; tous deux doivent s'unir dans le socialisme (1).
Massol, qui avait été parmi les quarante de Ménilmontant, travailla comme Lcmonnier à fonder une doctrine affranchie du christianisme. S'adressant à la franc-maçonnerie pour y arriver, il devint membre du Conseil de l'Ordre, et Vénérable de la loge Renaissance ; c'est devant elle qu'il fit un long et curieux récit de sa vie saintsimonienne, et porta sur Enfantin, qui venait de mourir, un jugement indépendant, mais sympathique. Massol consacra tous ses efforts à défendre et à propager la « morale indépendante », pure de tout mélange religieux (2). Lui, Brothier, Lcmonnier, furent des hérétiques saint-simoniens, qui formèrent la transition entre l'école d'Enfantin et le socialisme actuel.
(1) Brothier. Ébauche d'un glossaire du langage philosophique, i863. —V. l'Avertissement, fait par Lemonnier. et l'article Progrès.
(2) Voir ie Monde maçonnique, vu, passim. — Massol, qui s'était lié avec Proudhon. fonda en i865 la Morale indépendante.
•>.i\\ l'école saint-simonienne
Revenons maintenant au chef de l'école, à celui qui, pour un grand nombre de disciples, demeura toujours le Père. L'administrateur délégué de la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée demeura quelque temps à Lyon, où ses amis Arlès-Dufour et Holstein lui Taisaient fête ; nommé à Paris en i856, il vint s'y établir définitivement. 11 mena là une vie heureuse, recevant beaucoup, fréquentant presque tous les artistesel les littérateurs connus, mais réservant les déjeuners du dimanche aux adeptes; ceux-ci fermaient les yeux sur sa vie peu régulière, sur la nouvelle et durable liaison contractée par cet ennemi du mariage (1). Ils formaient un groupe respectueux autour de lui (2) ; Enfantin les tutoyait tous, aucun ne le tutoyait, sauf Louis Jourdan, qui avait été en Algérie le compagnon desjours d'épreuves ; Guérouit, Fournel, Duveyrier demeuraient parmi les plus assidus ; les Péreire, plus indépendants, le voyaient sou-
(1) La mère d'Arthur Enfantin était Mm< Morlane : elle fut remplacée par M™* Guillaume, qui resta auprès d'Enfantin jusqu'à sa mort, et qui cherchait à se faire passer pour sa fille.
(2) Jourdan indiqua la cause de cette union étroite : <> On s'étonne souvent dans le monde, écrivait-il en i856,
vent. Le plus dévoué, le plus enthousiaste de tous, Lambert, lui servait pour ainsi dire d'interprète, chargé de développer et d'éclaircir les formules souvent obscures du maître. Enfantin se prêtait volontiers à la discussion ou bien à la causerie mondaine, mais on sentait toujours chez lui des idées arrêtées qu'aucun argument ne pouvait ébranler. Il n'avait pas cessé de se considérer comme le fondateur de la religion de l'avenir ; parfois même les bouffées de folie de i832 lui remontaient à la tête, comme le prouve la curieuse lettre qu'il écrivit un jour afin de consoler Maxime Du Camp : « Est-ce que tu as jamais rêvé que dans tes jours de souffrances et de larmes le Christ descendrait du haut de ses dix-huit siècles et demi pour te dire par ma bouche : Je t'aime? (1) »
Loin de s'endormir dans le bien-être, Enfantin suivait avec passion les événements contemporains. La victoire du libre échange en 1860 fut acclamée par lui comme un pas vers l'association universelle ; les affaires italiennes l'intéressaient
de ce que les hommes qui ont porté ce titre de saintsimoniens, malgré leur dispersion, malgré la diversité des carrières qu'ils ont embrassées ou des positions qu'ils ont prises dans la société actuelle, ont conservé entre eux un lien puissant ; c'est que ce lien a été un lien religieux dans la plus haute acception du mot. » (La Revue, 1, p. 182.) (1) Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, 11, ch. xix.
