RUINE DU SYSTÈME SCOLAIRE
Qu'on suppose le clergé troublé dans sa hiérarchie, violenté dans ses croyances, persécuté dans tous ses membres ; qu'on suppose, d'autre part, des lois qui tarissent ses revenus et disper^ sent ses moyens d'existence : par là même , les œuvres qui dépendent du clergé se trouveront atteintes et devront nécessairement péricliter.
C'est ce qui arriva à l'enseignement public, que le clergé alimentait de ses ressources et dirigeait par son personnel. Pour s'en rendre compte, il n'y a Ueu de consulter ni l'étiquette des lois, ni les déclarations officielles de l'Assemblée. Sans émettre aucun vote exprès sur ou contre l'instruetion publique, en cherchant au contraire à en maintenir les cadres et le fonctionnement, la Constituante, malgré ses efforts apparents, a vu renseignement se désorganiser, tomber, devenir impossible ; elle en a été le témoin et l'auteur presque inconscient , tant il semble d'abord qu'elle l'ait fait étourdiment; enfin elle l'a fait d'une manière indirecte, soit qu'elle n'Siit pas pressenti les conséquences des lois qu'elle votait, soit que quelques-uns de ses membres, plus clairvoyants et plus perfides, aient voulu frapper le coup en cachant le bras.
Le 4 août 1789, au scandale de l'abbé Sieyès,
22 Liv. I, l'assemblée constituante.
TAssemblée constituante supprima les dîmes, redevances et autres « abus féodaux ; » puis, suivant son usage de renverser d'abord l'édifice, sous la réserve de le rebâtir plus tard, elle prononça cette suppression, « sauf à aviser aux moyens de subvenird'une autre manière à la dépense des séminaires, écoles, collèges, à l'entretien desquels elles (les dîmes et redevances) sont affectées. »
Le 2 novembre 1789, les biens du clergé furent « mis à la disposition de la nation. »
De cette confiscation à laquelle il ne manquait que le mot, il résulta qu'abbayes, prieurés, fabriques de paroisses qui entretenaient des écoles-, se trouvèrent dessaisis et dépouillés ; tout passa à l'état de biens nationaux, y compris la plupart des maisons d'école et des presbytères.
L'eflfet de ces lois fut si violent et si prompt que ces étourdis législateurs en ressentirent de la honte ou de J'eflfroi. Une loi postérieure , (28 octobre-5 novembre 1790) ajourna la vente de tous les établissements destinés à l'enseignement public; plus tard (29 mai-6 juin 1792) l'Assemblée législative vota un secours aux différents collèges € qui ont perdu une partie de leurs revenus par suite de la suppression des dîmes. »
C'était avouer le mal et non le réparer.
Ainsi se trouva mobilisée, pulvérisée, anéantie.