CHAPITRE XI
L'^cole saint-simonienne est morle : il y a encore des fouri^ristes, des comtisles, il n'y a plus de saint-simoniens ; mais son influence dure encore. Elle a d'abord voulu fonder un syst^me, puis accomplir des oeuvres pratiques ; voyons ce qui reste du syst^me et ce qui subsiste des oeuvres.
Le syst^me est une vaste synthase qui renferme une m^thode : le positivisme, une m^taphysique : le panth^isme, et une organisation sociale : le collectivisme ; le tout reuni constitue la religion terrestre qui doit remplacer la religion chretienne. La m^thode, qui consiste k interroger Thistoire pour y suivre les effets de la loi du progr^s, se retrouve dans le Cours de phiiosophie positive, Nombreuses sont les ressemblances entre le saintsimonisme et le comtisme ; cela n'a rien d'etonnant pour qui se rappelle qu'Auguste Comte fut le collaborateur de Saint-Simon et devint m^me
un instant, k I'^poque du Prodacfeur le th^oricien atUtr^ de I'^cole. Pius tard, Corate pr^tendit ne rien devoir 5 Saint-Simon, et criliquales allures sacerdotales des disciples ; mais ce qui lui paraissait blfimable en i832, il I'a bient&t fait lui-meme : instituer une Religion de rHuraanil6, avec une Trinity nouvelle, s'en faire le grand prStre, c'^tait agircommeEnfantin. Quant d I'influence de Saint- Simon sur Auguste Comte, die est certaine, et I'on peut dire que la m6thode saint-simonienne vit encore dans celie des ecoles positivistes (i).
La m6taphysique des sainl-siraoniens concilie toutes choses dans rharmonie universelle et fait rentrer toutes les vies particuliferes dans la vie universelle. De mfime que Hegel unit la thfise et I'antithfese dans la synthase, I'^cole trouve partoul deux termes antagonistes et un Iroisifeme qui les associe. D'autre part, A la vie future de I'individu elle substitue la vie 6ternelle de TespSce : « Le tombcau du mort, dit-elle, c'est le vivant. « Gela peut s'entendrededeuxfafons. L' bom me continue h vivre dans ses successeurs par les id^es qu'il a enseignfSes, par les actes qu'il a inspires, par les monumeats qu'il laissc debout ; les saint-simo-
(i) Voir la leltrc de Comle ji Michel Chevalier dans le Globe, i3 Janvier i832. Pour les rapports dc Comle avec Saint-Simon, jc mc |»crmcls dc renvoyer !t moii livre. Sairtl-Simon el boh ceavre, ch. xi.
niens ont mis en lumi^re surtout cette heredite morale, et ils ont admirablement montr6 que les generations humaines sont solidaires, que la plus belle recompense des hommes de bien est dans les actes vertueux accomplis k leur exemple. Mais ils croient aussi que la vie proprement dite circule k travers les etres, et cette theorie qui parut alors si bizarre trouve aujourd'hui une expression nouvelle et precise dans ledarwinisme ; si nous apportons en naissant les qualit^s et les defauts moraux et physiques de nos anc^tres, si nous transmettons les n6tres k nos descendants, chacun de nous n'at-il pas une vie etemelle, anterieure au berceau et posterieure k la tombe? Ainsi la philosophic saint-simonienne est loin d^avoir disparu. On la retrouve dans bien des syst^mes actuels, t6moin un ouvrage r^cemment paru sur La CiU moderne. L'auteur essaye comme les philosophes de i83o une synthase scientifique, sociale et religieuse ; comme eux, il est pantheiste et croit a la Providence ; la puissance cr^atrice de Tassociation, la barriere etablie entre Teiite et la foule, la Trinit6 entendue au sens social, autant de points qui le rapprochent d^Enfantin et des siens (1).