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beaucoup, et parce que Le sort du pape étail on jeu, et parce qu'il pressentait qu'elles ne seraient poinl isolées, que des draines nouveaux se préparaient en Europe. Mais surtout il revint à la méditation philosophique et religieuse, non pour découvrir du nouveau, mais pour exposer dune façon définitive les dogmes qui lui étaient chers. Relisant en i858 une profession de foi rédigée par lui et Bazarden i83i, il écrivait en noie: » Vingt-sept années se sont écoulées, je ne vois rien à y changer (1). » Son audacieuse morale demeura provisoirement dans l'ombre, bien qu'elle lui parût toujours être la vérité; sa pensée dominante fut de démontrer l'égalité de l'esprit et de la chair en la justifiant par le panthéisme, par l'union de ces deux éléments dans la vie universelle ; il avait toujours le désir et l'espérance de convertir l'Eglise à ses doctrines et de se servir d'elle pour rendre à la société la foi et la paix.
En i858 il publia la Science de l'homme, ainsi que l'ouvrage composé par Saint-Simon sous le même titre en i8l3, pour montrer ce qu'il avait ajouté aux travaux du maître. Le livre es! adressé au Dr Guépin qui avait récemment raillé l'ignorance du Père en physiologie 2). Enfantin blâme
(1) Archives saint-simoniennes.
(2) Guépin avait publié en 1 sr, ', /,, Philosophie du m\" siècle, ouvrage intéressant, tout empreint de saint-
Guépin de proclamer les facultés inlellectuelles supérieures aux facultés animales. On ne daigne apprécier dans l'homme que le cerveau: en réalité, les deux organes essentiels du corps humain sont le cerveau, d'une part, et l'appareil générateur, de l'autre ; entre les deux se trouve le système nerveux, qui les unit comme le sentiment unit l'idée au fait. Ainsi reparaît le dogme trinaire. Chacun des deux grands organes est double, car il y a partout couple, « androgynéité »: l'appareil cérébral renferme le cerveau qui es! mâle, le cervelet qui est femelle; l'appareil générateur comprend également les deux. Cessons, dit Enfantin, de traiter ce dernier comme une chose répugnante et vile : « Jamais vous ne ramènerez la pudeur, la décence, la grâce dans le monde, si vous traitez comme organes animaux, comme passions bestiales, les organes générateurs et le saint amour qui nous a donné à tous la vie. » L'esprit peut se dégrader comme le corps; le cerveau, comme l'appareil générateur, sert parfois à la satisfaction de vices monstrueux. L'homme, composé d'un corps et d'un esprit , les unit par la force intérieure qui constitue son individualité ; au lieu de recevoir seulement les sensations extérieures,
simonisme. Il a fait plusieurs articles dans la Revuephilosophique et religieuse. — La Science de l'homme a été réimprimée dans les Œuvres, t. XLVI.
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comme le croyait Condillac, l'homme esl par lui-même un générateur d'activité , de force, d'amour.
Son moi se pose en face du non-moi, le microcosme en face du macrocosuu\ et tous deux communient dans la vie universelle. L'accord de l'esprit et de la matière, c'est l'accord de l'industrie et de la science, qui s'accomplit dans la morale. Voilà ce que devinèrent Cabanis, Turgot et Condorcet ; ils sont, dit Enfantin, les précurseurs d'un monde nouveau, « dont Saint-Simon et moi nous « sommes les premiers nés. » — La Science de r homme contenait, à côté d'idées intéressantes, beaucoup de choses vagues et puériles ; et surtout la plume peu habile d'Enfantin traita un sujet délicat d'une manière vulgaire et souvent inconvenante. Les catholiques l'attaquèrent avec violence : M. Wallon dénonça l'ouvrage, qui faillit être poursuivi; une brochure pleine d'insultes fut consacrée à la « résurrection » du Père; Henri Lasserre fit tout un volume contre la réhabilitation de la chair. Les libéraux étaient heureux de critiquer un socialiste rallié à l'Empire; tandis que Taxile Delord se plaignait de l'avidité de l'école d'Enfantin, Emile Montégut exécuta une sorte de danse sauvage sur le cadavre du saint-simonisme. D'autres se bornaient à rire île la valeur philosophique attachée par le Père
aux fonctions les plus basses du corps humain (1).
