Archives de l'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes
L'BNSEIGNBllIBNT PRIMÂIRB EN 1789. 15
œuvre unique ; institution d'une méthode d'enseignement qui progresse et se développe avec rexpérience : tels étaient les immenses avantages qu'offrait l'Institut des frères et qui ont fait de l'abbé de la Salle le véritable fondateur de renseignement populaire.
L'instruction des filles, que notre siècle, après l'avoir si honteusement délaissée, s'imagine avoir inventée, avait précédé depuis longtemps celle des garçons. Ce serait une nomenclature infinie que celle des ordres religieux de femmes qui s'étaient voués à cet enseignement : ceux de la Visitation, des Ursulines, des Sœurs de Saint-Vincent de Paul ne sont que les principaux.
En dehors et à côté de ces maîtres et maîtresses ecclésiastiques ou réguliers, se trouvaient les maîtres et les maîtresses à proprement parler laïques, et qui ne faisaient pas partie des corporations de maîtres d'école et de maîtres écrivains dont nous avons signalé la présence dans les villes.
Ces maîtres n'étaient pas nommés au hasard, ainsi qu'on se plaît parfois à le dire. Les archives départementales contiennent nombre de procèsverbaux d'assemblées de pères de famille qui se tenaienpt le dimanche, à l'issue de la messe parois-
16 Liv. I. l'assemblée constituante.
siale, pour faire choix d'un maître d'école, après que le candidat avait été préalablement examiné par le curé et apprécié par quelques notables. Dans certaines communes, où la nomination était remise au seigneur, fondateur ou délégué des fondateurs de l'école, ou bien à telle personne désignée par l'acte de fondation , le choix du maître, de même que dans le cas précédent, était soumis à révêque. Ainsi le maître tenait sa mission à la fois de la famille et de l'Église, et restait sous ce double contrôle. Cette habitude de consulter l'assemblée des pères de famille était si familière aux populations que même en 1793 et jusqu'en 1794, on trouvÇ^quelques communes qui procèdent encore de la même sorte. J'en ai trouvé plusieurs exemples dans les archives de Seine-et-Oise (1). Placé sous la surveillance immédiate du curé et sous le contrôle supérieur de l'évêque, assujetti à des visites régulières, du reste sacristain, bedeau et chantre, le maître d'école se trouvait
1. Ainsi, entre autres, à Guyancourt, district de Versailles, le 30 fructidor, an II. « La commune de Guyancourt s'est assemblée, la municipalité présente, à l'effet de nommer un nouvel instituteur, vu la cessation depuis longtemps des fonctions d'instituteur et la démission du citoyen Jean Bossu de cette place. » On met aux voix. (( Jean Ménager, excellent patriote et dans les principes de la Révolution, a réuni la majorité. »
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comme encadré dans la hiérarchie ecclésiastique. Il conduisait les enfants à l'église, il leur enseignait l'histoire sainte, le catéchisme, la lecture dans les livres d'heures en latin : il était en quelque sorte l'auxiliaire du curé dans l'enseignement de la doctrine chrétienne.
Ce n'est pas le lieu d'examiner si tous les maîtres d'école étaient à la hauteur de leur tâche. Cette tâche, d'ailleurs, était modeste : dans les aimées voisines de 1789, avant comme après, la lecture, l'écriture, un peu de calcul et d'arpentage étaient si bien le programme normal des écoles que la Convention, le Directoire et plus tard Bonaparte n'en indiquaient pas d'autre. La moyenne de l'instruction variait du reste selon les régions ; ainsi elle était plus recherchée en Lorraine, plus délaissée dans le centre. Même en Lorraine, les enfants n'allaient à l'école que dans les mois d'hiver ; mais cette école était à portée de l'habitant ; chaque village, chaque hameau payait un maître, de sorte que, dans cette région, les enfants, tout en ne fréquentant l'école que pendant quelques mois, possédaient autant de connaissances que ceux qui, dans d'autres provinces, la fréquentaient toute Tannée (1).