Le coUectivisme pr6n6 par Fecole est un regime social qui doit s'appliquer dans la commune aussi
(1) Izoulet, la Cifi moderne^ 1895. — II ne s'agit pas d'une influence directe, car Tauteur, qui cite toujours les
bien que dans I'filat ; la religion y tient le premier rang, et c'est une 61ile de pr^tres, d'artistes, qui domine la masse. La difference est done grande avec le coUeclivisme de Karl Marx, mat6rialiste, ^galitaire et irr^ligieux. L'^cole allemande, qui a beaucoup puis6 chez ses pr6d6cesseurs, ne s'est pas fait faute de railler leurs chim^res ; elle a pourtant des traits communs avec eux. Elle oppose k leurs utopies sa science historique, comme si les saint-simoniens n'avaient pas 6galement pr^tendu s'appuyer sur I'histoire, sur la science ; Bazard emprunte ses arguments k Condorcet, I'auteur du Capital k Hegel ; Tun se sert de la loi du progr^s comme Tautre de celle du developpement ^conomique. Avant Karl Marx, Enfantin a d^couvert dans Ricardo la preuve des erreurs de T^conomie classique. Seulement Tesprit des deux doctrines est different : les marxistes ne songent qu'^ la r^forme mat^rielle de la society, les saint-simoniens y joignent la r^forme morale. C'est 1^ un penchant propre k notre pays, et m^me aujourd'hui, malgr6 le triomphe des id^es allemandes, il y a chez les socialistes frangais mainte revolte inspiree par les tendances g^n^reuses du saint-simonisme (1).
sources oil il a puis6, aurait nomm6 Bazard et Enfantin ; mais cela m6me prouve que les id6es saint-simoniennes vivent toujours. — Benoit Malon faisait au moment de sa mort une profession de foi ^volutionniste et panth6iste. (1) Voir Benoit Malon, passim ; Rouanet, le Materia-
294 l'^cole saint-simonienne
Le syst^me formula par les 6crivains du Globe prfite k des critiques graves. La philosophie de rhistoire, sur laquelle ils s'appuyaient comme sur une base solide, ne nous inspire plus confiance. Cetle pr^tendue science a produit de belles theories, elle a donn^ lieu k des generalisations brillantes ; qu'en reste-t-il ? Pas une loi certaine, pas une pr6vision m^me probable. Les principes les plus satisfaisants pour Tesprit, comme la rifegle des trois 6tats d^couverte par Auguste Comte, sont sujets k d'innombrables exceptions. La loi du progres ne merite pas le culte presque Ktichiste quon lui a rendu. Tout change, tout evolue, c'est certain ; mais est-cen6cessairementpours*ameliorer ? N'a-t-on pas constate que tout progr^s se compense par une perte, que souvent il est suivi d'un « regr^s » ? Et sous les formes changeantes n'y a-t-il pas un fond immuable? Les grandes id6es morales, par exemple, se sont-elles modifi^es autant qu'on le soutient? « Le parfait brave homme de tons les temps, a dit un profond penseur, Aristide ou Franklin, Epict^te ou Littre, Epaminondas ou saint Louis, le marabout arabe ou le saint Chretien, est partout reconnaissable aux m6mes traits essentiels, ne differant que par le degr6 d'ouver-
lisme iconomique de Marx et le socialisme frangais {Revae socialiste, t. V) ; Georges Renard, Etudes sur la France contemporaine.
ture de son horizon intellectuel et par L
la sphere d'humanit^ k laquelle il se d^A Un autre d^faut de la philosophic de c'est qu'elle m6connalt I'influenee des des hommes d'action ou de pens^e, sur temporains et leurs descendants. Les s niens eux-m^mes, sans voir qu'ils se conl ont attribu6 la part principale dans le p grands hommes, aux « r6v61ateurs »
quelle puissance le sociologue que n( de citer donne aux « inventeurs » ei <( imitateurs », Ainsi la methode his r^cole est douteuse, aussibien que cett qui, par le plus singulier des m^lang< concilier le pantheisme avec le dogme d dence.