C'est à l'Eglise, avons-nous dit, qu'Enfantin s'adressait pour faire triompher sa foi. Il entama cette campagne en répondant au Père Félix qui, dans ses sermons de Notre-Dame, avait glorifié l'ascétisme et flétri la réhabilitation de la chair. Il montra la chair du Christ sans cesse outragée, flétrie, sur les champs de bataille couverts de victimes, dans les bouges où s'entassent les prolétaires, dans les ateliers où les ouvriers travaillent comme des brutes. Prêcher l'ascétisme aux riches, c'est faire œuvre utile; mais aux pauvres! « Ne leur dites pas de se priver de viande, quand ils mendient un pain noir; ne leur conseillez pas le cilice et les veilles, quand ils sont couverts de haillons et de vermine, et que les cris de leurs enfants affamés ne les laissent pas dormir. » Le catholicisme a fait les cathédrales, institué les pompes du culte, fondé l'industrie du moyen âge; voilà l'exemple qu'il faut suivre, et non cette
1 Mario Rccurt. Résurrection du Père Enfantin, i858. — Henri Lasserre, l'Esprit et la Chair, i858. — Taxile Delord, ouvrage cité. — E. Montégut, dans Revue des Deux Mondes. 1er février 1809. — De la déomanie au xixe siècle, par un solitaire. 1860. — L'antipathie que le saint-simonisme inspirait aux libéraux a été vivement exprimée par Prévost-Paradol dans une lettre à Michel Chevalier (Gréard, Prévost- Paradol, p. 279).
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tradition purement spirituelle qui a engendré (l'une pari le mysticisme, de l'autre le jésuitisme (1).
Un peu plus lanl un disciple d'Enfantin, Desplanches, écrivit dans le même sens à M-1' Dupanloup; la réponse dédaigneuse «l'un vicaire, l'abbé de Lagrange, décida Enfantin à répliquer luimême. Si l'Eglise, dit-il, perd chaque jour des fidèles, c'est qu'elle se retranche de plus en plus dans un ascétisme hautain; elle ne rejetait pas l'industrie au temps des moines défricheurs, mais l'industrie l'a rejetée au temps îles moines fainéants. Que l'on compare un Grégoire VII, maître des peuples, suzerain des rois, avec un Pie IX, abandonné du monde auquel il Lance l'anathème. Que l'Eglise sorte de son isolement et sache comprendre le monde nouveau ; c'est facile à un clergé qui depuis un demi-siècle se recrute presque exclusivement dans le peuple : alors la puissance lui reviendra (2).
Ce fui ensuite contre les attaques du Père Gra- Irv que l'apôtre saint-simonien eut à défendre >"ii dogme panthéiste. D'après lui, la croyance chrétienne à un Dieu personnel, qui a créé le monde ex nihilo, produit le mépris pour l'homme ainsi que pour l'univers, cl ne laisse subsister d'amour
(1) Œuvres, XXXVI, pp. (5 et suiv.
(2) Ibid., XXXVI.
que pour Dieu ; de là vient le dédain marqué de l'Eglise pour la science, l'industrie et Tari, dédain qui a causé le divorce entre le catholicisme et la société actuelle (1). Ce divorce, Enfantinle regrettait amèrement ; aux pointes voltairiennes de son ami Arlès-Dufour il opposait les mérites d'une Eglise « qui est fondée sur la prétention à l'universalité, et par un charpentier; qui ne jouit pas de la conscription ; qui ne reconnaît pas de castes, ni même de races, parmi ses membres ; qui ne pratique ni l'hérédité de fonctions, ni l'hérédité de fortune, ni même la propriété privée;... qui n'admet pas la peine de mort ; qui s'est montrée, jusqu'à présent même, incomparablement plus habile que tous à élever les marmots, à consoler les affligés, à panser et soigner les malades, à donner une espérance au mourant. » Tuer l'Eglise, ce serait ramener la déesse Raison ; fonder une religion nouvelle, ce serait ajouter une secte protestante aux mille sectes qui existent déjà ; la gagner et la régénérer, voilà ce qui est nécessaire (2). Enfin le Père publia son testament philosophique et religieux dans un livre qui a pour titre la Vie éternelle (3); c'est l'exposé précis, parfois éloquent, du dogme saint-simonien sur l'immortalité. Le
(1) Œuvres XXXVI, pp. 142 et suiv. 2 Ibid., XIII, p. ()7.
(3) Paru en 1861. Réimprimé dans lés Œuvres^ l. XLVI.
