Bulletin du ministère de l'instruction publique , n
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sophes du xviii® siècle se plaignaient de cette diffusion de Tinstruction et en étaient venus à accuser tantôt les Frères dits Ignomntins, et tantôt l'instruction elle-même.
Ces écoles n'empruntaient rien au budget de l'État : elles jouissaient d'un revenu propre, indépendant, constitué par des fondations. CeUes-ci provenaient généralement du clergé, de bénéfices spéciaux, de ce qu'on appelait la prébende préceptoriale; de généreux laïques, nobles et bourgeois, y apportaient aussi un notable contingent. Les abbayes, les fabriques des paroisses, le*communes elles-mêmes soit spontanément, soit par contribution imposée (déclaration royale de 1724), créaient des ressources pour procurer une maison d'école et un maître.
Non seulement la maison d'école n'appartenait pas à l'État, mais le plus souvent elle n'appartenait même pas à la commune. Elle était comme vouée par sa fondation à un service spécial, celui de l'instruction. En général, c'était une maison particulière, appropriée tant bien que mal à sa destination scolaire : mais y regardait-on de si près? Le maître y trouvait à la fois le local de l'école, un logement pour lui et pour sa famille , un jardin ; des terres , sises dans le
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voisinage, étaient affermées à son profit. Louées d'abord à bas prix, quelques-unes , grâfee au perfectionnement des procédés d'agriculture , avaient conquis à la flnduxviii® siècle une plusvalue de cinquante pour cent. Enfin, des (Kme8 et des redevances étaient attribuées à mainte école.
Ces divers genres de ressources constituaient un traitement très inégal suivant les lieux, trai^ tement auquel se joignaient un casuel d'église, lorsque le maître d'école était sacristain, efe une rétribution scolaire payée par les parents, dems les localités où les fondations n'avaient pas stipulé la gratuité complète, ou n'avaient pas permis de l'organiser.
L'État n'avait donc rien à voir dans ce budget, et il ne s'en inquiéta que le jour où, sans le > remplacer, il le confisqua. Le tableau de ce» cou- > flscations, si jamais on réussit à le donner, sera'> celui des ressources considérables et indépendantes dont jouissait, sous l'ancien régime, Tin- , struction publique.
Le personnel des professeurs et dos maîtres d'école était ou purement ecclésiastique , ou laïque mais régulier, ou simplement laïque ; mais, dans ce troisième état, il n'était pas moins sou^
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mis que dans les deux autres à l'autorité ecclésiastique.
Le concile de Trente, à la suite d'autres plus anciens, avait imposé à chaque curé l'obligation de tenir une école de paroisse ou de la faire tenir par son vicaire ; de nombreux synodes avaient organisé le fonctionnement de ce décret et assujetti les écoles à l'inspection soit du curé, soit du curé-doyen, soit de l'évêque lui-même. Prescrip- . tions très louables, dit-on ; mais cette sollicitude de l'Église ne resta-t-elle pas sans effet? pn ajouterait volontiers que de ces prescriptions conciliaires il n'advint rien de plus que de celles de la Convention. Cependant chaque jour révèle de nouveaux documents qui constatent l'existence, l'emplacement et la multiplicité des écoles ; on a même retrouvé les procès -verbaux des visites annuelles que les évêques faisaient en personne dans ces écoles ou qu'ils faisaient faire par des délégués.
Tantôt c'étaient les curés qui, dans les villages, tenaient eux mêmes l'école ; tantôt c'étaient leurs vicaires, ou de jeunes prêtres, non pourvus encore, ou d'autres qui ne recherchaient pas les fonctions ecclésiastiques et qui consacraient leurs loisirs à l'enseignement. 11 y avait alors beaucoup plus de prêtres qu'aujourd'hui et le grand nombre
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des couvents et des abbayes d'hommes facilitait le recrutement des maîtres.
Deux inconvénients ressortaient néanmoins de cetordre de choses. Lorsque le curé tenait luimême l'école, les devoirs du ministère venaient fréquemment l'en distraire; lorsqu'il en confiait le soin soit à un vicaire, soit à un prêtre sans fonctions ecclésiastiques, il arrivait souvent qu'habitués à désuétudes plus relevées, ces jeunes gens ne se pliaient qu'avec difficulté à la modeste tâche qu'ils avaient acceptée. Cependant on comprenait alors (et, même aujourd'hui, on peut le comprendre encore) que dans certains villages, les uns peu peuplés; les autres isolés par leur situation et par la nature des lieux , le curé seul pouvait remplir cette humble mission, et que, s'il ne l'avait remplie ou s'il eût été empêché de la remplir, les enfants fussent certainement restés sans instruction et sans maître (1).
1. Dans la Commission extraparlementaire pour la liberté de l'enseignement, en 1849, M. Thiers posait à M. Tabbé Daniel cette question : « Si on abandonnait aux curés le traitement des instituteurs, pourraient-ils se charger de l'instruction primaire? » L'abbé Daniel répondit : « J'estime qu'il y aurait inconvénient grave à admettre en principe que les curés peuvent se charger de tenir l'école; je ne le concevrais que dans des cas exceptionnels, quand il s'agirait de communes rurale? peu importantes. » (Correspondant du 25 mars 1879, p. 985.)
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Dans les villes, renseignement était remis le plus souvent à des maîtres d'école et à des maîtres écrivains qui, formés en corporation, présentaient d'assez sérieuses garanties. Ils étaient placés d'ailleurs, à Paris, sous la juridiction du grand cliantre, partant sous une direction ecclésiastique : ils relevaient du curé et de l'évêque ; cette dépendance était reconnue et consacrée par les lois de l'État.
Depuis la fin du xvii« siècle et malgré l'opposition qu'ils avaient rencontrée soit chez les maîtres écrivains, soit de la part du Parlement de Paris et même de quelques membres du clergé, les frères des Écoles chrétiennes, fondés par le vénérable abbé Jean-Baptiste de la Salle, avaient réussi à s'établir dans un assez grand nombre de villes; en 1724 ils obtinrent des lettres patentes. Leurs progrès furent rapides. En 1719, à la mort du fondateur, l'Institut comptait 27 maisons, 227 frères et 9.885élètes. En 1778, où Louis XVI lui accorda de nouvelles lettres patentes, le nombre des maisons avait quadruplé ; celui des frères et des écoliers avait triplé (1 14 maisons, 760 frères, 30.990 élèves (1). Gratuité de l'école et de l'enseignement, personnel irréprochable, lié par des vœux à une