Quant au collectivisme saint-simoi tyrannic etendue k toutes choses, aux \ times du philosophe et aux actions ext< citoyen, laisse bien loin derri^re elle les page du moyen ^ge ou d'un souverai La liberty, d'apr^s nos sectaires, consi sa fonction, k aimer son superieur ; maii de se d^goiiter de sa fonction, quand ell s6e par un superieur, et Ton ne saun mander I'affection pour un chef indigne
(i) Tarde, tes Transformations du droit, p, 2(
Le Globe se plaignait que loules les institutions liWrales fussent inspir^es par un sentiment bas, la m^fiance; n'est-ce point le resultat oblig6 de la faiblesse humaine ? Tant que Thomme ne sera pas devenu Tange r6v6 par les utopistes, on devra prendre des garanties contre Tarbitraire. Enfantin avait obtenu de ses disciples une ob<^issance illimit6e ; k quoi le conduisit-elle aussit6t ? A de scandaleuses fantaisies sur le r^tablissement du « droit du seigneur ». Le coUectivisme est possible, disaitil, puisque Tarm^e subsiste ; mais la con train te passag^re impos6e par le service militaire ne serait rien k c6t6 de la contrainte permanente que le nouvel 6tat social rendrait inevitable. Mortel pour la liberty, le coUectivisme est aussi funeste au progr^s ; Torganisation corporative et hi^rarchique annonc^e dans le Globe serait excellente pour maintenir Tordre, mais elle etoufTerait toute r^forme, toute initiative personnelle. Le pays soumis k ce regime deviendrait une Chine stationnaire, fig6e dans Tadmiration d'elle-m6me»
Enfin la grande erreur des saint-simoniens, c'est Tabus de la logique. D'apr^s eux, les id6es philosophiques et religieuses, le gouvernement, le syst^me social, tout cela est inseparable, et t;elui qui se fait une opinion sur un de ces points n'est pas libre d'avoir des theories divergenles sur le reste. Ce fut vrai peut-^tre k Tepoque oil la reli-
gion dominait toutes les actions hum i un des bienfaits de Tesprit moderne d'avoir rel^gu6 les opinions ih^ologic i domaine de la conscience individuelle i rhomme se conduit rarement par la lo, ; nous subissons I'influence des miliei Constances, des traditions. Et plus r i plus les choses se compliquent, se di I La plupart, jugeant avec raison que '. i a plus d'importance qu'une logique blissent dans leur esprit comme des con i distincts. Tel savant, rationaliste con physique ou en chimie, garde sa fo intacte ; tel d^mocrate, ennemi d6clai r^dit^ des fonctions, veut le maintiendo
Nous avons vu comment les hommc Monsigny, renongant aux doctrines revinrent au travail pratique et tradi actes raisonnables les utopies de i83o.
voulait d6truire I'h^ritage pour suppr vet6 ; les hommes d'action, en fondari Mobilier, en multipliant les banques, baisse de Tint^r^t, c'est-^-dire la mine ] de Toisif. En i83o on avait annonc6 d in6galit6 ou le pouvoir serait aux plu!
';**'"*^**">S^^"'''<l*'*""^^OP«>«"aHMMHIfHMMH«HaMBHiM*BHa^iWmfi
298 l'^cole saint-simonienne
ei voici que depuis 1846 les anciens seciaires son! accuses de former une f6odalit6 nouvelle, Taristocratie des plus habiles et des plus entreprenants. Aux vains d^bats parlementaires le Globe avait oppos6 la politique des grands travaux, des r6formes f^condes; sous Louis-Philippe el Napoleon III, ces travaux, ils les dirigent, ces reformes, jls les ex6cutent. Dans la salle Taitbout on pr6chait Tunion des peuples, la fraternity universelle ; ce langage n'est plus de mise dans les salons des senateurs de TEmpire, mais Paulin Talabot en faisant les chemins de fer frangais et en preparant le canal de Suez, Michel Chevalier en signant les trait^s de commerce, les P6reire en subventionnant la construction des chemins de fer strangers, contribuent k Toeuvre de rapprochement et de Concorde.
Amelioration physique, morale et intellectuelle de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre : telle demeura toujoursla devise de T^cole ; comme moyens pratiques, elle preconisait les etablissements de credit, les travaux publics et I'education populaire. Ce programme a 6t6 suivi de nos jours dans toutes ses parties. La naissance de grandes maisons financi^res comme le Credit Lyonnais et la Societe G6nerale a diminu^ la puissance de I'argent et forc6 le capitaliste k se contenler de pen; leurs succursales k I'^tranger, en faisant
circuler rapidement les capitaux d'un pays k Tautre, ont cr66 de nouveaux liens entre les peuples (1). Les saint-simoniens demandaient aussi un credit mis k la port6e du pauvre, avec des garanties cherch^es dans la valeur morale de Temprunteur plul6t que dans sa fortune; c'est ce qu'on essay e de faire aujourd'hui par la creation des banques populaires, Ir^s avancee d6j^ en Allemagne et suriout en Italie, plus arri^r^e en France. Les travaux publics avaient 6t6 pouss6s activement sous I'Empire ; la R6publique, en essayant de realiser le « plan Freycinet », a r^pondu aux d^sirs des r^dacteurs du Globe et du Credit. L'instruction primaire, d'apr^s eux, devait 6tre donn^e par I'Etat, impos^e k tons ; il fallait y joindre I'enseignement professionnel, faire Talliance de T^cole et de I'atelier ; I'instruction secondaire devait s'affranchir de la tyrannic des langues mortes ; enfin, dans les ecoles de tous les degr6s, r^ducation morale passait avant I'instruction proprement dite. Aujourd'hui I'instruction primaire obligatoire est organis^e ; les 6coles professionnelles sont encore trop peu nombreuses, mais on sent qu'il y a 1^ une lacune k combler ; un enseignement secondaire nouveau s'est constitu6 a c6t6 de I'enseignement classique. Quant k I'ur-
(1) V. d'Avenel, les SocUUs de credit ^ dans Revue des DeuX'MondeSy 1" Janvier 1895.