'ij'2 L ECOLE SAINT-SIMONIENNE
chrétien croit à une vie future pour l'individu ; le saint-simonien croit ù une vie éternelle, c'est-àdire passée, présente et future, dont chaque portion passe d'un individu à Tau lie et l'ait partie de la vie universelle. « Je crois que ce qui est contient le résumé de ce qui fut, dont il est le tombeau, et le germe de ce qui sera, dont il est le berceau. » Un grain de sable ne disparaît pas ; comment l'homme rentrerait-il dans le néant? Les générations antérieures vivent en nous, et nous portons en nous les générations futures ; il ne s'agit pas seulement ici du phénomène physiologique, mais de la transmission des idées et des sentiments entre les maîtres 'et les élèves. La doctrine de l'immortalité personnelle engendre l'égoïsme : or l'homme est dévouement aussi bien qu'égoïsme ; il se dévoue à son prochain, il se dévoue à la science, à la gloire, fût-il même très ignorant, comme le zouave qui se l'ait tuer pour l'honneur du régiment. L'enfant n'a pas encore la vie, mais la reçoit de ceux qui l'entourent; le vieillard ne l'a plus, il l'a donnée à d'autres. L'homme viril peut acquérir tout à coup une nouvelle vie, el l'exemple d'Enfantin le prouve; élève du dixhuitième siècle, c'étaient Voltaire el Rousseau, Helvétius et d'Holbach qui vivaient en sa personne ; puis Saint-Simon entra en lui, menant à sa suite Moïse, Socrate, Platon, Grégoire VII,
RÉVEIL PHILOSOPHIQUE Sy.S
Mahomet, Luther : « Je ne suis plus le fils de Voltaire et des philosophes du dix-huitième siècle ; ils ont fait place en moi à ce cortège puissant des grands générateurs de tous les siècles. » Les grands inventeurs, comme Papin ou Stephenson, les conquérants comme Alexandre, César et Napoléon, ne meurent pas, puisque leur œuvre se continue ; leur personnalité nous inspire et nous anime. Laissons donc de côté le culte idolâtrique des morts, auquel le peuple est encore si attaché; adorons-les dans les vivants, qui ont reçu leur vie ; adorons-les en Dieu, qui est « la communion vivante de tout moi avec son non-moi, de tout être fini avec la nature indéfinie qui l'entoure ». Ce dogme empêche l'homme de se faire tyran, puisque les musulmans, les Chinois, les nègres communient avec les chrétiens dans la vie universelle ; il l'empêche de se résigner à l'esclavage, en lui montrant la dignité de son être. La croyance aux âmes placées en dehors de l'espace et du temps n'est plus possible pour un esprit sensé ; plus notre planète s'embellit par le travail, moins l'homme cherche un monde supra-terrestre pour s'y réfugier. La femme, qui ne veut pas être séparée de son enfant, qui se sent revivre en lui, dira, quand elle sera libre, comment elle conçoit la vie éternelle. La doctrine panthéiste supprime-t-elle les peines et la prière? Non, elle les transforme. Tout être
participe à la vie de Dieu, aspire à la justice el à la puissance, suri oui au progrès : « C'esl celle faculté d'être progressif dans le sein de la perfectibilité qui esl la base de la religion «le l'avenir. » Le péché esl un oubli de ce mouvemenl progressif; la peine est la perte d'un grade dans la hiérarchie des êtres. Quant à la prière, ce ne sera plus cette invocation fétichiste; qui sollicite un changement dans les lois de la nature; elle doit être une action de grâces pour ce qui existe, avec le souhait d'obtenir l'aide de Dieu pour hâter son propre progrès. On nous dit que les scélérats soûl bien souvent heureux ; d'abord ce bonheur est-il réel ? Puis la solidarité humaine attribue à tous une part des fautes et des mérites de chacun : « Chacun de nous autres Français porte en lui les vices de sa patrie, pour lesquels il est journellement condamné et puni ; mais nous portons aussi en nous les vertus de la patrie, pour lesquelles Dieu nous bénit, nous protège et nous décerne incessamment de glorieuses et saintes récompenses. » ('elle doctrine de la solidarité fera disparaître la peine de mort, la guerre, la croyance aux peines éternelles. Aujourd'hui le crime diminue et n'a plus que deux causes, la misère et l'ignorance ; toutes deux, la société en esl responsable; supprimons le paupérisme, et les révolutions finiront. Quant à la récompense des grands hommes, elle esl dans leur
vie éternelle, dans le succès de leurs travaux, dans leur amour pour Dieu. « Mon Dieu ! s'écrie Enfantin, moi aussi j'ai eu ma cour d'assises, ma prison, mon désert, mes humiliations, mes misères : qu'est-ce que tout cela, infligé par des hommes, dans une vie d'un jour, quand je me sens en vous, mon Dieu, pour toute la vie, comme un des amants les plus passionnés de votre parfaite bonté pour tous les hommes ? »
Tout en résumant sa doctrine et ses espérances, le chef du saint-simonisme se préoccupait de garantir ses disciples contre la misère et de conserver l'histoire de l'école. Il réussit à fonder pour les saint-simoniens pauvres une société de secours mutuels, les Amis de la famille, non sans obstacles de la part du gouvernement qui redoutait une résurrection de la secte ; Fournel en fut le président, Vinçard était chargé de recueillir les cotisations; la société subsiste encore aujourd'hui, mais elle a perdu son caractère saint-simonien. Enfantin ne parvint pas à créer une société pour les archives de l'école ; il s'entendit alors avec Laurent, devenu bibliothécaire à l'Arsenal, dans cette même bibliothèque où Saint-Simon avait occupé un poste pendant quelques mois ; l'Aise-
nal reçut les livres et les manuscrits d'Enfantin, ces derniers devani rire livrés au public seulement trente ans après sa mort.
Il s'intéressait à une question bien plus importante. Les saint-simoniens de la capitale, reprenant un projet conçu par eux en 1829, songeaient à faire une nouvelle Encyclopédie. Le libraire Gide offrit de s'en charger ; les frères Péreire donnaient leur patronage financier, Michel Chevalier devait avoir la haute direction du dictionnaire; la cheville ouvrière était Duveyrier qui se mit avec ardeur à la besogne, en se réservant tout ce qui concernait l'éducation, le crédit et les retraites. Enfantin prit feu pour cette idée, mais son imagination toujours en travail voulut y joindre une entreprise considérable. Saint-Simon, dans son premier écrit, les Lettres d'un habitant de Génère, avait proposé une vaste association qui assurerait l'entretien des hommes de talent, des inventeurs; Enfantin crut arrivera ce résultat au moyen d'une société financière. En i863 il adressa une véritable encyclique à Emile cl Isaac Péreire, Michel Chevalier, Duveyrier, Eournel, Lambert. Le crédit industriel existe, leur disail-il ; fondez maintenant le « crédit intellectuel », el, puisque ma tâche est finie, continuez-moi comme j'ai continué Saint-Simon. Le chemin de 1er de Saint-Germain fut la préface du Crédit Mobilier; que l'Encyclo-
pédic soit la préface du nouvel établissement. Celui-ci servira de prêteur à tous les jeunes gens qui paraissent avoir un brillant avenir dans les lettres, les sciences ou les arts ; ces avances, remboursables quand ils seront parvenus au succès, auront pour garantie la capacité de ces jeunes gens. « Comment! on trouverait fou que la sortie de l'Ecole polytechnique ou de l'Ecole normale dans les dix premiers rangs assurât un titre au crédit d'un établissement financier! Ce qui est fou, c'est que cela ne soit pas. » Les récompenses données par le gouvernement et les Académies sont insuffisantes; même après avoir fait le Désert, Félicien David n'avait pas le crédit d'un cordonnier. Des garanties matérielles seront nécessaires : par exemple, deux personnages connus dans leur profession témoigneront de la capacité de l'emprunteur, ou bien celui-ci devra présenter une police d'assurances sur la vie; cela vaut les deux signatures exigées dans le commerce. Le Crédit intellectuel doit être une affaire et une bonne affaire. L'Encyclopédie en sera le début ; à chacun des quarante volumes de ce dictionnaire on joindra un résumé populaire à 4© centimes. La Société nouvelle aura des docks pour la librairie, un musée d'exposition et de vente des œuvres d'art, une salle d'audition pour les ouvrages littéraires et musicaux. Il faut faire cela pour la science, qui veut weill. 16
■ijH l'école saint-simonienne
s'affranchir de Plutus: « Gare à une nouvelle nuit du /J août pour notre nouvelle noblesse dorée!