3oo l'ecole saint-simonienne
gence de r^ducation morale, n*est-ce pas ce que nous entendons redire mainlenanl jusqu'^ la sati6t6 ? Celte Education morale, Enfantin avail fini par la demander k TEglise ; il conjurait le christianisme de se r^concilier avec le monde, de parler au peuple : la conduite de L6on XIII el d'une partie du clerg6 acluel est conforme k ces voeux.
L'^cole a pr^lendu affranchir non seulemenl les proli^laires, mais les femmes. Ses audacieuses Ih^ories semblaient avoir sombr^sous le ridicule, el pourlanl plusieurs onl 616 reprises de nos jours presque sans changement, par Bebel surloul, el s'imposenl mainlenanl k la discussion serieuse. Quant aumouvement « f6ministe », il a pris dans plusieurs pays des proportions consid6rables, el en France m^me il fail des progr6s. C'esl la fille d'un saint-simonien, Rosa Bonheur, qui a d6montr6 les aptitudes arlisliques de son sexe, el la femme d'un saint-simonien, Elisa Lemonnier, qui a cr66 pour les jeunes fiUes de remarquables 6coles professionnelles (i).
Malgr6 le pen de sens artislique des disciples d'Enfanlin, leur action sur les arts, sur les leltres, n'a pas 616 m6diocre ; aucune 6cole n'a aussi bien fait ressorlir le r6le « pragmalique », 6ducaleur, qui
(i) L'inspectrice g6n6rale de ces 6coles, qui les dirige avec un d^vouement admirable, est aussi la fille d'un saint-simonien.
CONCLUSION 3oi
appartient a la litterature; ce r6le, de grands ecrivains Font compris et accepte. George Sand subit rinfluence de r6cole ; ce n'est pas que son admiration pour Enfantin fiit sans reserves : elle a racont6 une curieuse conversation avec Liszt, oil celui-ci parle avec enthousiasme du P6re tandis qu'elle lui reproche de ne pas Mre un grand homme (i). Mais elleavait commence k 6crire au moment oil la doctrine faisait le plus de bruit; ensuite Pierre Leroux la convertit au socialisme. Les disciples demeur^s a Paris lui pr^sent^rent leurs hommages et nourrirent m6me un instant Tespoir de trouver en elle la M6re attendue. Victor Hugo a r6alis6 bien plus encore Tideal de I'artiste populaire, du prophMe, du vates antique ; Tauteur des Misdrables et des Chdtiments a satisfait aux objurgations que Laurent et Barrault adressaient k I'auteur des Orientales et d'Hernani. Vigny en i83i 6tait design6 par eux comme le plus capable de comprendre Tart nouveau ; le poMe des Destinies a justifi^ cet 6loge (2). Alexandre Dumas fils, dans les prefaces de ses pieces, a magnifiquement revendiqu6 pour Tauteur dramatique une mission morale ; il a port6 au theatre les theories nouvelles sur les droits des femmes, sur F^galit^ des sexes ; un jour m6me, il
(1) Leftres cTun voyageur; Bruxelles, 1887, t. II, pp. 177 et s.
(2) Vigny, dans une pi^ce de i834, Paris, a r6sum6 en beaux vers le programme saint-simonien.
'v'v^c^aMvwifHOlMP*'"''****^ -'"■""■■■^■•■^^^^"^■'■'■'■■■■■^■■■■■PSspVBBMManii^ * *VAJ?
3o2 l'ecole saint-simomenne
a mis sur la sc^ne T^conomie sociale des saintsimoniens (i).
Les oeuvres de Renan contiennent certains passages qui ne seraient pas d6plac6s dans les livres d'Enfantin. Qu'on Use ces quelques lignes de Marc-Aurde^ qui ont indign6 l'asc6tisme de Tolstoi : « Le christianisme est trop uniquement moral ; la beauts chez lui est tout a fait sacrifice. Or, aux yeux d'une philosophie complete, la beauts, loin d'etre un avantage superficiel, un danger, un inconvenient, est un don de Dieu comme la vertu. Elle vaut la vertu ; la femme belle exprime aussi bien une face du but divin, une des fins de Dieu, que rhomme de g6nie ou la femme vertueuse. »
Ne retrouvons-nous pas lA, en meilleur style, ce qu'a dit bien souvent le chef du saint-simonisme? Ailleurs il se plaint, comme Tauteur de la Science de rhomme^ qu'on ne puisse parler de Tamour franchement, sans rire ^grillard, sans reticences inconvenantes. Renan lui-m^me parlait des rapports qui existaient entre lui et « Saint-Simon le saint-simonien (2) ».
Bien d'autres 6crivains ont dt beaucoup k
(i) La Question d^ argent, acte III, sc. i. — D'ailleurs Alexandre Dumas fit cette pifece aprfes avoir lu, sur le conseil d'Enfantin, une brochure d'Emile P^reire [le Gaulois, 7 d^cembre 1894).
(2) Faguet, Ic Comie de Saint-Simon, dans Revue des DeuX'Mondes, i5 juin 1894.
r^cole d'Enfantin. Ma par elle du d6courag« active et saine, s'il fau ajouie : « L'influence nien sur notre si^cle f plus puissante que eel .t6raire;on la decouvi transformations des he moeurs et de nos lois r6le social de la litt^ra pendant trente ans, k Th6ophile Gautier, les tous les th6oriciens de d'hui les 6crivains sen per, k Texemple des Ibi actuelle, et d'aborder le Ainsi Enfantin avait .se partagera nos d6f 6mises par F^cole vive teraient d'etre remises vais de vouloir faire d tionnaire au sens pr r£tat, ^margeant au 1 consid^rer toute prof( comme un rouage ut
(i) R^ponse au discoun get h rAcad^mie fraiiQaisi sur G. d'Eichthal [Journa^
3o4 l'ecole saint-simonienne
nous appartenons? Nous gagnerions beaucoup k d^velopper cette notion, k nous pen6lrer du sentiment social, encore si rare k present : le jour oil chacun sera persuade qu'il n'y a pas de sot metier parce que tout metier a sa place n6cessaire dans la vie de la nation, un immense progr^s moral aura ^16 obtenu. Les saint-simoniens ont reliability les professions inf6rieures; et en m6me temps ils ont affirm6 qu'une situation plus 61evee impose plus de devoirs, que richesse et instruction obligent, que toute aristocratic doit justifier son existence par les services qu'elle rend. Cette belle pens6e, pen comprise par la bourgeoisie ^goiste de i84o, plusieurs y reviennent aujourd'hui; Tun reclame la formation d*une aristocratic intellectuelle, I'autre bl^me les banquiers, les patrons, de n'avoir pas constitu^ le pouvoir industriel demand^ par Saint-Simon. Le Play, qui fut quelque temps un disciple de la doctrine, a fond6 une 6cole encore vivante et active, qui essaye d'assurer la paix sociale par le patronage (i).
Par une suite naturelle de ces principes, Tecole d'Enfantin attache une importance extreme au choix des liommes, des capacit^s. Certes le mepris qu'elle affiche pour les institutions est dangereux;
(i) Henry B6renger, PAristocraiie inlellectuelle. — Anatole Leroy-Beaulieu, r Argent au xix" siecle, — Sur Le Play, V. CEuvres, VI, p. i3o.
Tobeissance k une loi prices, vaut mieux qu< d'une c< loi vivante » . ^ loin dans ce sens ; les depuis un si^cle par ( 16gislatifs, ont rel6gu^ tion des plus capable aboulir une mesure scrupule k recommaE Les saint-simoniens oi prit est dangereux et ( aussi important que h Ici I'ecole saint-sim< pr^cepte. Son oeuvre 6i6 considerable, son phique, bien que moin son plus beau titre d lopp6 chez ses adhere le d^vouement k un id vaille, parce que la do saintete du travail ; to eux-m^mes, ont vouli la doctrine condamnai lidarite. Le saint-simi cateur doit surtout fo] en a fait et les a ren( grandes choses. C'est phique un ni6rite bien