Ce projet, qui enthousiasmait Arlès-Dufour, qui plut aux phalanstériens , rencontra plusieurs approbations dans la presse. Malheureusement les hommes d'affaires sur lesquels Enfantin avait compté ne se payaient pas de mots; une commission réunie par Paulin Talabot accepta le principe, mais, sur le rapport d'Alfred de Courcy, finit par déclarer que c'était financièrement irréalisable. La lettre d'Enfantin avait paru dans les journaux; dans deux réponses, également publiques, les Péreire, Duveyrier, Michel Chevalier proclamèrenl leur indépendance vis-à-vis de L'ancien maître, déclarant n'avoir eu avec lui depuis de longues années que des relations d'hommes du monde (1). Enfantin était alors malade; depuis longtemps il avait les mains tremblantes cl souffrait du diabète; cet échec, ce désaveu public lui portèrent un coup très grave. Lambert, le disciple toujours dévoué, cherchait à le consoler en lui montrant ses idées partout triomphantes, cl lui disait d'entonner avec confiance le Nunc dimittis, Mais Lambert mourut : ses funérailles, au grand
(1) V. l'encyclique d'Enfantin, dans l'opinion Nationale, •.<', mars i863; et la polémique dans les numéros des n. 18, 25 et 26 mars. — Cf. Paul de Jouvencel, .1 MM. Péreire, de l'Emploi du pouvoir financier, i863. — Œuvres, XIII, pp. 164-200.
mécontentement de ses iVères de doctrine, furent célébrées par l'Eglise; au cimetière, d'Eichthal lit son éloge et proclama solennellement le lien du saint-simonisme avec les anciennes religions (1). Peu après, le Père sentit sa fin approcher; son testament désigna comme légataires éventuels, en cas d'extinction de sa famille, Lhabitant, d'Eichthal, Laurent, Fournel et Guéroult ; deux sommes importantes étaient assignées pour les Amis de la famille et pour la publication des œuvres saintsimoniennes. Il mourut le 3i août 1864. Un convoi modeste, où Duveyrier et Isaac Péreire étaient venus se joindre aux fidèles, le conduisit au Père- Lachaise; on l'enterra près des tombes des Rodrigues et d'Edmond Talabot. Guéroult, après avoir résumé la vie et l'œuvre d'Enfantin, acheva en disant au Père : « Est-il vrai que nous soyons séparés? Ne serez-vous pas toujours notre guide, notre appui, notre maître? Votre âme, votre esprit ne seront-ils pas toujours au milieu de nous? » Arlès- Dufour déclara qu'une même passion l'avait toujours uni à son ami, c'était le désir d'améliorer le sort des prolétaires; et, rappelant que ses Voyages, l'avaient mis en rapports avec les hommes éminents de toute l'Europe, il conclut : « Prosper Enfantin les domine tous dans mon long souve-
1 Un extrait de ce discours a paru dans les Archives Israélites , ier mars 18O4.
nir ». Le Dr Guy, ancien membre de la commission scientifique de l'Algérie, et un ouvrier, adepte de la religion fusionienne, vinrent aussi glorifier le chef du saint-simonisme (1). Cette mort passa inaperçue du grand public, mais elle émut profondément tous ceux qui l'avaient connu, même ceux qui avaient cessé de partager sa foi. M""' Bazard écrivait à Gustave d'Eichthal : « J'ai bien senti à la nouvelle de la mort de M. Enfantin combien avaient été puissants les liens qui autrefois nous avaient unis tous; et malgré de rudes souvenirs ri de grandes différences d'opinions, ce qui reste maintenant de vivace en moi, c'est l'élévation de ce grand esprit et sa mission providentielle, o Et Transon, devenu un ardent catholique, écrivail au même d'Eichthal, qui lui avait annoncé la mort d'Enfantin : « Je sens ce que je lui dois. Le mouvement qu'il a imprimé nous a fait connaître à tous qu'il y avait une grande œuvre à laquelle le moindre d'entre nous pouvait concourir pour si faible part que ce fût. » Quelques années plus tard, Sainte-Beuve exprima le regret de n'avoir pu assister aux funérailles d'un homme dont il avait apprécié « la largeur de cœur, les belles facultés affectives et généreuses (2). »
(1) Œuvres, XIII. pp. 248 cl suiv.
■ Papiers de G. d'Eichthal. — Sainte-Beuve, Vie de Proudhon, p. 3. »